Contractures et mouvements automatiques
D'autres phénomènes moteurs que la suggestion peut réaliser sont de même ordre que l'attitude cataleptiforme.
Je prends le pouce d'un sujet; je l'applique sur le bout de son nez ; je mets le pouce de l'autre main sur le petit doigt de la première, de manière à faire le pied de nez ; le sujet suggeslible le maintient, la figure impassible. Souvent je le mets au défi d'enlever ses doigts qui sont, dis-je, comme collés au nez. Il fait des efforts infructueux, le pouce reste incrusté dans le nez, qui le suit, quand on veut le détacher ; ou s'il s'en détache par un effort violent il y revient aussitôt ; et cette position se maintient, jusqu'à ce que je lève la consigne suggestive.
Je ferme une main du sujet et je dis : « Vous ne pouvez plus l'ouvrir ». La main reste fermée en contracture plus ou moins irrésistible. J'ouvre la main et je dis : « Vous ne pouvez plus la fermer », le sujet la maintient en extension et résiste aux efforts que je fais pour fléchir ses doigts. Chez quelques-uns il suffit, sans faire de suggestion verbale, que je tienne sa main ouverte ou fermée pendant un certain temps pour qu'il la maintienne spontanément dans l'attitude exprimée; il a compris que l'acte que j'ai fait veut
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dire que sa main doit rester comme je l'ai mise. Ce sont là. on le voit, des catalepsies rif^idcs partielles ; je produis de même la contracture complète d'un membre ou de plusieurs membres.
Au lieu de contracture, la suggestion peut produire des mouvements automatiques: Je lève les deux bras horizontalement, et je les tourne l'un autour de l'autre. Le sujet continue à les tourner Tun autour de l'autre ; c'est l'automaiisme rotatoirc. Le phénomène peut se produire ainsi spontanément, sans que je le commande, par la simple impulsion donnée. Chez d'autres, il ne se produit que si je dis : « Vos bras tournent, vous ne pouvez plus les arrêter. » Cet automatisme rotatoire est plus ou moins irrésistible. Quelques sujets arrivent à l'arrêter, si je les mets au défi. D'autres ne le peuvent ; ils essaient inutilement, rapprochent leurs bras, les frottent l'un contre l'autre, les arrêtent quelquefois un instant ; mais les membres entraînés par l'idée suggérée repartent de plus belle. Si j'arrête Tun des bras et que je le lâche de nouveau, il se remet à tourner autour de Tautre, comme un ressort automatique. On peut provoquer de même d'autres mouvements automatiques. Et ces expériences, ainsi que les suivantes, réussissent chez des sujets à l'état de veille parfaite, sans qu'ils aient jamais été endormis, sans qu'ils aient jamais assisté à des expériences de ce genre.
Ajoutons que ces expériences réussissent plus promptement et se perfectionnent par l'habitude chez les sujets qui y sont soumis plusieurs fois. Il suffit que
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je levé le bras pour que le sujet devine ce que je veux faire et lève spontanément l'autre pour faire l'automatisme rotatoire. Je mets un pouce sur le nez, il rapproche l'autre pouce et fait le pied de nez. L'idée fait l'acte.
4. — Paralysies psychiques. — Suggestions diverses de motilité.
Je fais des mouvements et de la contracture. Je puis faire aussi de la paralysie par affirmation ; le sujet ne peut plus remuer ses bras, ni ses jambes; c'est de la paralysie psychique expérimentale localiséeà un membre,oudanslesquatre,augrédu suggestionneur. Lesparalysies psychiques peuvent se réaliser spontanémentpar auto-suggestion. Un malade quiaeu par exemple une contusion du bras qui Ta immobilisé pendant un certain temps a l'idée que son bras est impotent et ne peut plus le remuer ou le remue faiblement. Un autre qui, à la suite d'une maladie prolongée, a les jambes faibles, exagère cette faiblesse et la transforme en paraplégie complète ou incomplète. Ces paralysies suggérées expérimentalement ou spontanément n'ont pas d'ailleurs des caractères somatiques spéciaux, comme le pensait Técole de la Salpêtrière ; leurs caractères variables avec chacun sont ceux que l'opérateur ou l'imagination du sujet leur suggère : elles sont complètes ou incomplètes, flac-
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cidcs OU ri|^'i des, avec ou sans ancsthésic, toujours justiciables de la psychothérapie.
Tels sont les phénomènes moteurs de suf^gestion. Les sujets très dociles qui présententcelte suggeslibililé spéciale, la plus fréquente, ressemblent à de vrais automates actionnés par la volonté de l'opérateur.
Je dis : « Levez-vous», il se lève; l'un le tait lentement, l'autre avec un peu d'hésitation ou seulement après des suggestions impérativcs répétées; toutes les variantes existent. Je dis : « Marchez », il marche, « Assevez-vous », il s'assied.
Je dis : « Vous ne pouvez plus avancer », il reste comme cloué sur le sol. — -« Vous pouvez marcher en arrière, pas en avant», il marche à reculons. — « Votre jambe droite est paralysée », il traîne cette jambe et marche bien avec l'autre. — « Vos jambes ne peuvent plus vous porter », il tombe comme paralysé. On peut multiplier les expériences à l'intini, faire des paralysies variées, de la contracture, du torticolis, de la claudication, du tremblement, des mouvements désordonnés, tous actes moteurs que le sujet réalise comme il les conçoit.