‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 200 sur 280 · HÉMIPLÉGIE GAUCHE INCOMPLÈTE · texte numérisé non relu

HÉMIPLÉGIE GAUCHE INCOMPLÈTE

soit à des douleurs fulgurantes avec paralysie et anesthésie du membre inférieur gauche, soit à de la paraplégie, soit à de la paralysie des quatre membres, soit enfin à des troubles encéphaliques : céphalalgie, larmoiement, picotement facial, attaques apoplectiformes. De même, une tumeur cérébrale longtemps silencieuse peut provoquer de temps en temps des attaques apoplectiformes ou épileptiformes avec paralysies variables. Ces phénomènes à distance, si fréquents en pathologie nerveuse, doivent imposer une certaine réserve au diagnostic topographique de la lésion.

On a vu comment la suggestion intervient utilement et dissipe les troubles qui ne sont pas commandés par une altération matérielle irrémédiable des éléments or ganiques correspondants. On voit aussi comment la suggestion contribue, dans ces cas. à rectifier et à assurer le diagnostic en dégageant, pour ainsi dire, ce qui est simplement dynamique de ce qui est organique.

Observation III. — Hémiplégie gauche incomplète datant de huit jour s. — Amélioration rupide par suggestion. — Guérison presque complète en trois semaines.

Louis G..., âgé de soixante ans, peintre en bâtiment, entre à l'hôpital le 7 novembre 1880. De bonne constitution, habituellement bien portant, il a ressenti brusquement, il y a six jours, une sensation d'engourdissement dans la jambe gauche ; il put rentrer chez lui. Deux heures après il ressentit un engourdissement semblable dans le bras gauche, avec des fourmillements qui ont duré depuis. Il put continuer a marcher en se tenant le long du mur. Dans la soirée, quand il voulut essayer de se lever, il ne put plus se tenir sur la jambe gauche.

On constate le 8 novembre : apyrexie ; pouls régulier, égal ; les artères sont dures, athéromateuses. Les traits de la face sont sensiblement divisés à droite et plus accentués de ce côté.

OBSERVATION

I.e malade lève plus lentement et tient moins haut le bras gauche qui se fatigue aussi pl us vite; il exécute d’ailleurs tous les mouvements avec ce bras. Le dynamomètre donne 35 à 40 des deux côtés. Il ne peut se tenir debout. Etant couché, il soulève la jambe gauche, mais ne peut la tenir en l'air plus de quatre à cinq secondes ; plie les orteils avec quelque hésitation, ne peut fléchir le cou de pied. Les réflexes paraissent un peu plus marqués à droite. La sensibilité est normale. Le cœur n'est pas hypertrophié ; ses bruits sont nets, la respiration est normale. L’intelligence est intacte. Constipation depuis quatre jours. Traitement : lavement laxatif qui produit une selle.

Le 9, le malade est hypnotisé facilement en sommeil profond. Après le réveil, il peut tenir la jambe en l’air pendant dix secondes et remue beaucoup mieux les orteils; mais il ne peut encore fléchir le cou de pied.

Le 11. il ne peut tenir la jambe plus de quatre secondes en l’air.

Le 16, suggestion. Même état après.

Le 17, je reprends la suggestion. Après la séance , il a pu se tenir seul debout et marcher en étant soutenu très légèrement, ce qu’il ne pouvait faire avant.

Le 19, après suggestion, il a pu se tenir seul et marcher jusqu’au bout de la salle sans être soutenu en traînant la jambe; le mouvement le plus difficile pour lui est la flexion dorsale du pied ; il peut tenir, étant couché, sa jambe indéfiniment en l’air et l'abaisser graduellement. — Les réflexes tendineux sont un peu exagérés. •

Le 20, cet état se maintient. Suggestion quotidienne.

Le '23, il continue à bien aller, marche seul, et n'a plus les réflexes tendineux exagérés; il soulève très bien le pied.

L’amélioration continue ; le 2 décembre, il peut descendre les escaliers et ne traîne presque plus la jambe. Tous les mouvements se l'ont; la flexion dorsale du pied est parfaite ; pas d’exagération des réflexes tendineux.

11 reste encore au service jusqu’en janvier. Son état reste le même. Il marche bien, mais continue à accuser une lourdeur dans la jambe et le bras qui l'empêche de monter sur l’échelle et de manier son pinceau comme auparavant.

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