‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 153 sur 280 · HYPNOTISATION DES SUJETS SAINS · texte numérisé non relu

HYPNOTISATION DES SUJETS SAINS

Vous citez parmi mes observations, comme atteint de troubles nerveux très graves , un ancien sergent, ouvrier aux forges, autrefois blessé à Patay par un éclat d’obus à la tête. J'ai beau dire « que son intelligence est nette, qu'il n’accuse aucun antécédent nerveux, qu'il n'a pas d’accès de somnambulisme spontané » ; malgré mon dire, vous affirmez des troubles nerveux très graves, qui n'existent pas. N ous qualifiez encore de névropathe un gastralgique, parce que je parle de rachialgie, et vous définisse^. rachialgie, douleur de la moelle, ce qui n'est pas exact. Le rachis n’est pas plus la moelle que le crâne n’est le cerveau; tou> les médecins savent que les affections d’estomac s’accompagnent de sensibilité rachidienne, et que celte sensibilité rachidienne n implique aucun trouble médullaire; notre homme n’en avait aucun.

Quand je parle d’un ancien marin, employé de chemin de fer, affecté de rhumatisme articulaire chronique, quand j’ajoute : « C’est un homme intelligent, bien équilibré, l'esprit assez cultivé, rien moins que nerveux, nullement crédule »>, et que j’ai pu le mettre en somnambulisme profond et lui provoquer des hallucinations hypnotiques ou posthvpnoliques. j'expose, il me semble, un fait bien défini, bien caractérisé; j’aurais pu fournir plus de détails, décrire l’état de ses articulation', retracer toute l’évolution de son rhumatisme, interroger ses antédents héréditaires, j’aurais surchargé de détails inutiles au but proposé le fait que je voulais signaler; j’ai dit tout ce (pie je voulais dire.

Je relate le fait * d'un homme très intelligent, nullement nerveux, d'une position sociale élevée », bien portant, auquel j’ai suggéré avec succès pendant le sommeil une hallucination olfactive posthypnotique; je

2/'t SOMMI.ll, .NATUREL TRANSFURM K O SOMNAMUULISMK

raconte des phénomènes <le suggestion à l'état de veille et de sommeil produits sur un jeune garçon âgé de quatorze ans, atteint de néphrite catarrhale en voie de guérison, « lymphatique, intelligent, ayant une bonne instruction primaire, d’ailleurs ne présentant aucun trouble nerveux »; j’aurais pu relater cent faits pareils. Tout cela pour vous est vague et peu lumineux ! Vous me ferez cependant l’honneur de croire que je suis apte ii discerner les perturbations nerveuses de l’organisme et que j’ai assez de sang-froid scientifique pour ne pas me laisser aller à transiger avec la vérité.

Sans doute nous avons tous un système nerveux, nous avons tous une certaine impressionnabilité nerveuse. La suggestion hypnotique, pour agir sur l’être psychique, exige une certaine disposition, une certaine réceptivité cérébrale : il faut que le sujet sache se concentrer et sa pénétrer pour ainsi dire de l’idée du sommeil. Mais cette disposition spéciale, que beaucoup possèdent à un certain degré, n'est naturellement l’apanage exclusif de la névropathie et de l’hystérie. Il est vrai de dire qu’elle est souvent très accentuée chez les hystériques; un rien quelquefois les met en somnambulisme. Cela est toutefois loin d’être constant. Il est des hystériques, comme vous le dites, difficilement hypnotisables; parmi les névropathes, il en est aussi de réfractaires; les aliénés, les mélancoliques, les hypochondriaques, les personnes à imagination mobile et qui ne savent pas fixer leur attention, celles cpic l’émotion absorbe, celles dont le cerveau est préoccupé par des idées diverses, opposent à la suggestion une résistance morale consciente ont inconsciente. Il faut que la volonté ou l’idée de dormir soit là! Les gens du peuple, les anciens militaires, les artisans, les sujets habitués à

SOMMEIL NATUREL TRANSFORMÉ EN SOMNAMBULISME 2r.<

l'obéissance passive, les cerveaux dociles, m’ont paru plus aptes à recevoir la suggestion. Les hommes intelligents, bien pondérés, lymphalico-sanguins. sachant appliquer leur attention sans préoccupation ou arrièrepensée, donnent mieux, quand ils veulent, que certainnévropathes dont le cerveau agité ne sait se fixer ?ui' aucun point.

Le sommeil ordinaire ne ditTëre pas en réalité du sommeil hypnotique; il suflit qu’une personne s'endorme volontairement et naturellement devant moi, lu pensée fixée sur moi, pour qu’elle puisse être soumise a mon influence. Récemment, je trouve dans mon service d’hôpital une pauvre phtisique qui dormait; je ne l'avais jamais hvpnoti-ée. Touchant légèrement sa main, je lui dis : » Ne vous réveillez pas. Dormez. Vous continuez à dormir. Vous ne pouvez pas vous réveiller.» Après deux minutes, je lui lève les deux bras; ils restent en catalepsie. .le la quitte après lui avoir dit qu’elle se réveillerait au bout de trois minutes; quelque temps après son réveil, qui eut lieu à peu près au moment indiqué, je retourne lui causer; elle ne se souvenait de rien. Voilà donc un sommeil naturel pendant lequel j'ai pu me mettre en relation avec le sujet endormi; et cela seul a constitué le sommeil hypnotique ! Comment la relation a-t-elle pu s’établir? Je suppose qu'il y a eu un commencement de réveil, mais que mon injonction de continuer à dormir aempôché le réveil de se compléter; la personne s’est rendormie en sommeil dit hypnotique, c’est-à-dire en rapport avec moi. Une mère trouve son enfant endormi; elle lui parle, l’enfant répond; elle lui donne à boire, l’enfant boit, mais retombe dans son inertie, et, au réveil, a tout oublié : l'enfant a été en réalité hypnotisé, c’est-à-dire en relation avec sa mère.

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