‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 264 sur 280 · ABUS DES HALLUCINATIONS · texte numérisé non relu

ABUS DES HALLUCINATIONS

L’expérience seule peul répondre. Or, j’ai endormi des personnes 1res intelligentes, pendant des mois et même des années, journellement, même deux fois par jour; et jamais je n’ai constaté le moindre préjudice porté aux facultés de l’entendement; l'initiative cérébrale persistait aussi active; elle devenait même quelquefois plus active, car bien des troubles fonctionnels dont les malades soutirent, tels que douleurs, inquiétude, agitation nerveuse, insomnie, réagissent d une façon fâcheuse sur l’activité psychique; supprimer ces troubles par la suggestion, c’est mettre le cerveau au repos, c’est le dégager d'impressions qui entravent son fonctionnement libre, c’est sauvegarder l’intégrité fonctionnelle de l’organe générateur de la pensée. Le sommeil hypnotique par lui seul est bienfaisant et exempt d’inconvénients, comme le sommeil réel.

Mais un autre ordre de dangers peut résulter des hallucinations provoquées et je dois dire ici toute ma pensée. Sans doute, des hallucinations inolTensives provoquées à d’assez longs intervalles, soit hypnotiques, soit post-hypnotiques, troublent momentanément l’esprit, au même titre que les rêves ; mais l'équilibre se rétablit vite quand le rêve hallucinatoire a disparu.

En est-il de même si ces hallucinations sont fréquemment suggérées à l’imagination? .Ne peut-il à la longue rester quelque trouble persistant dans le cerveau? N'estil pas à craindre qu’un dérangement [dus ou moins notable des facultés intellectuelles survive? Je ne voudrais pas affirmer que certains cerveaux fragiles, prédisposés à l'aliénation mentale, ne puissent recevoir de ces expériences inopportunes et maladroites une atteinte

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sérieuse, sachant (|iie toute émotion, tout bouleversement violent peut faire éclnrc une folie dont le germe diathésique, souvent héréditaire, est inhérent à l’organisme. Je dois dire seulement que, dans les nombreuses expériences que j’ai faites, je n’ai jamais constaté de trouble psychique survivant aux expériences. Chez une de mes malades, dont j’ai parlé, M. G..., femme très intelligente, affectée d’ataxie locomotrice, je me suis permis, sans la violenter, quelques expériences dans ce but, en surveillant avec soin son état psychique, prêt à arrêter l’expérimentation au moindre indice inquiétant qui se manifesterait. Je l’ai, à diverses reprises, soumise plusieurs jours de suite, à des hallucinations complexes, répétées, hypnotiques, post-hypnotiques, à courte et à longue échéance; et de tout cela, rien n’est resté. Depuis trois ans qu’elle est au service, malgré de très nombreuses suggestions à l'état de veille et de sommeil, son intelligence est restée aussi vive, son initiative n’a pas été atteinte. Je m’empresse d’ajouter que ce fait ne doit pas servir d’encouragement; une pareille expérimentation est dangereuse; les expériences d’hallucination provoquée ne doivent être faites qu’avec prudence et réserve.

Un autre danger réel est celui-ci : certains sujets, après de nombreuses hypnotisations, après de nombreuses hallucinations provoquées pendant le sommeil, deviennent suggestibles et hallucinables à l’état de veille.

Leur cerveau réalise avec une extrême facilité toutes les conceptions qu’on y dépose : toute idée devient acte, toute image évoquée devient chez eux une réalité : ils ne distinguent plus le monde réel du monde imaginaire suggéré. La plupart, il est vrai, ne sont halluei-

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nables ainsi que par la seule personne qui a 1 habitude de les hypnotiser.

Mais, parmi ces sujets, et cela surtout si le médecin n’a pas eu la précaution de s’attribuer a lui seul le monopole de la suggestibilité, dans l’intérêt thérapeutique, quelques-uns peuvent être hallucinables etsuggestibles par tous, par tous ceux qui savent leur en imposer.

Et cette hallucinabilité extrême une t’ois produite, cette maladie nerveuse une fois créée, n'est pas toujours facile à guérir ou à atténuer par une nouvelle intervention suggestive. Aussi ne faut-il pas livrer le cerveau humain à desjeux do celte nature. Sans doute quelques expériences d hallucinations provoquées de temps en temps sont inoffensives, si elles sont faites avec réserve; répétées sans mesure sur le même sujet, elles peuvent devenir dangereuses.

Faut-il proscrire une chose qui peut être utile, parce que l’abus de cette chose peut être nuisible 1 Autant proscrire le vin, I alcool, l’opium, la quinine, parce que l’usage immodéré ou intempestif de ces substances peut entraîner des accidents! Sans doute la suggestion maniée par des gens malhonnêtes ou maladroits est une pratique dangereuse. La loi peut et doit intervenir pour réprimer les abus.

Utilisée dans un but thérapeutique, maniée avec prudence et intelligence, la suggestion n’est que bienfaisante. C’est au médecin d’en dégager l’effet utile et de l’appliquer au soulagement de ses malades. Quand en présence d’un malade, je pense que la thérapeutique suggestive a quelque chance de succès, je me croirais répréhensible, comme médecin, si je ne la proposais a mon client, et si je n’insistais pas pour le décider à s’y soumettre.

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