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courte, pendant laquelle l’animal ne fait aucun effort pour respirer. Puis il commence à se débattre, fait de violentes et vigoureuses tentatives pour se débarrasser de l’obstacle qui s'oppose à la pénétration de l’air. Après deux ou trois minutes, il y a perte de connaissance et production de mouvements irréguliers et spasmodiques. La mort est apparente, le cœur continue à battre de plus en plus faiblement et s'arrête. Il est à remarquer aussi que dans quelques cas où la mort s’est produite devant témoins, elle est survenue silencieusement, sans la lutte et les convulsions qui accompagnent l’asphyxie-: Par les symptômes qu’elle présente, il est une maladie qui chez l'enfant peut faire songer à une mort due à des tentatives criminelles. Cest la bronchite capillaire, autrement appelée bronchite suffocante. Elle peut survenir avec les phénomènes qui précèdent l’asphyxie par suffocation; certaines portions du poumon sont noirâtreset ne surnagent pas. Mais si l’on presse entre les doigts un de ces fragments indurés, on voit sortir des ramifications bronchiques de petites chandelles de mucopus. Ce signe a une grande importance en faveur d’une mort naturelle, et on doit toujours le rechercher lorsqu'il y a accusation de meurtre d’un enfant.
D’autres fois, ces phénomènes décrits par Riant, se rencontrent chez des enfants d’une même famille, succombant dans des circonstances mystérieuses, faisant songer au crime. Ainsi que l’a montré Cheinisse, c’est un état lymphatique spécial de l'organisme, une hérédité névropathique, alcoolique, Syphilitique ou tuberculeuse, qui en sont la cause la plus habituelle.
Lors de l'accident du pont de la Concorde, Tardieu examina un certain nombre de blessés. La plupart présentaient des contusions sur diverses parties du corps, des ecchymoses ponctuées sur la face et le cou, un chémosis sanglant sous la conjonctive. Cinq femmes furent trouvées sans connaissance et reprirent leurs sens après une période apnéique plus ou moins longue. Il a pu constater deux ou trois fois
un léger engouement pulmonaire caractérisé par de la toux et quelques râles humides; mais le plus souvent l’auscultation ne révélait pas lemoindre bruit morbide dans la poitrine. Deux fois seulement il remarqua des accidents nerveux consécutifs à la compression. Au contraire, ces phénomènes dominaient chez des femmes que soigna Hardy après une panique survenue dans une usine où elles travaillaient.
L'examen du cadavre d’un individu mort suffoqué par compression du thorax, permet de remarquer que peu de temps après la mort, la face est rouÿe, violacée; cette coloration disparaît d’ailleurs assez rapidement, et la peau du visage redevient blanche.
On remarque un piqueté rouge, semblable à celui de la scarlatine, formé par des sugillations sanguines, qui s'étend sur le front, la face, le cou, le devant du thorax et les épaules. La paroi du thorax peut être le siège d’ecchymoses plus ou moins étendues; il en est une particulière qu’on a rencontré toujours sur les cadavres d'individus morts dans la foule. Elle se trouve sur les parois latérales du thorax et est vraisemblablement produite par la pression des bras ramenés le long du corps. On note rarement des excoriations sur la face antérieure du thorax. Vibert a trouvé de petites érosions irrégulières et non ecchymotiques sur la face antérieure du corps d’un enfant que sa mère avait avoué avoir placé sous la paillasse de son lit. Quant à la déformation du thorax, due à la compression, elle est bien rarement apparente. Tardieu dit l'avoir trouvée une fois chez un enfant étouffé pendant son sommeil. Brouardel la recherchée souvent, mais ne l’a jamais rencontrée, On peutconstater aussi que les conjonctives oculaire et palpébrale sont fréquemment ecchymotiques et que l'exophtalmie est considérable chez la plupart des suffoqués. Si en même temps qu'on fait la compression du thorax, on obture, comme dans certains cas d'infanticide, les orifices des voies respiratoires avec la main, on trouve des érosions faites par les ongles sur le visage. La peau est rendue glissante par l’enduit sébacé qui
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la recouvre et la main, fatiguée par la pressidn, est obligée de prendre des points d'appui solides avec les ongles. La pulpe des doigts peut aussi rendre ecchymotique la région qu'elle comprime. La dessication des lèvres et l'aplatissement du nez n’ont plus aucune valeur : ces signes reconnaissent pour cause, en effet, le premier un phénomène cadavérique, le second une compression accidentelle qui peut être exercée même après la mort.
Comme les lésions les plus caractéristiques et les plus apparentes se trouvent‘sur les poumons, ce sont ces organes que nous allons examiner les premiers. Ce qui frappe tout d’abord, c’est la coloration rouge foncée qu'ils présentent. Cette congestion peut occuper tout un lobe ou ne siéger que sur les bords et les bases. Tardieu a voulu voir sur l’abondance plus ou moins grande de la congestion, une façon de diagnostiquer si la mort par suffocation a été rapide ou lente. Pour lui, si la mortest arrivée petit à petit, le tissu pulmonaire est beaucoup plus engoué que si elle s'est produite brusquement. Parfois les poumons entiers sont d'un rouge sombre. Comme ils présentent alors un léger œdème, ils répondent très bien à ce que Lacassagne a appelé l’œdème carminé. Au milieu de ces portions hypérémiées, on peut trouver de véritables noyaux d’apoplexie qui s’enfoncent rapidement quand on fait l'épreuve docimasique et qui donnent l’apparence de la contusion pulmonaire.
A côté de cette congestion, on trouve aussi de l’emphysème. Pour Tardieu, il est généralement peu étendu et peu considérable.Devergie, au contraire, sans prétendre que ce phénomèêne accompagne constamment la mort par suffocation., dit qu'il coïncide très souvent avec elle et que lorsqu'il existe, il devient un indice puissant de ce genre de mort. Balthazard le mentionne comme une lésion discrète; Tamassia et Lacassagne lui reconnaissent une valeur assez considérable, surtout quand l’autopsie est faite peu de temps après la mort, car on ne peut pas l'imputer aux dégagements gazeux qui accompagnent la putréfaction. °
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On remarque aussi sur la surface des poumons de petites taches rouge cerise ou noirâtres, variant de la grosseur d’une tête d’épingle à celle d’une lentille. Leur nombre est variable. On les trouve parfois réunies, agglomérées de manière à former des espèces de marbrures. Elles sont très exactement circonscrites, et on les rencontre rarement aux sommets et au hile. Si on les examine à la loupe, la plèvre apparaît soulevée, détachée des alvéoles et du tissu périalvéolaire, par un amas de globules rouges formant une lentille plan convexe. Au microscope, on voit que ce sont de vraies hémorragies sous-pleurales n’ayant pas pénétré le parenchyme pulmonaire. Ces ecchymoses résistent aux phénomènes de putréfaction; on les rencontre, en effet, longtemps après la mort du sujet qui en était porteur. Elles persistent après l’insufflation du poumon, ce qui permet de les différencier des ilots de congestion qui disparaissaient pendant cette opération. Les auteurs mentionnent aussi la présence d’une spume légèrement rosée, à bulles très fines, existant dans la trachée et les grosses bronches. Cette écume diffère très nettement des mucosités épaisses dues à la bronchite, fréquente chez les jeunes enfants.
En général, le cœur des suffoqués est gros; il peut présenter, surtout à l’origine des gros vaisseaux, des ecchymoses ponctuées semblables à celles qui existent sous la plèvre. Les cavités droites sont remplies d’un sang noir, à demi coagulé et présentant la bande unique de Stokes, au lieu des deux raies d’absorption de l’oxyhémoglobine. Tardieu et, après lui Briand et Chaudé, ont signalé à la surface de quelques organes, mais surtout du cœur, une exsudation sanguine plus ou moins abondante, sans que ces organes présentent la moindre déchirure. Nous n’avons retrouvé ce signe dans aucune des observations que citent les auteurs, et il nous semble, malgré ce qu’on en a dit encore dernièrement, n’avoir qu’une importance bien douteuse pour caractériser la suffocation.
Le cœur bat encore trois ou quatre minutes après la cessa-
ae tion des mouvements respiratoires. Tardieu, qui lavait remarqué, en avait déduit qu’on avait d'autant plus de chance de ramener un asphyxié à la vie, qu'on agissait dans les quelques minutes qui suivent la mort. Le docteur Riant était arrivé aux mêmes résultats, et bien qu'aujourd'hui on ait'pu ranimer des asphyxiés par des manœuvres longues et pénibles, commencées une ou même deux heures après leur mort, la remarque dé ces deux auteurs offre encore un certain intérêt.
Les autres organes .présentent peu de lésions. On peut trouver quelques ecchymoses sur l'estomac, l'intestin, les reins: organes qui offrent, dans presque tous les cas, une hypérémie assez accentuée. Les vaisseaux dure-mériens sont fréquemment congestionnés et on a remarqué souvent la présence de petites ecchymoses ponctuées dans le tissu cellulaire péricranien. En raison de la grosseur du foie, de sa friabilité chez le nouveau-né, il. noùus a paru extraordinaire de ne pas trouver mentionné, dans les observations que nous ayons consultées, de lésions de cet organe. La compression du thorax porte presque toujours sur la partie supérieure de l’abdomen et peut ainsi produire sur LL foie des lésions faciles à constater à l’autopsie.
Ainsi, les symptômes qu'on trouve dansla mort par compression du thorax sont presque identiques à ceux de la suffocation en général. Il était nécessaire cependant de noter en passant les caractères particuliers de ce genre de mort. Nous avons laissé de côté les gros désordres qu’on retrouve dans les grands accidents; ils n’ont pas beaucoup d'intérêt pour l'étude que nous entreprenons.
Comme le fait remarquer Vibert, il est des cas où la compression du thorax et de l'abdomen donne naissance à un réfiexe qui amène l'arrêt immédiat de la fonction respiratoire. Cette inhibition est très nettement favorisée, ainsi qu’il la montré, par le sommeil et l’état de réplétion de l'estomac. Dans ce cas, les lésions internes sont si peu marquées qu’elles échappent à nos moyens d’investigation.
Tels sont les symptômes qu’on a trouvés dans ce genre d’asphyxie. Il nous reste maintenant à indiquer rapidement la pathogénie des principaux d’entre eux. Nous ne ferons que citer les différents travaux qui ont paru sur la pathogénie des ecchymoses sous-pleurales : les thèses de Grosclaude, Dechoudans, Vicq et Paraire, le travail de Corin ; nous en arriverons tout de suite à la théorie actuelle, due aux expériences de Mosso. La privation d'oxygène amène la paralysie du pneumogastrique qui est la cause de la vaso-dilatation excessive des capillaires du poumon, et de la rupture d’un certain nombre d’entre eux. Cela explique très bien que Brouardel et Descout aient vu sur des chiens qu’ils étouffaient et sur lesquels ils“avaient pratiqué un volet thoracique, que les taches de Tardieu se produisaient par giclée, peu de temps avant la mort de l’animal.
Pour Laennec, l’emphysème serait dû aux fortes inspira. tions qui dilatent d’abord extraordinairement les vésicules pulmonaires. Puis, celles-ci venant à perdre leur élasticité, se rupturent très rapidement.
La vaso-dilatation due à la paralysie du pneumogastrique et les mouvements d’ampliation du thorax réduits à leur minimum par suite de la compression, nous paraissent être très satisfaisants pour déterminer dans les poumons, à un degré plus ou moins intense, la congestion trouvée à l’autopsie.
Nous ne saurions terminer ce chapitre sans rappeler en quelques mots, l’histoire des ecchymoses sous-pleurales. Cette question a, au siècle dernier, assez remué les esprits pour trouver place dans notre travail.
I1 semble qué c’est Théophile Bonet qui, dans son « Sepulchretum » (1679), les a signalées le premier. Il a trouvé dans un cas de pendaison par supplice, les poumons «gros, tachetés de rouge comme du marbre ». Dans une autre
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observation, il note aussi que les poumons étaient parsemés de «taches livides » très nombreuses. Morgagni, dans son livre « de sedibus » (1762), vit aussi sur les poumons d’un pendu des taches presque noires ; enfin Wepfer, dans un cas d’empoisonnement par la noix vomique, nota sur ces organes des taches rouges. Nous ‘en arrivons ainsi au moment où Ollivier et Orfila distinguent nettement la suffocation des autres genres d’asphyxie. Mais ces auteurs ne font remarquer rien de particulier à l’inspection des organes internes. Il faut en venir à Devergie qui, en 1838, trouve sur les poumons d’un enfant mort d’une fracture du crâne « de petites ecchymoses superficielles, arrondies, d’une ligne à une ligne et demie de diamètre ». Bayard et Roger les signalèrent aussi en 1841 ; Caussé les constata également en 1842, mais avant Tardieu (1855) elles n’avaient pas la valeur que cet auteur leur attribua. Pour lui, elles étaient un signe pathognomonique ; il concluait que c’étaient des lésions nettement caractéristiques de la mort par suffocation ; il ajoutait même « qu’elles sont d’autant plus importantes,qu’elles peuvent exister sans la moindre trace de violence à l’extérieur ».
Certes, cela était bien de nature à simplifier la tâche du médecin légiste; mais de même qu’en clinique les symptômes pathognomoniques sont bien rares, il en est de même en médecine légale. Aussi, à partir de cette époque, nombreux sont les auteurs qui combattirent l'opinion émise par Tardieu. Dans des expériences de laboratoire, Faure (1856) trouva des ecchymoses semblables à celles qu'avait décrites Tardieu, dans tous les genres d’asphyxie; Toulmouche, au contraire, n’en rencontra pas une seule dans plusieurs autopsies d’infanticide par suffocation. Casper en trouva dans toute sorte d’asphyxie, et même chez un fœtus dont la mère enceinte de huit mois s'était pendue. Dès lors, chaque année apporte des faits nouveaux s’opposant à la doctrine de Tardieu : parmi ceux qui portèrent les derniers coups, nous trouvons Maschka, Desgranges, Liman, Page, Bergeron,