RÉPONSE A M. PAUL JANET
qu’avec une certaine réserve ce qui émane d’ailleurs. Là tout est démontré pour vous; là, grâce à une méthode vraiment scientifique, rien n’est contestable : «on part des faits les plus simples et les plus élémentaires pour s’élever aux faits plus complexes et plus délicats, des faits physiques et apparents aux faits psychologiques plus intérieurs et plus difficiles à interpréter». A Nancy, au contraire, semblez-vous dire, négligeant les phénomènes physiques plus élémentaires et plus grossiers, nous cherchons surtout à mettre en relief les faits les plus extraordinaires et les plus saisissants pour l’imagination ; nous poussons peut-être la suggestion trop loin; et peut-être aussi l'imagination du médecin est-elle pour quelque chose dans les résultats thérapeutiques ou les phénomènes psychologiques que nous prétendons obtenir.
Je réponds à cette objection fondamentale, car c’est l’idée directrice de votre étude.
Personne plus que moi ne rend justice aux travaux sortis de l’école de la Salpêtrière : je suis trop 1 élève de AI. Charcot, je lui dois une trop grande part de mon éducation médicale pour ne pas rendre à ce maître éminent dont le nom honorera toujours la médecine française, l’hommage qui lui est dû.
Mais je n’accepte pas aveuglément — le maître luimême les accepte-t-il? — toutes les assertions scientifiques émanant de tous les élèves qui se sont succédé sur ce champ fécond d’observations. La science progresse lentement, à travers mille difficultés: de nouveaux faits viennent démentir ou modifier chaque jour les acquisitions qu’on croyait certaines la veille : la vérité vraie est longue à se dégager de la gangue qui l’obscurcit.
Si je n'ai point accepté comme point de départ de mes études les trois phases de l’hypnotisme hystérique, telles que Charcot les décrit : la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme, c’est que je n’ai pu confirmer par mes observations l’existence de ces états divers en tant que phases distinctes.