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DES CONDITIONS DE LA THÉRAPEUTIQUE SUGGESTIVE

Les modifications de l’état psychique nous paraissent être exclusivement la cause des cures miraculeuses ; et les actions thérapeutiques obtenues depuis Mesmer par le magnétisme animal ou l’hypnotisme sont aussi soumises aux mêmes causes et sont régies par les mêmes conditions. Ce sont: la croyance au médecin qui est aussi nécessaire que chez le miraculé, la croyance en une puissance surnaturelle ;

La croyance au remède que l’on peut rapprocher de la foi en l’objet qui provoque la guérison miraculeuse;

Les suggestions, conscientes, des récits, de la for scientifique, ou inconscientes, du milieu, des guérisons obtenues dans le service analogues en tous points à celles réalisées dans le miracle.

Enfin, la condition finale et nécessaire est l’action décisive produite au moyen d’un état de veille hypnotique de l’action de l’aimant ou de l’électricité et d’une mise en scène spéciale.

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le Des diverses manières de produire la suggestion. — Puységur, après Paracelse, van Helmont et les astronomes de la Chaldée, émit d’abord, pour expliquer les phénomènes magnétiques, la doctrine d’un fluide universel, impondérable et produisant par son action directe l’influence thérapeutique. Mais cette hypothèse si peu scientifique fut plus tard reconnue inexacte et peu vraisemblable par des observateurs un peu plus psychologues. L'abbé Faria et le D' Braid comprirent la subjectivité de ces phénomènes et édifièrent sur cette idée la théorie de la suggestion. Nous savons en quoi elle consiste telle qu’elle a été développée par Braïd, Durand de Gros et Prosper Despine. Les facultés psychiques peuvent, dans certains états cérébraux, se manifester en l’absence du moi, de l'esprit, de la conscience. C’est l’activité cérébrale automatique. Elle coexiste dans l’état normal avec l'activité cérébrale consciente qui manifeste le moi. Dans l’état hypnotique ou à l’état de veille, cette activité consciente peut être diminuée et nous avons alors un accroissement de l’excitabilité réflexe idéo- motrice, idéo -sensitive, idéo-sensorielle. Il ne faudrait pas croire cependant que cet accroissement de l’excitabilité réflexe soit néces sairement lié à La diminution de la conscience. Il est des gens qui, suggestionnés, voient, entendent, savent ce qu’on leur commande, se le rappellent ensuite et ne peuvent néanmoins résister aux suggestions. L'organisme possède en effet des mécanismes dynamiques à l’aide desquels une propriété ou activité peut être soudainement suspendue : c’est ce que Brown-Sequard 1 appelle in/ubr -

1 Gazette hebdomadaire, 1883, p. 137, P. P, 3

Re tion. Ces propriétés ou activités peuvent êtreau contraire renforcées, c'est ce que Brown-Sequard appelle dynamogénie. « L’irritation périphérique (d’un des sens ou de la peau) ou centrale, par influence d’une idée ou d’une émotion, produit une diminution ou une augmentation de puissance dans certains points de l’encéphale, de la moelle épinière ou d’autres parties ; et le braidisme ou l’hypnotisme n’est autre chose que l’état très complexe de perte ou d'augmentation d'énergie dans lesquels le système nerveux et d’autres organes sont jetés sous l'influence de l'irritation première périphérique ou centrale, » Or, cette action inhibitrice ou dynamogénique ne s’observe pas exclusivement dans le sommeil hypnotique ; une impression morale vive, l'annonce d’un événement fatal ou d’une joie trop grande, d’une peur excessive, peuvent agir ainsi à la façon d’un réflexe. On trouve beaucoup d’exemples de mutisme, de paralysies hystériques guéries par cette action dynamogénique. La

M. Janet ! a décrit une manière très originale de produire ces suggestions chezdes hystériques hypnotisables. C'est ce qu’il appelle la suggestion par distraction : Le malade ayant l'esprit fortement occupé à une conversation ou à un travail absorbant , toute son intelligence se trouve concentrée à cet endroit. M. Janet prononce alors doucement à côté de lui une suggestion verbale, et l’automatisme cérébro-spinal agit indépendamment du moi en réalisant l’acte suggéré, la conscience de l’accomplisse ment de l'acte n’est pas abolie : c’est un fait qui confirme parfaitement la théorie.

1 Les accidents mentaux de l'hystérie.

22: ee - On a rangé .sous le nom de {hérapeutique d'imagination une série d'actions suggestives, qui consistent dans ’administration de médicaments inconnus, pompeux ou redoutés et qui rentrent absolument dans le cadre de la. thérapeutique suggestive. On produit alors en effet absolument les mêmes phénomènes par le développement exagéré de l’imagination : c'est la suggestion par 2nsinuation ou persuasion. Un jour que l’impératrice Marie-Louise avait. réclamé de Corvisart avec persistance des pilules que ce dernier avait d’abord refusé de lui prescrire, ennuyé de son mécontentement, il finit par lui accorder de simples pilules de mica-panis qu’il déclara devoir être suivies de vomissements. Le lendemain, l’impératrice prenait ses pilules, vomissait abondamment et était guérie. M. Pitres { relate l'observation d’une malade atteinte de polyarthralgie hystérique sur laquelle on avait inutilement essayé le sommeil hypnotique et qui guérit parfaitement par l’emploi des mêmes pilules mica panis de annoncées comme un remède à effets surprenants. M. le D° Gibert, . du Havre?, a guéri par l'emploi de l’eau simple, colorée en bleu, une prolifération extraordinaire de verrues sur la main d’un jeune enfant. Nous rapportons aussi Le cas d’une hystérique atteinte d’arthralgie et qui ressentit le plus grand bien de l'application d’une pommade tout inof-. fensive, | . Le bleu de méthylène produit aussi des guérisons du même ordre*. Tout le monde connaît cette action et il

1 Hystérie et hypnotisme, 1891, 2? Normandie Médicale, 1892.

3 Archives cliniques de Bordeaux juillet, 1894,

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est peu de médecins qui ne l’aient employée. Il est permis de se demander si les bienfaits de la magnétothérapie, de la métallothérapie ou de l’électrothérapie ne tiennent pas aux mêmes causes. La suggestion doit jouer un très grand rôle dans les effets dynamiques obtenus : mais la vertu œsthésiogène de l'aimant est incontestable et il est difficile d'expliquer tous ses effets par la suggestion. Cependant, dit John Tanner !, pour obtenir un résultat, il est fort important, avant d’appliquer l’électro-magnétisme, de persuader au malade qu’il sera guéri. Si les efforts de persuasion n’aboutissent pas, il est probable qu’il sera inefficace. Cette conviction a l’importance la plus considé rable dans le traitement.

L’affirmation seule a pu donner des résultats heureux chez des hystériques paraplégiques. « Gonsulté un jour, dit Briquet ?, sur l’état d’une jeune personne, paraplégique à ce qu’on pensait, par suite d’une maladie de la moelle épinière, je reconnus d’après les documents qui me furent . remis que la paraplégie était de nature hystérique. La consultation fut rédigée en conséquence et je donnai beaucoup d’espoir. Dès qu’elle arriva à la connaissance de la malade qui se croyait dans un état désespéré, remplie de confiance, elle essaya ses forces et se mit incontinent à marcher, elle qui n’avait pu quitter le lit depuis deux mois. La paralysie avait complètement disparu. » Nous retrouvons cette action thérapeutique de la foi en la guérison inspirée par l'approche d'hommes supérieurs, et un apprêt inaccoutumé de la mise en scène dans le cas sui-

! Hack Tuke, Le corps et l'esprit.

* Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie, 1859

vant cité par. Bouchutf. « Une petite fille de onze ans, nommée Louise Praquin, avait été rendue muette et paralytique des quatre membres par une frayeur excessive causée par une tentative de viol. Pendant deux mois tout avait été mis en œuvre par les médecins de la localitéet des environs pour guérir cette maladie, mais tout était resté infructueux. Désespéré lepère voulut amener son enfant à Paris. Celle-ci, qui n’entendait parler de la grande ville, de ses médecins et de l’'Hôtel--Dieu que dans les termes les plus pompeux, rendus plus saisissables encore en raison de son âge qui grandit tout, arriva pleine de foi à l'Hôtel Dieu pour y chercher sa guérison. Le soir, je la vis muette et paralytique et elle était encore telle le lendemain à la visite du chef de service. Dans la journée elle commença à parler. Le jour d’après, elle commençait à remuer les jambes, et au troisième jour, elle marchait dans les salles complètement guérie. » Ici s'ajoute une autre influence, celle du milieu. De même que les miracles ont exclusivement pour théâtre un lieu choisi et particulier, il est probable que l'hôpital, par l'impression profonde qu’il cause au malade, par la célébrité des médecins qui s’y trouvent, met le sujet en état d'attention expectante et permet avec la plus grande facilité la réalisation des suggestions.

2° Des conditions de la suggestion. — Nombreux sont donc les procédés qui permettent de mettre en œuvre automatisme cérébral, et de produire ainsi l’inhibition ou la dynamogénie. Mais ils sont tous soumis à des conditions peu variables,

1 Bouchut, Traité de thérapeutique.

a) Croyance dans le médecin et le remède. — 11 faut d’abord que le terrain soit favorable pour que l’action soit efficace. « Tout est dans l’action morale et les mêmes moyens auront des effets merveilleux ou resteront inefficaces suivant le degré de préparation du sujet ou la misé en scène, Rien n’est plus facile que d’obtenir, et nous l'avons fait des milliers de fois, chez des individus que nous n’endormions pas, qui n’avaient jamais été endormis, ce qu'on obtient habituellement par la suggestion hypnotique. 11 s’agit pour cela de savoir persuader le sujet de l'expérience que ce doit être ainsi. Peu importe d’ailleurs le choix du procédé ; on obtiendra par exemple tout aussi bien des phénomènes de transfert, le retour de la sensibilité dans des régions qui paraissaient en être privées ; sa disparition dans des régions où elle était le plus exquise, l’accroissement ou l’affaiblissement de la puissance musculaire mesurée au dynamomètre, par l’application de morceaux de bois (ce que l’on a décrit sous le nom de æylothérapie), par celle de morceaux de papier de couleurs diverses, que par le souffle, le regard, l’apposition de la main, par un aimant, un morceau de métal. Tout réussira si la malade croit fermement que cela doit réussir {. » Cette opinion est sans doute exagérée : mais il est évident que c’est une des conditions les plus essentielles à l’action de la thérapeutique suggestive que la confiance du malade en la science du médecin et sa foi dans le remède curateur. Sans elle on ne peut rien obtenir, du moins des améliorations durables ; avec elle on peut tout essayer et tout réussit souvent, Nous ne parlons

! Gazette des hôpitaux, 1886. *

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