I. — MEDECINE SUGGESTIVE ANCIENNE. — I.IÉBEAULT
La médecine suggestive est aussi vieille que le monde ; bien qu'elle ne soit dégagée que de nos jours des pratiques diverses qui la cachaient. Elle était dans les procédés occultes de la thaumaturgie ancienne, dans la médecine sacerdotale des anciens, dans les incantations, les prières, les formules sacramentelles, les cérémonies religieuses, les songes provoqués dans les temples d'Épidaure ; elle était dans les superstitions du christianisme, les reliques, les tombeaux des martyrs ; elle est encore dans les pèlerinages ; elle était dans les amulettes de Paracelse, dans les talismans, dans les aimants, dans les attouchements de nos rois; elle était dans les pratiques variées etgrossières du magnétisme animal, elle était même dans les manipu-
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lations hypnotiques. La vertu thérapeutique du magnétisme animal que Mesmer et ses successeurs attribuaient à un fluide, celle de l'hypnotisme que Braid attribuait à des modifications de la circulation, n'agissaient en réalité qu'en actionnant l'imagination des malades. C'était de la suggestion inconsciente.
Liébeault, le premier, a bien compris que les pratiques ne sont rien, que l'idée est tout; le premier il a eu recours à la suggestion verbale qu'il fait dans le sommeil provoqué, dit hypnotique et il Ta systématiquement appliqué à la thérapeutique. J'aimontréqu'on peut la faire à l'état de veille; c'est la psychothérapie moderne.
Avant d'indiquer les procédés de cette psychothéra pie, disons d'abord quelles sont les maladies, quels sont les troubles fonctionnels qui en sont justiciables.
Je dois dire que son promoteur L.iébeault, qui m'a initié à sa grande découverte, a exagéré sa conception doctrinale et sa foi thérapeutique, quand il dit : « A côté de la pensée, les remèdes et les substances toxiques, microbes, poisons, etc., quelle que soitleur origine, ne sont plus rien comme modificateurs. Une idée introduite dans l'esprit résume les eff^etsdes médicaments les plus subtils et les plus héroïques. »
Et il ajoute :« Pourquoi la parole consciente n'auraitelle pas le pouvoir de rendre nulles toutes les impressions que les poisons et les microbes réveillent dans l'organisme et qui se traduisent en maladies graves : fièvre typhoïde, choléra, fièvre jaune, etc. ? »
Certes, le champ delà thérapeutique suggestive est
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vaste ; mais il ne comprend pas toute la pathologie. (>e n'était pas, d'ailleurs, sans doute, l'opinion réelle du praticien. Mais le théoricien a certainement exagéré le rôlepathogéniqucct thérapeutique de la force nerveuse que, selon lui, la suggestion accumule sur un organe pour en modifier l'action. Liébeault fut un croyant, etcommebeaucoupdenovateursetdecroyants,ila une foi robuste en son idée directrice. Les grandes découvertes sont souvent réalisées par des esprits aventureux et enthousiastes qu'une idée enflamme et que le doute scientifique n'arrête pas. La conception pouvait pa raître naïve et simpliste de guérir certaines maladies, d'obtenir des effets thérapeutiques parla parole et le sommeil provoqué. Liébeault a réalisé ce rêve; il a érigé la suggestion verbale en méthodedu traitement. La vérité scientifique, dépourvue de ses exagérations, n'est plus contestée aujourd'hui.
Sans doute la suggestion ne peut pas guérir une fracture, ni réduire une luxation ; elle n'a aucune action directe sur l'évolution des maladies organiques, fièvre typhoïde, pneumonie, tuberculose ,érysipèle et autres ; elle ne tue pas les microbes, elle ne neutralise pas les poisons ni les toxines ; elle ne supprime pas la fièvre ; elle ne remplace pas la quinine, ni la digitale, ni le mercure; elle ne guérit pas les paralysés organiques.
La suggestion est efficace contre les psychonévroses et l'élément psychonerveux dans les diverses maladies.