‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 217 sur 280 · ACCÈS ENRAYÉS PAR SUGGESTION · texte numérisé non relu

ACCÈS ENRAYÉS PAR SUGGESTION

tracture's. Ce n’étaient pas les caractères de l’épilepsie, mais ceux de l’hystérie. Je lui dis : * Allons, mon garçon, réveillez-vous. Ouvrez la bouche. Tenez, vous pouvez le faire. Vos membres vont se déraidir et vous allez ouvrir les yeux. Ce sera fini. » En même temps je fis quelques frictions et des manipulations sur les membres tout en continuant la suggestion. En moins de cinq minutes, il ouvrit les yeux, fort étonné de se trouver là et de voir quelqu’un qu'il ne connaissait pas, sans souvenir de rien. Je l’engageai à venir me voir le lendemain, ce qu'il fit. Je réussis facilement à le mettre en somnambulisme.

Une autre fois, je fus appelé pour une jeune fille qui m’avait déjà consulté plusieurs fois; elle était depuis une demi-heure en proie à une crise hystérique : de fortes convulsions l’agitaient, la tète renversée en arrière, la face injectée, avec trismus et occlusion des paupières, la respiration haletante avec strangulation et apparence asphyxique. Je lui dis : « Je vais vous endormir, mon enfant, et tout va se calmer. Vous respirez bien; vous êtes bien à votre aise, vos membres ne sont plus raides. » En moins de trois minutes la résolution s’opère et la malade tombe en sommeil hypnotique avec catalepsie suggestive, etc., telle que je l’avais plusieurs fois produit chez elle. Je la laisse dormir calme pendant dix minutes et je suggère qu'elle se réveillera sans malaise et sans fatigue. A son réveil, elle n’a plus souvenir de rien, est surprise de me voir et se sent très bien.

Dans mon service d’hôpital je réussis en général à arrêter les crises d’hystérie auxquelles j’assiste.

OBSERVATION

Observation X\. — Accès de grande hystérie datant de un an. — Guérison complète dès la première suggestion.

M,no X... est une jeune femme, Agée «le vingt-six ans, mère «l'un enfant de quatre ans, d'une santé habituellement florissante, forte, bien constituée, nature vive, expansive, gaie. Elle n'a jamais eu d'accidents nerveux, lorsqu’en octobre elle fut prise d'un accès caractérisé par un sommeil durant dix minutes, d’où il fut impossible de la réveiller.

Au bout de dix minutes, elle se réveilla spontanément avec une secousse nerveuse. Une seconde crise pareille survint une quizaine de jours après; peu à peu, ces crises se rapprochèrent et s'accompagnèrent de mouvements nerveux. Puis aux crises suivantes, son mari s'aperçut qu’elle parlait à voix basse, comme si elle s'adressait à une autre personne, mais faisant elle-même les questions et les réponses. Le développement de ces accès hystériyucs coïncida avec une vive contrariété due à une brouille survenue avec une amie intime. Dans l'intervalle des accès, M",e X... ne présentait aucune manifestation nerveuse, mais la moindre contrariété suffisait à les provoquer. Ces crises continuèrent ainsi à peu près tous les quinze jours, sans rapport avec les périodes menstruelles.

N ers le mois de juillet ISSU, elles revêtirent le caractère de la grande hystérie. L’attaque «Hait annoncée par une sensation de lourdeur générale qui précédait de plusieurs heures, quelquefois d'un jour, son explosion ; à un moment donné, elle sentait comme les pieds rivés au sol, puis une lourdeur constrictive «les poignets, <|uelquefois un serrement de gorge, et immédiatement après, elle tombait en sommeil ; ce sommeil durait dix à vingt minutes habituellement, quelquefois plus longtemps, jusqu'à une heure: les mâchoires étaient serrées, mais les membres restaient souples pendant cette première phase. Ilientôt survenaient des secousses convulsives dans les membres supérieurs, puis inférieurs, se répétant à des intervalles variables d’une demi-minute à une minute. Lutin, les convulsions se généralisaient, dégénérant eu grands mouvements, avec raideur générale, extension du corps en arc-de-cercle, etc., et ces grandes convulsions duraient trois à quatre minutes.

il 2 HYSTÉRIE

Souvent vers la lin de la première période, avant le développement îles grandes convulsions, Mm° X... parlait à voix basse, répondait à une personne, gesticulant, faisant des mouvements avec la main comme pour repousser certaines choses; une lois, c’était une scène joyeuse; la malade riait aux éclats, et ce rire sonore contrastait avec sa conversation toujours à voix basse. En général, sa ligure n’exprimait aucune passion, ni frayeur, ni colère, ni gaîté.

l’uis celte scène hallucinatoire au bout de une à deux minutes se calmait, puis reprenait à plusieurs reprises, alternant avec les convulsions.

Enfin la malade se réveillait, abattue, sans souvenir de ce qui s’était passé. Tout l'accès avait duré une demi-heure à une heure; une fois, il dura deux heures.

Dans les mois d’août et de septembre, les crises étaient plus fréquentes, tous les dix jours environ ; dans la seconde quinzaine d'août, elle en eut trois dans une semaine. La dernière, avant qu’elle vint me consulter eut lieu le 1 1 octobre.

Elle me consulte le lb octobre ; je ne constate aucun trouble actuel ni psychique, ni organique; pas d’anesthésie, pas d’ovarialgie, pas de sensation de boule.

Je l’endors séance tenante par suggestion en lui faisant fixer deux de mes doigts. Au bout de trente secondes, scs yeux se ferment; elle est en sommeil profond. Je ne constate aucune hyperexcitabilité musculaire. Les bras levés eu l'air y restent. Je lui suggère le calme, la tranquillité d'esprit, je lui dis qu’elle dort du sommeil naturel, qu’elle est bien à son aise, sans aucune préoccupation. J’aflirme qu'elle n’aura plus aucune crise. Je lui suggère de revenir le surlendemain 21, recommandant à son mari de ne pas le lui dire, pour voir si l’idée lui viendrait spontanément de revenir. Au bout d'un quart d’heure, je lui suggère de se réveiller au bout d’une minute, ce qu'elle fait avec une légère secousse nerveuse.

Elle revient le 21; l'idée lui était venue a une heure de revenir à ma consultation. Nouvelle séanec.

Le 23, nouvelle séance. Son mari me dit qu’elle n'a plus eu aucune crise; elle a eu quelques mouvements nerveux, avec un regard un peu vague pendant une seconde, comme si une crise allait venir, mais rien n’est venu. 11 est convaincu

OUSKIIY.VTIO.N

que, sans la suggestion, la crise eût éclaté. Mm,îX... me parle de douleurs dans le bas-ventre qui lui surviennent régulièrement chaque fois qu’elle a marché un peu beaucoup; ces dduleurs existent depuis l’origine de sa maladie. Je lui suggère pendant son sommeil la disparition complète de ces douleurs ; elle pourra marcher toute la journée et se fatiguer, sans aucune douleur; je suggère aussi qu elle n'aura plus la moindre manifestation nerveuse, pas même d’ébauche de crise.

K Ile revient encore le le 27 et le 29 ; elle est totalement ijut'rie ; elle a fait une excursion pendant quatre heures, sans ressentir aucune douleur ; elle n’a plus rien qui rappelle une ébauche de crise; elle ne s’impressionne plus; quand elle passait devant la maison de son amie avec laquelle elle s’est brouillée, elle éprouvait une pénible impression ; aujourd’hui elle reste indifférente.

M"10 X ... est fort suggestible. Le réveil s’obtient depuis la seconde séance sans secousse nerveuse. Je lui dis simplement « Dans une minute, vous vous réveillerez tout doucement, comme du sommeil nal urel, sans la moindre secousse, et vous éprouverez un grand bien-être. »

lin jour, à la demande de son mari, je lui suggère de faire le lendemain une tarte aux pommes pour le soir. Le lendemain elle lit la tarte; d’habitude, quand elle en faisait une, c'était pour le déjeuner. Cette fois-ci. ce fut pour le soir. Dans lajouruée. elle dit à son mari : « Je ne sais pas quelle idée m’a prise de faire une tarte aux pommes ce matin. Kst-ce que tu ne m’avais pas demandé île t’eu faire une? »

La guérison s’est maintenue depuis la première séance, c’est-à-dire depuis le 19 octobre.

Dans ce cas. la guérison delinitive eut lieu après la première séance. Ce n’est pas le cas habituel, comme on le voit dans les autres observations ; souvent il faut potir- >uivre la maladie pendant des semaines, quelquefois pendant «les mois, pour déraciner les symptômes el prévenir les rechutes.

HYSTÉRIE

Observation XXI. — Hystérie datant de quatorze mois; crises convulsives, vomissements, hémianesthésie sens itivo-sensori elle, claudication par douleur. — Guérison de l'anesthésie et de la claudication douloureuse en quelques jours. — Guérison totale en sept ou huit semaines.

Henriette W..., âgée de vingt et un ans, entre à la clinique le 25 juin 1886. I, 'affection a commencé il y a quatorze mois, a Paris, où elle était en condition, par des crampes d'estomac qui ont continué depuis lors à revenir tous les jours, avec une sensation de gonflement à l'épigastre et à l'hypoeondre gauche, avec nausées et vomissements glaireux et bilieux. Ces crampes durent en général de quatre à huit heures du soir, puis sont suivies de maux de tête qui se prolongent toute la nuit; les maux de tête, après avoir disparu il y a quatre mois, ont reparu depuis deux mois.

Deux ou trois jours après le début des crampes d’estomac, Henriette W.. fut prise d'une hémiplégie complète droite avec anesthésie et contracture à la jambe. Entrée à l’hôpital Hothschild. elle y fulélectrisée pendant six mois, l/hémiplégie disparait graduellement au bout de ce temps. Mais alors survient une paralysie de la lançjue arec aphonie et impossi bilité d’avaler. Cela dura trois mois.

Trois mois après le début de la maladie, survient une première attaque d’hystérie, en avril 1885, avec grandes convulsions, perte de connaissance, quelquefois avec morsure de la langue. Pendant neuf à dix semaines, elle en eut trois à six par jour; depuis onze mois, elle n'en a plus qu’une en moyenne par jour; parfois aussi elle reste deux jours sans en avoir.

Les règles ont reparu il y a un mois, après avoir été absentes depuis le début de la maladie. Enfin, la malade est constipée et resterait quelquefois huit ou quinze jours sans selles.

A l’hôpital Hothschild où la malade a été traitée pendant quatorze mois, elle reçut une douche tous les jours, un bain sulfureux tous les deux jours ; on pratiqua le lavage de l’estomac avec alimentation par la sonde cinq à six mois jusqu'il y a quatre m.ois ; elle continua à rendre les aliments

OBSERVATION

4 là

après le cathétérisme. Enfin on l'aurait hypnotisée pendant longtemps jusqu il y a quatre mois, sans résultat.

Depuis quatre mois, l’état est stationnaire. Henriette W... ne prend que du lait et du bouillon: elle vomit aussitôt quelle a bu; et ces vomissement s s’accompagnent de douleurs thoraciques et de respiration haletante. Elle a des crampes d’estomac tous les soirs, de 4 à 8 heures.

On constate, à son entrée, une hémianesthésie complète sensitive à droite, sensorielle à gauche ; vision, audition, gustation, olfaction sont abolies de ce côté. Je constate à plusieurs reprises, par le prisme et l'appareil de Stteber, que l'amblyopie gauche est purement psychique.

Henriette accuse de plus une douleur avec constriction continue et intense dans lu jambe droite > t le pied, douleur qui existe depuis b- début de la maladie. La plante du pied est en outre très douloureuse a la pression. Aussi la malade marche en boitant horriblement de la jambe droite et a soin «le n'appuyer le pied que sur le talon. (Juand elle est debout, elle dit ressentir une douleur dans le rebord axillaire droit. Henriette NV... e-t assez forte de complexion, -ans maladie antérieure : mais d'un tempérament lymphatique, frisant la scrofule. Antécédents nerveux héréditaires dans sa famille.

Avant que le traitement ne soit institué, elle a deux crisehystériques le 26. une le 27 au soir; une le 29 au matin, une le 30; crises intenses avec opistothouos et perte de connaissance. Elle présente de plus «les maux de tête, des ballementde cœur, une douleur a la pression de la partie inferieure de l’aisselle droite. îles vomissements. I. 'anesthésie se modifie spontanément; la cuisse droite redevient sensible, tandis que le tronc, la face, l'abdomen, la jambe restent insensibles de ce côté. De plus, l'anesthésie auditive se trouve déplacée*! «I roi te, le 1er juillet ; la malade ne perçoit pas le tic tac d'une montre «le ce côté, tandis «pie les autres anesthésies sensorielles se maintiennent à gauche. Deux petites crises hystériques le matin du 2 juillet.

Ce jour, le 2 juillet, suggestion hypnotique ; la malade est mise facilement eu somnanbulisine léger (5e degré).

I. anesthésie visuelle de l’œil gauche a disparu par suggestion au réveil, ainsi que celle le l'oreille droite. La vision reste bonne, la surdité reparaît. Les autres symptômes, l'anesthé-

'*IG 1IYSTKM1 K

sie sensitive, les douleurs de tôle, les vomissements persistent. On continue les suggestions chaque jour.

Le 4, petite crise hystérique. Depuis la suggestion de la veille, la seconde, la malade marche mieux, elle peut appuyer tonie la plante du pied , ce qu’elle n’avait pu faire depuis le début de la maladie ; cependant elle hoite encore.

Après la quatrième séance, le a juillet, disparition de l' anesthésie sensitive et de la surdité droite. La malade marche beaucoup mieux, n'a cru se plus de douleurs dans les jambes; les vomissements persistent. Petite crise hystérique après le réveil hypnotique.

Le G. même état ; l’ouïe est presque égale des deux côtés, après la suggestion hypnotique, la malade ressent un malaise; sa respiration est haletante; au bout de dix minutes, elle ébauche une crise hystérique qui est arrêtée par suggestion.

Le 7, on constate de nouveau de l'anesthésie sur le côté droit de la face et de la jambe du même côté. Cependant la malade marche bien, presque sans boiter; elle descend seule au jardin. La sensibilité est restaurée par suggestion.

' Petite crise d’hystérie le 8 et le y. Les vomissements ont diminué; elle dit ne vomir que la moitié de ce qu’elle prend, tandis qu'aulrefois c’était tout. Fortes crises le 1 0, le II, le 14, le lo, le 18. La malade continue à bien marcher; elle mange aussi convenablement.

A partir du 12, elle ne vomit plus que son café du matin ; ii partir du 20, elle ne vomit plus rien.

Le sommeil est plus long à restaurer. Elle commence à dormir deux heures dans la nuit du 17 au 18 juillet; trois heures la nuit suivante; toute la nuit le 22. Ce jour, elle a une pet i te crise. File continue a diggérer sans douleur et sans vomissements.

Le 27, au matin, crise avec maux d’estomac; elle dort quatre à cinq heures par nuit. Le 81, elle a ses règles qui sont précédées de crampes d’estomac; le 1er août, nausées qui cèdent à la suggestion. Le 2, crampes d'estomac réprimées par la suggestion. Le 8, petite crise de trois minutes. Le 8 aoôt, la malade vomit; le G, elle a des crampes qui résistent à la suggestion et de l’insomnie passagère. Le 7 et le 8 aoôt, les vomissements continuent, avec des douleurs épigastriques et

OBSERVATION

•il'

thoracique?, assez rebelles à la suggestion. Le IL ces douleurs se dissipent : mais la malade vomit encore sa viande. Le 10, elle ne vomit que son café. Les jours suivants, elle accuse encore de la céphalalgie.

Enfin, le 20 août, elle a une crise légère d'hystérie, caractérisée par des tremblements convulsifs ; on constate encore de Y hémianesthésie droite cl de la céphalalgie. Tout disparaît pur la suggestion.

A partir de ce jour, la malade n'a plus de crise: elle ne vomit plus, elle marche bien son* boiter; l'anesthésie ne se reproduit plus; flic n'accuse que quelques troubles gastriques entretenus par une dilatation d'estomac.

Elle reste au service, sans que nous ayons a nous occuper d’elle ; elle est devenue bonne somnambule, très hallucinable à l'état de sommeil et de veille.

Le El septembre, elle est prise d'une lièvre typhoïde contractée au service, qui évolue régulièrement sans symptômes nerveux et achève sa défervescence, le t,r octobre. La convalescence est parfaite; la malade quitte l'hôpital le 1 + octobre 1886. Elle eut une rechute chez elle vers le 13 novembre; celte rechute avait été précédée, huit jours après sa sortie de 1 hôpital, de diarrhée avec anorexie, mais sans symptômes hystériques. La rechute continue jusqu'au 2.i novembre ; des mouvements fébriles le soir se manifestent encore jusqu'au 6 décembre; la diarrhée n'est arrêtée définitivement que le 30 décembre. Depuis, Henriette \V... va bien; elle vient me consulter de temps en temps pour un état gastrique, crampes d’estomac, nausées, liées à un catarrhe chronique de l'estomac qui a survécu à l'hystérie. Mais celleci est définitivement guérie ou du moins ne détermine plus de manifestation.

La guérison se maintenait encore en octobre I8',)u.

En résumé les phénomènes d’anesthésie ont cédé a la suggestion après quatre à cinq jours; la douleur plantaire après trois jours; les autres manifestations, vomissements, insomnie, crises hystériques, elc., ont résisté plus longtemps; la guérison totale a eu lieu après sept a huit semaines de suggestion.

Obskrn aiiu.n XXII. Hystérie du tant de quatorze mois.

Accès convulsifs , vomissements, douleurs, vertiges, insomnie.

— trw'rison pur suggestion en trente-cinq jours.

P... (Emilie), vingt et un ans, domestique, entre à l’hôpilal le / décembre 1886, pour des manifestations hystériques. Celles ci commencèrent à se manifester pendant la convalescence d’une fièvre typhoïde grave qu’elle eut en juillet 1885 et qui dura trois mois. Depuis, elle a continué à avoir des vertiges fréquents, de l'insomnie, des maux de tète, des troubles digestifs.

Elle eut une première attaque d’hystérie en décembre 1 88.J, avec étouffement, strangulation, perte de connaissance, convulsions. Ces attaques se sont répétées souvent depuis; elle ne peut dire leur fréquence; la dernière eut lieu il y a deux mois.

En avril 1886, elle entra à la clinique du professeur Kussmaul à Strasbourg et y resta jusqu’en juin 1886. Pendant ce temps, elle avait des crises hystériques, et, entre autres symptômes, des vomissements incoercibles ; pendant quatre semaines, elle vomissait tout ce qu'elle prenait; puis arriva à tolérer le lait, mais pas les aliments solides. On essaya pendant huit semaines la faradisation, pendant quatre semaines le lavage de l’estomac avec alimentation par la sonde; elle continua à vomir les aliments introduits par la sonde. On lit cinq ou six tentatives d'hypnotisation, sans réussir. A sa sortie de l’hôpital, elle ne vomissait plus que le repas du soir. Elle continua jusqu’en septembre à aller à la clinique pour se faire de nouveau électriser et laver l’estomac, sans grand résultat.

Elle n’a plus eu que deux attaques depuis le mois de juin; mais les autres symptômes ont persisté, tels qu’ils existent encore aujourd’hui : anorexie, vomissements, vertiges fréquents, maux de tête, surtout sous forme de céphalalgie bitemporale non continue, mais par accès de dix minutes, survenant deux ou trois fois par jour. On constate une douleur dorsale, sous-claviculaire gauche, et dans la fosse sus-épineuse du même côté, douleur continue avec exacerbations. Depuis sa fièvre typhoïde, insomnie presque constante. D’ailleurs, pas d’ovarialgie ni de strangulation; en dehors des crises, Emi-

lie H... est d’une forte constitution, bien organisée, sans maladies antérieures, d'une conduite assez régulière, nature impressionnable.

I.e 7 décembre au matin, je propose à la malade de l'endormir. Elle affirme qu'elle ne peut pas; et au premier essai, elle ne fixe pas son attention et se met à rire. Je fais mine de me fâcher, je lui administre une admonestation vigoureuse, et, lui tenant les yeux fermés, j'aftirme qu elle dort. Elle entre en effet en sonwo il profond , sons souvenir un réveil; mais elle n'est pas hallucinable. Je t mggère la disparition des douleurs, des vomissements et des autres symptômes. Au réveil. les douleurs oui disparu; mais la douleur sous-claviculaire réparait le soir. L'insomnie, les vomissements, l'anorexie résistent aux premières suggestions. Les douleurs reparaissent chaque fois après quelques heures.

Le après la troisième séance, les douleurs ont peu u peu disparu , la malade n’accuse pl us que quelques légères douleurs dorsales.

Après la quatrième séance, elle a dormi une heure la nuit. Elle continue à tout vomir, excepté le pain sec; elle accuse aussi une douleur stomacale. La malade se prête parfois de mauvaise grâce à la suggestion; elle oppose une certaine résistance; on arrive cependant par persuasion à en triompher. Elle semble d'ailleurs peu confiante.

Dans la nuit du II au 12, la malade est prise de coliquo avec diarrhée, treize selles. La diarrhée continue le lendemain, les coli<iues disparaissent pur suggestion. Le t 4, elle mange un œuf, le 15, elle mange des choux sans vomir, ce qui ne lui était pas arrivé depuis sa lièvre typhoïde. Dans la nuit du 1 .3 au 14, elle dort assez bien; mais la nuit suivante, l’insomnie reparaît. Les règles apparaissent saii' trop fortes douleurs.

Le 10, réapparaît la diarrhée, moins intense (cinq selles par jour), sans coliques; elle disparait le 21. Cependant, depuis le 14, Emilie R... ne vomit plus , ou presque plus; une seule lois le 22; elle dort un peu à partir du 10.

Du 25 au 28, elle accuse quelques battements de cœur, elle a de nouveau quelques vomissements. A partir du 28, ceux-ci disparaissent de nouveau. Mais l’insomnie réparait; de temps

IIVSTKHIK

en tem |>s encore, battements «le cœur <-t maux «le tête; les vertige s ont disparu.

[-es séances de suggestion sont suspendues du 30 décembre au / janvier; la malade a, le 2 et le 3 janvier, deux petites crises hystériques de 2 à 3 minutes, à la suite d'une altercation avec la sœur. Elle a aussi recommencé à vomir depuis.

Nouvelles suggestions à partir du 7 janvier. Depuis ce jour, la malade ne vomit plus, elle ilorl la nuit. Le 9 janvier, elle accuse des nausées et des maux de tête. Nouvelle suggestion. Depuis le 10, elle ne vomit plus, n'a plus de maux de tête, dort bien et continue à se porter très bien.

Elle quitte l'hôpital le 12 janvier. Je la revois le 21 janvier : elle continue à bien aller, dort, mange sans vomir, travaille ; n'a plus aucune douleur; elle n'accuse que quelques battements de cœur.

La durée du traitement suggestif a été de trente-cinq jours, jusqu’à guérison complète.

Je revois la malade de temps en temps. Depuis, elle n'a plus eu que des troubles légers, tels que céphalalgie, inappétence, douleur abdominale au moment de ses époques. Mais elle ne vomit plus et n'a plus d'insomnie. Tous ces troubles cèdent presque instantanément à la suggestion.

En mai, elle me lit appeler, ayant depuis huit jours une douleur excessive vers l'hypocondre droit, l’empêchant de dormir et de manger; je l'enlève en trois minutes par suggestion.

Depuis, elle se porte bien et travaille pour gagner sa vie, n’ayant plus que quelques troubles passagers, tels qu'inappétence, légère céphalalgie qu elle attribue aux préoccupations morales causées par les conditions précaires de son existence.

Observation XXIII. — Hystérie datant de sept à huit mois. — Crises convulsives ; vomissements ; insomnie. — Guérison dès la première séance. — Rechute au bout de trois semâmes; crises', hémianesthésie scnsilivo-scnsorielle; douleurs. — Résistance des symptômes à la suggestion. — Guérison en trois semaines.

Elisa S.. ., âgée de dix-huit ans, cartouuièrc, demeurant

OHSKKVATIii.N

chez ses parents, vient nie consulter le 22 décembre 188b pour des crises hystériques. Elle a toujours eu des pertes blanches depuis l’àge de onze ans. Réglée à l'âge de quinze ans, elle le fut d'abord tous les mois; mais depuis un an, elle l’est tous les quinze jours, assez abondamment, et pendant six à huit jours. A l’âge de onze ans, elle a eu des vomissements incoercibles qui ont duré neuf mois; elle rejetait même l'eau qu’elle buvait : malgré cela, elle ne se sentait pas malade; et ces vomissements disparurent spontanément. Elle est sujette aussi aux crampes d’estomac, en moyenne deux fois par semaine. Sa mère est morte d une affection du foie; son père est vif, impressionnable, emporté, accusant souvent des douleurs partout ; son plus jeune frère est très nerveux.

I.e 17 mai dernier, sa mère mourait à l'hôpital. Quand elle apprit sa mort, elle eut une crise n creuse avec pleurs et perte de connaissance, qui dura cinq minutes; une seconde crise eut lieu pendant l’enterrement, au ciinetiere; une troisième, la même semaine à l’atelier. Depuis elle a continué à en avoir une à deux par semaine; et depuis quatre semaines, elles sont encore plus fréquentes. De plus, elles sont devenues plus longues; elles s'annoncent par la sensation d'un corps étranger à l'épigastre, qui remonte vers le cou, avec sensation de brûlure et île constriction à la région thoracique supérieure; en même temps, elle éprouve dans le nez une sensation de chatouillement, comme si des bêtes y étaient, dit-elle; puis, au bout de quelques secondes, elle tombe sans connaissance, pleure, a de grandes convulsions. Au réveil, elle ne se souvient de rien. La dernière crise a duré deux minutes et demie; elle a eu lieu le 22. Avant celleci, elle en avait eu deux dans la même semaine, chacune durant deux heures. Deux à trois heures avant la crise, elle sent un malaise dans les jambes, un agacement nerveux général. Du reste, la moindre contrariété provoquait les accér. Depuis le 22, la malade vomissait tout ce qu elle prenait, même l’eau. Enfin, insomnie depuis la première crise.

La malade est lymphatique, bien constituée. On ne constate aucun trouble organique, la sensibilité est normale; pas de douleur abdominale.

Elisa S... vient me voir le 23 décembre 1886. Je l'emlors facilement en sommeil profond. Elle revient les jours sui-

SCGUESTIOX, 3* ÉDIT. 21

HYSTÉRIE

vants ; le 29, cinquième séance. Elle n’a pas eu de crises depuis, lu première hypnotisation; le sommeil nocturne est revenu aussi depuis ce jour; les vomissements ont cessé depuis le 27. par suggestion spéciale laite ce jour.

I.a malade revient me voir le 24 mars; elle était restée deux mois sans attaques ni autres manifestations. Depuis, elle est retombée trois fois; la dernière fois, la veille, l'avantdernière, le 16 mars, et enfin quinze jours auparavant. Cette rechute aurait été provoquée par des contrariétés. Dans l’intervalle des crises, elle ne se plaint pas ; elle dort la nuit, n’a pas de vomissement.

I,’ accès de hier est venu sans prodromes à huit heures du soir. Le précédent est venu à quatre heures du soir, annoncé ilès le matin par de la céphalalgie frontale; le premier avait débuté aussi par la céphalalgie avec chatouillement dans le nez. Nouvelle suggestion hypnotique .

La malade reste guérie pendant trois semaines ; puis est reprise de ses accès; elle dit les avoir tous les quinze jours, le jour qui précède l'irruption menstruelle qui dure huit jours; elle n’en a pas pendant les règles. Il y a dix jours, elle en a eu trois pendant la même semaine.

Elle entre à l’hôpital le 17 mai 1887. On constate une hémianesthésie gauche complète sensilivo-scnsorielle. L’amhlyopie gauche est presque complète ; les couleurs cependant sont reconnues : un doigt placé devant l'œil est reconnu comme une ombre; un crayon n’est pas reconnu. On constate que celte amblyopie est purement psychique. En faisant regarder ce crayon à travers un prisme placé devant l’œil droit, la malade voit très distinctement deux crayons, 1 un aussi net que l’autre; elle ne sait pas que le prisme doit dédoubler. Donc, l'œil gauche voit en réalité. En faisant ensuite regarder ce crayon à travers le prisme par 1 œil gauche, ellecontinue à voir très nettement les deux crayons; en enlevant le prisme, elle ne reconnaît plus rien. Dans cette dernière expérience, il s’agit d’un phénomène d autosuggestion.

Par suggestion hypnotique le 17, Y hémianesthésie disparait complètement, à l'exclusion de celle de l’œil et de 1 oreille pour lesquelles je ne fais pas la suggestion. L olfaction et le goût sont restaurés à gauche.

OBSERVATION

Le 10, cet état se maintient : sensibilité restaurée, sauf «i*il et oreille. La malade se plaint d’une douleur nu synciput et à la buse (lu sternum. Elle a une crise hystérique, le 17, le 18, le 19, malgré la suggestion quotidienne... Le 20. à la suite d'une suggestion vigoureuse avec admonestation, il n'y a pas de crise. La douleur syneipitale et sus-orbitaire, ainsi que celle de la base du sternum persistent. La sensibilité restaurée se maintient. L'œil gauche ne voit absolument rien, même pas les couleurs. L’oreille gauche entend à quatre ou cinq centimètres de distance.

Le 21, je restaure par suggestion lu vision gauche qui redevient parfaite.

Dans la nuit du 22 au 20 mai. crise assez forte, pendant laquelle la malade s'arrache les cheveux; une autre le matin vers six heures, caractérisée seulement par de l'immobilité avec mutisme et perte de connaissance, les yeux entr ouverts, sans convulsion.

La sensibilité persiste; la vision est nette. La céphalalgie a disparu. Suggestion.

Le 24, n'a plus eu de crise. Va bien. Sensibilités restaurées, sauf l’oreille gauche, qui, aujourd’hui, ne perçoit le tic tac de la montre que si elle est appliquée contre elle. Après suggestion , elle l'enteiul a quatre centimètres de distance.

Le 25, plus de douleurs ni de crises. Va bien. Après suggestion, l'oreille entend la montre a douze centimètres.

Dans la nuit du 20 au 27, trois crises, sans cause avouée : la malade continue d'ailleurs à bien aller; la sensibilité reste définitivement restaurée. Elle n’accuse qu'une douleur abdominale assez vive à la pression.

Le b juin, se plaint de mal de tête dans l’apres-midi, et a le soir une violente crise d'hystérie.

Depuis, va bieu, mais se plaint toujours de mal de ventre.

Le 8 juin, à la suite de la suggestion, la douleur du ventre a disparu en partie ; elle est beaucoup moindre les jours suivants.

Le 10 juin, elle accuse une douleur au-dessous du sein gauche. Elisa L... semble avoir une tendance à évoquer sans cesse des manifestations douloureuses ou autres; je cesse de l’hypnotiser de ce jour, et passe devant son lit sans m'arrêter, me

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