‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 155 sur 265 · AIMANTS DE L’ABBÉ LENOBLE · texte numérisé non relu

AIMANTS DE L’ABBÉ LENOBLE

Insistons un peu sur la magnétothérapie, car elle a été avec la métallothérapie de Burcq, un vrai précurseur de la thérapeutique hypnotique; le magnéstisme médicinal du père Hell a précédé le magnétisme animal de Mesmer; la magnétothérapie moderne a précédé la suggestion thérapeutique.

L abbé Lenoble, qui était arrivé par des procédés plus parfaits à faire des aimants artificiels d’une force inconnue jusque-là et qui en avait constaté les applications thérapeutiques, établit à Paris, en 1771, un dépôt de ses aimants; il annonça des pièces destinées à être appliquées aux poignets, sur la poitrine, etc., des bracelets, des croix magnétiques. En 1777, il confie à la Société royale de médecine le soin de vérifier l’exactitudes de ses assertions. La Société chargea Andry et Thouret de répéter ses expériences. Le remarquable rapport de ces auteurs, inséré dans les mémoires de la société est marqué au coin d’un esprit judicieux et véritablement scientifique.

Andry et Thouret rapportent quarante-huit observations dans lesquelles 1 aimant a été essayé par eux ou en présence d eux ; il s'agit de maux de dents, de douleurs nerveuses de la tète et des reins, de douleurs rhumatismales, de névralgies de la face, tic douleureux, spasmes de l’estomac, hoquet convulsif, palpitations, ditlérentes espèces de tremblements, convulsions, hystéro-épilepsies, etc.

Parmi leseflets observés, un grand nombre le furent peu de temps après l’application de t’aimant. Dans quelques observations, de vives douleurs névralgiques de la face se calmaient chaque fois par le contact de l’aimant. Des symptômes spasmodiques et convulsifs ont disparu rapidement après son application, une toux nerveuse fut calmée à l’instant et ne reparut plus. Dans un cas, des mouvements convulsifs du bras et une contracture qui empêchait l’usage de la main furent suspendus ou notablementdiminués dans le courant de la journée. Des douleurs rhumatismales furent calmées et celles dont quelques malades éprouvaient le retour par

RAPPORT D’ANDRY ET THOl'RET

le déplacement des armures disparaissaient de nouveau aussitôt que ces pièces étaient replacées. Chez d'autres, des douleurs semblables, calmées par l'action de 1 aimant, se renouvelaient en différentes régions du corps ; il suffisait d’y appliquer quelques pièces aimantées pour les dissiper. Enfin, contre les douleurs de dents, l’application des aimants a été quelquefois suivie d'un soulagement prompt et sensible. Quelquefois aussi, 1 aimant n’ayant pas calmé les douleurs ou autres symptômes conlrelesquels il auraitété efficace chez d’autres malades, il a suffi de prolonger l’application ou d'employer un aimant plus fort pour obtenir du soulagement. Enfin parfois cet agent a paru augmenter les accidents ou déterminer des impressions non ressenties auparavant.

Dans une observation, l’application d'un bandeau magnétique fut suivie de fièvre et de maux de tête qu’on fit cesser en ôtant l'appareil. Une malade épileptique éprouva de légères défaillances continuelles qui cessèrent dès qu’on eut enlevé les pièces; les accès épileptiques parurent aussiaugmenter d'intensité. Uneautre malade, atteinte de paralysie nerveuse, éprouva aussi, peu de temps après l’application de l’aimant, les mêmes défaillances. D’autres sensations variables étaient notées à chaque renouvellement des garnitures, sensation de chaleur dans les parties affectées, vertiges, nausées palpitations, douleurs de tète, démangeaisons, tiraillements, mouvements des entrailles, etc. En résumé, sans enthousiasme exagéré, de par l’observation irréfutable des faits, les commissaires de la Société royale de médecine reconnaissent au magnétisme médicinal une action réelle, efficace, non contre les affections organiques, mais contre les troubles nerveux de natures diverses que l’observation ultérieure avait a préciser davantage.

A la suite d’Andry et Thouret, plusieurs bons observateurs, parmi lesquels on doit citer Marcellin, Dallé, Lacnnec, Alibert, Gayol, Ghomel, llécamieret Alexandre Lebrelon, ont constaté la vérité de la plupart de ces observations. « Pour nous, dit Trousseau dans le Dictionnaire de Médecine de 1833. qui nous sommes quel-

MÉTALLOTHÉRAPIE DE BURCQ 209

quefois servis de l'aimant, nous pouvons affirmer que cet agent thérapeutique exerce sur les parties avec lesquelles il est en contact, une influence qu’il est impossible de rapporter à l’imagination des malades. J’ai vu des douleurs névralgiques modifiées, des accès de dyspnée nerveuse rapidement arrêtés, etc. Laennec se loue des aimants dans le traitement de l'angine de poitrine. J’ai pu moi-même recueillir deux faits qui prouvent que, si l’aimant ne guérit pas les maladies, il en peut du moins modérer la violence. D’incontestables guérisons, temporaires il est vrai, comme elles le sont presque toujours, ontété opérées dans le rhumatisme ; nous pouvons citer à cet appui, l’histoire d’un maréchal de France qui ne pouvait être soulagé de ses douleurs rhumatismales qu’en appliquant des armatures aimantées. » Malgré la parole de Trousseau, tous ces essais se perdirent dans un profond oubli. Le discrédit qui s’attacha aux pratiques du magnétisme animal qui, au lieu de fructifier comme il aurait pu sur le terrain de l’observation scientifique, avait versé avec Mesmer dans un charlatanisme dangereux, ce discrédit paraît avoir enveloppé aussi les pratiques de la magnétothérapie. L’aimant perdit sa place dans l’arsenal thérapeutique. Quand, il y a trente-cinq ans, le Dr Burcq répandit dans le public médical sa doctrine de la métallothérapie, il ne trouva que des incrédules. Il fallut attendre jusqu’en 1876 pour que sa voix trouvât un écho à la Salpêtrière. La métallothérapie et avec elle la magnétothérapie furent ressuscitées. Toutefois, parmi les nombreuses vertus thérapeutiques assignées aux métaux et aux aimants, une seule fut constatée et mise hors de doute : la vertu esthésiogène. L’aimant, comme les métaux, restaure souvent la sensibilité perdue.

J’ai moi-même commencé une série de recherches pour dégager la valeur de la magnétothérapie dans les divers troubles nerveux; ces recherches ont été publiées dans la Revue médicale de l'L’st, 1881.

J'ai constaté chez certains sujets une efficacité réelle, bien que non constante, contre diverses manifestations.

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