DOCTRINE DE DESPINE
et leurs mères. Après un repas bien arrosé, les respectables matrones tombèrent dans un sommeil plein de douceur. Une idée bizarre et bien digne d'un médecin, né homme d’esprit, s’empara de l’amphytrion: « Cordon, s'il vous plaît ! » clama-t-il d'une voix tonnante. Et l'on vit alors les dormeuses faire machinalement, mais avec un ensemble parfait, le geste traditionnel, trahissant ainsi l’exercice d’une profession dont leurs filles rougissaient et qu’aucune n’aurait avouée quelques instants auparavant. »
Ces considérations, qu’il me parait inutile de développer plus amplement, suffisent à démontrer que l'état normal, l’état physiologique, présente, à un degré rudimentaire, des phénomènes analogues à ceux qu'on observe dans l'hypnotisme; que la nature ne déroge pas elle-même; qu’il existe dans notre appareil nerveux cérébro-spinal un certain automatisme par lequel nous accomplissons, à notre insu ou sans le vouloir, les actes les plus complexes, par lequel nous subissons, dans une certaine mesure, les ordres qui nous sont formulés, les mouvements qui nous sont communiqués, les illusions sensorielles qui nous sont suggérées; l'état de conscience intervient pour modérer ou neutraliser l’action automatique, pour rectifier ou détruire les impressions fausses insinuées dans les centres nerveux.
Supprimez l’élat de conscience, supprimez l’activité cérébrale volontaire, et vous aurez le somnambulisme. Telle est l’opinion de Prosper Despine. « Le somnambulisme, dit cet auteur, est caractérisé physiologiquement par l’exercice de l'activité automatique seule du cerveau pendant la paralysie de son activité consciente qui manifeste le moi. »
D’après cette doctrine, l'hypnotisé marcherait comme la grenouille décapitée nage, il serait un mécanisme inconscient à la merci de l’endormeur ; je lève son bras; il reste levé passivement, comme fixé dans la position imprimée, sans qu'une volonté personnelle, qui n'est