CHANGEMENTS DE PERSONNALITÉ
— Et il reste étonné de voir cette chose singulière. — Je lui suggère des hallucinations négatives : à son réveil, il ne pourra voir, entendre, sentir que moi ; tout le monde sera parti, je serai seul avec lui.. Et, a son réveil, les autres assistants lui parlent, le touchent, lui présentent son chapeau et sa canne; il ne voit personne, ne répond à personne. Mon honoré collègue, M. Victor Parisot, lui bouche les oreilles pendant que je lui parle, il continue à entendre et à me répondre. Il est certain que si je lui parlais trop bas, l’obstruction mécanique de l’oreille empêcherait l'audition. Je prends congé de lui : un élève lui apporte son chapeau, il a l’air de ne pas le voir et ne le prend pas, mais le cherche à la place où il l'avait mis; quand je tiens son chapeau dans ma main, il le prend immédiatement en me remerciant. Les assistants font cercle autour de lui au moment où il veut sortir : il marche droit devant lui et s’arrête devant cet obstacle sans paraître chercher à l'expliquer. Une personne se place devant la porte de sortie : il cherche en vain la serrure et, ne la trouvant pas, croit s’être trompé et va à une autre porte. Finalement, on le laisse sorlir. Aussitôt hors la chambre, il voit et reconnaît tout le monde qu’il rencontre sur son chemin.
Dans un article intéressant publié dans la Revue philosophique en mars 1883, M. Ch. Richet relate des observations de somnambules auxquels il a fait perdre le sentiment de leur personnalité en la transformant en une autre.
Chez Cl... rien de plus facile que de lui communiquer ces illusions relatives à sa personne. Je lui dis : « Tu as six ans, tu es un enfant, va jouer avec les gamins » : le voilà qui se lève, saute, fait le geste de sortir des chiques de sa poche, les aligne convenablement, mesure la distance avec la main, vise avec soin, court les remettre en série, et continue ainsi indéfiniment son jeu avec une activité, une attention, une précision de détails surprenantes. Il joue de même à l’attrape, au saute-mouton, sautant successivement en augmentant chaque fois la distance, par dessus un ou deux camarades imaginaires, avec une facilité dont il ne serait pas capable, vu sa maladie, à l'état de veille.
Je lui dis: « Vous êtes une jeune fille. » Il baisse la tête modestement, ouvre un tiroir, en tire une serviette, fait