Suggestions post-hypnotiques
Ces considérations sur l'amnésie servent à interpréter le mécanisme des suggestions post-hypnotiques. On appelle ainsi les suggestions faites pendant le sommeil provoqué pour se réaliser seulement après le réveil. Je puis aussi suggérer un acte, une émotion, une sensation, une hallucination post-hypnotique. Si je dis à un sujet endormi : « Au réveil vous aurez un accès de rire, ou une crise de larmes, » ces faits peuvent se réaliser chez lui. Si je dis : « Après votre
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réveil, VOUS trouverez un verre de champa^mc fictif sur la table, et vous le boirez »; au réveil l'hallucination pourra avoir lieu. Si je dis : « A votre réveil, vous irez voler une montre sur la cheminée ». il pourra commettre cet acte, croyant le faire spontanément. Je puis lui donner des hallucinations complexes. A son réveil, il entendra de la musique, il verra une musique militaire par la fenêtre, un soldat agiter un drapeau ; il criera : Vive la l^Vance ; Vjn autre soldat entre dans sa chambre avec un gros chien ; il met le chien et le soldat à la porte, etc. Toute cette suggestion bizarre, le sujet la vit et la mime, comme si c'était la vérité.
Ce phénomène n'a rien d'extraordinaire, puisque nous savons que chez les sujets très suggestibles, la suggestibilité et l'hallucinabilité existent à l'état de veille ; et nous savons d'autre part que les souvenirs de rétat dit hypnotique ne sont pas éteints, mais latents, et que le sujet peut les revivifier. Si on lui fait une suggestion pour le réveil, il se suggère luimême de ne pas l'oublier et se réveille, le souvenir conservé, c'est-à-dire l'idée à réaliser présente à la conscience sans qu'il en connaisse l'origine.
Mais cette suggestion post-hypnotique peut être faite pour une échéance plus ou moins lointaine. Au réveil le sujet ne se souvient de rien. Il peut rester des jours et des semaines en apparence complètement ignorant de la suggestion faite ; au jour et à l'heure voulue, elle se réveille dans son esprit et se réalise.
d8 DE LA SUGGESTION
Citons quelques exemples : A une jeune fille parente, très intelligente et instruite, qui était dans ma famille, très suggestible, que j'endormis un matin sur sa demande pour lui enlever un malaise nerveux, je dis pendant son sommeil : « Ce soir après le dîner> vous irez au piano, vous nous jouerez quelques morceaux et vous terminerez par la valse de Faust ». Le soir en effet, pendant qu'on était au salon, après le dîner, elle dit : « Je vais jouer un peu de piano » Elle s'y dirige, allume les bougies, joue des classiques, puis tout d'un coup entonne la valse de Faust. Revenue à sa place, je lui demande : ^ Pourquoi avezvous joué cette valse ? Aviez-vous Tidée préméditée de le faire ?» Elle dit : « Non, je n'y pensais pas, cela m'est venu tout d'un coup. Je ne sais pas ce qui m'a pris de jouer la valse de Faust ; je ne la joue jamais ». Elle fut bien étonnée quand je lui ai dit que c'était une suggestion.
Dans les cas suivants, la suggestion a été à une échéance beaucoup plus lointaine.
A une malade de mon service, excellente somnambule, je suggère : « Mardi prochain, en trois semaines, c'est-à-dire dans vingt-cinq jours, quand je passerai devant votre lit, à la visite du matin, vous verrez avec moi, mon collègue P..., adjoint au maire. Il vous demandera des nouvelles de votre maladie et vous lui causerez de choses qui vous intéressent ».
A son réveil, elle ne se souvient de rien ; et on ne lui en parle jamais.
Le mardi i5 janvier, à la visite, je m'arrête sans
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afTcctation comme d'habitude à son lit; clic regarde à sa gauche et salue respectueusement. Après quelques instants, elle répond à une question fictive : « Je vais beaucoup mieux, je n'ai plus de douleurs. Malheureusement, mon genou reste luxe et je ne puis marcher sans appareil ». C'est une arthropathie tabctique. Elle écoute un nouveau propos de son interlocuteur (ictit, puis répond :« Je vous remercie beaucoup. Voussavez que j*ai nourri les enfants de M. B..., adjoint au maire, votre collègue. Si vous pouviez me recommander à lui, il aiderait peut-être à mon placement dans un hospice ». Klle écoute encore, puis remercie, s'incline, et suit de Tœil le visiteur fictif jusqu'à la porte. < Saviez-vous, lui demandai-je, que M. P. ..viendrait vous voir aujourd'hui ?» — « Nullement, » dit-elle.
Dans une de mes expériences, la suggestion a été faite pour une échéance de 63 jours.
Tous les sujets ne réalisent pas ces suggestions lointaines. Quelques-uns les réalisent seulement quand on les met sur la voie, quand on actionne l'imagination qui couve, pour ainsi dire^ le souvenir, mais qui ne l'aurait pas laissé éclore spontanément. Ainsi en est-il de tous les souvenirs qui ont souvent besoin pour se faire jour d'une suggestion provocatrice. Voici une de mes expériences : j'avais suggéré à un de mes patients que dans cinq jours, quand je le ferais venir à la salle des Conférences, il y verrait un sergent de son ancien régiment, que ce sergent Taccuserait de lui avoir volé sa montre, qu'ils se battraient et que lui serait renversé.
Au bout de cinq jours, je le fais venir à la salle des Conférences. Je le fais asseoir et je continue ma conférence devant les élèves ; il est un peu interloqué par la présence de tant de monde ; l'hallucination suggérée ne se manifeste pas. Après plusieurs minutes, j'essaie de les provoquer : « Qu'est-ce que vous regardez donc là ? » dis-je. — «Ah ! répond-il, c'est un sergent de mon régiment. Il prétend que je lui ai volé sa montre. Je n'ai rien volé. » Il se lève, donne des coups de poing dans le vide, et tout d'un coup tombe comme assommé. Il faut que je l'aide à se relever. Il ne voit plus le sergent qui est parti.