LA CONSCIENCE PERSISTE
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pour les caler l’une contre l'autre ; je croyais avoir réussi à les arrêter définitivement, quand tout à coup, spontanément ou au moindre mot prononcé par vous, elles partaient malgré moi comme un ressort. » Je lui colle un doigt sur le nez et je dis : « Vous ne pouvez plus le détacher ». Il essaie de le faire. Ne pouvant le détacher directement, il tente de le faire par glissement de haut en bas. Il va arriver à son but. Je dis : « Le doigt reste collé ». Et aussitôt il remonte le long du nez et y adhère. Tout cela, il l'éprouve, en pleine connaissance de cause et ne peut le maîtriser.
« L’ignorance par le somnambule de tout ce qu'il a fait en somnambulisme, dit Prosper Despine, ne vient pas de l'oubli, mais de la non-participation du moi à ses actes. » Mais j’ai vu des somnambules qui se rappellent leurs actes au réveil; il suffit de leur dire : « Vous vous rappellerez tout, quand vous serez réveillé », pour que ce souvenir persiste. Il suffit de leur dire à leur réveil : « Vous allez tout vous rappeler », pour que tous les souvenirs de l’état somnambulique reviennent. D’ailleurs, pendant leur sommeil, ils témoignent d’une parfaite conscience de leur être : ils répondent aux questions qui leur sont adressées; ils savent qu'ils dorment. Quand je dis à S.... qu'il est sur le champ de bataille, il évoque le souvenir des scènes auxquelles il a assisté; un vrai travail intellectuel actif s’accomplit en lui; ses idées, souvenirs remémorés consciemment, deviennent des images auxquelles il ne peut se soustraire. « L’hallucination est, dit Lélut, la transformation de la pensée en sensation. » Les suggestions queje produis à l’état de veille sont créées sur un être conscient qui sait ce qu’il fait, qui se rappelle ce qu'il a fait. Je développe une hallucination chezSch..., sans l'endormir ; il manifeste pleine connaissance de son moi; l’hallucination suggérée est la seule chose anormale que son cerveau témoigne. Il va, vient, parle, accomplit spontanément et avec réflexion tous les actes de son existence. J’ai fait un halluciné, je n’ai pas fait un automate organique.
Sans doute, les dormeurs profonds ont la conscience
EXCITABILITÉ IDÉO-MOTRICE ACCRUE loi
et la volonté affaiblies : plus le sommeil est intense, moins les dormeurs ont de spontanéité, plus ils sont dociles aux suggestions ; mais ce sommeil profond, cet affaiblissement de la volonté et de la conscience ne sont pas nécessaires à la manifestation des phénomènes suggestifs. Ce fait important ressort, sans conteste, de l’étude qui précède.
La seule chose certaine, c'est qu’il existe chez les sujets hypnotisés ou impressionnables à la suggestion un e aptitude particulière à transformer l’idée reçue en acte. A l’état normal, toute idée formulée est discutée par le cerveau qui ne l’accepte que sous bénéfice d inventaire; perçue par les centres corticaux, l’impression se propage, pour ainsi dire, aux cellules des circonvolutions voisines ; leur activité propre est mise enjeu; les diverses facultés dévolues à la substance grise de l’encéphale interviennent; l’impression est élaborée, contrôlée, analysée par un travail cérébral complexe qui aboutit à son acceptation ou à sa neutralisation; l’organe psychique oppose, s’il y a lieu, son veto à l’injonction. Chez 1 hypnotisé, au contraire, la transformation de l’idée en acte, sensation, mouvement ou image, se fait si vite, si activement, que le contrôle intellectuel n’a pas le temps de se produire; quand 1 organe psychique intervient, c est un fait accompli qu’il enregistre souvent avec surprise, qu’il confirme par cela même qu’il en constate la réalité, et son intervention ne peut plus I empêcher. Si je dis à 1 hypnotisé . « Votre main reste fermée », le cerveau réalise 1 idée, aussitôt que formulée. Du centre cortical ou cette idée introduite par le nerf auditif est perçue, un réflexe se produit immédiatement vers le centre moteur correspondant aux origines centrales des nerfs fléchisseurs de la main; la flexion en contracture est réalisée. Il y a donc exaltation de l’excitabilité réflexe idéo-molrice qui fait la transformation inconsciente, à l insu de la volonté , de l’idée en mouvement.
Il en est de même si je dis a 1 hypnotisé . « ^ous sentez un chatouillement dans le nez ». L idée introduite
1b2 EXCITABILITÉ IDÉO-SENSITI VE ET SENSORIELLE
par l’ouïe est réfléchie sur le centre de sensibilité olfactive où elle réveille l’image sensitive mémorielledu picotement nasal, telle que les impressions antérieures l’ont créée et laissée comme empreinte latente; cette sensation mémorielle ainsi revivifiée peut être assez intense pour déterminer 1 acte réflexe de l éternuement. Il v a donc aussi exaltation de l'excitabilité réflexe idéo-sensiiive ou idéo- sensorielle q ni fait la transformation inconsciente de l'idée en sensation ou image sensitive.
Les images visuelles, acoustiques, gustatives, succèdent de même à l’idée suggérée.
Les suggestions négatives sont plus difficiles à concevoir. Si je dis à l'hypnotisé : « Votre corps' est insensible, votre œil est aveugle », 1 impression propagée par le nerf auditif au centre de la sensibilité tactile ou visuelle crée l’image de l’anesthésie tactile ou visuelle; les nerfs cutanés reçoivent l’excitation; la rétine reçoit 1 image ; la vision rétinienne existe, la lumière fait contracter la pupille; mais la perception cérébrale de
I impression tactile, de l’image rétinienne n’existe plus.
II semble que ce soit une paralysie réflexe d'un centre cortical que l'idée suggérée a produite dans ce cas. Ces actions nerveuses d’arrêt sont d’ailleurs bien connues, sinon bien expliquées, en physiologie et en pathologie ’
1 excitation du pneumogastrique arrête les battements du cœui , une émotion violente paralyse, un traumatisme profond produit I insensibilité du corps (stupeur chirurgicale), la parole fait défaut, par 1 effet d’une impression vive; la cécité fonctionnelle subite se manifeste chez les hystériques.
L organisme possède des mécanismes dynamiques à l’aide desquels une propriété ou activité peut être soudainement suspendue, c’est ce que Brown-Séquard appelle inhibition; ces propriétés ou activités peuvent être au contraire renforcées, c'est ce que Brown-Séquard appelle * dynamogénie. « Cette faculté inhibilive ou dynamogène appartient a nombre de parties du système nerveux et elle peul être mise en jeu, soit d’une manière directe, soit par action réflexe. » Comme exemple d’inhibitions.