‹ De la suggestionChapitre 29 sur 48 · DÉFINITION ET CONCEPTION DU MOT SOMNAMBULE · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET CONCEPTION DU MOT SOMNAMBULE

Ces observations montrent que chaque sujet est une individualité suggestive, qui a sa psychologie, sa façon d'être et de réagir avec son corps et son esprit. Même alors qu'il est conduit par son imagination faussée, par des impressions, des instincts, des hallucinations qui égarent son contrôle, il n'est ni inconscient, ni automate; il n'y a pas d'automatique hypnotique ou somnambulique; il y a des états de conscience faussée, artificiellement ou spontanément.

Qu'est-ce en réalité qu'un somnambule? Le mot est difficile à définir. L'étymologie du mot veut dire dormeur qui marche. On a vu de tout temps des sujets se livrer pendant le sommeil à des actes divers, raisonnables ou non, par exemple travailler, écrire, coudre, tricoter, des enfants faire leur devoir, des bonnes balayer l'appartement ou laver leur vaisselle; ou bien, sous l'influence d'impulsions ou de rêves, commettre des vols, des actes délictueux, et

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au réveil, n'avoir plus le souvenir de tous ces faits. Tel est le somfiambulisme naturel.

Kxpérimentaleinent, nous avons vu des sujets, sous rinlluencede la su^f;estion, se lever, af;ir, mar cher, obéir, puis revenus ù eux, ne pas se souvenir. C'est \q soninambulisfue artijicicl ou expérimcnlar.

Le somnambulisme est-il une cérébration inconsciente automatique, comme on le dit ?

Nous avons vu que les acles du somnambule par suggestion sont conscients et qu'on peut en réveiller le souvenir. Le somnambule naturel qui écrit, compose, ou celui qui fait des travaux de ménai^'e, lave, coud, tricote, n'agit pas davantage en automate; ces travaux exigent une application intellectuelle et manuelle raisonnée et ne sont pas du domaine de la vie végétative inconsciente. L'amnésie n'implique pas l'inconscience.

Le somnambule est-il simplement un dormeur actif, qui réalise non pas seulement en imagination, mais en action, ses conceptions auto-suggestives, ou les suggestions d'autrui ? Cette définition est vraie dans une certaine mesure; mais elle est peutêtre incomplète. De même que l'état de suggestion n'est pas toujours l'état dit hypnotique, de même ïétat somnambulique n est pas toujours un sommeil. Quand un sujet, dans son sommeil, se lève, ouvre les yeux, va à sa table, écrit ou se livre à d'autres travaux, quand il se promène, répond à toutes mes questions, je ne puis affirmer qu'il dorme; il n'a ni l'apparence, ni les symptômes du sommeil; je crois

qu'il est réveillé, mais il reste dans un autre état de conscience; il peut continuer son rêve hallucinatoire, éveillé; ou bien il peut continuer à réaliser Tidée que le sommeil avait évoqué dans son cerveau, finir son travail, prendre un objet dans l'armoire, faire un tour de promenade: il reste sous V influence de la suggestion, dominé par elle^ tout éveillé qu'il l'est, n'ayant pas son contrôle absolu. Quand ce rêve ou cet état de suggestion est terminé, et que l'état de conscience normale est revenu, il a perdu le souvenir et croît être seulement sorti de son sommeil.

Il est de même dans le somnambulisme expérimental. Nous avons vu que le sommeil suggéré n'est pas nécessaire pour produire un état desuggestibilité, avec des hallucinations complexes prolongées, et que l'amnésie peut succéder à cet état, alors même qu'il n'y a pas eu de sommeil.

Dira-t on que le somnambulisme c'est Vétat hallucinatoire actif, le rêve en action réalisé par le sujet? Il est des somnambules qui ne sont pas hallucinés, qui marchent, écrivent, obéissent à une idée raisonnable qui les fait agir. La dame de notre dernière observation n'avait pas d'hallucinations ni spontanées, ni provoquées pendant son somnambulisme artificiel; ses yeux étaient fermés, mais elle conversait comme une personne éveillée. En réalité, elle n'était pas dans un état de sommeil, mais dans un état de suggestion; elle croyait dormir, parce que je le lui avais suggéré; elle avait de l'amnésie après, parce qu'elle croyait avoir dormi et se suggérait l'amnésie.

SOMNAMBUIJSMK SPONTANK f)U SOMMKII. \X\

L'hallucination active, la rcve en action ne constitue donc pas le critérium du somnambulisme.

(/ctal somnambuliquc n'est qu'un autre état de conscience, créé par l'auto-su^'f^estion émotive, ou par une hétdro-suf^gestion, chez un sujet qui ne dort pas et conserve sa mobilité et sa spontanéité, avec ou sans hallucination. Il peut succéder au sommeil naturel, comme une suf^f;estion ou un rcvc posthypnotique; il peut être créé artificiellement; toute su^^^'estion active, accomplie par un sujet est en réalité un état de somnambulisme; il peut se produire spontanément à la suite d'une impression morale vive et suggestive qui crée une image, une idée, et atténue le contrôle.

Le somnambulisme nest qu'une représentation mentale extériorisée, avec action corrélative ; il est passager, curable par la psychothérapie; car il ne répond qu'à un pur dynamisme psychique. Il diffère du délire et de l'aliénation mentale qui sont des maladies, qui produisent des aberrations persistantes, rebelles à la suggestion, entretenues par une lésion organique ou toxique de cerveau. 11 en diffère comme le rêve normal du sommeil ou de la veille diffère du délire.

3. — SOMNAMBULISxME SPONTANÉ DU SOMMEIL, AVEC OU SANS HALLUCINATION.

Le somnambulisme spontané se développe surtout dans le sommeil naturel ; c'est un rêve en action, une

auto-suggestion active avec ou sans hallucination.

Les somnambules nocturnes spontanés ont tantôt les yeux fermés, tantôt les yeux ouverts, comme les somnambules expérimentaux. Il en est qui sont tellement absorbés par leur idée fixe ou concentrés dans les actes qu'ils accomplissent, que leurs sens sont étrangers à toute impression extérieure. Un étudiant en pharmacie dont l'histoire est relatée par A. Bertrand fut surpris en somnambulisme au moment où il traduisait de l'italien en français et cherchait les mots dans un dictionnaire, comme il l'eût fait dans son état normal; il paraissait se servir d'une lumière placée près de lui. Les personnes présentes éteignirent cette lumière. Le somnambule parut se trouver dans l'obscurité; il chercha en tâtonnant sa chandelle sur la table et fut la rallumer à la cuisine. Or, au moment où il se croyait ainsi dans l'obscurité, il était réellement dans une chambre éclairée, mais par des chandelles différentes de celle qu'on avait éteintes. Il l'avait vu éteindre et croyait qu'elle était unique. Il n'entendait aussi que les conversations en rapport avec ses propres pensées, indifférent aux autre. Ce sont là de vraies hallucinations négatives par auto-suggestion.

Le somnambulisme nocturne hallucinatoire peut être dangereux et déterminer des actes criminels.

Tel est le cas relaté par Fodéré d'un jeune religieux somnambule qui rêva une nuit que le Père prieur avait tué sa mère dont l'ombre sanglante lui apparut pour demander vengeance. Il s'arma d'un

SOMNAMHDLISMK SPONTANE; DU SOMMKIL l»5

^rand couteau, courut à l'appartement du prieur qui heureusement n'était pas encore couché et, assis sur son bureau, le vit, les yeux haf;ards, frapper trois f^Tands coups de couteau dans le lit, qui percèrent la couverture et le niatelas, puis retourna se coucher. Au réveil, il se souvient bien d'avoir eu ce rêve terrifiant, mais croyait que ce rcve avait été simplement passif et ne se souvenait pas qu'il avait commis l'acte en réalité.

Hack Tuke rapporte le cas d'un enfant de douze ans, qui ayant eu une querelle dans la journée avec une de ses compagnes, se leva pendant la nuit, se rendit à son lit, la frappa violemment jusqu'à ce que des personnes, attirées par ses cris, la tirassent de son état de somnambulisme.

Une jeune femme de 25 ans, dont Lapponi (i), de Bologne raconte l'histoire, quarante jours après son accouchement, se leva la nuit, prit son enfant, alla avec lui dans une mare où elle le jeta; il fut noyé. Elle se réveille alors, et toute étonnée de se trouver dans Teau, sans se rappeler qu'elle y était venue, et venait d'y jeter son enfant; elle en sortit à peine et se trouvant près de la maison paternelle, s'y rendit au grand étonnement de sa mère. Une fois déjà à l'âge de seize ans, elle s'était levée dans la nuit et réveillée dans une habitation voisine. A quel délire, à quelle hallucination cette malheureuse avait-elle obéi, en tuant son enfant?

(i) Traité de médecine légale et d'hygiène publique, i8i3.

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