Imitation. Publicité
Ces observations montrent bien Tinfluence que l'élément suggestif joue dans révolution du crime individuel.
Et les attentats politiques, révolutionnaires, anarchistes, ceux créés par le fanatisme religieux, ceux des grévistes, n'est-ce pas de la suggestion collective?
L'imitation, la publicité, le théâtre peuvent donner ridée d'un crime et faire office de suggestion sur certaines natures instinctives et amorales. A peine at-on signalé l'assassinat d'un garçon de recette, ou un assassinat en chemin de fer, qu'un second crime calqué sur le premier se commet. Le supplément du Petit Temps du ig novembre 1910 relate l'histoire intéressante d'un criminel de Leipzig raconté par luimême; j'en extrais le passage suivant : « Par hasard j'ai vu une fois dans un journal que quelqu'un avait attaqué un facteur de lettres chargées. Le même jour, tandis que je rentrais tranquillement chez moi, j'ai rencontré par hasard un facteur de cette espèce, sur quoi l'idée m'est venue que cet homme-là aussi pou-
vait fort bien être dépouillé. De retour à la maison, je me suis enfermé dans ma chambre, et j'ai longtemps combattu contre moi-même; mais enfin je me suis résolu à exécuter Tacte projeté. » Suit le récit du crime. Voici un crime par imitation. On jouait à Vienne, en janvier 1907, une pièce pornographique, Fleurs de trottoir. Dans Tune des scènes, on représente un souteneur étranglant sa maîtresse avec une serviette éponge. A cette représentation assistait un jeune homme de 22 ans, bien connu en ville. Il vit comment on procédait et prit sur son cahier de papier à cigarettes quelques indications destinées à lui rappeler certains mouvements. A son retour dans sa chambre, à 2 heures du matin, il étrangla sa maîtresse exactement dans les mêmes conditions qu'il avait remarquées sur la scène. Il l'a avoué lui-même.
Si la peur du châtiment peut agir comme contresuggestion pour arrêter le bras de Tassassin, et inhiber certains malfaiteurs, il semble cependant que la restauration de la guillotine n'ait pas diminué la statistique du crime 1 On dirait qu'elle marche de pair avec la publicité progressive de la presse.
Celle-ci relate, dans tous ses détails, les grands crimes, les beaux crimes ; elle les dramatise. L'attitude du criminel, sa vie antérieure, le sang-froid et l'ingéniosité déployés par lui, tout cela illustré par le portrait de l'assassin, est offert en pâture à l'imagination des lecteurs. Beaucoup, avides d'émotions, restent sous l'impression obsédante de ces drames passionnants; et certains impulsifs pervers y trouvent
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un entraînement suf;gestif, une invite malsaine au crime.
On sait combien les enfants, instinctifs et impulsifs, dont la raison ne refrène pas encore l'imagination» subissent facilement les influences; ils jouent aux brigands, aux apaches. Certains mettent leur point d'honneur à être chefs d'apaches; ils mettent volontiers en action les scènes qu'ils ont lues ou entendues.
A un âge plus avancé, le cerveau est plus mûr, les impressions moins vives, moins naïves; l'éducation, le jugement, les facultés de contrôle tempèrent l'automatisme instinctif. Mais il y a de grands enfants qui restent toute leur vie instinctifs et impulsifs, et dépourvus de sensibilité morale.