‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 7 sur 280 · INFLUENCES DIVERSES · texte numérisé non relu

INFLUENCES DIVERSES

Chaque dormeur a, pour ainsi dire, son individualité propre, sa manière d'être spéciale. Je veux simplement

établir pour le nent que l’aptitude à réaliser le<

phénomènes suggestifs n’est pas toujours proportionnelle à la profondeur du sommeil.

Telle est la classification des divers degrés du sommeil provoqué, telle qu’elle m’avait été indiquée par le l)r Liébeault. telle qu’elle a été exposée dans la première édition de ce livre; j’ai pu confirmer, en effet, la réalité des faits si bien observés.par notre confrère.

Ji“ crois cependant qu’il y a intérêt a envisager ces faits d’observation d’un point d«* vue plus large et d’appliquer au mot hypnose une signification plus étendue que celle de sommeil provoqué.

Les considérations que je vais exposer, loin de porter atteinte à la conception de M. Liébeault. ne fout au contraire que la confirmer, en montrant que la suggestion est la clef de voûte de toutes les manifestations hypnotiques.

Voici d’abord ce que révèle l’observation :

Parmi les sujets influencés par l’hypnotisme, les uns. revenus à l'état normal, n’ont plus conservé aucun souvenir île ce qui s’est passé; tout est lettre morte : c’est la première catégorie.

D’autres ont conservé un souvenir partiel, vague, ou incomplet; certains faits sont retenus; certains sont eiïacés; quelques-uns ont entendu causer, mais ne se rappellent pas ce qui a été dit; ou bien il- ont entendu ce qu’a dit l’hypnotiseur, mais non ce qu’ont dit les autres personnes : c’est la seconde catégorie.

D’autres, enfin, se rappellent tout ce qui s’est passé ; parmi eux les uns ont conscience, quoiqu’ils aient tout entendu, d’avoir été engourdis, assoupis, endormis; ils

DEGRÉS D’HYPNOTISME

n’ont pu faire aucun mouvement; ils n’ont pu secouer leur torpeur; les autres n'ont conscience d’aucun engourdissement, ils disent avoir assisté en pleine connaissance de cause et l’esprit éveillé à tout ce qui a été dit, il tout ce qui a été fait; ils disent n’avoir pas dormi ; et de fait, on ne peut appeler sommeil l’état particulier dans lequel ils ont été; rien ne prouve au moins qu’il se soit agi là d’un véritable sommeil : ces divers états constituent la troisième catégorie.

C’est chez les sujets de la première catégorie, chez ceux «pii ont perdu tout souvenir ou presque tout souvenir au réveil, que les phénomènes provoqués de l’hvpnose sont le plus nombreux et le plus accentués; c’est-à-dire que c’est chez eux que la suggestibilité est le plus accusée. Chez eux, on peut déterminer souvent de la catalepsie, des mouvements automatiques, de l’analgésie, des illusions sensorielles, des hallucinations hypnotiques et parfois post-hypnotiques. Toutefois, cela n’est pas constant.

J’ai vu des sujets (j’en rapporte un exemple plus loin) dormir assez profondément, ou du moins assez profondément influencés pour que tout souvenir lut éteint au réveil, et cependant ils ne pouvaient réaliser ni catalepsie, ni anesthésie, ni hallucinations. L’amnésie au réveil, bien que quelques-uns de ces sujets eussent pu parler avec volubilité pendant leur état hypnotique, était le seul symptôme qui paraissait accuser ce sommeil.

D’autre part, j’ai vu des sujets qui ont pu être cataleptisés, anesthésiés et hallucinés pendant l’hypnose, <“t qui, revenus à leur état normal, ont conservé le souvenir de tout. Mais ces faits constituent la minorité. En général, la suggestibilité est plus prononcée, s’il y a amnésie au réveil.

CLASSIFICATION l>E L’AUTEUH là

Tous les individus hypnotisés ne dorment pas. Chez quelques-uns, le sommeil est partiel, incomplet ou douteux. Aussi je crois qu’il y a avantage, pour la conception réelle des phénomènes, à remplacer le mot sommeil hypnotique par le mot influence hypnotique et à dire : Cette influence se traduit chez les divers sujets par des symptômes variables, en rapport avec leur degré et leur mode spécial de suggestibilité. Chaque sujet représente à ce point de vue une individualité suggestive spéciale et onjieut multiplier presque indéfiniment le nombre des divisions ou degrés qui correspondent à ces diverses influences hypnotiques.

Pour fixer les idées par une systématisation un peu schématique, mais qui me parait embrasser la majorité des faits, j’adopterai la division suivante des divers degrés d’état hypnotique.

Premier dey ré. — Le sujet ne présente ni catalepsie, ni anesthésie, ni hallucinahililé, ni sommeil a proprement parler. 11 dit n’avoir pas dormi ou avoir été seulement plus ou moins engourdi. Si on lui suggère le sommeil, il se contente de rester les yeux fermés. Il ne faut pas cependant le défier d’ouvrir les yeux, car alors il les ouvre. L’influence obtenue peut paraître nulle ou douteuse; cependant elle existe, car si on ne peut provoquer ni sommeil, ni catalepsie, ni autres manifestations, la suggestibilité peut s’affirmer toutefois par d autres influences : on peut provoquer, par exemple, une sensation de chaleur sur une région déterminée du corps; on peut annihiler certaines douleurs et déterminer des effets thérapeutiques manifestes.

•I ai réussi, chez certains sujets ainsi rebelles en apparence à toutes les manifestations classiques de l’hypnose,

Itf

DEGRÉS D’HYPNOTISME

à faire disparaître par suggestion des douleurs musculaires ou nerveuses invétérées; preuve évidente que la suggestibilité existait pour certains actes organiques.

Deuxième degré. — Le sujet a la même apparence que dans le degré précédent; mêmes symptômes négatifs. Si on lui suggère de dormir, il reste les yeux fermés, sans dormir, à proprement parler, ou bien il eO simplement engourdi. Mais il diffère du précédent en ce qu'iY ne peut ouvrir les yeux spontanément , si on le défie de le faire. Ici l’influence est manifeste.

Troisième degré. — Le sujet, les yeux ouverts ou fermés, engourdi ou à l’état de veille, est susceptible de catalepsie suggestive. Comme nous l’avons établi dans notre livre, cette catalepsie est d’intensité variable. A ce degré, le sujet reste dans l’attitude provoquée ou suggérée par la parole, tant qu’on ne le défie pas d’en sortir. Si on le défie, il se ressaisit pour ainsi dire et arrive par un etTort de volonté à rompre cette altitude. Aussi l’influence peut paraître douteuse à un observateur superficiel ; elle ne ne l’est plus si, répétant l’expérience, on constate que l’attitude passive persiste par inertie chaque fois, tant qu’on ne fait pas appel à la volonté engourdie, mais non impuissante du sujet.

Quatrième degré. — Ici la catalepsie suggestive est plus accusée et défie tous les efforts du sujet pour la rompre. L’influence est manifeste. On peut démontrer au sujet qu’il est influencé en lui faisant constater l'impossibilité de changer l'attitude provoquée.

A celte catalepsie suggestive s’ajoute quelquefois la possibilité d’imprimer surtout aux membres supérieurs un mouvement automatique rotatoire qui continue

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