ACTION SUR LE CERVEAU
humaine qui se préoccupent avec anxiété d’une éventualité, aussi grosse de périls! Ils auraient raison de condamner une pratique qui peut enlever à l’homme, sans résistance possible de sa part, ce qu'il a de libre arbitre, ils auraient mille fois raison, si le remède n’était à côté du mal ! Quand nous prévoyons chez nos somnambules une disposition pareille, nous avons soin de leur affirmer pendant leur sommeil, cl c’est une règle dont il est bon de ne pas se départir : « Personne ne pourra vous endormir, si ce n’est votre médecin, pour vous soulager. » Et le sujet, docile à l’injonction, devient réfractaire à toute suggestion étrangère. Un jour j’essayai d’hypnotiser une excellente somnambule que plusieurs fois j’avais endormie déjà; je ne pus y arriver; j’appelai M. Liébeault à mon aide; il l’endormit en quelques secondes. Je lui demandai alors pourquoi je n’avais pas réussi. Elle me dit que plusieurs mois auparavant M. Beaunis lui avait suggéré pendant son sommeil que M. Liébeault et lui seuls pourraient l’hypnotiser. Cette idée, inscrite dans son cerveau et dont elle n’avait pas conscience à l’état de veille, l avait prémunie contre ma tentative ! Donc le danger d’une suggestibilité hypnotique trop grande peut être écarté par la suggestion elle-même.
Une appréhension plus grave et qui s’impose naturellement est celle-ci : Ne craignez-vous pas, dira-t-on, que l’hypnotisme, alors même qu’il est manié avec prudence, dans un seul but thérapeutique, sans hallucinations provoquées, ne finisse par porter une atteinte grave aux facultés cérébrales? Le cerveau s’engourdit, l’intelligence est déprimée, l’activité cérébrale diminue; le sujet tombe et reste dans un état de torpeur intellectuelle.