MOUVEMENTS PAH IMITATION
Chez quelques dormeurs profonds, ces mouvements automatiques ont lieu par imitation. Je me place devant l'un d eux : je tourne mes liras 1 un autour de l’autre : le sujet les tourne comme moi. .l’intervertis le sens du mouvement, il 1 intervertit aussi. Je fuis un pied de nez, il fait comme moi. Je balance une jambe, il la balance. Je frappe du pied sur le sol, il frappe aussi. Le mouvement que je fais suggère dans son cerveau 1 idée du même mouvement.
Je me suis assuré que ce phénomène, que les magnétiseurs donnent volontiers comme un elTet du mesmérisme, c’est-à-dire d’un fluide émanant «le mon corps sous l’intluence de ma volonté et agissant directement sur le magnétisé, n’est autre chose qu'un phénomène de suggestion. C’est parce que le sujet voit à travers ses paupières mal jointes ou parce qu’il entend le mouvement que je fais qu'il l’imite. Si je fais clore ses yeux hermétiquement, les mouvement imités ne se réalisent point. Un de mes somnambules, endormi en présence de mon collègue M. Charpentier, imitait cependant mes mouvements sans les voir, alors que je me plaçais derrière lui pour les faire. Je tournais les bras ; au bout d’un certain temps, il se mettait à les tourner aus-i. Je remuais le pied d’une certaine façon : au bout d’un certain temps, il se mettait à le remuer aussi, toutefois sans arriver à réaliser l imitation parfaite du mouvement que je faisais. Y avait-il là quelque influence fluidique ? Je me le demandais ; mais nous ne tardâmes pas à nous convaincre que notre somnambule entendait le mouvement de mes bras, celui de mes pieds, et que l'idée «lu mouvement à imiter était transmise à son cerveau par le sens auditif ; car si j’exécutais le mouvement sans bruit de manière à éviter tout frottement de mes vête-
l'AIlALYSIES SUGGESTIVES
me lits sur moi pendant cette opération, il restait immobile et me laissait seul me mouvementer.
Ajoutons que celui qui a été hypnotisé plusieurs fois et soumis à ces expériences, les réalise plus promptement et plus parfaitement. Souvent il suffit de lever ses deux bras horizontalement : il devine et les tourne l'un autour de l’autre; il suffit de fermer sa main légèrement, il la contracte en fermeture avec une force irrésistible; il maintient son bras rigide en l'air; chez quelques-uns, la contracture est telle, qu’ils n’entrent que difficilement en résolution, lorsque l’ordre leur en est donné.
La suggestion produit la contracture ; elle produit aussi la paralysie. Je dis au sujet : «Votre bras est paralysé. » Je le soulève : il retombe inerte ; l’autre, au contraire, que je n’ai pas paralysé, reste eataleptisé en l’air. Chez les uns, eette suggestion disparait vite ; ils l’ont oubliée après quelques minutes; chez d’autres, elle persiste longtemps. Ayant ainsi produit chez un de mes malades une paralysie d’un bras, un état cataleptiforme de l’autre bras, je remis les deux membres dans le lit. Après celle suggestion faite, je le laissai dormir pendant quarante minutes; puis m’approchant doucement, je soulevai vite les deux bras : l’un resta en l’air, l’autre retomba. L'idée suggérée persistait dans le cerveau.
Les paralysies ainsi produites par suggestion et qu’on peut aussi, ainsi que je l’établirai plus loin, développer à l’état de veille, ont été appelées par Charcot paralysies psychiques expérimentales et rapprochées des paralysies par imagination dépendent on idea , de Russel- Reynolds. Suivant P. Richer et Gilles de la Tourelle (, Progrès médical , 1884), ces paralysies suggestives au-
BRAIDISME ET MESMÉRISME
raient des caractères spéciaux qui permettraient de les différencier des autres paralysies dites organiques. Ces caractères seraient : la flaccidité complète des membres. l’exagération considérable «les réflexes tendineux, la trépidation spinale, l’abolition du sens musculaire, une exagération et une modification de la secousse musculaire provoquées par le choc galvanique, des troubles vasomoteurs.
Je n’ai pu confirmer l’existence de ces caractères spéciaux; j’ai vu dans beaucoup tic paralysies suggérées l’exagération des réflexes tendineux et la trépidation spinale taire défaut, le sons musculaire persister. Il m’a paru évident que ces paralysies psychiques suggérées varient de caractère suivant la conception individuelle de chaque sujet et suivant le mode de la suggestion : chacun la réalise comme il la conçoit, comme il l'interprète.
Tous ces faits et ceux que nous exposerons encore montrent que tous les phénomènes du soi-disant magnétisme animal ne sont que phénomènes de suggestion ; l'hypnotisme met le cerveau du sujet dans un état tel, que l'idée suggérée à ce cerveau s'impose avec une force plus ou moins grande et détermine l'acte correspondant par une sorte d’automatisme cérébral. Je n'ai pas observé chez mes hypnotisés un seul fait qui ne puisse s'interpréter ainsi, «pii appelle l’intervention d'un fluide quelconque analogue à la force de l'aimant ou de l'électricité, s'échappant de certains organismes pour réagir sur d’autres. C’est la doctrine «le Üraid ou braidisme, doctrine de la suggestion, «pii découle de l'observation, contrairement à la doctrine de Mesmer ou mesmérisme, doctrine du fluide mesmériipic ou magnétique.
IIRAIDISME ET MESMÉRISME
Les mesméristes donnent, par exemple, à l’appui de la théorie du fluide, les faits suivants : si l’on fait audessus d’un membre, bras ou jambe, une passe, en touchant légèrement les parties, les muscles, disent-ils, se contractent et le membre peut êlrc soulevé : c'est une passe mesmérisante. Si alors on fait la passe au-dessus du membre, sans le toucher, en agitant seulement l’air sur le membre, celui-ci retomberait : c’est une passe démesmérisanle. — On agite l’air sur le côté, de la tête : celle-ci suit la main de l’opérateur et se tourne de son côté. Fait-on la passe du côté opposé, la tète se retourne de ce côté. — Passez la main rapidement sur celle du sujet et retirez-la brusquement ; si vous répétez cela plusieurs fois, la main peut se soulever et se catalepliser. Preuve évidente, disent les mcsméristes, que la main de l’opérateur attire celle de l’opéré comme l’aimant attire le fer!
Braid a démontré qu’il ne s’agit en réalité que d’un fait de suggestion, qu’aucun fluide, aucune vertu magnétique n’intervient. « Les phénomènes se produisent en dehors de la volonté fie l’opérateur, pourvu qu’il ma- I nifeste par un geste ou par un attouchement interprété par le cerveau hypnotisé une volonté qu’il peut ne pas I avoir. Les mêmes passes, avec ou sans attouchement du membre, mesmérisantes ou démesmérisantes, pour employer le vocabulaire des magnétiseurs, peuvent déterminer le même phénomène, soulèvement ou abaissement I de la main. Les mouvements des sujets, provoqués par une certaine impression sensorielle, sont instinctifs et I automatiques: c’est l’attitude du sujet qui commande le mouvement naturellement indiqué par cette attitude.
Un muscle au repos se contracte, itn muscle contracté se relâche sous l’influence de la même manœuvre. Une i
SOMNAMRUMSME
impression est-elle exercée sur la main ou le bras posé sur le genou, ce bras ne peut plus s'abaisser, il se soulève et devient rigide. La même impression a-t-elle lieu sur un bras maintenu en l’air, elle détermine le mouvement le plus naturel, l'abaissement du membre. Empêche-t-on l'élévation et l’abaissement du membre, la même impression provoquera des mouvements de latéralité. »
Ajoutons que le sujet auquel on a fait répéter plusieurs fois la même expérience ou qui l'a vu faire sur d’autres, a conservé dans son souvenir les mouvements ou actes musculaires correspondant à chaque impression : il est dressé pour ainsi dire, et répète automatiquement, par la seule rélleetivité cérébro-spinale, les mêmes actes qu'il a vu exécuter ou qu’il a exécutés luimême dans les séances précédentes.
Les sujets que l'hypnotisatiu n influence plus profondément arrivent dans l’état connu sous le nom de somnambulisme : alors de nouveaux phénomènes se manifestent. L’automatisme est complet : l'organisme humain est devenu presque une machine docile à la volonté de l’opérateur, .le lui dis : t Levez-vous » ; il se lève ; l’un se lève 1res rapidement, l’autre n’obéit que lentement, la machine est paresseuse ; l’injonction a besoin d'être répétée avec autorité. « Je dis : « Marchez » ; il marche. « Asseyez-vous » ; il s’assied.
Je dis : » Vous ne pouvez plusavancer, vous ne pouvez que reculer » ; il fait des efforts inutiles pour avancer, il marche à reculons.
« Vous ne pouvez plus avancer ni reculer » ; il reste cloué sur place, malgré tous les ell’orts physiques qu'il fait pour se déplacer.
« Vos jambes ne peuvent plus vous porter » ; il tombe comme paralysé.
4i OBÉISSANCE AUTOMATIQUE
« La jambe droite seule est paralysée » ; il traîne la jambe droite.
Je le touche avec mes deux mains étendues, et, faisant le geste de l’attirer vers moi, je me retire : il me suit passivement partout où je vais.
Je lui ordonne de danser; il danse et s’arrête comme ligé à mon commandement.
Les sensibilités générales et sensorielles diverses peuveut être modifiées, exaltées, diminuées ou perverties à volonté. J’introduis du sel dans la bouche en disant que c’est du sucre ; quelques-uns ne reçoivent cette suggestion qu’imparfaitement; ils perçoivent encore plus ou moins nettement le goût salé. D’autres, et ils sont nombreux, sucent le sel avec bonheur et le trouvent très sucré. Je fais boire de l’eau ou du vinaigre en guise de vin. Je fais respirer de l'ammoniaque pour de l’eau de Cologne.
Je provoque de la surdité : le sujet déclare ne plus entendre, ne répond rien, ne réagit pas aux bruits les plus assourdissants. Je le rends muet, bègue. Les illusions les plus étranges peuvent être suggérées : un crayon dans la bouche fait l’office d’un cigare dont il aspire avec délice l’arome, dont il lâche en l’air les bouffées de fumée imaginaire.
Aux degrés avancés de l’hypnotisme, toutes les illusions, toutes les hallucinations se réalisent successivement avec une précision et une promptitude surprenantes.
De plus, tous les actes commandés sont exécutés : l’hypnotisé marche et danse au commandement, montre I le poing aux personnes que je lui désigne, fouille dans leur poche plus ou moins adroitement, vole, se livre à