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États divers de conscience dans la vie habituelle

AVEC ou SANS AMNÉSIE.

Ces observations de modification de conscience sans illusions, ni hallucinations, avec simple modification de caractère et de sentiments, si singulières qu'elles paraissent au premier abord, surtout quand

(i) Prolist, Lectiij^e Jaite à r Académie des Sciences morales et politiques^ 1889.

on les décore du nom de double personnalité, ne sont que l'exagération de ce qui se passe dans la vie courante. N'avons-nous pas tous des états multiples de de conscience ? Ne voyons-nous pas tous autour de nous des personnes dont le carcctère et l'humeur sont variables. Tel est pendant un certain temps honnête, pondéré, mesuré dans ses actes, bienveillant, qui, à d'autres moments, sans motif apparent, devient capricieux, extravagant, colère ; il est vicieux par intermittences.

Tous les degrés peuvent exister de conscience modifiée, depuis un simple changement d'humeur que les intimes seuls perçoivent jusqu'à une transformation complète de la mentalité. A un certain degré cette transformation peut constituer une maladie ; la neurasthénie, la folie circulaire sont des états de conscience modifiée. Ces degrés extrêmes, qui sont des maladies et vont jusqu'à l'aberration, frappent seuls notre attention ; les degrés légers nous échappent et nous attribuons à l'humeur capricieuse de ces sujets dits lunatiques ces modifications de conscience, dus à un dynamisme cérébral dont la cause nous est inconnue.

Ne voyons-nous pas des femmes qui à chaque période menstruelle ont une autre mentalité, un autre étatde conscience; douces, bonnes, raisonnablesavant, elles peuvent devenir alors capricieuses, anxieuses, impulsives, même maniaques.

Et nous tous, à la suite de certaines émotions vives, n'avons-nous pas un état de conscience anormal ?

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Nous ne sommes plus nous-mâmes, nous avons perdu le (il de nos idées, ^luelqucs-uns déraisonnent pendant un certain temps, tiennent des propos extravai^ants, font des actes bizarres. (>ela dure en /général peu de temps. Il en est mcmc qui, revenus à leur état normal de conscience, ont perdu le souvenir de ce qu'ils ont dit et fait. Si cet état anormal se prolonge un peu longtemps, il sera reconnu comme condition seconde.

Après un déraillement de chemin de fer, ne voit-on pas des voyageurs exempts de toute blessure, frappés seulement par le choc moral, se sauver à travers les champs comme en automatisme ambulatoire, puis revenus à leur état normal, ne pouvoir donner aucune explication, ayant perdu le souvenir de tout ce qui s'est passé .^ Chez certains sujets prédisposés, cet état de conscience anormal dû à un choc émotif se prolonge assez longtemps, entretenu par l'auto-suggestion ou bien se reproduit facilement par une nouvelle émotion ou par représentation mentale, comme toutes les modalités nerveuses, crises de nerfs, tics, toux nerveuse, hoquet nerveux, etc., que certains sujets réalisent et répètent par simple réminiscence auto-suggestive. Ainsi en est-il aussi du dynamisme psychique modifié par les chocs émotifs et que l'autosuggestion reproduit.

Cette modification profonde, si fréquente dans la vie, nous frappe surtout quand elle est suivie d'amnésie, quand, revenu à l'état normal, le sujet ignore ce qu'il a fait pendant cette période. C'est alors seu-

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lemeni que nous disons : double personnalité. Quand le souvenir persiste de l'un à Fautre état, nous ne voyons rien d'étrange à ces modifications. Mais l'amnésie suffit-elle en réalité pour établir une distinction fondamentale? L'état de conscience modifiée sans amnésie consécutive est le même phénomène que celui avec amnésie, de même que l'hallucination ou le rêve dont on a conservé le souvenir est le même que celle dont le souvenir est effacé. Certains sous l'influence de l'excitation alcoolique commettent des actes impulsifs dont une fois dégrisés ils perdent le souvenir : d'autres gardent ce souvenir. Cela est cependant la même physiologie cérébrale. L'amnésie d'ailleurs peut être incomplète ou passagère ; il en est ainsi, nous l'avons dit, de tous les phénomènes de suggestion ou d'auto-suggestion. Que l'amnésie existe ou n'existe pas après une modification brusque d'état de conscience due à un choc psychique émotif ou suggestif, la modification n'en existe pas moins ! L*amnésie est un fait psychologique fréquent, mais non constant à la suite de la vie somnambulique ; elle peut faire défaut, même quand le somnambulisme a été hallucinatoire.

Le mot somnambulisme implique donc un état de conscience anormal actif, avec diminution de contrôle cérébral, avec ou sans hallucination, qui peut se manifester à la suite d'une secousse morale, choc cérébral, accès d'hystérie, rêve; cet état laisse souvent, mais pas toujours, une amnésie plus ou moins complète.

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Les hallucinations d'orif^inc toxique, par exemple alcooliques ou saturnines, et celles dues aux maladies mentales, par exemple la lypémanie ou délire de persécution, peuvent déterminer des actes corrélatifs et constituer un vrai somnambulisme. Mais ce somnambulisme est patholof^ique ; les hallucinations sont fonction d'un cerveau malade ou intoxiqué. Cet état n'est pas justiciable de la psychothérapie, comme Test le somnambulisme simplement émotif, qui n'est qu'un simple dynamisme psychique, sans lésions, une simple psychonévrose.

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