DOULEURS NERVEUSES GUÉRIES PAR SUGGESTION
Elle a de la céphalalgie frontale depuis huit jours, revenant deux fois par jour, durant cinq minutes chaque fois; cette douleur ne l'empêche pas de dormir Elle a quitté sa famille il y a deux mois, à la suite de discussions; elle pleure souvent.
Elle n’a jamais eu de crises hystériques ; la sensation de strangulation n’existe que quand « lie a mangé. Pas d’ovarialgie. Au dynamomètre, la main droite donne 26, la main gauche 24.
Anesthésie avec analgésie et abolition du sens musculaire dans le membre supérieur gauche; vers la tète de 1 humérus, la sensibilité réparait ; elle existe partout ailleurs. Depuis quinze jours, fourmillements dans la main. Les organes îles sens fonctionnent normalement, Diiignostic : névropathie.
Une pièce il or appliquée sur le iras fait r» 0/ paraître la sensibilité, sans transf et, en trois minutes; et, depuis, celte sensibilité restaurée se maintient.
Ee 27, elle se plaint de douleurs dans les épaules, et la pression réveille une sensibilité1 très vive dans les deux fosses sus-épineuses et au niveau de la deuxième apophyse **p i— lieuse dorsale. Suggestion hypnotique : la malade entre facilement en somnambulisme. La douleur a disparu complètement au réveil; et on peut presser la région qui était hyperesthésiée, sans que la malade manifeste la moindre réaction. La douleur réparait de nouveau dans l’après-midi et cède encore le soir a la suggestion hypnotique.
Elle ne réapparait que le 2K, à six heures du soir, empêchant la malade de dormir.
( )n la constate le lendemain 29. La suggi stion hypnotique la fait disparaître ; la malade mange avec appétit. A huit In lires du soir, la douleur revient dans l’épaule droite; de plus, elle est prise de battements de cœur, de fourmillements dans les mains; elle ne dort qu’une heure pendant la nuit.
Le 30 au matin, elle vomit son café. On constate que la fosse sus-épineuse droite est sensible à la pression. A dix heures, la malade accuse une douleur avec fourmillements dans le< mains. Suyg s tion hypnotique. Pendant le sommeil je fais marcher et travailler la malade; j'ai constaté que le somnambulisme actif, lorsqu'il est possible, opère une diver-
OflSEIIVATKi.N
ir>o
sion salutaire et agit souvent plus efficacement que le somnambulisme passif pour supprimer les malaises nerveux. A.u réveil, elle ne se plaint de rien.
Dans la journée, elle a encore des fourmillements dans les mams qui cèdent à la suggestion hypnotique.
A partir du Ie1' avril, la malade n’accuse presque plus aucun malaise ni trouble nerveux.
La suggestion hypnotique réprime rapidement toute douleur qui se manifeste.
Au mois de mai, nous constatons chez elle une éruption de syphilide papuleuse et eczémateuse : traitée par les frictions mercurielles, cette éruption disparaît.
Nous la gardons quelque temps au service, parce qu’elle est excellente somnambule. Pendant son sommeil, nous la faisons travailler; elle va, elle vient, balaye la salle, va à la cuisine chercher les fers à repasser, et repasse du vieux linge, conformément aux suggestions données, le tout, les yeux fermés; elle travaille ainsi pendant une heure sans se souvenir de rien au réveil.
Quelquefois cependant la suggestion a besoin d’être modifiée pour avoir prise sur son imagination. Elle a pendant quelque temps du dégoût pour la viande et refuse obstinément d'en manger. J'ai beau lui suggérer tous les jours avec opiniâtreté qu’elle a du goût pour la viande et qu’elle en mangera avec bonheur; elle me promet, les promesses ne lui coûtent guère, d’en manger à son réveil. Elle n’en mange pas davantage. C’est une répugnance invincible. Un jour, l'ayant hypnotisée, j’essaie le subterfuge suivant : « Comment vous appelez-vous? — M. M... — Mais non, vous n’êtes pas M. M...! vous êtes Joséphine I)..., sa tante! Vous êtes sa tante! » Au bout de quelques instants, elle dit: « — C’est vrai. Je suis Joséphine I)... — Et maintenant, lui dis-je, la voici votre nièce. M. M..., faites-lui un peu la leçon ! Elle ne veut pas manger de la viande, trouvant qu’elle est Irop mauvaise. Montrez-lui comment on la mange, dites-lui comme elle est excellente! » Et la voilà qui se met dans son rôle de tante, qui fait un sermon en règle à sa nièce lictive ; et comme j’avais fait apporter un gros morceau de bouilli, elle l’avale avec plaisir et en réclame encore, pour démontrer à sa nièce combien il est bon.
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.l’essaie encore chez elle, pendant qn'elle est au service, la suggestion dans un but moralisateur; je lui fais promettre qu'elle restera infirmière dans la salle, honnête tille, qu’elle n’aura plus d amants, qu’elle conservera des sentiments religieux, etc. Elle promet tout, et, pendant son séjour à l'hôpital, son caractère fantasque, capricieux, grossier, se moditie passagèrement; elle devient docile, plus réservée. Mais un beau jour, elle quitte l’hôpital et on la rencontre le même jour en ville avec des individus de profession inavouable; elle redevint plus que jamais fille publique. Elle était suggestible pour tous et par tous.
Observation XXXIV. — Névropathie. — Douleurs <ï l'épigastre et dans les membres inférieurs qui disparaissent rapidement pur suggestion.
D... M,.., vingt et un ans, couturière, entre à l'hôpital le 8 janvier 188.'»; elle a accouché le 4 novembre, d’un enfant de sept mois qui est mort après quinze jours, à la Maternité; elle sortait de prison. Kl le ne serait tombée malade qu'un mois apres, ressentant une douleur au-dessus de l’aine droite, qui persiste encore, douleur qu'elle compare aux crampes utérines, avec lièvre et ardeur en urinant. Pendant quinze jours elle a vomi; depuis elle ne vomit plus; depuis une quinzaine aussi elle perd un peu en rouge.
('. est une fille lymphatique, assez pâle. Apyrexie. On trouve le ventre augmenté de volume, assez ballonné, sonore et sensible partout, sans empâtement; le loucher ne montre rien d’anormal. Elle est habituellement constipée; elle a été purgée, il y a trois jours; les urines sont normales. Elle aurait de plus, depuis deux mois, des douleurs dans les jambes et les cuisses, surtout a la face postérieure, douleurs l'empêchant souvent de marcher; elle aurait déjà eu, trois semaines avant son accouchement, des. douleurs dans les reins et les jarrets, douleurs sans crampes, ni raideur, rendant la marche difticile; mais elles ne l'empêchent pas de dormir. - .Ver rnpathie. — l.e I J, la malade qui était restée constipée depuis huit jours malgré quatre pilules écossaises et de l'eau de Sedlitz, a une selle; le ventre est un peu moins ballonné: elle se plaint d'une sensation de brûlure vers
OBSERVATION
l’estomac : la nuit elle a eu deux fois une sensation d'étouffement. Elle plie lentement et difficilement ses jambes à angle obtus ; elle accuse une douleur vive à la pression, vers les deux malléoles, au niveau du mollet, du jarret, dans la distribution du nerf crural des deux côtés, vers la quatrième apophyse dorsale, vers les dernières vertèbres dorsales, au sacrum, à l'cmergence des sciatiques et à celle de tous les nerfs de la face. — Insomnie.
Le 14, hyperesthésie presque générale. Accuse surtout une douleur épigastrique et dans les jambes. — Hypnotisation, ii 10 heures : la malade entre en somnambulisme. Au réveil, après suggestion, la douleur épigastrique a disparu; elle reparaît à cinq heures du soir. Les autres douleurs ont notablement diminué.
Le 15, va mieux : les nerfs de la face ne sont plus douloureux; la douleur de l'épigastre revenue, disparaît de nouveau par suggestion.
Le 16, n’accuse plus de douleurs que dans les membres inférieurs qui l’empêchent de se tenir debout. L’attouchement des cuisses et des jambes réveille une sensibilité très vive.
.le V hypnotise et je lui suggère la disparition des douleurs cl la possibilité de marcher; j’affirme qu’elle peut marcher: à son réveil V hyperesthésie a, en effet, presque complètement disparu et Marie peut faire quelques pas en traînant les pieds sur le sol.
Les jours suivants, elle continue-à marcher très bien; la leucorrhée disparaît graduellement. Elle reste encore au service jusqu’au 28 février; de temps en temps, elle accuse de nouveau quelques douleurs dans les membres; elles sont chaque fois réprimées par la suggestion.
Ouser vatio.n XXXV. — Nervo-arthritisme. — Douleur lombaire.
— Insomnie. — Répugnance pour la viande. — Guérison
rapide par suggestion.
S... A..., âgé de quatorze ans et demi, ouvrier en chaussures, est entré à l'hôpital le 25 mars 1880. 11 y a seize mois, il a déjà fait un séjour de six semaines à I hôpital pour des douleurs dans les pieds. Actuellement, il se plaint île dou-
DOULEURS NÉVROPATHIQUES io3
leurs dans les reins, les coudes, les genoux, les mollets. Depuis avant-hier, il ne pouvait presque plus marcher. Depuis cinq ou six jours, il est enroué, a de 1 inappétence, des sueurs abondantes. De plus, depuis deux ans, il ne dort presque pas la nuit; il éprouve le besoin de changer constamment de place, est très agité. Son père est mort de tuberculose alcoolique.
État actuel , le 26 mars. — Température 38°, 4. le 23 au soir; 37,6 le 26 au matin. Pouls régulier. Constitution délicate ; tempérament lymphatico-nerveux. A 1 examen de la poitrine, on constate que la pointe du cœur bat sur la ligne mamillaire, au sixième espace intercostal : les bruits sont réguliers; l'expiration est légèrement soufflée a la région interscapulaire.
Douleur assez vive à la pression des dernières vertèbres lombaires; cette douleur serait survenue a la suite d’ellorts nécessités par son travail. Les douleurs articulaires ont disparu depuis ce matin; il a encore eu avant-hier des douleurs s'irradiant des genoux aux chevilles; les réflexes tendineux du pied sont un peu exagérés.
Diagnostic : Nervosisme. — Arthritisme. — Irritation spinale.
Le malade est hypnotisé, sommeil profond. Au réveil, les douleurs lombaires ont disparu.
27. — Les douleurs ont reparu le soir. L’enfant n'a pas dormi cette nuit; toujours besoin de déplacement. Ce matin épistaxis assez abondant. Noue elle suggestion hypnotique.
28. — La douleur a disparu. A dormi cette nuit, mais le sommeil a été entrecoupé par de frequents réveils. — Suggestion.
29. — A mieux dormi; a été calme cette nuit. — Léger épistaxis.
30. — A eu des douleurs dans les reins cette nuit, pendant deux heures, a cependant dormi ; s’est réveillé cinq ou six fois. — Léger épistaxis. — Mange un peu. — Suggestion.
31. — S'est réveillé trois ou quatre fois seulement : a bien dormi; sou voisin de lit dit qu’il est beaucoup plus calme et ne s’agite }>lus.
Il n’a plus eu de douleur. Il mange assez bien, mais dit n’avoir pas de goût pour le bœuf.
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I" — Va bien. A bien dormi. Accuse encore quclques légères douleurs de reins. — Suggestion pour lui faire manger du bœuf.
-• Continue a bien aller; dort bien. A mangé du bœuf avec appétit. N’a plus de douleurs. — Quitte l’hôpital.
S. — Le petit malade, qui vend des journaux dans la rue, vient . depuis trois jours, le matin à l’hôpital ; il va bien, dort la nuit, continue à manger de la viande; il est debout touLe la journée et se plaint encore d’um> certaine fatigue dans les genoux ; nous l’enlevons par suggestion.
Oiiseh va.tion XXXVI. — Faiblesse 'ivre engourdissement de lu jambe droite, névropathique. — Guérison rapide par suggestion.
Veuve I)..., cinquante -trois ans, entre à l’hôpital le — avril 1881. Elle accuse, depuis plusieurs années, des troubles divers dyspeptiques et nerveux, parmi lesquels je n’en relève que quelques-uns. Depuis un an, elle a de la fai blesse dans les membres inférieurs, elle marchait en chancelant, sans avoir de vertiges. Depuis le mois de décembre, elle est obligée de s’appuyer sur une canne. Depuis quatre ans, elle serait sujette à des élancements douloureux dans le membre inférieur gauche, s’exaspérant sous l'influence du mauvais temps; actuellement la douleur occupe ou le genou ou la face antérieure de la cuisse gauche; sensibilité en avant de la malléole externe avec sensation d’engourdissement. Elle remue bien la jambe droite, elle soulève assez bien aussi la jambe gauche, étant couchée dans son lit; mais elle ne peut maintenir celle dernière immobile en l’air. Depuis trois semaines seulement, elle peut se tenir debout, dit-elle, sur cette jambe. La malade marche à petits pas. avec une certaine raideur dans la jambe gauche qu’elle traîne un peu; cette sensation de raideur avec engourdissement dans la cheville, plus marquée à gauche, existe depuis le pied jusqu’aux genoux et remonte quelquefois aux aines. — Elle se tient et marche d’ailleurs les yeux fermés. — La sensibilité est normale; les réflexes tendineux ne sont pas acccrus.
Le 20, suggestion hypnotique (sommeil assez profond). — Immédiatement après, la malade marche beaucoup mieux,
l’AKÉSlE D’UNE JAMBE GUÊlllE l’Ail SUGGESTION iâo
plus vite, et traînant moins la jambe. La sensation <lc raideur et d'engourdissement dans la cheville a diminué et disparait complètement le soir, à la suite d’une nouvelle suggestion.
Le 28, ia malade a de nouveau de l’engourdissement dans la cheville, elle accuse aussi de la douleur dans l'épaule et le bras droits. Tous ces symptômes disparaissent par suggestion. La malade reste encore une dizaine de jours au service pour une angine contractée par refroidissement. Pendant ce temps, elle continue à bien marcher et n’éprouve plus ni douleur, ni raideur, ni engourdissement.
Obsehvation XXXVII. — Douleurs dans la jambe droit' , iempéchant de marcher depuis six semaines. — Amélioration après une séance; guérison en giiatre.
B... (Pauline), vingt et un ans, tailleuse de limes, entrée à l'hôpital le 11 septembre 1881.
Mariée depuis deux ans et demi, veuve depuis le mois de janvier : en ts8o, accouchement à sept mois, d’un enfant qui vit. En mars 1882, nouvel accouchement heureux. En juin 1882, reçut de sou mari, ivre, un coup de pied dans la région sus-pubienne, et, depuis ce moment, douleurs dans le bas-ventre avec dysménorrhée; réglés douloureuses: elle restait parfois trois mois sans en avoir.
En décembre 1 883, faille couche à trois mois, précédée, pendant huit jours, de mélrorrhagie avec fortes douleurs qui continuèrent après la fausse couche; les pertes ne disparurent définitivement qu’au bout «le six semaines; resta alitée quinze jours, — puis, h-s règles redevinrent régulières, mais les douleurs persistèrent avec une grande intensité jusqu’en mars, au point de l'empêcher souvent de marcher. — En mars et avril 1884, elle n’éprouvait plus rien. Les douleurs reparurent en mai, surtout dans le côté droit; en même temps, douleurs dans les reins, les fesses, la cuisse droite s’irradiant au pli de l’aine jusqu’au pied.
Depuis le mois d'aoüt, la mata i'' ne pmi ni marcher, ai travailler, a cause des douleurs de la jambe droite.
La malade a un tempérament névropathique; elle accuse des sensations d'étoull'ement, de constriction à la gorge, des fourmillements dans les bras et les mains, une céphalalgie
OltSEIlVATlON
presque conlinuelle, souvcnl des névralgies dentaires et fron- I taies. Elle a des colères fréquentes.
L’examen des organes ne démontre rien d’anormal.
Diagnostic : métrile, névropathie.
La malade est traitée par suggestion hypnotique; on ob- I tient un sommeil profond. La première séance, le 24 septembre, donne lieu à une crise nerveuse gui dure peu; les douleurs persistent au réveil. Après la seconde séance, le 25, ta malade peut marcher, ce qu'elle ne pouvait faire depuis le mois d'août, et n'accuse plus que des douleurs légères.
Après la troisième séance, la malade n accuse plus aucune douleur et marche très bien. Le 6 octobre, après douze séances, elle continue à bien aller, et n'accuse plus qu’un peu de faiblesse.
Le 11, elle se plaint de quelques douleurs à la jambe droite : elles cèdent îi la suggestion.
Elle sort, se disant guérie, le 12.
Observation XX XVIII. — Douleurs rhumatismales et nerveuses en ceinture et dans le membre inférieur droit depuis vingt mois. — impossibilité de marcher. — inappétence. — Guérison rapide par suggestion à létal de veille.
E. IL.., âgée de quarante-six ans, vient à la consultation de l’hôpital le 25 mars 1880. Mère de sept enfants, dont le dernier a trois ans, qu’elle a tous nourris, elle s’est bien portée jusqu’en août 1884. A cette époque, elle fut prise d’une sensation de froid dans le pied droit, telle que la chaleur du poêle ne parvenait pas à le réchauffer; cette sensation s’accompagnait d’engourdissement et de raideur dans le pied qui l’obligea, depuis ce moment, à traîner la jambe. En même temps, se développa une douleur lombaire et en ceinture, qui augmenta surtout en décembre 1884, l’empêchant, à partir de cette époque, de travailler. En février 1885, survint de plus une douleur vive s’étendant do l’aine le long de la face antérieure de la cuisse et de la jambe jusqu’au pied, douleur lancinante existant au repos et s’exaspérant par la marche.
Eu décembre 1885, cet état s'aggrava au point qu’elle ne pouvait presque plus marcher. Elle se traine péniblement
l'AUKSIE l'AK DOULKUH GUÉKIE l’Ali SUGGESTION 457
dans sa chambre, boitant horriblement, et se cramponnant aux meubles. Impossible de descendre seule ou de monter un escalier. Au lit, elle ne peut se tourner ni s'asseoir sans pousser des cris arrachés par les douleurs, à l'aine et autour du tronc, surtout aux reins. Elle n’arrivait à se coucher que péniblement et lentement. Dans les membres supérieurs, elle n'accuse aucune douleur, mais est dépourvue de force ; elle se sent incapable du moindre effort, elle ne peut soulever une bouteille pleine d'eau. Enlin, depuis tout l'hiver, l’appétit est absolument perdu; elle ne peut manger ni pain ni viande; du café et du bouillon constituent toute sa nourriture.
Elle est réglée tous les quatre mois seulement, mais sans douleur, ni abondance exagérée ; elle n'a jamais eu de maladie sérieuse ni de manifestations nerveuses.
C'est une femme assez bien constituée, mais détériorée, déprimée, d’une intelligence médiocre. Je ne constate aucune lésion organique. I.a pression de la région thoracique inférieure, surtout au niveau des aisselles et du dos, détermine une vive douleur; de même celle de l'aine droite; la malade exécute bien tous les mouvements, les réflexes tendineux ne sont pas exagérés, la sensibilité est normale. Elle se tient bien debout, mais marche péniblement en boitant et accusant surtout une douleur à l’aine qui paralyse ses mouvements. Je pense qu’il ne s'agit que de douleurs rhumatismales ou nerveuses. Elle a habité il y a deux ans un logement humide.
Je l'endors le 25 mars; elle n'arrive qu’au second ’lcyrti du sommeil. Je suggère la disparition des douleurs et la possibilité de marcher très bien. A son réveil, au bout de dix minutes, je la fais se lever et marcher; je continue la suggestion au réveil. Elle traverse plusieurs lois la salle, presque sans douleur et presque sans boiter; son mari est émerveillé de ce résultat. Je lui dis de revenir le 3 mai, étant obligé de m'absenter jusqu’à ce jour.
Elle revient le 3 mai. Le résultat ne s’est pas maintenu. Elle accuse de nouveau les douleurs habituelles, bien que moins intenses; elle boite de nouveau, mais à un degré moindre.
Je réitère la suggestion à l’état de veille et de sommeil ;
'*î>8 OUSEHVATJON
les douleurs diminuent notablement, et elle marche très bien presque sans boiter.
A partir du 5 mai, je continue la suggestion tous les jours. Le sommeil n’est pas profond. A partir du 7 mai, je me contente de faire la suggestion à l’état de veille. J’allirme qu’elle 11a plus mal, qu’elle peut marcher sans boiter, que tout rentre dans 1 ordre; je frictionne les régions douloureuses, la ceinture et les aines. Puis je lui enjoins vivement de se lever et de marcher, vite, sans douleurs, sans boiter; je la fais circuler activement dans la salle.
Cette affirmation vigoureuse avec entrainement actif réussit mieux que la suggestion passive.
Depuis le G mai, la malade continue à marcher très bien sans s’appuyer, sans canne. Le 6 mai, elle accusait encore de la lassitude et de la douleur à l’aine. Le 7, elle a marché toute l’après-midi sans fatigue ; elle se couche seule, se tourne et se retourne dans son lit, s'assied sans aucune douleur. De plus, depuis la première séance, l'appétit perdu depuis tout l’hiver est redevenu parfait et ne s’est pas démenti à partir de ce jour. Le G mai, elle a pu se promener en ville pendant trois heures sans fatigue; elle monte et descend seule les escaliers. Le 10 mai, elle a marché très bien toute la journée; elle sent aussi plus de force dans les bras et tient mieux les objets. Il n'existe plus qu’une sensibilité douloureuse à la partie latérale des dernières côtes et à l’aine droite.
Quand elle a été assise pendant quelque temps et qu’elle se leve pour marcher, elle ressent encore un sentiment douloureux à l’aine qui détermine une certaine hésitation avec claudication pour se mettre en mouvement; mais, une fois qu’elle a fait une dizaine de pas, elle continue sans douleur et presque sans boiter.
Tel est son état le 12 mai. Pour corriger ce dernier reste de son mal, je continue la suggestion; je la fais rester assise pendant quelques minutes; et, après quelques frictions avec affirmation qu’elle va se mettre en mouvement sans douleur aucune, je la fais se lever et marcher. Elle se met chaque fois un peu mieux en marche et j’espère arriver à dissiper ce dernier vestige de sa maladie, en continuant cet entrâmes ment suggestif.