MYÉLITE AMÉLIORÉE PAR SUGGESTION
définitivement qu'à partir du 20. L'anesthésie persiste la même. La paralysie motrice diminue, le malade soulève le bras gauche à angle droit, plie le coude ; il lève la jambe jusqu’à 25 centimètres de hauteur.
Le 22, on fait une nouvelle application de l'aimant qui est laissé en place.
Le 24, on constate que malgré l’application de l'aimant, l'anesthésie reste absolue. On continue à appliquer l'aimant, mais en affirmant au malade que l'aimant va provoquer le retour de la sensibilité, qu'il sentirait sa main et saurait reconnaître sa position.
Le 2b, il dit sentir mieux son bras; cependant la sensibilité explorée reste douteuse. On réitère la suggestion à l’état de veille.
Le 26, la sensibilité tactile existe, mais obtuse; légère sensibilité à la piqûre d’épingle; le sens musculaire n’est pa> revenu. On réitère la suggestion avec l'aimant, sans sommeil.
Le 28, la sensibilité tactile existe très nette dans lotit h* membre, ainsi que la sensibilité à la douleur et le sens musculaire (notion de la position du membre). La sensibilité tactile est revenue aussi plus nette sur le membre inférieur et le tronc. — L’aimant est enlevé, et le résultat obtenu se maintient.
Ce fait semble établir que dans le cas actuel, l'aimant n'a agi que par une influence suggestive. Toutefois je n'ose me prévaloir d'un seul fait pour conclure ; de nouvelles observations sont nécessaires pour dégager la vérité sur l'efficacité réelle des aimants.
Observation VI. — Myélite diffuse rhumatismale. — Améliora lion notable par la suggestion répétée. — Etat stationnaire.
A... (Michel), quarante-six ans, manœuvre, vient à l’hôpital le 2 février 188b.
Il y a deux mois le malade, bien portant jusque-là, a senti une douleur contusive dans l'avant-bras gauche avec engourdissement qui persiste. Depuis deux mois, au moindre mouvement, quand il veut saisir un objet, par exemple, il est
pris <1 une crampe passagère qui met les doigts en extension et il laisse tomber l’objet ; il ne peut presque plus s’habiller à cause de ces crampes.
Depuis quinze jours, la jambe droite est prise, mais beaucoup moins. Un jour, il y a environ un mois, le malade en marchant, ressentit tout à coup une douleur conlusivc dans les deux pieds; il ne pouvait plus fléchir les jambes qui étaient raides, et, voulant continuer son chemin, il tomba sur le trottoir. S’étant relevé, il fil une centaine de pas et retomba de rechef. Après un instant de repos, il put poursuivre son chemin et rentra, mais à grand’peine, chez lui. Les jours suivants, il marchait avec beaucoup de difficulté et se fatiguait beaucoup par la marche. Souvent les voisins étaient obligés de l'aidera remonter dans sa chambre, au second.
Comme maladies antérieures, il y a sept ou huit ans, il a eu des douleurs dans les reins, parfois aussi dans l'une ou l’autre épaule; depuis, il est sujet à des douleurs rhumatismales, mais a toujours pu continuer son travail. Il dit être un peu essoufflé depuis deux ou trois ans, mais continue cependant à porter de grosses charges.
Pas d’antécédents syphilitiques ni alcooliques.
On constate, le 25 février: constitution forte; pouls ample, bondissant, régulier ; légère insuffisance aortique sans hypertrophie du cœur; souffle 'doux diastolique à la base. Respiration nette sans râles.
Le malade se lève difficilement de son lit, marche avec peine, les jambes écartées, lentement, faisant de petits pas, frappant le sol de toute la plante des pieds, pliant les genoux, mais presque pas les cous-de-pied; il s’arrête et se retourne assez facilement; il se tient debout les yeux fermés, mais perd vite l’équilibre, si on veut le faire marcher. 11 ne peut se tenir qu’une seconde sur un seul pied. Il accuse une sensation de fraîcheur dans les membres inférieurs, n’éprouve ni engourdissement ni fourmillements. Accroupi, il soulève difficilement la jambe droite à la hauteur de 15 centimètres et ne peut la maintenir en l’air; il fléchit difficilement le genou en glissant le talon sur le lit. Il soulève très bien la jambe gauche, mais ne peut non plus la tenir soulevée. Les mouvements des orteils se font très bien. La sen-
KF F ETS PASSAGERS DANS CERTAINES MYÉLITES Afin
sihilitc est normale, les réflexes tendineux semblent diminués.
Dans les membres supérieurs, à part le fourmillement et les crampes que le malade ressent de temps à autre, la sensibilité et la motilité sont assez bien conservées, les mouvements se font avec dextérité.
Le dynamomètre donne 25 pour la main gauche et 30 pour la main droite. Pas de rachialgie, ni de céphalalgie.
I.a vue aurait diminué depuis deux ou trois ans. Actuellement, l’acuité visuelle semble la moitié de la normale ; n’a pas eu de diplopie. 11 a eu à plusieurs reprises, l’été dernier, une sensation de constriction thoracique.
Diagnostic: myélite diffuse subaiguc des tordais antérieurs.
Traitement : iodure de potassium, 1 gramme.
2S février. — Le patient, couché, soulève mieux la jambe gauche et la tient cinq à sept secondes en l’air; mais ne peut tenir la droite. Il plie mieux les genoux, il ouvre et ferme la main gauche avec une certaine hésitation, mieux la droite. Le dynamomètre donne 23 à gauche, 31 à droite. Dit avoir, depuis deux jours, quelquefois de la diplopie passagère.
Le soir: hypnotisation : n’arrive qu’au second degré.
Suggestion.
Le t,r mars, coryza indique; marche mieux; reste environ une seconde sur chaque pied. Il ouvre et ferme plus facilement la main gauche; au dynamomètre. 33 a gauehe, 34 a droite.
< e résultat ne se maintient pas; le 3, la main gauche donne 22, la droite 27; le malade marche encore assez bien.
Le 0, la main gauche donne 20, la droite l!l ; il peut tenir ses jambes soulevées, la gauche pendant quatre secondes, la droite pendant une seconde seulement ; il ne peut s’asseoir seul sur son lit, ni se tenir sur un pied.
8. — Depuis une nouvelle suggestion hypnotique faite hier matin. la force a augmenté dans les membres supérieurs , main gauche 34. main droite idem. La marche n'est pas meilleure,
1 ne peut se tenir sur un pied. — Le 9 mars, les deux mains donnent 32.
L état du malade s’améliore lentement ; la suggestion e,t laite de temps en temps.
OBSERVATION
Le 20, à la suite d'une nouvelle hypnotisation, la main gauche donne 41, la main droite 47; le malade marche mieux et se tient à peu près deux secondes sur l'une ou sur 1 autre jambe, il les tient soulevées étant couché pendant trois à cinq secondes.
Le 2, G..., qui continue à être hypnotisé presque tous les jours (second degré de sommeil), marche bien, quelquefois pendant un quart d heure de suite; sa démarche est régulière, il traîne un peu la jambe gauche et y accuse toujours une certaine faiblesse. 11 reste trois secondes sur chaque pied. Depuis quatre ou cinq jours, il moule et descend faciment les escaliers. Au dynamomètre, la main gauche donne 45, la droite 48. Il ouvre et ferme facilement la main, tout en y accusant un peu de raideur.
Le 3, cette amélioration se maintient, le malade marche bien, soulève bien les jambes, plie bien les deux genoux, s’assied seul dans son lit, se couche seul, mais il est forcé de s’aider de ses mains pour porter ses jambes au lit.
Les hypnotisations ultérieures ne modifient plus notablement cet état; l’amélioration obtenue persiste.
Le 2 août, C... (Michel) quitte l’hôpitaL; depuis un mois, on ne s’occupe plus de lui.
Il marche bien ; il dit sentir encore en se baissant ou en marchant une douleur dans les reins. Quand il «se relève après s'èlre baissé, il éprouve une faiblesse avec sentiment de froid dans les membres inférieurs jusqu’aux pieds. Dans les membres supérieurs, il sent toujours la main gauche un peu fraîche et quand il porte un objet, une sensation de raideur dans la main et l’avant-bras. La force musculaire y est conservée.
J’ai expérimenté la méthode suggestive dans divers cas de myélites incurables. Chez plusieurs ataxiques, j’ai fait disparaître momentanément des douleurs fulgurantes, des crises gastriques, du ténesme vésical; chez un, j’ai amélioré d’une façon très remarquable la marche pour un certain temps; le malade, qui ne pouvait plus se tenir debout, arrivait à marcher sans canne.
SCLÉROSE EN PLAQUES, AMÉLIORATION PASSAGÈRE 36ô
Mais ces résultats sont passagers : la maladie organique, suivant sa marche inexorable, reconstitue les troubles fonctionnels.
Chez plusieurs malades atteints de tabes spasmodique ou de sclérose en plaques avec paralysie rigide, j'ai pu. par suggestion, diminuer l'exagération des réflexes tendineux et de la contracture pour un temps plus ou moins long: mais je n’ai jamais réussi à arrêter à tout jamais l'évolution de la maladie; je laisse de côté les cas de myélite curables ou susceptibles de s’arrêter spontanément, comme celui de l’observation précédente. Mais l’ataxie locomotrice, la sclérose en plaques, l’atrophie musculaire, affections de leur nature progressives et incurables, ne sauraient demander à la suggestion qu’une atténuation plus ou moins durable de certains troubles fonctionnels dynamiques. Comme exemple d’amélioration remarquable obtenue, je citerai l’observation suivante:
Observation VII. — Symptômes de sel, rose en plaques cérébrospinale. — Amélioration très notable et enraiement de la maladie pendant six mois à la suite de quelques séances hypnotiques.
0..., ving-neuf ans. journalier, est au service de mon collègue Spillmann, qui ine prie de le voir, le octobre 1884. Il se dit malade depuis trois mois; à cette époque, il a commencé à fléchir sur lesjambes; ila éprouvé des douleurs violentes dans les membres qu'il compare à un coup de fouet. Depuis ce moment, la faiblesse a augmenté, les mains ont commencé à trembler ; il a dû depuis trois mois, suspendre sou travail.
C'est un jeune homme bien constitué, sans maladie antérieure, n’accusant pas d’excès, assez médiocre d’intelligence et qui ne peut donner d’antres renseignements certains.
Un constate :
lu l u tremblement très accentué des deux membres supé-
OBSERVATION
rieurs, semblable à celui de la sclérose en plaques, s'exagérant quand il veut laire un mouvement, par exemple porter un verre à la bouche; il le renverse ou le saisit avec sa bouche ;
2° bailleur très marquée dans les membres inférieurs avec exagération des réflexes tendineux: phénomène du pied continuant indéfiniment et du genou. Le malade marche difficilement, lentement, en chancelant, tenant les membres raidis.
3U 11 accuse de plus des vertiges ; on constate une certaine difficulté dans l’articulation des mots.
La sensibilité est normale ; les évacuations se font normalement.
Je l'hypnotise le 0 octobre; il arrive au second degré. Je suggère la disparition du tremblement et de la raideur.
Au réveil , la main ne tremble pas du tout ; le malade porte un verre plein à sa bouche sans verser une goutte; il marche mieux et plus vite ; l’exagération des réflexes tendineux persiste, mais à un degré moindre.
lit. — L'amélioration se maintient. IJ... a mieux marché1 hier. 11 se sert toujours de sa main sans trembler ; force dvnamométrique. 28 à’ 31. — Nouvelle suggestion hpnolique. Au réveil, il marche, toujours les jambes raides et oscillant, mais moins qu’avant le traitement suggestif.
11. — Il dit n’avoir plus de vertiges; ne tremble plus, marche bien, encore avec un peu de raideur. — Suggestion.
Le 13, l’amélioration se maintient; il n’y a plus d’étourdissement ni de tremblement. Il soulève facilement une chaise avec sa main en la prenant par le dossier.
Je le met en somnambulisme ; le sommeil est profond avec amnésie. Au réveil, il se sent plus fort et peut soulever la chaise avec la main en la prenant par un pied. Les réflexes tendineux ont beaucoup diminué.
Le 14, le malade travaille dans la salle et aide à faire le service.
1 «j. — A continué à bien aller. Dit avoir eu hier et avanthier quelques maux de tète, et par moments un trouble visuel. En regardant les objets en face, il les voit gros et confus; ce trouble est passager, ne dure que cinq minutes environ ; il ne l’a eu qu'une fois hier, deux fois avant-hier.
TROUBLES NERVEUX DANS LE PLEXUS BRACHIAL tlCT
— Il marche bien, dit cependant trembler encore un peu sur les jambes; on ne produit plus de réflexes tendineux exagérés. Par moments encore, dit-il, depuis avant-hier, la main se remet à trembler, et il renverse le contenu du verre. Le dynamomètre donne 48 à droite; 18 à gauche. — Suggestion hypnotique.
Le 25, va bien depuis le 2‘J ; n'a plus eu ni maux de tête, ni troubles visuels; n'a plus tremblé; on ne constate plus de réflexes tendineux exagérés ; la parole est encore lente.
Le 24, l>... va bien. On constate encore une certaine raideur dans la jambe gauche; il ne peut la soulever a une certaine hauteur, ni se tenir sur le pied gauche seul. Encore une petite exagération des réflexes tendineux. — Nouvelle suggestion hypnotique. Au réveil, il peut lever la jambe gauche presque à la même hauteur que la droite et se tenir sur le pied gauche seul pendant plusieurs secondes.
.Nous cessons la suggestion. L’amélioration se maintient. IL., est assez bien remis pour faire le service d'infirmier. Pendant plus de six mois, je le rencontre journellement trottant activement, portant de la cuisine dans la salle le manger des malades; il ne tremble plus et marche convenablement.
Puis, au bout de ce temps, la raideur et le tremblement reviennent peu à peu ; il rentre comme malade dans le service d'un de mes collègues et la suggestion n'est plus essayée.
Depuis quelques mois, il est au service des maladies chroniques (hospice Saint-Julien), où je l'ai vu le 15 avril: les symptômes de la sclérose en plaque sont bien accentués; tremblement îles mains, raideur des membres inférieurs, exagération considérable des réflexes tendineux, parole très lente, monotone et scandée.
Obskkvation VIII. — Troubles nerveux dans le plexus brachial gauche , s'irradiant quelquefois aux nerfs thoraciques et cardiaques, fourmillement , engourdissement , contracture, constriction , douleurs par accès. — Li suggestion dissipe instantanément les accès, mais n'en prévient pas le retour.
Br... (F.), trente-quatre ans, cordonnier, entré au service le 11 mai 1 K8A.
OBSERVATION
II a eu, au Sénégal, d’où il est revenu en 1875, des fièvres intermittentes, et depuis son retour, à chaque saison, un accès de fièvre. — Il y a dix-lmit mois, il a eu une pleurésie droite qui le retint alité deux mois et demi et impotent encore plusieurs mois après; depuis il est resté faible et la respiration est un peu gênée.
Le 2a décembre, étant au lit, il ressentit toute la main gauche engourdie, et avec des fourmillements, comme s’il avait couché sur elle: ces fourmillements persistèrent toute la journée ; à 6 heures du soir, ils montèrent peu à peu jusqu’à 1 épaule, puis se propagèrent de haut en bas le long de l'aisselle jusqu'à la hanche.
Le lendemain malin, son cou était raide; il avait la sensation d’une barre dans la moitié gauche de la nuque.
Ces fourmillements durèrent pendant trois jours avec insensibilité complète de tout le membre supérieur gauche et parésie. Au bout de trois jours, les fourmillements disparurent, et après cinq à six jours, la sensibilité était restaurée totalement.
Les jours suivants, tremblement continu, léger, persistant au repos qui dura jusqu’en mars. Alors, survinrent des crises, caractérisées par un engourdissement à la main, remontant dans le bras et descendant sur le côté gauche du thorax ; l'avant-bras contracturé en flexion, la main en pronalion, les doigts fléchis, avec douleurs vives, sensation de constriction et d’étouffements à la région précordiale. Ces crampes duraient cinq minutes environ et étaient suivies d’une sensation d’anéantissement. — 11 a eu quatre crises en tout depuis mars ; la dernière crise a eu lieu il y a douze jours. Dans l'intervalle, le bras va bien, sauf cinq ou six fois par jour des sensations d’engourdissement dans une des parties du membre supérieur; main, avant-bras ou bras, durant environ cinq à six minutes chaque fois. — Depuis la fin d avril, il est pris aussi deux ou trois fois par jour de tremblement du membre supérieur gauche avec fourmillements.
C’est un homme marié, laborieux, sans antécédents alcooliques ni vénériens. Sa constitution primitive est bonne ; il est très anémique. La température est normale. On constate delà matité avec silence respiratoire et absence de vibrations