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AUTOMATISME CHEZ L’ADULTE

Le cerveau, en tant qu’organe psychique, n’intervient pas seulement pour modérer l’action réflexe; il intervient aussi pour corriger, pour interpréter, pour rectifier nos impressions, soit les impressions imparfaitement transmises par nos organes sensoriels, soit les impressions mémoratives renaissant directement comme au choc de la réminiscence, soit les impressions suggérées par une influence étrangère. Le vent sifflant à travers une fissure donne l’image acoustique d’un gémissement; l’organe psychique l’interprète et la restitue à sa véritable cause; une vision imaginaire nous surprend pendant nos rêveries; la conscience reprend possession d’elle-mème et rétablit la réalité. Ne sommes-nous pas

tous, par l’imperfection de notre être conscient et de nos expressions sensorielles, exposés à des illusions, à des suggestions variables? Ce qui se passe dans le rêve où nos sens engourdis ne rectifient plus les idées qui surgissent incohérentes, où les choses les plus fantastiques nous paraissent des réalités, oü nous croyons

tout, parce que le jugement faisant défaut ne contrôle plus rien, cela arrive aussi chez quelques-uns dans la période de concentration psychique qui prélude au sommeil. Alfred Maury a fait une étude intéressante de ces phénomènes qu'il a pu étudier sur lui-même, étant fort sujet à ces hallucinations qu’il appelle hypnagogiques.

* Mes hallucinations, dit-il, sont plus nombreuses et surtout plus vives quand j’ai, ce qui est fréquent chez moi, une disposition à la congestion cérébrale. Dès que je souffre de céphalalgie, dès que j’éprouve des douleurs nerveuses dans les yeux, les oreilles, le nez, les hallucinations m’assiègent, à peine la paupière close. Lorsque dans la soirée, je me suis livré à un travail opiniâtre, les hallucinations ne manquent jamais de se

HALLUCINATIONS H YPNAGOGIQUES

présenter. Ayant passé deux jours consécutifs à traduire un long passage grec assez difficile, je vis, à peine au lit, des images si multipliées et qui se succédaient avec tant de promptitude, que, en proie à une véritable frayeur, je me levai sur mon séant pour les dissiper.

« 11 n'est pas nécessaire que l’absence d'attention soit de longue durée pour que l’hallucination hypnogogique se manifeste ; il suffit qu’elle ait lieu seulement une seconde, moins peut-être. C’est ce que j'ai bien souvent constaté par moi-même. Je me couchais; au bout de quelques minutes, mon attention, qui avait été jusque-là éveillée, se retirait ; aussitôt les images s’offraient à mes veux fermés. L’apparition de ces hallucinations me rappelait alors à moi, et je reprenais le

• cours de ma pensée, pour retomber bientôt après dans

• de nouvelles visions, et cela plusieurs fois de suite jusqu'à ce que je fusse totalement endormi. Un jour, j’ai

pu observer ces alternatives singulières. Je lisais à haute voix un voyage dans la Russie méridionale. A peine avais-je fini un alinéa que je fermai les yeux instinctivement. Dans un de ces courts instants de somnolence, je vis hvpnogogiquement, mais avec la rapidité de 1 l’éclair, l’image d'un homme vêtu d’une robe brune et coiffé d’un capuchon comme un moine des tableaux de iZurbaran. Cette image me rappela aussitôt que j'avais I fermé les yeux et cessé de lire : je rouvris subitement les [paupières, et je repris le cours de ma lecture. L interruption fut de si courte durée, que la personne à laquelle je lisais ne s’en aperçut pas, etc. »

Qui n’a eu de ces hallucinations plus ou moins dessi-

1 Le Sommeil et les Rêves, Paris, 1878.

CRÉDIVITÉ

nées, lorsque l’attention se retire des objets sur lesquels elle était fixée ; que l’esprit, perdant la conscience nette du moi, devient le jouet des images évoquées par l’imagination ? Etranger à la réalité des choses, il est livré tout entier aux conceptions factices qui l’obsèdent, jusqu’à ce (pie la conscience, reprenant possession d’ellemêine, dissipe ces rêvasseries, efface les chimères et rétablisse la réalité.

Nos erreurs, nos illusions, nos hallucinations ne sont pas toutes spontanées, nées en nous-mêmes, mémoratives ou consécutives à une impression sensorielle défectueuse; elles peuvent nous être suggérées par d’autres personnes ; notre cerveau, parfois, les accepte sans contrôle.

Car, n'avons-nous pas tous, à un degré variable, une certaine crédivité, qui nous porte à croire ce qu’on nous dit? < La crédivité, dit Durand, de Gros, que les théologiens appellent * la Foi » nous est donnée afin que nous puissions croire sur parole, sans exiger des preuves rationnelles ou matérielles à l’appui. C’est un lien moral des plus importants : sans lui, pas d’éducation, pas de tradition, pas d’histoire, pas de transactions, point de pacte social ; car, étant étrangers à toute impulsion de ce sentiment, tout témoignage serait pour nous comme non avenu, et les assurances les plus véhémentes de notre meilleur ami, nous annonçant d’une voix haletante que notre maison prend feu, ou que notre enfant se noie, nous trouveraient aussi froids, aussi impassibles, que si l’on se fût contenté de dire : « 11 fait beau » ou : « 11 pleut. » Notre esprit resterait fixe et imperturbable dans l’équilibre du doute, et l’évidence aurait seule puissance de l’en faire sortir. En un mot, croire

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