DE LA SUGGESTION DANS UN SERVICE HOSPITALIER DE NÉVROPATHES
Les procédés destinés à éveiller la suggestibilité et à rendre praticable l’action thérapeutique dela suggestion sont innombrables. Mais, quel que soit celui que l’on choisisse ou que l’on emploie, les conditions générales que nous avons développées sont d’une utilité immédiate. L’individu sera d'autant plus suggestible qu’il aura été mieux préparé et qu’il vivra dans un milieu suggestif plus convaincant : le procédé ne fera que mettre en œuvre cette suggestibilité latente ainsi exaltée. :
Nous étudierons donc d’abord :
1° La préparation du sujet nécessaire pour rendre efficace le procédé choisi ; 2° Le procédé choust ; Et enfin : | 3° Les applications thérapeutiques de cette mé- . thode, ses avantages et ses résultats.
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I. — «Il importe, dit Bernheim, que, dans l'intérêt de la guérison, le malade soit dans une atmosphère suggestive, entouré de personnes qui secondent l'influence morale du médecin et qui ne cherchent pas à neutraliser l’œuvre médicalet. » L'hôpital réunit admirablement bien ces conditions. Il faudra donc assembler les malades de façon à les soumettre plus directement aux diverses actions suggestives, les éloigner ainsi de parents ou d’amis qui pourraient réaliser chez eux des contre suggestions, en les persuadant de l’inutilité et de l’inefficacité de cette thérapeutique. Charcot?, Gilles de la Tourette, donnent l’isolement comme un des meilleurs et des plus sûrs traitements de l’hystérie, à cause de l’action morale que l'on peut exercer ainsi en toute facilité sur le malade. Or, l’hystérie est une des maladies le plus et le mieux justiciables de la suggestion ; et il est permis de se demander si l’isolement remplit les meilleures conditions pour cette action suggestive. Nous croyons, au contraire, que la réunion des malades dans un milieu de croyances générales entretiendra et poussera à un haut degré la foi scientifique chez le patient en traitement.
La suggestion inconsciente produite par l’influènce du milieu réputé donnera naissance de même à une crainte des plus favorables, Nous savons, en effet, combien une agglomération de personnes modifie le caractère de chacune d’entre elles, développe leur crédivité, leur foi, leur suggestihilité. Cette mise en commun des malades, il est vrai, présente les inconvénients qui ont fait préconiser
! Bernheim, La suggestion et ses applications à la thérapeutique, 1886.
* Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux.
l'isolement. L'étude des épidémies d’hystéro-démonopathie et celle de l’hystérie démontrent combien sont contagieux les divers phénomènes nerveux et il est dangereux à ce point de vue d’agglomérer des névropathes : car une crise hystérique peut immédiatement en faire naître de semblables chez des prédisposés jusque-là réfractaires. Mais cela ne peut se produire dans un service où le traitement suggestif est constant. Cette contagion, dans un certain sens, est au contraire favorable. Chaque amélio-. ration ou guérison obtenue peut agir sur les malades voisins par suggestion indirecte. Nous relatons l’otservation d’une hystérique à crises assez nombreuses et à troubles sensitifs et moteurs variés. Dans une première séance, on avait suggéré seulement la disparition de troubles sensitifs et moteurs sans parler des crises, Or, chez l’une de ses voisines, dans la même journée, on avait amené par la suggestion la disparition des crises convulsives et cet effet curatif obtenu fut assez puissant sur l'imagination de la première malade pour faire cesser ou diminuer ses crises. On comprend donc ainsi l'importance d’un hôpital ou d’un service spécial, consacré exclusivement à l’emploi de la thérapeutique suggestive agissant comme lieu renommé et comme milieu suggestif.
Ce milieu devra être particulier et composé d’une certaine façon. Le personnel hospitalier, les sœurs, les infirmiers, infirmières, par l'influence nécessairement assez grande qu’ils acquièrent sur les malades, seront convaincus de l'efficacité de la suggestion et par conséquent donneront dans leurs soins journaliers le secours moral de leur foi.
Les étudiants par leurs conversations ou leurs discus-
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sions empreintes d’un certain scepticisne pourraient défavorablement impressionner les malades et ne seront admis à pénétrer dans les salles qu’au moment de la visite du chef de service. Rien, en effet, n’est à dédaigner si l'on veut réaliser cet entraînement tout imaginatif qui conduit à l’action bienfaisante de la suggestion à l’état de veille ou de l'hypnose. Les conversations des malades. devront donc être dirigées de façon à enlever toute ten. dance au scepticisme et à l’incrédulité. |
- Le médecin aura le rôle le plus difficile à nn Il faut, dans ces traitements presque complètement psychi ques, user d’une grande prudence et d’une grande habileté. Les hystériques, les névropathes sont certainement les sujets chez lesquels la suggestibilité est le plus développée à cause du «rétrécissement du champ de leur conscience ‘>, par les anesthésies, les aboulies, etc., qui se rencontrent si fréquemment dans les symptô-. mes de la névrose hystérique. Il faudra agir d’abord sur les personnes les plus suggestives, de manière à acquérir, par de premiers succès, la confiance entière des malades. Ces premiers résultats ont, en effet, une importance décisive par la suite,et du début heureux ou malheureux dépend à peu près l'efficacité ou la non-efficacité de la thérapeutique suggestive. C’est pourquoi on voit des au teurs nier systématiquement tous ces phénomènes, et d’autres être remplis d’une conviction ardente et d’un. enthousiasme exagéré. Il ne faut, en effet, tomber ni dans l’un ni dans l’autre excès.
- Ne pas trop promettre au malade ; mais one par
t Janet, Automatisme psychologique.
des séances répétée les symptômes un à un et maintenir toujours par de nouvelles suggestions les résultats obtenus est le seul. moyen de ne pas faire perdre au malade cette confiance si- précieuse qui, pour quelques uns, est tout le secret des bienfaits de la suggestion.
II. — Le malade étant ainsi préparé par ces diverses actions suggestives conscientes ou inconscientes, on devra mettre en œuvre le procédé employé. Or, nous savons qu’il n’est pas nécessaire pour développer la suggestibilité à un degré suffisant, de plonger le malade dans le sommeil hypnotique. On peut dans le premier stade ou d’engourdissement, en provoquant la concentration de la volonté sur un endroit, se rendre maître de la zone motrice moyenne et de la zone postérieure sensitivo : sensorielle du cerveau. Nous ne voulons point passer en revue les diverses manières de produire l’état de crédulité : que ce soit par la fixation d’un objet brillant, par la fixation du regard, par une série de passes, ou par l’occlusion des paupières avec friction des globes oculaires, on obtient à peu près chez tous les individus, pourvu qu’ils aient subi l'influence persuasive du milieu: et du médecin, une suggestibilité hypnotique bien suffi -: sante, et qui n’aura aucun des inconvénients et des dangers de l'hypnose. Cet état, nous l’avons dit, est facile à. obtenir chez un grand nombre d'individus. Les diverses statistiques que l’on a pu établir sont difficiles à comparer, car elles sont très variables suivant les conditions dans lesquelles sont appliquées les tentatives d’hypnose et suivant les médecins qui les produisent. te celles que. M. Liébault a publiées :
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Réfraciaires 2 SR RER Somnolence, pesanteur . . . . 33 Sommeillésonse 0008-00
SOMMEIL PrOIORA 40, RNA) Sommeil très profond . . . . . 232 Somnambulisme léger . . . . 31 Somnambulisme profond. . . . 181
Cette statistique a été prise sur 1011 personnes soumises à l’hypnotisation. On peut dire avec ce tableau qu’une infime minorité d’individus névropathiques, 25 pour 1000, résisteront à l’action première du sommeil, somnolence, pesanteur, car ceux qui ont été plongés dans un sommeil plus profond ou dans le somnambulisme ont dû passer par cette première phase. Cette statistique sera-t-elle invrai semblable quand le médecin opérera sur des sujets pré parés, convaincus de la puissance magnétique, et offrant ainsi une docilité cérébrale plus grande ? Nous ne le pensons pas. M. le D' Tournier a d’ailleurs trouvé peu de résistance à cette action, et a obtenu des phénomènes de légère somnolence chez presque toutes les personnes auxquelles il pratiquait l’occlusion des paupières et la friction des globes oculaires. Peu de gens sont réfractaires à ce phénomène presque mécanique et physiologique. La compression lente, modérée des filets épanouis du nerf optique produit une inhibition des facultés intellectuelles conscientes et une torpeur particulière en est la conséquence, ou d'autre part l'individu soumis à cette manœuvre a son esprit concentré sur cette action mécanique qui le préoccupe et dont il attend des effets merveilleux. À ce mo ment la suggestion verbale a d’autant plus de prise sur ses
Ed centres automatiques, la volonté ayant subi une dérivation.
Ce n'est pas à proprement parler l'hypnose et le sommeil hypnotique. C’est en somme de la suggestion à l’état de veille, puisque le malade, entend, répond aux questions posées, s'oriente, et se rappelle parfaitement ensuite ce qu’il a entendu, senti, etc. Ce léger degré d’hypnose n'offre pas les dangers de l’hypnose profonde, qui, bien qu'exagérés par quelques auteurs, n’en sont pas moins réels : les tendances auto-hypnotisantes (le malade s’endormant spontanément), le somnambulisme produit avec la plus grande facilité par Le premier venu, l’hallucinabilité extrême, ne s’observent pas comme conséquence de ce premier stade, Faut-il dire qu’il soit exempt de tout incon vénient? Il peut provoquer chez les hystériques ou les névropathes prédisposés, par l’émotion particulière de la mise en scène, l’apparition de crises d’hystérie qui jusquelà ne s'étaient pas manifestées. Mais il est possible d’empêcher cette action nuisible par une suggestion préven: tive et énergique. Nous adopterons donc ce procédé de suggestion à l’état de veille puisqu'il développe la suggestibilité individuelle d’une façon assez considérable pour permettre l’action thérapeutique.
Maisnousajouterons àcetteaction une autreinfluence, en nous servant d’un agent thérapeutique qui pourle malade aura la puissance décisive dela guérison.Cesera ou un médicament dont l’efficacitésoit connue et incontestée,ou aucontraire un remède inconnu,mais dont on a vanté les grands effetsdevantle malade.On peutranger dans le premier groupe la métallothérapie,lamagnétothérapie, l’électrothéra pie. La magnétothérapie a été longtemps en faveur. Trous-
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seau !, Laennec, avaient essayé avec succès dans certaines maladies, l’application d’armatures aimantées. « Nous pouvons affirmer, dit Trousseau, que cet agent thérapeutique exerce sur les parties avec lesquelles il est en contact une influence qu’il est impossible de rapporter à l’imagi nation des malades. J’ai vu des douleurs névralgiques modifiées, des accès de dyspnée nerveuse rapidement arrêtées, etc. »
Malgré la parole de Trousseau, il est difficile de se prononcer quand on considère ce que peut produire l'hypnotisme ; l’aimant restaure la sensibilité perdue : mais il est probable que la suggestion joue un grand rôle dans les effets dynamiques obtenus, comme dans certaines médications hydrothérapiques, électriques.
L’électricité employée dans la suggestion à l’état de veille telle que nous l’avons décrite, donne de très beaux résultats. C’est l’électricité statique que l’on emploie. Il serait peut-être exagéré de dire que c’est une influence purement d'imagination qui occasionne ces phénomènes, mais lorsque par un instrument quelconque de la même forme que l'appareil employé (aimant, ou tout autre objet, coupe-papier par exemple) ou en interrompant le courant électrique on voit les mêmes actions se produire, avec autant de netteté, on est en droit de se demander s’il n'entre pas une grande part de suggestion dans les effets obtenus. Quoi qu’il en soit, il faut utiliser ces différentes méthodes en les associant à l'hypnose légère.
Dans le deuxième groupe de cette médication suggestive, les pilules de mica panis, le bleu de méthylèue,
1 Dictionnaire de médecine, 1833,