TROUBLES GRAVES D’ORIGINE SPINALE
restaure un organe détruit; elle restaure la fonction, en tant que celle-ci est compatible avec l’état anatomique de l’organe.
Ces considérations montrent quelle influence énorme le dynamisme fonctionnel joue dans les affections des centres nerveux ; elles montrent par quel mécanisme, selon moi, la suggestion agissant par l’intermédiaire de l'organe psychique pour rétablir le dynamisme troublé, peut atténuer une série de perturbations graves et opiniâtres liées en réalité à une simple modalité fonctionnelle, bien qu’une lésion organique les ait déterminées à distance.
Observation II. — Du 1er septembre 1882 au 15 février 1884, quatre grandes attaques apoplecti formes cérébro-spinales, la première avec /laraplégie prédominante du côté gauche ; les autres avec paralysie du membre inférieur gauche , névrite cubitale, douleurs en ceintures, céphalalgie, etc. — Petites attaques nombreuses de névrite cubitale gauche isolée. - Efficacité de la suggestion. — Guérison totale par une série de suggestions.
P... (François), âgé de cinquante-deux ans, ouvrier aux forges de Pompey, entré à l’hôpital le 3 septembre 1882.
Bien constitué, habituellement bien portant, n’ayant ni antécédents syphilitiques, ni alcooliques, n’ayant jamais eu de rhumatisme ; il dit avoir eu à l’âge de onze ans, à la s ui te d’une peur provoquée par la vue d’un ours, des attaques épileptiformes qui eurent lieu quotidiennement pendant trente-six jours. Puis elles cessèrent pour revenir en 1856, à l’âge de vingt-six ans. 11 en eut pendant quatorze ans, trois ou quatre fois par jour. Depuis 1870, il n’en a plus eu. Il tombait sans douleur, ni autre sensation préalable. Il n’a jamais eu de maux de tête.
Depuis deux ou trois ans, il avait par intervalles éloignés des douleurs de reins qui duraient une heure ou deux, et ne l’ont jamais empêché de travailler.
Le 28 août 1882, à cinq heures du soir, le malade tomba subitement sans connaissance sur le sol et ne reprit ses sens qu’au bout de douze heures, à l'hôpital de Pompey; il ressentit alors une grande raideur avec fatigue dans les bras et les jambes et une céphalalgie gravative sus-orbi-
OBSERVATION
tair.i. Le 30, il quitta le lit, sortit de l'hôpital le 1er septembre; le 3, il vint à pied à. Nancy (12 kilomètres), très bien portant.
Là, se trouvant dans le parloir de la prison où il alla voir quelqu un, il ressentit brusquement une vive douleur dans les jambes et tomba de nouveau sans connaissance,
Transporté une heure après à notre service, il était revenu à lui.
Le 4, on constate : température normale: pouls lent, régulier; artères athéromateuses; intelligence nette: bruits du cœur réguliers. Il accuse dans les membres inférieurs une douleur vive qu’il compare à une morsure de chien. De plus, sensation de brûlure à la région épiga-trique : sensation de coup de marteau à la septième apophvse épineuse dorsale ; la pression détermine une douleur vive au niveau des septième, huitième et neuvième vertèbres dorsales et des espaces intercostaux correspondants. Dans les mains, il a une sensation d’étoupe; de plus, céphalalgie gravative sus-orbitaire. 11 y a de la paraplégie. Il fléchit les genoux dans son lit, mais ne peut soulever les jambes. Anesthésie avec anelgésie des membres inférieursjùsqu’à une ligne horizontale passant à un travers de doigts au-dessus du pubis. Pas de contracture, ni de trépidation réflexe, — miction pénible ; il met environ six à onze minutes pour uriner 300 grammes; dans la nuit, il a eu pour la première fois des urines involontaires; pas d’appétit; soif vive (4 ventouses scarifiées sur la région dorsale, un verre d’eau de Sedlilz*.
p- La céphalalgie persiste ; la douleur dorsale et épigastrique a disparu ; la pression détermine encore une légère sensibilité au niveau des vertèbres dorsales et des espaces intercostaux. Douleurs lancinantes et déchirantes dans les jambes, particulièrement aux genoux et s'irradiant j usquaux pieds, sensation de fourmillement à la pression des cuisses.
L extension des jambes réveille des douleurs lancinantes dans les genoux, de même les mouvements des cous-de-pied. La pression des muscles des jambes détermine aussi de vives douleurs.
L analgésie remonte jusqu'à neuf centimètres au-dessus des condyles des fémurs ; au-dessus, sensibilité obtuse jusqu aux jilis de I aine où elle redevient normale. Dans les nias, la sensibilité à la douleur est très obtuse; la sensation d étoupe persiste dans les mains.
La paraplégie persiste ; il fléchit plus difficilement la jambe sur la cuisse, que hier. —Dans la nuit, de 10 heures
ACTION DE L’AIMANT SUR L'ANESTHÉSIE âôl
à 3 heures, le malade a eu des sifflements dans l'oreille droite et de la céphalalgie violente. Ce matin, l'ouïe est diminuée à droite ; le tic-tac de la montre est perçu à six centimètres de ce côté, à dix-huit à gauche (on ne constate rien d’anormal à l’examen de l’oreille) ; sueurs abondantes, soif vive (4 ventouses scarifiées. Ergotine Bon jean 1 ,20).
6. — Le membre inférieur droit va mieux. Le malade soulève la jambe a cinq centimètres, la sensibilité est revenue dans la cuisse et la jambe de ce côté jusqu'à trois travers de doigt au-dessus des malléoles. La jambe eauehe reste paralysée ; il ne peut la soulever ; l'analgésie existe jusqu’à quatre centimètres au-dessus des condyles.
La main droite va mieux ; la sensation d’étoupe y a disparu; il n y reste qu’un sentiment de raideur. La main gauche conserve sa sensation d'étoupe; de plus, l'analgésie y a augmenté et e?t complète jusqu'à trois travers de doigt audessus du poignet. Au dynamomètre, cette main donne 10, l’autre 60.
— Accuse de plus, depuis 10 à U heures du soir, des élancements douloureux, allant du coude gauche auxdoigts. — ( Application d'un aimant.)
9. — On a continué I application des aimants sur le membre gauche. — La motilité et la sensibilité sont revenues à droite. Pas de changement à gauche.
II. — Même état malgré 1 application des aimants ; sueurs abondantes ; insomnie.
!-• — Même état. Anesthésie persistante dans la main gauche jusqu à vingt centimètres au-dessus du poignet. Le dynamomètre donne 13 à gauche, 67 a droite.
La situation reste à peu près la même jusque vers le 20 septembre.
On recommence 1 ’ application des aimants discontinués depuis le 14.
Sous l’influence de l’aimant appliquéà la plante du pied, la sensibilité repavait d’abord à La cuisse, puis au ç/enou ; deux jours après, elle existe jusqu'à la tubérosité du tibia.
Le 24, elle descend jusqu’à la pointe des malléoles, le pied restant insensible. Depuis la veille à 6 heures, le malade accuse des douleurs lancinantes à la plante du pied s'irradiant le long du plantaire interne jusqu'à la cheville. De plus, on constate une contracture en flexion des trois derniers doigts de la main gauche, le pouce et l’index seuls conservent leur motiliLé normale. Les trois doigts contracturés sont totalement anesthésiés, les deux autres ont une
OBSERVATION
sensibilité obtuse. De même sur la paume et le dos de la main, anesthésie jusqu'au troisième espace métacarpien ; au poignet, le bord radial seul est sensible dans une étendue transversale de deux centimètres, enfin toute la sphère cubitale de l’avant-bras est anesthésiée jusqu’à dix centimètres au-dessus du poignet. Au bras, la sensibilité est parfaite. La pression sur le nerf cubital dans la gouttière olécranienne est très douloureuse. — (Application d'un vésicatoire au niveau du pisiforme.)
25. — La sensibilité est revenue à la plante du pied jusqu’à la tête des métatarsiens, et au dos jusqu'aux articulations tarso-métatarsiennes : même état du membre supérieur.