‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 139 sur 265 · FAIBLESSE INSTINCTIVE · texte numérisé non relu

FAIBLESSE INSTINCTIVE

mais la partie instinctive, affective, sentimentale, de l'être moral, qui commande les actes de la vie, est comme atrophiée. Ils n’ont pas de spontanéité morale; ils ne savent pas se conduire; comme les somnambules au point de vue psychique, ils obéissent à toutes les suggestions, subissent facilement toutes les impulsions étrangères. Cet état psychique comporte d’ailleurs des degrés variables : depuis la simple faiblesse instinctive jusqu'à 1 idiotie instinctive absolue. Sous une bonne direction, ces êtres déshérités du sens moral peuvent accomplir une carrière heureuse et bienfaisante, fécondée par d'honnêtes inspirations. D'autres échouent tristement dans la fange ou devant les tribunaux.

Voilà une jeune tille élevée dans de bons principes que tous s’accordaientà considérer comme douce et honnête. Elle se marie, les premières années sont heureuses ; elle paraît épouse dévouée et bonne mère. Un jeune homme s'empare de son imagination ; son mari, aux prises avec les difficultés de l’existence, la néglige; elle se donne à ce jeune homme. Plus tard, le mari rumine des idées de vengeance contre ce jeune homme, qui, après avoir séduit sa femme, a fondé un établissement rival qui prospère, tandis que le sien périclite. Four assouvir sa vengeance, il captive de nouveau l’esprit de sa femme, lui persuade que son rival est cause de leur malheur, lui insinue qu'il faut le tuer, que sa réhabilitation morale est au prix de ce meurtre. Elle se laisse aller à celte suggestion; docile, cédant aux menaces, elle donne rendez-vous à son ancien amant et, sous prétexte de renouer des relations interrompues, froidement, sans émotion, elle le conduit à son mari qui l’assassine; aucun remords, aucun regret n’agite sa conscience, elle ne paraît pas se douter de l'énormité de son crime.

Rien dans ses antécédents ne faisait prévoir cette perversion monstrueuse du sens moral. Devant le jury, sa maîtresse de pension affirme que c’était l’élève la plus docile, la mieux disciplinée. Un témoin, dont on a ri à l’audience parce qu’on ne l’a pas compris, a dit d'elle : « C’était une pâte molle, elle allait au vice aussi bien

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