II. — Prodromes
Les auteurs qui ont traité de la stomatite ulcéreuse des soldats n'ont pas signalé de phénomènes prodromiques , et il semble que pour eux la douleur locale soit toujours le symptôme initial, celui par lequel l'affection se révèle au malade lui-même (1).
Il est incontestable que le plus souvent les malades n'accusent comme premier symptôme qu'une douleur ou au moins un sentiment de chaleur dans la bouche ; mais si l'on prend soin de fixer leur attention sur ce qui s'est passé avant qu'aucune sensation morbide locale se manifestât, leurs souvenirs se précisent , et ils se rappellent, pour la plupart, que plusieurs jours avant que les gencives ou les parois buccales fussent devenues douloureuses , leur santé avait subi un trouble plus ou moins prononcé.
En général, tout l'appareil prodromique se borne à une diminution de l'appétit; chez quelques hommes cependant, il y a de plus un sentiment de malaise ou de courbature; la bouche devient mauvaise, et il y a un peu d'altération ; mais, en tout
(I) Les rédacteurs du Recueil de mémoires de méd. et de ch. mil., rappelant (t. XXVIII), à propos de la relation de MM. Payen et. (iourdon, les faits qu'ils ont observés eux-mêmes, disent seulement «eci : « Après quelques jours d'invasion..., l'haleine devient fétide, les gencives s'ulcèrent dans toute l'étendue de leur bord libre. » Ce qui semble annoncer des phénomènes antérieurs à l'altération locale.
cas, ces symptômes sont assez légers pour que les soldats n'interrompent pas leur service. D'autres fois, au contraire, les phénomènes précurseurs de l'ulcération sont plus prononcés, et semblent an noncer une maladie sérieuse; rarement, dans ces cas, la maladie débute par un frisson, mais il y a de la céphalalgie, des bourdonnements d'oreille, de la prostration, une anorexie complète, une soif vive, de l'amertume de la bouche, parfois des nausées, enfin un mouvement fébrile plus ou moins accusé ; en résumé, les prodromes de la plupart des maladies aiguës et en particulier des pyrexies, mais rien de spécial.
Beaucoup de soldats signalent comme ayant précédé les douleurs des gencives ou des joues, ce qu'ils appellent un mal de gorge, c'est-à-dire une douleur au niveau de l'isthme pharyngien ; or, j'ai reconnu que le plus souvent, quand cette douleur n'appartient pas à la première période de l'angine ulcéreuse, elle est la première manifestation dune ulcération reposant sur la muqueuse intermaxillaire, en arrière et en dedans de la dernière molaire inférieure, et par conséquent tiraillée dans les mouvements de déglutition à chaque contraction du glosso-staphylin; qu'en un mot, elle est presque toujours le résultat d'une lésion locale dont la présence seule indique que la maladie est déjà constituée.
Cependant, je dois ajouter que dans plusieurs cas cette douleur de l'isthme a été accusée par des sol-
dats dont la muqueuse était intacte au niveau des amygdales, des piliers et du voile du palais, .et qui n'avaient que des ulcérations gingivales ou pariétales fort éloignées de la muqueuse intermaxillaire. Il paraît donc hors de doute que parfois, ainsi qu'on l'observe dans beaucoup de pyrexies, et particulièrement dans les fièvres éruptives, une fluxion sanguine se produit au pourtour de l'orifice antérieur du pharynx en même temps que les phénomènes prodromiques; mais le fait ne s'observe pas assez fréquemment pour qu'on puisse en faire un symptôme spécial.
La durée moyenne de la période prodromique dans les cas que j'ai observés a été, d'après le récit des malades, de trois à quatre jours ; elle n'a jamais dépassé six jours.
Dans le plus grand nombre des cas, tous les troubles généraux disparaissent au moment où le travail d'ulcération commence, et font place à un sentiment de bien-être relatif; mais lorsque ce travail marche avec rapidité, les phénomènes généraux s'amendent à peine, et se confondent bientôt avec ceux que provoquent l'inflammation locale et parfois aussi, peut-être, la résorption des liquides sanieux et infects dont la bouche est incessamment remplie, et que les malades ne rejettent pas complètement au- dehors.