DOULEURS NERVEUSES GUÉRIES PAR SUGGESTION
facilement en somnambulisme. La douleur a disparu complètement au réveil; et on peut presser la région qui était hvperethésiée, sans que la malade manifeste la moindre réaction. La douleur reparaît de nouveau dans l’aprèsmidi, et cède encore le soir à la suggestion hypnotique.
Elle ne réapparaît que le 28, à six heures du soir, empêchant la malade de dormir.
On la constate le lendemain 29. La suggestion hypnotique la fait disparaître ; la malade mange avec appétit. A huit heures du soir, la douleur revient dans l’épaule droite; de plus, elle est prise de battements de cœur, de fourmillements dans ies mains; elle ne dort qu'une heure pendant la nuit.
Le 30 au matin, elle vomit son café. On constate que la fosse sus-épineuse droite est sensible à la pression. A dix heures, la malade accuse une douleur avec fourmillements dans les mains. Suggestion hypnotique. Pendant lesommeil, je fais marcher et travailler la malade; j'ai constaté que le somnambulisme actif, lorsqu’il est possible, opère une diversion salutaire et agit souvent plus efficacement que le somnambulisme passifpour supprimer les malaises nerveux. Au réveil, elle ne se plaint de rien.
Dans la journée, elle a encore des fourmillements dans les mains qui cèdent à la suggestion hypnotique.
A partir du 1er avril, la malade n’accuse presque plus aucun malaise ni trouble nerveux.
La suggestion hypnotique réprime rapidement toute douleur qui se manifeste.
Au mois de mai, nous constatons chez elle une éruption de syphilide papuleuse et eczémateuse : traitée par les frictions mercurielles, cette éruption disparait.
Nous la gardons quelque temps au service, parce qu’elle est excellente somnambule. Pendant son sommeil, nous la faisons travailler; elle va, vient, balaye la salle, va à la cuisine chercher les fers à repasser, et repasse du vieux linge, conformément aux suggestions données, le tout, les yeux fermés; elle travaille ainsi pendant une heure sans se souvenir de rien au réveil.
Quelquefois cependant la suggestion a besoin d'être modifiée pouravoir prise sur son imagination . Elle a pendant quelque temps du dégoût pour la viande et refuse obstinément d'en manger. J’ai beau lui suggérer tous les jours avec opiniâtreté qu’elle a du goût pour la viande et qu’elle en mangera avec bonheur; elle me promet, les promesses
OBSERVATION
ne lui coûlenl guère, d’en manger à son réveil. Elle n'en mange pas davantage. C’est une répugnance invincible. Un jour, l’ayant hypnotisée, j’essaie le subterfuge suivant: « Comment vous appelez-vous? — M. M... — Mais non, vous n’êtes pas M. M...! vous êtes Joséphine D..., sa tante! Vous êtes sa tante ! » Au bout de quelques instants, elle dit; « — C’est vrai. Je suis Joséphine D... — Et maintenant, lui dis-je, la voici votre nièce, M. M..., faites-lui un peu ta leçon ! Elle ne veuf pas manger de la viande, trouvant qu’elle est trop mauvaise. Montrez-lui comment on la mange, diteslui comme elle est excellente! » Et la voila qui se met dans son rôle de tante, qui fait un sermon en régie à sa nièce fictive; et comme j’avais fait apporter un gros morceau de bouilli, elle l’avale avec plaisir et en réclame encore, pour démontrer à sa nièce combien il est bon.
J’essaie encore chez elle, pendant qu'elle est au service, la suggestion dans un but moralisateur; je lui fais promettre qu’elle restera infirmière dans la salle, honnête fille, qu’elle n’aura plus d'amants, qu’elle conservera des sentiments religieux, etc. Elle promet tout et, pendant son séjour à l’hôpital, son caractère fantasque, capricieux, grossier, se modifie passagèrement; elle devient docile, plus réservée. Mais un beau jour, elle quitte l’hôpital et on la rencontre le même jour en ville avec des individus de profession inavouable; elle redevint plus que jamais fille publique. Elle était suggestible pour tous et par tous.
Observation XXI. — Névropathie. — Douleurs à l'épigastre et dans les membres inférieurs qui disparaissent rapidement par suggestion.
D... M..., vingt et un ans. couturière, entre à l'hôpital le 8 janvier 1885; elle a accouché le 4 novembre, d'un enfant de sept mois qui est mort après quinze jours, à la Maternité; elle sortait de prison. Elle ne serait tombée malade qu’un mois après, ressentant une douleur au-dessus de l aine droite, qui persiste encore, douleur qu’elle compare aux crampes utérines, avec fièvre et ardeur en urinant. Pendant quinze jours elle a vomi; depuis elle ne vomit plus; depuis une quinzaine aussi elle perd un peu en rouge.
C'est une fille lymphatique, assez pâle. Apyrexie. On trouve le ventre augmenté de volume, assez ballonné, sonore et sensible partout, sans empâtement; le toucher ne