‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 17 sur 280 · CATALEPSIE SUGGESTIVE · texte numérisé non relu

CATALEPSIE SUGGESTIVE

primés, se laissent étendre et fléchir docilement comme une cire molle ( flexibilitas cevea ) ; on peut étendre certains doigts, fléchir d’autres, plierunecuisse, étendre l’autre, asseoir le malade, incliner la tête sur uneépaule, communiquer aux divers segments du corps les attitudes les plus bizarres; ils restent figés, comme un mannequin articulé, dans la position communiquée; ilssuivent le mouvement donné, sans le dépasser. Tantôt enfin la catalepsie est rigide, s’accompagne d’une vraie contracture qui ne se résout que par la suggestion. Je lève par exemple un bras verticalement; il reste fixé, contracturé. Si on veut le baisser, il oppose une grande résistance à la main qui cherche à ledéprimer ; sionavaineu cette résistance et qu’on abandonne le membre, il reprend comme un ressort la position première verticale en l’air. C’est une vraie catalepsie rigide que j’appellerai catalepsie tétanique. Aussitôt le sujet endormi, je lève bras et jambes, sans rien dire; ils se fixent immédiatement, comme tétanisés dans l’attitude communiquée. Cette rigidité est ordinairement beaucoup plus grande dans les membres supérieurs que dans les membres inférieurs. Chez quelques sujets, tout le corps peut être ainsi immobilisé et tétanisé, si bien qu’on peut mettre la tête sur une chaise, les pieds sur l’autre et peser sur le corps sans rompre la contracture.

La suggestion seule réussit toujours à résoudre cet état tétanique. Je dis ; « Je puis abaisser votre bras et le mouvoir comme je veux. » Alors la rigidité disparaît et la catalepsie persiste, cireuse ou fiasque, comme I dans les degrés précédents.

En un mot, on observe dans 1 état hypnotique toutes les formes qui se présentent à l’état pathologique ; et si l’on veut bien relire les diverses observations de calalep-

CATALEPSIE DANS LA FIKVKE TYPHOII»E

sie spontanée qui ont été publiées, on ne tardera pas à s’assurer que beaucoup se rapportent en réalité à des cas d’hypnotisme ou de somnambulisme spontané. Lasègue, produisant par occlusion des yeux chez ses hystériques des accès cataleptiques artificiels présentant les caractères spéciaux de la catalepsie spontanée, ne s c>t pas aperçu que ses hystériques étaient, en réalité, hypnotisés; il avait fait de la catalepsie suggestive.

Chez la plupart des hypnotisés, je le répète, il n’est pas nécessaire, pour que les membres restent cataleptisés, que la suggestion soit formulée. L’état psychique est tel que toute idée reçue par le cerveau s’y imprime, que toute attitude communiquée à un membre se maintient : cette position imprimée au membre par 1 opérateur est acceptée par le cerveau «lu sujet, comme une suggestion devinée; il n’a pas assezd'initiative cérébrale pour modifier spontanément l étal musculaire créé.

Divers états pathologiques peuvent, en supprimant la spontanéité cérébrale ou en déterminant un état psychique analogue à celui créé arlilicielleinent par l'hypnotisme, réaliser un état cataleptiforme. Je l’ai observé nombre de fois dans la fièvre typhoïde ; seulement il faut chercher le phénomène pour le trouver.

Je citerai deux cas. Dans le premier, il s'agissait d'un homme de trente-cinq ans, atteint de fièvre typhoïde bénigne, mais compliquée de lypémanie anxieuse, du lo'1 au 35° jour, alors que la fièvre était déjà eu voie de défervescence. Le malade était immobile, insensible à tout ce qui se passait autour de lui, il répondait aux questions par monosyllabes, d’autres fois se retranchait dans un mutisme absolu. Les yeux étaient fermés, les pupilles cachées sous les paupières supérieures. Les réflexes étaient conservés; la sensibilité diminuée nota-

Page 1