‹ De la suggestionChapitre 39 sur 48 · Psychonévroses · texte numérisé non relu

Psychonévroses

Qu est-ce qu'une psychonévrose? Qu'est-ce qu'un élément psychonerveux :

Quelques mots d'explication sont nécessaires pour les lecteurs qui ne sont pas médecins.

Parmi les troubles fonctionnels qu'on peut observer, les uns sont dus à une maladie organique, à une lésion visible et tangible, telle une paralysie liée à une sclérose de la moelle épinière, une toux liée à une bronchite, une fièvre due à un abcès, une douleur hépatique due à des calculs biliaires, etc.

D'autres troubles sont liés à une maladie toxique qui peut troubler le fonctionnement de certains organes ou tissus, sans déterminer d'altérations visibles. Ces toxiques peuvent être d'origine externe : la morphine, la digitale^ la strychnine, les poisons alimentaires font des maladies dont l'analyse chimique seule indique la cause. Ces toxiques ou toxines peuvent être d'origine interne, c'est-à-dire créés par l'organisme lui-même qui est un vrai laboratoire de toxines; les cellules organiques par le travail de nutrition, d'assimilation, de désassimilation, font des toxines, des antitoxines ; et dans ce travail chimique complexe, si Téquilibre nutritif physiologique fait défaut, des poisons ou toxines à dose nuisible peuvent s'accumuler et constituer des dyscrasies nutritives toxiques : ce sont des auto-intoxications. Sans doute ces poisons organiques eux-mêmes peuvent déterminer des altérations

PSYCHONKVHOSES 207

secondaires. Mais la maladie à l'origine, avant les altérations constatées, ou sans altérations nettes, peut être uniquement toxique.

Telles sont beaucoup de maladies dites diathésiques ou constitutionnelles, Tarthritisme, la diathèse urique, le diabète, Toxaluric, la mij^raine ophtalmique, la neurasthénie, certaines maladies mentales, etc.

Enfin, certains troubles fonctionnels plus ou moins persistants ne semblent impliquer aucune lésion ni organique, ni toxique ; ce sont des perturbations qu'on considère comme d'origine nerveuse et qu'on appelle névroses.

Sans doute on peut dire que toute altération fonctionnelle s'accompagne d'une modification organique correspondante ; une émotion qui provoque une anxiété passagère, avec accélération du cœur et de la respiration, a produit en réalité des modifications matérielles dans le système nerveux, bien que nous ne le connaissons pas : mais ce sont des modifications transitoires qui se résolvent spontanément, modifications qu'on peut appeler dynamiques, parce qu'elles ne persistent pas et restent dans la mesure compatible avec le retour rapide au fonctionnement normal.

Il n'y a maladie dynamique ou névrose que lorsque cette modification dynamique, accusée par un trouble fonctionnel, dure assez longtemps; par exemple, si l'accélération du cœur et de la respiration à la suite de rémotion persiste un certain temps, ou si le trouble fonctionnel acquiert une intensité insolite.

Ce que je veux dire, c'est que dans ma pensée, le

mot trouble fonctionnel pur ne doit pas être pris à la lettre; cela veut dire seulement que Taltération qui l'accompagne est transitoire, comme celle qui accompagne le fonctionnement normal des organes. Entre une cellule cérébrale qui pense et une qui est inerte, le microscope ne trouve aucune différence. Entre une fibre nerveuse qui conduit une incitation motrice ou sensitive et une autre qui ne tait rien, aucune différence n'existe pour Thistologiste ou le chimiste; et cependant il y aautrechose; il y aune modification dynamique, comme dans le fil télégraphique qui transmet un message. Cette modification ne s'appelle pas une lésion pathologique, elle est fonctionnelle.

L'absence de lésion organique ou toxique constatable ne suffit pas pour qu'un syndrome fonctionnel ou une maladie mérite le nom de névrose. Beaucoup de maladies qu'on considérait autrefois comme simplement fonctionnelles, comme des névroses, sont reconnues aujourd'hui comme des maladies organiques ou toxiques. Tels le tétanos dont le microbe est connu, tels l'épilepsie, la chorée, la paralysie agitante, les maladies mentales dont les causes organiques ou toxiques sont à peu près inconnues, mais dont révolution clinique affirme la nature organique; ce ne sont plus des névroses ; ce ne sont plus des maladies purement fonctionnelles.

Revenons donc aux vraies névroses ou troubles purement nerveux dynamiques qui peuvent d'ailleurs se greff^er sur une maladieorganique; les troubles

PSYCHONKVKOSKS S09

sont de deux espèces et la dilicrencialion est importante au point de vue qui nous concerne.

Les uns ont lieu sans l'intermédiaire du cerveau, par un dynamisme nerveux non psychique. Exemple: des vers intestinaux peuvent déterminer des vomissements, des convulsions, des battements de cœur, sans trouble cérébral, par irradiation nerveuse ; l'impression périphérique est transmise de la muqueuse intestinale aux centres moteurs du cerveau ou aux nerfs pneumogastriques par le mécanisme des actions réflexes. La dentition chez un enfant peut produire de la diarrhée, du mal de tête, de l'oppression ; un calcul biliaire peut produire de la gastralgie et des vomissements; un corps étranger dans Toreille, sans aucune inflammation locale, peut déterminer un vertige auditif intense qui disparaît aussitôt le corps du délit enlevé. C'est le retentissement dynamique d'une lésion sur un point du système nerveux, à distance plus ou moins grande de la lésion. C'est de la névrose pure sans psychisme.

D'autres troubles nerveux ou névroses ont lieu par l'intermédiaire du cerveau; ils sont dus à un dynamisfue psychique : ce n'est pas une simple transmission à distance le long des voies nerveuses qui réveille un trouble fonctionnel ; c'est le cerveau lui-même, centre psychique, qui est actionné dans son émotivité et crée le trouble ; c'est une névrose d'origine psychique ou psychonéprose. Ce sont ces psychonévroses que nous allons examiner rapidement, car ce sont elles surtout qui sont accessibles à la psychothérapie.

Ces psychonévroses sont excessivement fréquentes et diverses. On peut dire que tous les troubles fonctionnels dont Torganisme dispose, douleurs, paralysies, convulsions, vomissements, toux, oppression, battements de cœur, etc., sont susceptibles d'être créés à l'état de psychonévroses sans lésion par le psychisme émotif ou actionné par la suggestion et Tauto-suggestion.

Citons un exemple dans la sphère de la sensibilité. Voici une enfant qui a eu une excoriation de Tombilic qui a pu être sensible au toucher mais qui est guérie. Et cependant la douleur persiste très intense ; le moindre attouchement arrache des cris à l'enfant. Cette douleur n'est plus qu'une représentation mentale émotive, entretenue par auto-suggestion, car elle cède rapidement à la psychothérapie. Voilà une psychonévrose de sensibilité. C'est le cas le plus simple.

Voici un sujet impressionnable qui a eu une contusion de Tabdomen qui est guérie sans trace. Chez lui aussi la douleur persiste. Mais elle ne s'est pas localisée, elle s'étend à tout Tabdomen, au thorax, au dos ; elle s'accompagne d'autres manifestations : anxiété, mal de tête, insomnie, troubles digestifs, etc. Tout cet appareil symptomatique cède aussi à la psychothérapie. C'est l'anxiété due au choc traumatique qui a réveillé ces symptômes secondaires. Aussi, le traitement, en dissipant l'émotivité a dissipé les symptômes qu'elle entretenait. C'est une psychonévrose de sensibilité comme la précédente, mais plus complexe et qui s'esl généralisée.

Que de sensations diverses, dues à uïie cause acci-

PSYCMONKVKOSES Jlî

dentelle ou à un état passager, arthritique ou autre, telles que picotements, brillures, élancements, tiraillements, etc., sourds et tenaces, ou aigus et intolérables, se perpétuent chez certains sujets impressionnables, alors que la cause première n'existe plus! Le diagnostic est souvent difficile. Mais lorsque la suggestion thérapeutique est rapidement efficace, le diagnostic est fait ; c'est une psychonévrose par auto-suggestion .

Un engourdissement dans un membre, dû à une compression passagère ou à un trouble de circulation léger peut dégénérer dans le psychisme de certains cas en anesthésie complète que le médecin peut perfectionner ainsi que nous l'avons vu ; c'est encore une psychonévrose de sensibilité. Un éblouissement passager, une sensation d'oreille bouchée, peuvent créer la cécité et la surdité psychiques. Toutes les illusions sensorielles, les bruits subjectifs dans les oreilles, les perversions deTodorat, du goût, de la vue, toutes ces impressions sont créées par le cerveau, quelquefois édifiées sur un phénomène réel, grossi et conservé par lui à titre d'auto-suggestion. Une odeur désagréable, un goût répugnant, peuvent rester long^ temps dans le nez et la bouche, sans que le sujet puisse les chasser : ce sont des psychoses de sensibilité sensorielle.

Tous les phénomènes sensitivo-sensoriels que nous avons déterminés par suggestion, phénomènes dits hypnotiques, l'analgésie, la cécité et la surdité psychiques, les illusions, les hallucinations, ne sont que des psycho-névroses expérimentales, telles que l'auto-

suggestion provoquée par une cause fortuite, par une simple représentation mentale réveillée accidentellement comme dans le rêve, par exemple, peut les produire.

Dans le domaine moteur, ce sont des impotences fonctionnelles, des paralysies d'un ou plusieurs membres, des mouvements désordonnés, des convulsions,des contractures d'un membre, de la mâchoire, c'est la crampe des écrivains ; cesontcertains bégaiement nerveux, etc. Toutes les manifestations que nous avons réalisées par suggestion, psychonévroses de motilité, peuvent être dues à un choc émotif et entretenues par représentation mentale. Voici par exemple une jeune fille qui, à la suite d'une fièvre typhoïde, conserve de la faiblesse organique des jambes. Mais cette faiblesse, elle Texagère; elle ose à peine lever les pieds en l'air ; elle ne peut se tenir debout; c'est presque une paraplégie complète que la suggestion guérit en quelques séances.

Voici une autre qui, à la suite d'une entorse a eu la jambe immobilisée par un appareil plâtré. Quand on enlève l'appareil, la jambe reste contracturée en extension. Six mois après, Tautre jambe se contracture aussi sans cause, par simple représentation mentale, et cette psychonévrose de contracture dure plusieurs années, rebelle à tout traitement.

Certains tics, certaines grimaces, clignements des paupières, mâchonnements, etc., onychophagie, attitudes bizarres contractées par imitation ou à la suite de sensations qui les commandent, persistent comme

PSYCnONKVHOSKS 213

psychonévroses ; ei si elles deviennent invétérées, elles constituent des habitudes automatiques qui résistent à toute éducation sugf^'cstive.

Dans le domaine des voies digestives, ils sont nombreux, les troubles fonctionnels crées par le psychisme. Sensation de corps étranf^'ers dans le pharynx et pharyni^isme, alors qu'il n'y a rien, œsophagisme, éructations, rcguri^itations, hoquet, besoin de déglutition, tous phénomènes pouvant être provoqués par une sensation purement fictive qui créeces divers réflexes. L'idée de vomissement engendre le vomissement, comme l'idée de bâillement engendre le bâillement. Une personne ayant vomi un jour après l'ingestion de carottes, conserve cette impression et ne peut plus manger de carotte sans vomir, alors qu'elle conservait les autres aliments.

A la suite de dyspepsie, un malade commence par vomir de temps en temps, par exemple quand les aliments ont séjourné longtemps dans son estomac. Ces vomissements deviennent de plus en plus fréquents, et il finit par vomir tout ce qu'il prend, si bien qu'on croit àunesténosedu pylore. Ce n'étaitqu'une psychonévrose par habitude nerveuse, dont je pus le guérir rapidement. J'ai souvent observé ce fait. Ainsi en estil parfois des vomissements incoercibles de la grossesse. Une femme enceinte vomit souvent au début de sa grossesse, et ces vomissements sont considérés comme réflexes ou dus à l'auto-intoxication gravidique. En général, au bout de quelques semaines, ce symptôme disparait. Chez quelques femmes impres-

sionnables, il persiste et s'exagère, devient incoercible ; tout est rejeté ; la femme sent d'avance qu'elle va vomir; ce n'est plus un vomissement commandé parle réflexe ou l'auto-intoxication, il est commandé par ridée; et dans un certain nombre des cas, j'ai pu guérir par l'éducation du sujet ces vomissements incoercibles de la grossesse qui avaient résisté à toutes les médications et qui n'étaient plus que de l'auto -suggestion vomitoire.

L'abdomen est riche en psychonévroses. Phénomènes de sensibilité, sensations diverses, tiraillements, crampes, lourdeurs, douleurs aiguës exagérées ou systématisées, comme nous l'avons vu, par l'exploration médicale, et qui peuvent en imposer par un ulcère rond, pour des calculs biliaires ou néphrétiques, pour une appendicite, pour une ovarite, pour une salpyngite. Le diagnostic est souvent d'autant plus difficile que ces douleurs peuvent être greffées sur une lésion organique réelle. J'ai vu des femmes, ayant eu de vraies coliques hépatiques, exagérer une sensibilité de la vésicule au point d'édifier sur elle une pseudo-colique hépatique qui n'était qu'une image psychique douloureuse ; et ce qui le démontrait, c'est que je pouvais presque instantanément inhiber cette douleur, ce qu'on ne peut jamais faire dans les coliques réelles. Chez d'autres une adhérence, succédant par exemple à une appendicite guérie ou à une laparotomie, détermine une sensation qui laisse un malaise permanent ou grossit en douleur excessive que ne justifie pas la lésion.

l>SYCHONKVBOSES 2ir>

Chez certaines femmes, l'idce d'une tumeur abdominale crée des contractions de la paroi de l'intestin qui donnent à la palpation l'impression de vraies tumeurs; bien des fois les chirurgiens prêts à opérer ont vu ces tumeurs fantômes disparaître avec le chloroforme par le relâchement des muscles.

Telle est aussi la fausse tympanite abdominale constituant la fausse grossesse chez certaines femmes nerveuses qui se figurent être enceintes et gonflent inconsciemment leur ventre par un mécanisme encore mal connu, suggéré par Tidée de grossesse.

Dans le domaine des voies génito-urinaires, c'est le ténesme vésical et urétral, certaines rétentions et incontinences d'urine, le besoin fréquent d'uriner, tous symptômes qui peuvent être créés et retenus par le psychisme, sans raison organique. C'est l'impuissance génitale qui peut être purement émotive ; c'est ce qu'on appelle l'aiguillette nouée. Un de mes clients était inhibé par sa femme qu'il aimait, et ne l'était pas par d'autres femmes ; c'est le cheval qui se cabre toujours par souvenir auto-suggestif devant une certaine porte et pas devant les autres.

Voici un curieux exemple de ce fait raconté par Charpignon d'après Nicolas Veneste : « Pierre Dartel, dit-il, tonnelier de mon père, me dit un jour quelque chose de désavantageux. Pour m'en venger, je lui dis que je lui nouerais l'aiguillette quand il se marierait, ce qui devait avoir lieu très prochainement. Cet homme crut ce que je lui disais et mes feintes menaces firent une si forte impression sur son esprit

déjà préoccupé de charme set de sorcellerie, qu'après s'être marié, il demeura près d'un mois sans pouvoir coucher avec sa femme. Je me repentis alors d'avoir raillé un homme si faible et je fis tout ce que Ton peut faire pour le persuader que cela n'était pas. Mais plus je protestais au mari que ce que j'avais dit n'était que bagatelle, plus il m'abhorrait et croyait que j'étais l'auteur de toutes ses infortunes. Le curé de Notre- Dame employa toute sa prudence à ménager cette affaire et il en vint à bout plutôt que moi, sans que le mari fût obligé de pisser par l'anneau de son épouse. »

J'ai rapporté ce fait déjà ancien publié à une époque où la suggestion n'était pas scientifiquement connue ; il montre que ces inhibitions comme les phénomènes d*auto-suggestion, bien que justiciables de la psychothérapie, résistent cependant souvent à la simple persuasion verbale.

Chez les femmes, le vaginisme survit quelquefois à la douleur des premières approches et peut devenir une phobie douloureuse.

Dans le domaine des voies cardiaques et respiratoires, beaucoup de troubles peuvent être psychonerveux. Un picotement dû à un léger coryza peut s'éterniser et devenir un tic de reniflement : une légère raucité de la voix devient chez une femme impressionnable une aphonie complète qui survit à la laryngite ; une légère trachéite grippale peut engendrer une toux nerveuse incessante que ne justifie pas la maladie organique. Je vois actuellement un enfant

PSYCMONKVKOSKS 217

qui avait eu des accès de taux croup, rééditera Toccasion d'une très légère aiif^nnc, des accès de dyspnée laryngée avec toux aboyante que j ai pu rapidement taire disparaître par éducation suggestive.

Dans le thorax, c'est la boule épigastrique, la sensation de constriction, l'ctouirement, qu'on observe si souvent à la suite des émotions et qui préludent à la crise d'hystérie. C'est la sensation subjective d'oppression, la respiration anxieuse et haletante, ou accélérée que l'émotion détermine et que l'autosuggestion émotive peut entretenir ou reproduire. C'est l'anxiété précordiale, c'est la pseudo-angine de poitrine que cette sensation peut créer sur une personne nerveuse.

Enfin, le domaine cérébral fait des représentations mentales se rapportant au psychisme lui-même. A la suite de déceptions et de surmenage moral, un homme reste désemparé, déprimé, ne retrouve plus son équilibre, ne peut plus travailler, n'a plus de volonté, a le sommeil agité. Le remontage moral et la distraction peuvent ramener le calme et la confiance ; dans ce cas ce n'était qu'une psychonévrose. Il n'en est pas toujours ainsi. Quand cet état est lié à une neurasthénie, comme nous le verrons, la suggestion reste impuissante.

Certains cauchemars, répétés toutes les nuits, le somnambulisme nocturne, le sommeil agité, ne sont que des psychonévroses spontanées, de même que les hallucinations suggérées sont des psychonévroses expérimentales. On peut même dire que les rêves du

218 t)E L.\ SUGGESTION

sommeil sont des psychonévroses physiologiques ; elles sont pathologiques, quand ces rêves deviennent terrifiants, obsédants, et déterminent des troubles fonctionnels dépassant la mesure compatible avec l'état normal.

Toute représentation mentale peut en réalité être considérée comme une psychonévrose physiologique ; nous y sommes tous sujets toute la journée. Le bâillement par imitation, le besoin d'uriner qui se révèle à la vue de quelqu'un qui urine, les rêveries gaies ou tristes, qui nous donnent un sentiment de bienêtre ou de malaise, les démangeaisons dues à Tidée qu'on a des puces, les nausées par la vue d'un mets répugnant, la purgation par des pilules de mie de pain, décorées du nom de pilules purgatives ; tous ces phénomènes sont psychonerveux. Mais le mot psychonévrose qui désigne un trouble morbide, ne s'applique à ces phénomènes que s'ils sont persistants ou répétés, ou s'ils donnent lieu à une perturbation de la santé.

Car ces phénomènes psychonerveux ne sont pas toujours inoffensifs. Les cauchemars répétés font de l'anxiété, de l'insomnie, des battements de cœur, de l'inappétence et altèrent la santé générale. Des vomissements répétés purement nerveux produisentde la dyspepsie, de l'hyperchlorhydrie, de l'amaigrissement et accroissent la réceptivité pour les maladies. Une douleur excessivepurementpsychiqueentraîneun étatnerveux et des perturbations fonctionnelles nombreuses. Que sera-ce si cetélément psychonerveux se greffe sur

PSYCllONKVHOStS 2VJ

une maladie? (>ar si la psychonévro.se peut se créer de toutes pièces par cause factice, et n'être qu'une représentation pure, sans aucune évolution organique, elle peut aussi cela et, souvent, s'associer aux maladies diverses, comme l'exagération psychique d'une de ses manifestations.

Voici un tuberculeux à évolution lente ou stationnaire; ilaune douleur thoracique que son imagination grossit; cette douleur devient obsédante, angoissante, accélère la respiration, supprime le sommeil, rallume la fièvre et l'évolution tuberculeuse.

Voici un malade qui a une névrite des membres inférieurs qui gêne certains mouvements des membres inférieurs. Cette impotence partielle se transforme par exagération psychique en impotence totale, c'est-à-dire en paraplégie auto-suggestive.

Voici un ataxique qui a de l'incoordination motrice; cette incoordination, exagérée par Timpressionnabilité nerveuse du sujet, tait inhibition complète à la marche et à la station. Aussitôt debout, il titube, a des mouvements désordonnés et tombe . La suggestion enlève au symptôme ce que la psychonévrose y ajoute et ramène les troubles au taux commandépar la lésion spinale. L'ataxique apprend de nouveau à marcher assezconvenablement,en tant que lamoellele permet; ce n'est pas, comme certains le croient, la rééducation de la moelle malade, c'est l'éducation suggestive qui dégage la lésion de son addition psychonerveuse.

Les fièvres, les maladies des voies digestives, les affections cardiaques, celles du système nerveux, tou-

220 DE LA SUGGES1I0N

tes peuvent réagir sur le psychisme et déterminer un état nerveux dynamique surajouté qui peut être accessible à la suggestion .

Page 1