L’IDÉE DEVIENT ACTE
Brown-Séquard cite l’arrêt du cœur sous l’influence de l'excitation des ganglions sympathiques abdominaux, l’arrêt de la respiration par irritation des nerfs laryngés, l’inhibition de l’activité mentale ou perte de connaissance par simple piqûre du bulbe, le cœur continuant à battre: l’amaurose réflexe à la suite d’une lésion du trijumeau et d’autres nerfs, ou de la section partielle des corps restiformes chez les lapins1. Les suggestions négatives dont nous avons parlé rentrent dans le même ordre de faits.
Le mécanisme de la suggestion, en général, peut donc se résumer dans la formule suivante : accroissement de l' excitabilité réflexe idéo-motrice , idéo-sensitive , idéo-sensoriel/e. De même que par certaines influences, la strychnine par l'exemple, l’excitabilité sensitivo-motrice est accrue dans la moelle, de manière que la moindre impression à la périphérie d’un nerf se transforme immédiatement en contracture, sans que le cerveau modérateur puisse prévenir ou empêcher cette transformation, de même dans l’hypnotisme l’excitabilité idéo-réllexe est accrue dans le cerveau, de manière que toute idée reçue se transforme immédiatement en acte, sans que l’organe psychique de perfectionnement, l’étage supérieur du cerveau, puisse empêcher cette transformation.
Ce n’est là qu’une formule, je le sais; je n’ai pas la prétention d’émettre une théorie. Dans le domaine psychologique, la cause et l’essence des phénomènes nous échappent. Telle qu’elle est, cette formule, si je ne me
1 « L’acte initial lui-même, dit Brown-Séquard, à l’aide duquel un individu est jeté dans l’hypnotisme, n’est qu’une irritation périphérique (d’un des sens ou de la peau) ou centrale (par influence d’une idée ou d’une émotion) qui produit une diminution ou une augmentation de puissance dans certains points de l’encéphale, de la moelle épinière ou d’autres parties, et le braidisme ou l’hypnotisme n’est rien autre chose que l’état très complexe de perte ou d’augmentation d’énergie dans lequel le système nerveux et d’autres organes sont jetés sous l’influence de l’irritation première périphérique ou centrale. Essentiellement donc, l’hypnotisme n’est qu’un ellet et un ensemble d’actes d’inhibition et de dynamogénie. » (Gazette hebdomadaire, 1883. p. 137 )