CONTRE-SUGGESTION DES HYSTÉRIQUES
contentant de dire en passant : « Cela va bien ; guérie! » Clle n'a plus de crises, ne se plaint plus, reste encore une dizaine de jours à l’hôpital et sort en bonne santé.
Cn résumé, une première série de manifestations hystériques, datant de six à sept mois, a cédé presque à une seule suggestion.
Une nouvelle série, constituant une rechute, a été plus tenace. L’hémianesthésie a cédé rapidement à deux ou trois suggestions; les crises et les douleurs ont résisté pendant trois semaines.
Insistons sur un détail important en thérapeutique suggestive. La suggestion doit être variée et modifiée suivant chaque individualité. Son efficacité est variable selon les sujets et les circonstances. Quelquefois, comme dans certaines observations précédentes, l’impression produite par la première suggestion est assez profonde el persistante pour annihiler tous les symptômes.
Plus souvent, ces troubles ou une partie d’entre eux se régénèrent pour ne céder qu’à l’influence de suggestions répétées.
.Mais il arrive aussi, chez un certain nombre de sujets, que la suggestion s’use. Les malades, notamment les hystériques, finissent par s’endurcir contre elle; on dirait qu’ils ont éventé la mèche; ils se laissent hypnotiser, écoulent ce qu’on leur dit, mais sans l'accepter; ils se font consciemment ou inconsciemment une sorte de contre-suggestion ; quelques-uns éprouvent même une maligne satisfaction à contrecarrer ainsi les efforts du médecin et à entretenir leur maladie; ils se complaisent, malgré leurs souffrances, dans cet état nerveux et ne se laissent plus impressionner par la suggestion. Celte résistance plus ou moins volontaire est parfois aussi déterminée par l’entourage des malades; on rit. on gouaille, on se moque du magnétisme, on
OBSERVATION
proclame que cela ne fait rien ou que cela n’agit que sur les simples d’esprit; on se suggère en chœur qu’on n'est pas influence', qu’on y met de la complaisance; on s’apprend mutuellement à ne plus croire, à ne plus écouter.
Le médecin expérimenté se rendra un compte exact de la situation; il reprendra possession du sujet.
Quelquefois, surtout chez les hystériques, quand on a bien constaté qu’on n’obtient plus rien, et que le sujet continue à évoquer tous les jours quelques nouvelles manifestations, il est bon de laisser là la suggestion. Celle-ci, inutile, concentre l’attention des sujets sur euxmêmes, et fait appel indirectement à l’auto-suggestion. Dans ces cas, comme chez le sujet de l’observation qui précède, i! m’est arrivé de réussir en ne m’occupant plus du malade; j’ai l’air de le considérer comme guéri. L’attention détournée de lui, et voyant qu’on ne s’acharne plus après lui, n’ayant plus de lutte à soutenir ni de manifestation à évoquer, le sujet quelquefois cesse de se plaindre ; il continue à guérir spontanément; le combat linit faute de combattants. Ajoutons d’ailleurs que cette résistance, cet esprit de contrariété et de contradiction, luttant contre la suggestion, peuvent avoir quelque chose d’inconscient et d’involontaire.
Obsehvation XXIV. — Hystérie datant de six semaines. Crises convulsive s. — Hémianesthésie sensitno-sensorielle gauche. — Vomissements. — Douleurs. — Effets immédiats de la suggestion. — Retour des symptômes. — Guérison en sept à huit semaines. — Rechute au bout de huit mois. — Guérison par suggestion en trois semaines.
(i... (Marie), âgée de seize ans, ouvrière en chaussures, entre à l’hôpital le t7 juin. 11 y a quatre ans, elle a été au service pour des symptômes nerveux consistant surtout en douleurs abdominales et poiuts de côté variables.
HYSTÉRIE
Depuis six semaines, elle est sujette à des crises hystériques; elle s’en rappelle six ou huit; elle en a eu deux il y a cinq jours; la dernière avant-hier. Elle accuse de plus un point vers le rebord axillaire droit qui s’irradie vers l’épigastre et revient fréquemment, souvent aussi une douleur vers le liane droit.
(.'est une jeune lille lymphatique, bien développée, moyennement intelligente. On constate : un point douloureux au synciput, douleur à l'émergence des nerfs sus et sous-orbitaire y luches. Sensibilité vire dans tout l’abdomen à la pression ; en pressant l’épigastre la respiration devient haletante, la lace se congestionne, le malade se renverse sur le ventre, les yeux ouverts largement; au bout de vingt secondes survient de la roideur dans les bras; la crise est imminente. Si on cesse de presser, tout s’arrête.
Douleur vive au quart inférieur de la cuisse gauche jusqu’audessous de la rotule.
Hémianesthésie complète sensilivo- sensorielle gauche avec hémianalgésie et abolition du sens musculaire.
On s’assure avec le prisme et l’échelle de Stœber (pie la vision rétinienne existe, que l’amblyopie est purement psychique.
Mouvements chorèif ormes depuis six semaines dans les mains ; mouvements de flexion et d’extension des doigts; elle lléchit par exemple les doigts de la main droite et les frotte contre le pouce; d’autres fois elle ouvre et ferme alternativement la main ; enfin mouvements de pronation et de supination.
Les autres fonctions sont normales; on constate une dilatation d’estomac avec clapotement.
La malade est laissée sans traitement jusqu'au 2 juillet. Tous les symptômes persistent. Crise hystérique le 10 pendant cinq minutes, douleurs épigastriques vives l’empêchant souvent de dormir. Nouvelle crise le 25, le 26 et le 27. De plus, à partir du 21, la malade vomit tout ce qu'elle prend. Elle quitte l’hôpital le 28, mais rentre le 1er juillet dans le même état, ayant eu tous les jours une crise d’hystérie, une hier soir à 6 heures, une ce matin 1er juillet à 8 heures.
Le lendemain 2 juillet, crise légère de cinq minutes. La malade est mise en somnambulisme léger ( 5e degré) ce jour :
observation
suggestion. 1.& vis-ion est restaurée , les autres symptômes persistent les mêmes.
Nouvelle suggestion le 4. L'œil gauche lit à 9 centimètres des caractères de 2 millimètres comme l’œil droit. L'oreille gauche entend à 5 centimètres, l'oreille droite à T centimètres. L'anesthésie sensitive avait disparu hier par suggestion ; elle a reparu ce mutin. La sensibilité épigastrique existe encore, mais moindre.
, Crise légère ce matin. La céphalalgie et la douleur épigastrique ont cessé après la suggestion il' hier; actuellement, cette dernière existe, faible. L'hémianesthésie avait disparu, mais est revenue; la malade voit bien des deux yeux et entend à 4 centimètres “> des deux côtés. — Nouvelle suggestion : retour île la sensibilité.
l/audition se fait à 9 centimètres à droite, Il centimètres à gauche. Les fonctions sensorielles persistent, mais l 'anesthésie sensitive ne se maintient pas. Crise hystérique leT juillet pendant dix minutes.
Le 9, on constate une contracture du membre inférieur gauche en extension datant de la veille au soir. Une même contracture existait dans la main et l'avant-bras; elle s’est résolue spontanément ce matin. J’endors la malade et je cherche par suggestion à déconlracturer le membre; elle résiste beaucoup et je n'obtiens dans ce premier essai qu'un résultat incomplet. Je l’endors de nouveau au bout d'une heure et par une suggestion vigoureuse j‘ obtiens la flexion avec décontracture du membre, en même temps que la disparition de l'hémianesthésie.
10. — A eu hier une forte crise qui a duré dix minutes. Se plaignait de douleurs de ventre. Actuellement accuse surtout des maux de tête, des douleurs sternales et un point vers le rebord axillaire droit. L'anesthésie n'existe que dans le membre supérieur gauche.
Par suggestion à l'état de veille, sans sommeil, j'obtiens le retour de la sensibilité dans la main d’abord, puis dans l'avant-bras, puis dans le bras. Ceci fait, j'endors la malade et j’enlève par suggestion la douleur de tète, la douleur sternale et le point axillaire.
Le 12. — Hier, la malade a eu deux crises successives après la visite de sa mère. L’ hémianesthésie a reparu, sauf
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dans le tronc et le dos. Nouvelle contracture en extension du membre inférieur. Douleur de tête et à l’épigastre. Par suggestion hypnotique je fais disparaitre la contracture en imprimant des mouvements au membre. Ensuite, en quelques minutes, je restaure la sensibilité et je fais disparaitre les douleurs.
Je résume la suite de l’observation. Crise d’hystérie le 1 V, deux le la, une le 17.
La sensibilité restaurée se maintient; douleurs épigastriques fréquentes.
Le 10 une crise imminente est arrêtée par la sœur qui lui fait peur de M. Bernheim; car je l’admoneste vivement à chaque crise.
Jusqu’au 3 août, il n’y a plus de nouvelles crises. La malade va assez bien ; l’hémianesthésie reste définitivement guérie; ne restent plus que des douleurs de tête ou thoraciques, qui cèdent à la suggestion, mais reviennent facilement : et des troubles digestifs, liés à la dilatation d’estomac.
Le 29 et le 31 juillet, nouvelle contracture de la jambe qui cède chaque fois à la suggestion.
Le 3 août, à 8 heures, elle a de nouveau une forte crise convulsive qui dure une demi-heure. Cette crise au dire des malades serait provoquée par l’agitation de la malade qui se livre à des jeux bruyants dans la salle, se cachant sous les lits, etc. Je lui suggère le calme.
Depuis, G... (Marie) n’a plus de crise et va bien; elle reste au service jusqu’àla fin de septembre, ne se plaint de rien que de quelques troubles digestifs. Je constate encore une ou deux fois un retour d’hémianesthésie qui cède à la suggestion.
Elle s’engage comme domestique à Malzéville et fait très bien son service.
La guérison, a peu prés totale, a mis sept a huit semaines environ à se faire.
G... (Marie) revient à l’hôpital le 28 avril 1887. Elle dit avoir été très bien portante jusqu’il y a quinze jours. Sans cause connue, elle fut prise pendant son travail d'un accès d'hystérie convulsive qui dura une heure, sans souvenir au réveil. Après elle se sentit fatiguée, avec céphalalgie, bourdonne-
OBSERVATION
menls d'oreilles et insensibilité du côté gauche ; Y oreille gauche resta sourde et l’œil de ce côté voyait moins distinctement. Depuis la ctyhalalgie a continué, frontale, gravative; en outre, douleurs abdominales continues, souvent crampes d’estomac, sans nausées, ni vomissements; enfin elle accuse des sensations de chaleur vers la tête, des sueurs abondantes et de fréquents battements de cœur.
Après cette première crise, la malade resta huit jours sans en avoir, puis en eut trois dans la semaine, moins fortes et durant une demi-heure.
Les règles, suspendues depuis cinq mois, ont apparu le jour de son entrée, abondantes.
Le 2 mai, on constate une douleur cire à la pression de la région épigastrique et dans le côté droit <lu rentre, une eépha lalgie frontale et synripitale ; une hémianesthésie sensitivo-sensorielle gauche : l'oreille est absolument sourde, l’œil gauche reconnaît les couleurs, voit un peu, mais trouble.
L’ hémianesthésie est enlevée instantanément par suggestion : nous ne laissons subsister à dessein que lanesthésie olfactive, et gustative; crise d'hystérie à six heures du soir.
Le 3, va bien; la sensibilité se maintient. .N’accuse qu’un point douloureux vers la partie inférieure droite du ventre.
Le 1 1 mai : la malade va bien, n’a plus eu de crise. Les crampes d'estomac et le mal de tête ont cessé. L’anesthésie sensitive existe de nouveau; l'œil et l'oreille ont leur sensibilité, les sens gustatif et olfactif gauche sont absents. Suggestion ; Y hémianesthésie disparaît.
Le 17 mai, on la constate de nouveau. Plus de crises. N accuse qu une douleur à la partie inférieure droite de l'abdomen. Continuation de la suggestion : les sens gustatif et olfactif sont restaurés.
Le 21 mai, va bien. Plus de crise. La sensibilité se maintient. On note encore une digestion un peu lourde et une douleur à la partie inférieure du ventre qui disparait par suggestion, mais revient au bout de quelques heures.
Le 2“> mai, cette douleur a totalement disparu ; la malade reste encore une dizaine de jours au service, sans accuser aucun symptôme.
Ainsi celte rechute ou seconde série de manifestations
HYSTÉRIE
hystériques a cédé à la suggestion en trois semaines Il n y a plus de nouvelles crises d’hystérie après deux jours de suggestion.
Ohservation XXV. — Hystérie ancienne, reparue depuis huit mois à la suite d'une fausse couche avec pelvi -péritonite. — Hémianesthésie sensitivo-sensoriclle , douleur , houle, battements de cœur. — Effets d'abord passagers de lu suggestion. — Guérison totale en douze jours.
Catherine V..., âgée de vingt-deux ans. journalière, entre à l'hôpital le 12 mars 1887 dans inou service: elle est sortie le :t mars du service de mon collègue M. Spillmann où elle était restée quatre mois.
A 1 âge de dix-huit ans, à l’occasion de l'apparition des menstrues, elle lut atteinte de paraplégie complète pour laquelle on l’envoya du Luxembourg à Paris; elle lut traitée à l’Hùtel-Dieu par Hérard; les jambes étaient raides; il n’y avait aucune douleur. Elle fut traitée par des frictions; par l'électrisation, par l’application d’aimants pendant huit mois. La paraplégie aurait duré un an, puis guérit brusquement sons cause; mais elle continua toujours à trainer la jambe gauche.
Depuis deux ans. la malade accuse des battements de cœur, tousse et crache un peu ; elle n’a pas eu d’hémoptysie.
Il y a huit mois, elle fit une fausse couche à six mois et demi à la suite d’une chute dans la cave. Trois jours après elle accouchait. Elle continua à avoir des pertes abondantes pendant deux mois, sang liquide et caillots, avec des douleurs abdominales et vomissement. Elle fut traitée à l'hôpital de Longxvy pour une péritonite pelvienne; on lui appliqua deux vésicatoires et des pointes de feu. Elle aurait eu aussi à l'hôpital de grandes crises d'hystérie , mais elle ne se rappelle pas combien.
La péritonite finit par guérir ; les règles revinrent; mais peu abondantes et toujours en retard.
Elle entra au service de M. Spillmann pour sa bronchite cl. une forte douleur dans la jambe gauche occupant surtout le jarret; pendant quelque temps, dit-elle, les deux jambes
observation
furent prises; elle ne les sentait pas et ne pouvaitles remuer. De plus, il fallut la sonder pendant trois semaines. Elle fut traitée par l'électrisation et les enveloppements froids.
Le 14 mars, on note: tempérament lvmphatico-nerveux, constitution débilitée. Température 37,2. Pouls 120 régulier, égal. Respiration 40, assez haletante. A l'examen de la poitrine, on constate une respiration nette, sans râles; la pointe «lu cœur bat normalement; les battements régulier-, sans souffle, deviennent tumultueux quand la malade marche.
Léger tremblement dans les doigts. Accuse une douleur dans les tempes, souvent îles étouffements; à la moindre contrariété, sensation d'un eorps étranger qui monte de [ épigastre au larynx.
Hémianesthésie du côté gauche n lu f iee. au membre supérieur à l'exclusion de la main qui sent et à tout le membre inférieur gauche. La poitrine, le dos. l'abdomen restent sensibles à gauche. — Douleur très rire dans la région sous-ombilicale gauche. — Anesthésie sensorielle gauche, l'œil voit indistinctement, ne peut pas lire, ni reconnaître les couleurs: le rouge est signalé comme jaune; le bleu et le vert comme noir; le jaune rouge jaune, le noir gris, le blanc est blanc. De plus la malade accuse de ce côté une sensation de vertige et d'obnubilation . L’autre œil voit bien. L’oreille ne perçoit la montre que si elle est appliquée contre elle. Les sensations gustatives et olfactives sont abolies du même côté. On s'assure par l’expérience du prisme, qncl'ainblynpic et la dyschromatopsie sont purement psyhiques. La malade dit qu'elle voyait peu de l’œil gauche depuis trois ans.
La malade est facilement mise en somnamlatlisun le t ». L hémianesthésie sensitive est enlevée, mais elle a reparu le lendemain. La malade se trouve mieux, n’a plus de battements de cœur au repos, respire mieux.
Le 16, on constate la même répartition de l'anesthésie sensitive et sensorielle, douleurs à la pression du creux épigastrique, dans la région sous-ombilicale gauche et à la pression profonde au-dessus de l’aine droite. Continuation des suggestions.
ti. Dans la nuit a eu un mal de tête sus-orbitaire intense qui 1 a empêchée de dormir et persiste encore ce matin.
ms'mtih
Il est 'Ht- lt' et la Sensibilité est restdUiee fiai ,w l/i/istlOII. I l vision i sf aussi restaurée.
I*. N i bien, a moins de battements de cumr. I 1 anesth < sir a » epu ru ; ainsi que l amblvopie; la ilyschroimitopsie a defini ut ctUh ; les couleurs sont vues telles quelle* sont, sauf le noir ijui est vu m is. Suyyestion.
l e 10, ne se plaint de rien; a bien niante et bien dormi ; les douleurs a la pression sont très legeros. Kilo peut lire de l'uul gauche, mais l’acuité visuelle est encore faible. L’umcsthesic sensitive revient.
I.e '22, la sensibilité restaurée s’est maintenue depuis hier, l a malade lit mieux de l'uul gauche; la pression profonde di l'abdomen n’es t fins du tout douloureuse. I n peu de seiisi bible dans le jarret droit. Les battements de cteur n’exislent plus nue pendant la marche.
Le '23. Na 1res bien. Restauration parfait Ue la sensibilité lu corps rt de l'œil; les autres sens auditif, gustatif et olfactif lestent abolis.
Le 2 L La malade dit avoir eu sa jambe droite endormie toute la nuit et ne pas la sentir. Ou constate ce matin une hémianesthésie ni ce lu nuanalyésie droite compléta; le sens musculaire persiste.
La sensibilité sensorielle ne s'est pas modifiée.
Le 2.‘>, mémo état. La sensibilité e^t restaurée par suyyestton.
Le 20, cette restauration persiste, sauf a la face qui est insensible a droite. L’oreille droite perçoit la montre très loin; la gauche seulement à 3 centimètres et demi. Instauration de la sensibilité à lu face par suyyestion.
Le 20 au soir, à cinq heures, la malade est prise d’un Irisson d'une heure, suivi d'un point de côte à l’aisselle gauche; la température est à 39,8 le 27 au matin, a il*" le soir, le pouls à 128; le 28 au matin, température 38, i ; pouls 12L
Toux, expectoration visqueuse jauuiltre ; ,i l’examen de la poitrine, submatité et respiration obscure dans les trois derniers espaces gauches. Le point disparaît le 28; la tempéra turc le soir est à 30°, le pouls à 128. Le lendemain 20, température 28°, pouls 108 le matin ; 38", 8, pouls lié le son. l e 30au matin, la température est 37°, la pneumonie a fait sa défervescence. Le 30 et le 31 au soir, la température' s'élève encore à 38,0, puis elle redevieut normale matin et soir-
Hystérie 43â
Pendant ce temps, aucun symptôme nerveux; la sensibilité restaurée se maintient.
Le 2 avril, la montre est entendue à droite à 4 centimètres; suggestion quotidienne pour augmenter l’acuité de l'ou'ie : le 5 avril, la malade entend jusqu'à 16 centimètres de distance: le 18, à 18 centimètres de distance. L’olfaction et la gustation sont aussi restaurées par suggestion.
La malade continue à très bien se porter, et, sauf quelques battements de cœur provoqués parla marche, ne ressent pas le moindre malaise. Kl le reste à l'hôpital jusqu'au 14 mai et sort guérie.
La guérison à peu près totale par suggestion a été obtenue dans l'espace de douze jours environ.
Observation XXVI. — llgstérie masculine depuis l'dgc de douze ans. chez un jeune homme de vingt et un ans. — Guérison passagère par la suggestion hypnotique avec isolement.
Le 30 janvier 1887, mon maître et collègue. M.Herrgolt, me prie devoir le jeune Léon X..., âgé de vingt et un ans, et qui, depuis l'Age de douze ans, était affecté d une maladie hystérique. C’est un garçon vigoureux, bien constitué, dont la famille ne parait pas entachée de diathèse nerveuse.
Depuis la lin de décembre, l’affection s’est aggravée; elle se traduit par un malaise continu, avec pleurs, gémissements et sensation de eonstriction à la gorge. Sur ce malaise continu, se greffent des crises aigues. Il en a eu au moins six dans le courant du mois; ces crises commencent par un serrement plus intense à la gorge; c'est une véritable strangulation; la sensation d’oppression et d’essoufflement devient excessive; la face se congestionne, devient vultueuse; il y a un tremblement généralisé, sans convulsions, ni contracture; le malade pousse des cris plaintifs, aigus, épouvantables, qui mettent toute la maison en émoi; et cet état dure plusieurs heures. Les cris, dit-il, sont déterminés par la sensation de contriclion laryngée; quand il a bien crié, cette eonstriction se dissipe, la détente se fait; il reste une grande fatigue qui se répare dans un sommeil profond.
Pendant toute cette période de malaise, il est impuissant
SUGGESTION. 3" ÉDIT. 2o
OltSKItVATKiN
à travailler physiquement ou intellectuellement; il ne peut ni lire ni écrire, il se sent incapable d'une attention soutenue; quelquefois, il reste une à deux minutes avant de répondre aux questions, soit impuissance de parler, soit absence de mémoire. S'il doit se lever de son siège, il demeure parfois aussi deux ou trois minutes sans pouvoir le faire; il ne peut saisir un objet. De même dans ses promenades, il lui est arrivé plusieurs fois de rester dix minutes sans pouvoir continuer ;i marcher, comme enchaîné par une inertie irrésistible. Mais, d'autres fois, il est libre de ses mouvements et de ses paroles; il n'a que l’inaptitude au travail physique et psychique.
Il n'a d’ailleurs ni frayeur, ni hallucinations; il se rend compte de tout; il parait subir des impulsions dont il ne peut triompher.
Souvent, il est irritable sans motifs; plus sa famille essaie de le calmer, plus son état nerveux s’exaspère; le moindre mot, le moindre geste est interprété à rebours et détermine des cris violents avec pleurs et colère.
11 est très impressionnable dans ces périodes; un accident léger, le récit d’un événement un peu triste l’émotionnent au plus haut point, font battre son cœur et réveillent la strangulation; il est d’une sensibilité excessive aux bonnes paroles et très violemment ému par la moindre admonestation.
Les autres fonctions, d’ailleurs, s'exécutent bien ; aucun trouble de sensibilité; aucun point douloureux ; pas de boule épigastrique; la digestion est toujours bonne. Pendant les fortes crises, la strangulation l’empêche de manger.
C’est, d’ailleurs, un garçon très intelligent qui rend très bien compte de son état dans l’intervalle de ses crises.
Voici la note qu’il m'a remise sur la marche de son affection, après sa guérison :
« Llle a commencé vers la lin de juillet 1878, à l’âge de douze ans, à Hocroy, sans cause, par des tourments d’esprit violents, des idées noires et un peu de fatigue, mais sans impossibilité de travailler.
Pendant l’année scolaire 1878-1879, classe de cinquième, faite ;i la maison, les tourments d’esprit sont moins fréquents, mais il suffisait d’une lecture pour les réveiller.
Pendant l’année scolaire 1879-1880, laite au collège de
Il YSTKIllK MASCULINE
Heims, comme interne, les tourments d’esprit deviennent aussi violents qu’en sixième, et pour la première fois cette année, apparurent des pleurs sans motifs, pleurs qui duraient quelquefois deux heures, sans interruption; je pleurais bien le quart du temps et dans l'intervalle j’éprouvais une tristesse profonde; je pouvais néanmoins travailler.
Pendant l’année scolaire 1880-1881. la maladie a commencé à prendre une forme intermittente ; des périodes de câline alternaient généralement avec des périodes d'agitation, de trois mois en trois mois. Ainsi, d’octobre à lin janvier, calme. En février, mars, avril, nouveaux tourments d’esprit avec pleurs et sanglots, moindres que l’année précédente. Mais absence complète de mémoire, qui ne me permettrait fias de travailler ; et de plus, sensation de lourdeur avec engourdissement dans les doigts, surtout le matin: pas encore de crises.
De mai jusqu'à la lin de l’année, calme; j’ai recommencé à travailler. Pourtant, celte interruption n’était pas complété. En juillet, à un moment où j’étudiais très bien, j’ai eu ma première crise; elle était moins forte que ne le furent les suivantes. (Les crises sont analogues à celles que j’ai décrites plus haut.)
Année 1881-1882 ; classe de seconde. Les mois d’octobre, novembre, décembre sont, de nouveau, comme les mois de lévrier, mars et avril: agitation morale, pleurs; lourdeur dans le> doigts plus forte, absence complète de mémoire; elle renaît un peu pendant le cours de décembre.
En janvier, calme : je puis travailler jusqu’à la lin de l’année sans interruption; au printemps, j'ai deux ou trois crises, pas encore complètes, à un moment où j’étudiais.
Année 1882-1883. Je suis ma rhétorique, péniblement, jusqu'au commencement de mai, non sans quelques absences occasionnées par des douleurs qui m’avaient empéché de me lever le matin, ou par des pertes momentanées de mémoire qui avaient entravé mes études.
A la lin de mars et au commencement d’avril, pour la première lois, j'ai des crises violentes, complètes et se succédant presque sans interruption; elles diminuent de nombre et d intensité graduellement pendant le mois de mai.
Lr Ier juin, je vais assez bien pour reprendre les cours du
OHSISltY AÎION
lycée, que je suis jusque vers l’époque du baccalauréat ; je suis relusé à cause de mes interruptions forcées pendant l’année.
En août, les crises deviennent aussi violentes qu’avant. Vers lçi lin d'août jusqu’au commencement de novembre, je fais de l’hydrothérapie à Benfeld ; les crises disparaissent, mais font place à une inertie de corps et d’esprit, impossibilité de m’occuper ni de me distraire d’aucune façon, lourdeur dans les doigts, pleurs sans motifs, idées noires.
Cela s’améliora graduellement après que j’eus quitté l’établissement, année 1884. Je reprends le cours de rhétorique au lycée; je le suis avec une grande facilité jusqu’au mois de juin.
A ce moment arrive une des périodes les plus mauvaises : pas de crises, mais impossibilité de me lever, de remuer, de répondre à qui me parlait; j’étais comme paralysé de corps et d’esprit. En septembre, octobre et novembre, je vais bien; je puis travailler. J’essaie de nouveau de me présenter au baccalauréat, à la session de novembre; je suis refusé pour une composition inachevée.
En novembre, le malaise recommence, je manque de nouveau les classes. Le 1er janvier 188b, je quitte définitivement le lycée et je cesse mes études; je passe tout le printemps en Alsace, à la campagne : malaise continuel, crises peu violentes, mais impossibilité complète de travailler.
Au mois de mai, je me rétablis; le 24 juin, je m’engage pour cinq ans au 8° bataillon de chasseurs à pied, à Amiens. Pour la première fois, l’interruption de ma maladie est parfaite; je prends goût pour les exercices du corps et je fais seize jours de manœuvre. Cela dure quatre grands mois.
Au mois de novembre, le service commence à me fatiguer; pendant ce mois, je suis exempté par le major pendant dix jours.
Au mois de décembre, retour des malaises et des lourdeurs dans les doigts; le major m’envoie dix-huit jours en congé de maladie.
A mon retour, comme mon état ne faisait qu’empirer, le major m’envoie à l’hôpital militaire où je suis en observation jusqu’au b février 1880 et l’on me renvoie dans mes foyers à titre de congé de réforme.