L’ABBÉ FABIA
La personne à magnétiser étant assise clans un fauteuil, il l’engageait à fermer les yeux et à se recueillir. Puis, tout à coup, d’une voix forte et impérative, il disait : « Dormez, » répétant, s’il le fallait, cet ordre trois ou quatre fois. Le sujet, après une légère secousse, tombait quelquefois dans l’état que Faria désignait sous le nom de sommeil lucide.
La doctrine de la suggestion était créée, au moins comme mécanisme de la production du sommeil, sinon comme interprétation des phénomènes dits lucides manifestés dans ce sommeil.
En 1819, un ancien élève de l’Ecole polytechnique, docteur en médecine, Alexandre Bertrand, annonça un cours public sur le magnétisme animal. 11 attribuait alors tous les effets observés aux propriétés d'un fluide magnétique: il était mesmériste.
A la même époque, un officier devenu le général Noizet, disciple de l'abbé Faria, vivement frappé des
même qui avait éprouvé ces effets se faisait illusion comme les autres, et finissait par croire que rien d’extraordinaire ne s'était passé en elle. La honte souvent d'avoir quelque chose de commun avec un homme appelé charlatan, faisait nier la vérité, et l’on osait assurer qu’on s’était fait un jeu de tromper l’assemblée et le jongleur lui-même. Ce que j’avance ici ne doit pas étonner quiconqne connaît les faiblesses du cœur humain, et j'en ai été d’autant plus frappé que j’ai eu l’occasion de le vérifier par moimême.
•• Un jour enfin, il arriva qu’en effet un acteur joua le somnambulisme et trompa l’abbé Faria. Dès ce moment, ou cria plus fort au charlatanisme, comme si le fait d’un charlatan était de s’exposer à de semblables méprises et de se laisser prendre ainsi par un inconnu. On cessa de suivre ses expériences et ce fut un ridicule (pie d’y croire. J’y crois cependant, et jamais je ne rougirai de proclamer la vérité. Je ne me déclare pas le champion de ’ l’abbé Faria, que j’ai connu à peine; j'ignore quelle pouvait être sa moralité, mais je suis certain qu’il produisait les effets que • j’ai rapportés. »