‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 154 sur 280 · SUGGESTIBILITÉ A PARIS COMME A NANCY · texte numérisé non relu

SUGGESTIBILITÉ A PARIS COMME A NANCY

Je crois que tous les hommes sont hypnotisables; mais nous ne connaissons pas les procédés capables de les hypnotiser tous. Le jour où l'on aura découvert un agent soporifique sûr et constant, provoquant le sommeil rapidement, sans que cet agent modifie la disposition psychique, de manière que le sujet puisse dormir, la pensée vers la personne présente, alors peut-être nul n’échappera à l’influence suggestive d’autrui, comme nul n’échappe aux suggestions hallucinatoires provoquées par ses propres impressions dans le sommeil normal.

Vous allez jusqu’à penser que le succès des expériences de M. Liébcault a créé à Nancy une sorte d’épidémie suggestive, comme il existe une épidémie de spiritisme, de magnétisme, de mesmérisme! Et à l’appui de cette opinion, vous dites que, dans les hôpitaux de Paris, le somnambulisme pathologique (spontané) est très rare, tandis qu’il parait s’en être rencontré beaucoup plus à Nancy dans ces derniers temps! C’est là un renseignement inexact. Le somnambulisme spontané est aussi rare à Nancy qu’à Paris. Je n’en ai jamais vu dans nos hôpitaux, et mes confrères n’en voient pas. Nos hypnotisés n’ont jamais d’accès de somnambulisme spontané.

Quant au sommeil provoqué artificiellement, M. Charles Richet l’obtient aussi facilement à Paris que nous à Nancy; M. le docteur Brémaud l’obtient aussi facileà Brest. J’ai moi-même récemment et avec succès expérimenté, dans un salon de Paris, sur un jeune homme de vingt ans et deux hommes de quarante, nullement névropathes, et cependant je ne crois pas avoir' importé de Nancy à Paris le microbe de l’épidémie. L’une de ces expériences, particulièrement instructive, mérite

COUPLA ISA \ ci; ou simulation

d’étre relatée. Il s'agit d’un I »el et grand garçon d'une intelligence hors ligne, esprit positif, le' premier de sa promotion dans une de nos grandes écoles d’enseignement supérieur et scientifique. Désirant être éclairé sur la question de l’hypnotisme, il demande lui-même à être endormi, promettant de se laisser aller avec sérieux et sans résistance. En moins de deux minutes, occlusion îles paupières, catalepsie et contracture suggestives, mouvements automatiques. A son réveil, il affirme avoir tout entendu et s’être rendu compte de tout; mais comme il s’était promis d’obéir sans résistance, il avait obéi. « Auriez-vous pu résister? lui dis-je. (Juandj’ui mis votre bras en l’air, auriez-vous pu le baisser, malgré mon affirmation contraire? — Je le crois, dit-il. sans en être certain. I n moment j’ai commencé à baisser mon bras (ce qui en efTet avait été visible). En route, un remords m'a saisi. Je l'ai relevé, en me disant : Non. je ne dois pas le baisser. » Etait-ce de la complaisance?

Ce jeune homme ne savait lui-même qu’en penser.

Curieux et désirant absolument être édifié, il me pria une demi-heure plus tard de l’hypnotiser de nouveau. En moins d’une minute, il était pris. Je mis ses jambes el ses bras en l’air : ils y restèrent. Alors je lui dis;

* Maintenant faites l’expérience; essayez d’abaisser votre bras et vos jambes; si vous pouvez, si vous avez de la volonté, appliquez-la. Mais je vous préviens que vous ne pourrez pas. » Il essaya en vain et ne parvint, malgré tous ses efforts visibles, à modifier l’attitude suggérée. Je lui fis tourner les deux bras l’un autour de l'autre :

« Essayez d’arrêter, dis-je, vous ne pourrez pas. » Il ne put pas en effet arrêter cet automatisme rotatoire. Quand il lut réveillé, il était convaincu qu’il n'y avait

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