LÉSION LOCALE ET IRRADIATIONS DYNAMIQUES
laile éprouve de nouveau une sensation de barre jusqu’au tiers inférieur de la jambe. — Apres hypnotisation, cette sensation disparaît complètement.
I.e malade continue à bien aller. La force dynamométrique de la main gauche dépasse toujours 50. Le i, il fait trois lieues à pied, ne se ressentant plus de rien. 11 retourne à son travail le 5 mars 188*.
11 revient me consulter le 3 mars 1885. 11 dit s être bien porté jusqu'à il y a trois mois. Depuis lors, il éprouve de la douleur dans la gouttière olécranienne, douleur continue qui le réveille souvent, mais sans élancements au repos. Il peut ouvrir et fermer les doigts; s’il fait un effort pour soulever un objet et pour serrer, des élancements douloureux se manifestent dans le coude et dans les doigts. Le coude fléchi, la douleur n’existe que dans la gouttière : s'il l’étend, elle augmente et se propage aux trois derniers doigts. La pression île la gouttière la réveille très vive.
Il y a trente-six jours, il s'est piqué avec une paille de fera la dernière phalange du médius droit. A la suite se déclara un phlegmon diffus du dos de la main qui fut ouvert après dix jours par le médecin de l' hôpital de l’ompey ; la suppuration continua jusqu'il y a quinze jours. Depuis l'abcès est cicatrisé ; reste le gonflement avec rougeur au dos de la main, une sensibilité très vive sur cette face dorsale et dans le médius; la pronation et la supination sont possibles; les mouvements imprimés au poignet sont douloureux ; les phalanges étendues ne peuvent être fléchies sans douleur.
Après suggestion hypnotique, la douleur cubitale gauche a complètement disparu. 1‘... peut serrer avec force de cette main et soulever une bûche de bois sans que cet effort détermine la moindre douleur.
La main droite n'est plus douloureuse; il peut spontanément, ce qu'il ne pouvait faire auparavant, fléchir le poignet et plier un peu les phalanges, sans douleur, autant que le gonflement le permet.
Il revient le 20 mai. La main gauche va toujours bien. La main droite reste sensible et encore gonflée; les doigts sont raides, il ne peut les plier. Après suggestion hypnotique, la douleur a disparu, la raideur due au gonflement persiste encore.
OBSERVATION
Il revient me voir le 9 avril 1880 ; il ne persiste qu'une certaine raideur dans la main droite consécutive au phlegmon ; les premières phalanges sont en légère flexion sur le métacarpe : mais il n’a plus ressenti aucun symptôme de névrite cubitale ni d autre manifestation. J'ai eu de ses nouvelles le 13 mai, il va très bien.
J'ai relaté cette observation avec détails; car elle montre bien comment la suggestion agit, comment elle lutte contre des troubles fonctionnels graves, et arrive, malgré leur opiniâtreté, à les réprimer sans cesse et finalement à en triompher.
Cette observation montre aussi, comme la précédente, quel rôle le dynamisme fonctionnel joue dans les affections cérébro-spinales.
La première attaque, laissant à sa suite une paraplégie avec rachialgie, douleurs en ceinture, douleurs fulgurantes, semblait accuser une méningo-myélite aiguë. La disparition rapide des symptômes par la suggestion montra qu’il n'en était rien.
La guérison totale survenue à la suite de chaque attaque, la disparition instantanée par suggestion de chacun des accès de névrite cubitale indiquent évidemment que tous ces troubles n'étaient pas dus aune lésion grave et diffuse de l’axe cérébro-spinal, comme les syptùmes pouvaient le faire supposer.
Nous pensons qu’il s'agit d'une lésion localisée, placée peut-être vers l'origine spinale du cubital gauche ; est-ce quelque tumeur bénigne qui peut rester latente et inoffensive, comme les tumeurs cérébrales elles-méines? De temps en temps, cette lésion locale deviendrait le siège d’ irradiations ‘dynamiques dans l'axe cérébro-spinal; suivant que ces irradiations sont plus ou moins étendues, elles donneraient lieu soit à de la névrite cubitale seule,