CHAPITRE XI
Attentats commis sur une personne en état d'hypnotisme ou de suggestion. — Viol par suggestion.
Des attentats peuvent-ils être commis contre certaines personnes à la faveur d'une suggestion qui annihile leur résistance ? Peut-on, par exemple, violenter une femme grâce à la suggestion? Cela n'est pas douteux, si on donne à ce mot la signification que nous lui donnons. La séduction n'est en réalité qu'une suggestion, soit qu'on impose à une femme un amour passionné qui la livre sans défense, soit qu'on lui communique un désir sensuel excessif qui la livre à son séducteur. Qu'est-ce autre chose qu'un état de suggestion à laquelle certaines résistent, à laquelle d'autres ne peuvent résister? Et cette excitation passionnelle ou sensuelle suggérée produit en réalité un nouvel état de conscience, voire un état somnambulique qui peut être suivi d'amnésie, comme dans les observations que j'ai relatées.
L'attentat peut-il être commis à la faveur d'une hallucination négative chez un sujet susceptible d'en
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avoir? Il ne voit plus ; il n'entend plus, il ne semble plus percevoir les impressions limanant du su^gestionncur, bien qu'en réalité, nous l'avons vu, il les perçoive, puisqu'on peut en éveiller le souvenir; et ceci est important, puisque si attentat il y a eu, il ne reste pas à tout jamais ignore delà victime. Mais Tillusion négative est elle assez grande pour que, dans cet état, une violence dont il est l'objet ne trouve pas de résistance? Les expériences que j'ai laites m'ont laissécetteimpression que certaines se laisseraient faire sans protester. Mais d'autres ne resteraient pas dupes de leur illusion et reviendraient au sentiment de la réalité, par l'instinct de défense. Cependant, mes expériences n'ont pas été suffisantes, on le comprend, pour résoudre complètement cette question.
La suggestion peut-elle produire chez certains sujets un état d'inconscience ou de léthargie à la faveur duquel l'attentat peut être commis à Tinsu du sujet, comme dans le sommeil chloroformique ? On cite partout le cas de cette jeune fille de Rouen, violée à son insu et devenue enceinte des œuvres d'un dentiste qui la traitait. La jeune fille ayant sur les indications du dentiste relevé et maintenu ses lèvres sur ses narines, sentit au bout de quelques minutes qu'elle perdait connaissance. Les jours suivants, même crise d'inconscience et d'insensibilité, et c'est dans cet état, à son insu, que le viol fut commis et répété.
Brouardel, qui fit l'expertise médico-légale, admet que cette jeune fille nerveuse, placée par le dentiste dans une position telle, que couchée, les mains rele-
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vant la lèvre supérieure, empêchant la vue de se diriger en bas et obligeant les globes oculaires à se porter en haut, est tombée dans le sommeil hypnotique.
Ce n'est pas par suggestion, c'est par léthargie hypnotique que le viol aurait été commis.
L'opinion de Brouardel, acceptée par Gilles de la Tourette, résulte de l'ancienne conception erronée deThypnose. Celle-ci, comme je l'ai dit, n'est jamais un sommeil inconscient. On ne peut pas plus violer une femme dans le sommeil dit hypnotique que dans le sommeil normal. II s'agit dans ce cas d'une crise d'hystérie émotive due à l'impressionnabilité nerveuse de la jeune fille actionnée par les manœuvres du dentiste. L'hystérie peut déterminer des crises de sommeil sans convulsions, avec inertie totale physique et morale. Chez quelques-unes, la conscience n'est pas abolie pendant ces crises; elles entendent, se rendent compte, conservent le souvenir, mais sont incapables de parler et de réagir ; c'est la défaillance nerveuse. Les crises dites syncopales, fréquentes chez certaines femmes, ne sont que des crises de sommeil ou de défaillance nerveuse. Chez celles qui y sont sujettes, les premières tentatives d'hypnotisation, par l'émotion qu'elles déterminent, donnent souvent lieu à ces crises de sommeil hystérique, au lieu de donner lieu à rhypnose.
Tel était le cas chez cette fille qui était une hystérique. Depuis ces séances, la mère déclare qu'elle s'endort à tout moment ; elle accusait des étoufîements, des cauchemars, des spasmes, etc.
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Une autre jeune lillc aurait été violée dans un état analo^'ue par un )eune homme qui avait Tliabitudc delà magnétiser. Le docteur I.adamc,dc(jcnève, a fait sur ce cas un rapport médico-légal. « Il m'a magnétisée, dit-elle, a la cuisine, sansm'en demander la permission ; puis, à un certain moment, je me suis à demi réveillée ; j'ai vu confusément que j'étais sur son lit: et j'ai senti qu'il était sur moi ; j'ai voulu le repousser; mais je n'avais aucune force ; et lorsqu'il a vu cela, il m'a endormie encore plus profondément que la première fois : j'ai voulu crier, mais je n'ai pas pu, etc. »
Il s'agit là de cet état que j'ai appelé défaillance nerveuse et que les auteurs appellent à tort léthargie lucide; c'est une variété de crise d'hystérie.
Dans ce cas, ce ne sont pas des viols par suggestion, mais des viols à la faveur d'une impuissance créée par rémotion. C'est un viol par effraction tel qu'on le commettrait chez une apoplectique, une paralytique incapable de se défendre et de crier. Dans le sommeil ordinaire, il n'y a ni inconscience, ni impuissance. Une femme qu'on veut violenter se réveille et résiste. Il en est de même dans le sommeil provoqué, à moins qu'une crise de sommeil hystérique émotif ne soit venu se greffer sur l'hypnose ; ce que j'ai observé assez souvent.