‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 128 sur 265 · SUGGESTION PAR L’ÉDUCATION · texte numérisé non relu

SUGGESTION PAR L’ÉDUCATION

cerveau à la faveur d'une longue suggestion antérieure, bien que ces idées semblent jurer avec les allures nouvelles de leur état psychique. « Sans que l’on s'en rende compte, dit M. Liébeault, on acquiert des notions morales et politiques, des préjugés de famille, de race, etc. ; on s'imprègne des idées qui font atmosphère autour de soi. Il est des principes sociaux et religieux qui ne devraient pas résister devant le sens commun, pour ne pas dire devant la raison, auxquels on croit de bonne foi et que l’on défend comme son propre bien. Ces principes étaient ceux des ancêtres; ils sont même nationaux; ils se sont incarnés des pères aux fils; les détruire par le raisonnement est impossible et, par la force, c’est dangereux ; on a beau en démontrer la fausseté ; il y a dans les hommes des pensées par imitation qui, tout absurdes qu’elles sont, font corps avec eux-mêmes, et finissent par se transmettre de génération en génération, à la façon des instincts. »

Ce qu’une suggestion à l’état de veille peut réaliser sur certains cerveaux jeunes et vierges, la suggestion hypnotique qui supprime le contrôle, l’effectue de force, pour ainsi dire, et comme par effraction, les maîtres du logis étant absents, avec une efficacité bien autrement puissante. Est-il vrai de dire, avec Durand, que le braidisme nous fournit la base d’une orthopédie intellectuelle et morale qui, certainement, sera inaugurée un jour dans les maisons d’éducation et dans les établissements pénitentiaires?

Au point de vue juridique et médico-légal, que d’applications! Quand on voit un sujet tombé spontanément ou mis artiliciellement en vie somnambulique, instrument docile et sans volonté aux mains d’un autre, subir toutes les influences, accomplir tous lc> actes, on ne peut se défendre d’une vive émotion ! Et quand on le voit, réveillé de son sommeil hypnotique, exécuter un ordre commandé, croyant le faire de sa propre initiative, on ne peut s’empêcher de répéter avec M. Itibot 1

1 Ribot, les Maladies de la volonté. Paris, 1883.

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