‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 5 sur 280 · HYPNOTISME SOUS UE CHLOROFORME · texte numérisé non relu

HYPNOTISME SOUS UE CHLOROFORME

dance, en leur affirmant par exemple qu’aussitôt la lettre lue, ils dormiront; on peut les hypnotiser par téléphone, comme l’a fait M. Liégeois. Quelle que soit la voie par laquelle la suggestion arrive à l’entendement, elle produit son effet.

Quelques personnes s’hypnotisent sous le chloroforme, avant d’ètre chloroformées. Tous les chirurgiens ont vu des patients s’endormir brusquement, sans excitation’ après quelques bouffées de l’anesthésique, alors que certainement celui-ci n’a pas fait son œuvre. J’ai observé ce fait sur des clientes que je chloroformais devant le dentiste pour des extractions de dent. Aussi, mettant cette observation à profit, j’ai soin, chaque fois que je chloroforme, de suggérer au malade, dès la première inspiration, qu’il va dormir doucement et rapidement, (liiez quelques-uns le sommeil hypnotique vient ainsi avant le sommeil chloroformique. S'il est assez profond pour déterminer une anesthésie complète, ce que j’ai vu, l’opération peut être faite sans attendre. Si non, je continue l’inhalation du chloroforme jusqu'à l'anesthésie totale, laquelle arrive plus vile, la suggestion aidant; et procédant ainsi, je préviens dans ces cas parfois la période d’excitation.

Il ne faudrait pas croire que les sujets impressionnés soient tous des névropathes, des cerveaux faibles, des hystériques, des femmes; la plupart de mes observations se rapportent à des hommes que j’ai choisis à dessein pour répondre à cette objection. Sans doute, l’impressionnabilité est variable; les gens du peuple, les cerveaux dociles, les anciens militaires, les artisans, les sujets habitués à l’obéissance passive, m’ont paru, ainsi qu'à M. Liébeault, plus aptes à recevoir la suggestion, que

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les cerveaux raffinés, préoccupés, qui opposent une certaine résistance morale, souvent inconsciente. Les aliénés, les mélancoliques, les hypocondriaques sont souvent difficiles ou impossiblesà inlluencer ; il faut que l'idée ou la volonté morale soit là; i! faut que le sujet se laisse aller, sans résistance cérébrale, aux injonctions de fendormeur; et, je le répète, l'expérience montre que la très grande majorité des personnes y arrivent facilement.

J’ai hypnotisé des personnes très intelligentes, appartenant aux classes élevées delà société, nullement nerveuses, au moins dans le sens que nous attachons à ce mot. Sans doute les personnes qui mettent un point d’honneur à démontrer qu’elles ne sont pas hypnotisables, qu’elles ont le cerveau mieux équilibré que les autres, qu'elles ne sont pas suggestibles, ne peuvent souvent être influencées, car elles ne, savent pas se mettre dans l'état psychique nécessaire pour réaliser la suggestion ; elles refusent de l’accepter consciemment ou inconsciemment, elles se font une sorte de contre-suggestion.

Le degré de l'inlluence provoquée varie suivant les sujets. Voici la classification des divers degrés admise par M. Liébeault.

Quelques-uns n’éprouvent qu'un engourdissement plus ou moins prononcé, de la pesanteur des paupières, de la somnolence; c’est le plus petit nombre. C’est le premier degré de M. Liébeault. Cette somnolence peut disparaître aussitôt que l'opérateur cesse d'influencer ; elle se prolonge pendant quelques minutes chez certaines personnes, plus longtemps chez les autres, pendant une heure par exemple. Les sujets restent souvent inertes: d’autres exécutent quelques mouvements, changent de

DEGRÉS D’HYPNOTISME

position, se retournent, mais continuent à rester somnolents. A l’une des séances suivantes, cet état peut passer à l’un des degrés plus avancés ; d’autres fois, au contraire, on ne peut aller au delà. Chez une dame, par exemple, j’ai établi la somnolence durant une demiheure à une heure, plus de cent fois, mais rien que cette somnolence du premier degré.

Certaines personnes n’ont pas de somnolence à proprement parler, mais elles gardent les paupières closes et ne peuvent les ouvrir; elles parlent, répondent aux questions, disent qu’elles ne donnent pas. Mais je leur dis : « Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux » ; elles font des efforts infructueux pour les ouvrir, les paupières sont comme calaleptisées. 11 m’a paru, je ne puis cependant l’affirmer, que celte forme d'hypnotisme est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Une d’elles faisait des efforts inouïs pour séparer les paupières ; elle riait, parlait avec volubilité; je lui répétais: * Essayez de les ouvrir »; elle y mettait toute sa force de volonté sans y réussir jusqu’à ce que je fisse cesser le charme en disant : « Vous pouvez les ouvrir. »

J’appelle cela encore une variété du premier degré.

A un second degré , les sujets gardent les paupières closes, leurs membres sont en résolution; ils entendent tout ce qu’on leur dit, tout ce qui se dit autour d’eux. Mais ils restent assujettis à la volonté de rendorment- ; leur cerveau est dans cet état que les magnétiseurs appellent hypotaxie ou charme.

Ce degré est caractérisé par la catalepsie suggestive.

Nous désignons par ce mot le phénomène suivant : Aussitôt le sujet endormi, en résolution, si je lève son bras, il reste en l’air; si je lève la jambe, elle reste en

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l’air: les membres conservent passivement 1 attitude qui leur est imprimée. Nous appelons cette catalepsie suggestive, parce que, comme il est facile de s en assurer, elle est purement psychique, liée à l’état passif du sujet qui garde automatiquement l’altitude donnée, comme il garde une idée reçue. On voit en effet chez le même sujet ou chez les divers sujets, le phénomène s’accentuer plus ou moins, suivant la profondeur de l’hypnose, suivant la réceptivité psychique. D'abord cet état cataleptiforme est à peine marqué; le membre soulevé reste bien quelques secondes en l'ifir, mais retombe ensuite avec une certaine hésitation. Ou bien l’avant-bras seul reste en l’air: si on veut soulever le membre supérieur tout entier, avant-bras et bras, il retombe ; les doigts isolément ne conservent pas 1 attitude qu on leur imprime, mais la main tout entière et l’avant-bras restent fixés.

Quelques sujets, si on lève par exemple un de leurs bras rapidement et qu’on l'abandonne, le laissent retomber; mais si on le maintient quelques secondes en l’air, de façon à fixer pour ainsi dire l'idée de cette attitude dans le cerveau, alors il reste.

Enfin, chezd’autres, on n’obtient la catalepsie que par suggestion formulée verbalement : il faut dire a 1 hypnotisé : Vos bras restent en l’air, vos jambes restent en l'air. Alors seulement ils restent. Quelques-uns gardent l’altitude nouvelle passivement, si on ne leur dit rien : mais si on les défie d’en sortir, ils se ressaisissent pour ainsi dire, font appel à leur volonté engourdie et baissent leur membre; souvent alors fisse réveillent. Ces cas constituent des degrés intermédiaires entre le premier et le second degré. La plupart, au contraire, ne peuvent, en dépit de tous leurs ellorts, modifier 1 attitude imprimée.

DEGIIKS D’HYPNOTISME

On suit ainsi par le mode spécial de l’état cataleptiforme le développement progressif de la suggestibilité, (liiez un très grand nombre cet état est d’emblée très accentué; dès la première hypnotisation, les membres gardent spontanément l’attitude communiquée, sans qu’il soi t nécessaire de formuler la suggestion; ils y restent, tantôt fixés aussi longtemps que l’hypnotisme persiste, tantôt retombant lentement, graduellement, au bout de quelques minutes, un quart d’heure, une demi-heure ou plus encore.

A leur réveil, quelques-uns des sujets qui n’ont pas dépassé le second degré se figurent qu’ils n’ont pas dormi parce qu’ils se rappellent avoir tout entendu ; ils croient y avoir mis de la complaisance; mais en répétant l’expérience, la catalepsie suggestive reparaît. Si ce n’est pas un sommeil, c’est au moins un état psychique spécial qui diminue la force de résistance cérébrale, qui rend le cerveau docile à la suggestion.

Dans un troisième degré, l’engourdissement parait plus prononcé, la sensibilité tactile peut être émoussée ou éteinte; outre la catalepsie suggestive, le sujet est susceptible de mouvements automatiques. Je tourne ses deux bras l’un autour de l’autre; je dis : « Vous ne pouvez jdus arrêter. » Les bras continuent à tourner plus ou moins longtemps ou indéfiniment. Le sujet entend tout ce qui se dit autour de lui.

Chez quelques-uns, cet automatisme rotatoire succède à l’impulsion communiquée aux bras; la suggestion par la parole n’est pas nécessaire. On peut aussi dans ce degré déterminer de la contracture suggestive.

Le quatrième degré est caractérisé, outre les phénomènes précédents, par la perte de relations avec le

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