Hystérie
Parmi ces psychonévroses, il en est une que je dois mentionner d'une façon spéciale, parce que son histoire, à la Salpétrière, s'est confondue avec celle de l'hypnotisme, parce que c'est elle qui donne ses plus beaux succès à la thérapeutique suggestive, je veux parler de l'hystérie. C'est grâce à la doctrine de la suggestion que j'ai pu, je crois, faire la lumière sur ce syndrome, dont le mécanisme pathogénique a été méconnu jusqu'à ce jour.
Le mot hystérie s'appliquait autrefois à de violentes crises de nerfs (différentes de Tépilepsie). Comme elles affectaient presqu'exclusivement le sexe féminin et qu'elles s'accompagnaient d'une sensation de boule remontant de Thypogastre, partie inférieure de l'abdomen au cou et parfois de projection du ventre en avant, on attribuait ces crises à la matrice. Elle bondissait, disait-on, dans le corps ou envoyait des vapeurs subtiles au cerveau, qui convulsionnaient tout l'organisme.
Ces idées simplistes se modifièrent avec les notions d'anatomieetde physiologie; et la doctrine utérine se perfectionna. La crise d'hystérie est toujours attribuée à l'utérus et aux ovaires, mais c'est par l'intermédiaire
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du système nerveux que ces or^^anes feraicnl les convulsions, c'est une névrose réflexe d'origine uléroovarienne: et cette doctrine existe encore.
Cependant, au dix-septième siècle, l'opinion était émise par Lepois, Williset Sydenham que Thystérieest u?îe affection cérébrale ou générale qui, outre les crises, donne lieu à une foule de symptômes affectant toutes les fonctions; troubles nerveux sensitifs, anesthésie, hyperesthésie, perversion de la sensibilité, troubles sensoriels, amblyopie, surdité, illusions, troubles moteurs, paralysies, contractures, secousses, bégaiement, troubles respiratoires, digestifs, voire même hémorragies, affectionscutanées, oedème, fièvre, etc. ; et cette symptomatologie s'enrichit tous les jours ; Técole de la Salpétrière surtout y a ajouté des contributions nombreuses. Le champ de l'hystérie s'élargit ainsi singulièrement par l'association à la crise de toutes les manifestations concomitantes, et l'hystérie, au lieu d'être une simple crise, est devenue aujourd'hui une maladie mystérieuse, poly?norphe, indéfinissable, qui fait tout, qui si?7îule tout.
L'école de la Salpétrière, qui a cru mettre de Tordre dans ce chaos, réglementer l'évolution des crises, fixer les stigmates constants qui caractérisaient la maladie hystérie, a fait une œuvre artificielle qui a augmenté la confusion.
Il faut revenir à l'antique conception du mot hystérie et réserver ce mot aux seules crises de nerfs qui, faussementattribuées à Tutérus, ont été primitivement appelées de ce nom. Les crises de nerfs ne sont qu une
réaction psychodynamique d'or^igine émotive, une psychonévrose.
Nous avons tous, quand une violente émotion nous étreint, certains troubles nerveux que j'appelle psychodynamiques. L'un a une violente constriction thoracique et laryngée : il croit qu'il va étouffer, il devient bleu, ou étouffe de colère, d'angoisse ; cela dure un instant, puis l'équilibre se rétablit.
L'autre reste comme figé, raide de stupeur, les dents et les poings serrés, sans parole ni mouvement.
Un autre est pris de secousses ou de tremblement plus ou moins accusé qui agitent tout le corps.
Tel a un sentiment de défaillance ; le cœur lui manque, il n'a plus ni bras, ni jambes; il s'assied pour ne pas tomber. Tel vocifère, pleure, divague, a de violentes douleurs angoissantes, etc.
Toutes ces manifestations variables suivant les individus et suivant la nature de l'émotion, ne durent qu'un instant; le pendule cérébral un instant dérangé par le choc émotif, retrouve sa régularité ; l'ordre se rétablit.
Ce sont des ébauches de crises qui n'aboutissent pas, ce sont des crises d'hystérie en miniature.
Quand ces phénomènes s'exagèrent et durent un certain temps, quand cette réaction psychodynamique persiste assez longtemps et que le psychisme cérébral déséquilibré ou suggestionné par cette réaction, ne peut reconstituer Tharmonie fonctionnelle rapidement, c'est une crise d'hystérie. C'est, on le
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voit, rexagcration d'un pliénomcnc habituel, cfunc réaction émotive.
Cela posé, dans quelles conditions se développent ces crises ?
Une femme, plus rarement un homme, à la suite d'une émotion, spéciale pour chacun, qui aiïecte particulièrement son impressionnabilité, colère, frayeur, chagrin, douleur, a une crise de nerfs. Cette crise est constituée par des appareils symptomatiques très variables etqui n'ontrien de régulier. C'est une sensation de boule ou de corps étranger qui remonte de l'abdomen ou du creux épigastrique jusqu'au cou, avec constriction thoracique, strangulation, douleurs laryngées, angoisse, convulsions, grands mouvements désordonnés furibonds alternant avec la contracture; c'est la crise d' hystérie convulsive, considérée comme la crise classique. C'est chez d'autres la contracture des quatre membres et du corps sans mouvement, avec trismus, et perte de connaissance apparente, les yeux clos, crise de contracture hystérique appelée à tort catalepsie. C'est, d'autres fois, l'inertie complète physique et psychique, sans contracture, l'apparence du sommeil, avec ou sans inconscience : la crise de sommeil ou défaillance hystérique, appelée à tort léthargie.
Chez d*autres, tous ces symptômes se mélangent, alternent, sans évolution régulière, ou d'autres manifestations bizarres ont lieu : délire, hallucinations, rêves en action, anxiété, douleurs, cris, grincements de dents: ou bien c'est l'anxiété respiratoire ou la
respiration accélérée, vraie polypnée qui constitue le principal ou seul symptôme; c'it^iV hystérie délirante, l'hystérie hallucinatoire, Y hystérie dyspnéique, etc. Ces symptômes divers qui éclatent brusquement ou après quelques prodromes durent de quelques secondes à plusieurs heures; tous les degrés existent entre la réaction qu'on peut appeler physiologique, quasi normale et celle qui constitue une grande crise.
Notre patiente peut avoir eu plusieurs fois de ces ébauches de crise. Cette fois-ci, soit que Témotion fût plus vive, soit que Timpressionnabilité nerveuse fût plus grande, pendant la période menstruelle par exemple, ou pendant une maladie anxieuse, la réaction s'est amplifiée et prolongée, prenant les proportions et la durée d'une vraie crise.
Celle-ci terminée, tout est rentré dans Tordre, sans autre manifestation. Il n'y a pas de nouvelle crise. C'était une crise accidentelle, émotive, sans lendemain.
Chez d'autres, la crise se reproduit plus ou moins souvent, par l'influence d'une émotion pareille à celle qui a provoqué la première, ou par l'évocation psychique de cette crise, par le seul souvenir auto-suggestif.
Telle cette jeune femme, dont j'ai publié l'observation qui eut une crise d'hystérie émotive à table entre le premier et le second plat et qui depuis, à chaque repas, au même moment psychologique, se suggérait inconsciemment la même crise.
Comme toutes les modalités nerveuses, comme
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tous les réflexes dont le système nerveux prend l'habitude et qui deviennent automatiques, les tics, la toux nerveuse, etc., de môme l'aptitude de l'organisme à réaliser les crises, l'hystérabilité, se perfectionne par leur répétition ; et chez certains se développe une vraie citat/ièse hystérique qui peut être considérée comme une maladie.
Chez quelques-uns toutes les émotions déchaînent la crise. Chez d'autres, il faut une cause adjuvante qui augmente l'impressionnabilité hystérogène du sujet, par exemple la menstruation, un état maladif. Chez certains cet appareil que j'appelle hystérogène ne réagit qu'à une émotion spéciale. Tel supportera, par exemple, très bien une violente frayeur, unecolère ; il réagira à la vue d'un serpent qui affecte particulièrement son idiosyncrasie émotive. Chaque individualité a ses émotivités spéciales, ses impressionnabilités particulières qui la laissent désarmée, quand elles n'ont pas été réprimées par l'éducation.
L'aptitude hystérique ri est pas d'ailleurs en rapport avec impressionnabilité ney^veuse générale. Certains sujets très nerveux, ne font jamais de crise d'hystérie ; sous l'influence d'émotions, ils ont des battements de cœur, de Tanxiété, delà diarrhée, delà céphalée. D'autres qui peuvent être moins nerveux d'une façon générale, font facilement des crises de nerfs. On comprend maintenant ce que je veux dire, quand je dis : Pour avoir une crise de nerfs, il faut être hystérisable, il faut avoir un appareil (symptomatique) hystérogène, de même que pour avoir par
exemple, des éructations nerveuses, il faut avoir un appareil éructatoire.
Ces sujets qui ont des crises nerveuses fréquentes, peuvent être indemnes de toute autre manifestation dans leur intervalle; ils n'ont aucun stigmate. Chez d'autres, la répétition et la peur des crises engendrent certains symptômes persistants; ou bien l'émotion qui fait la crise peut en même temps développer ces symptômes : anxiété, insomnie, cauchemars, dyspepsie, douleurs, lassitude, sensation de boule ou de constriction rétrosternale persistante entretenue par auto-suggestion. Mais ces symptômes, et d'autres d'ordre émotif ou consécutifs à la crise, ont été à tort considérés comme des manifestations de la prétendue entité morbide hystérie elle-même. Ce sont, je le répète, des symptômes concomitants dus aussi à Témotivité, qui engendre les crises ou qui leur succède.
Nous verrons que ces crises de nerfs et la diathèse hystérique peuvent être facilement inhibées par l'éducation suggestive; ce qui démontre qu'il s'agit d'un pur dynamisme nerveux.
Enfin les crises d'hystérie peuvent se greffer sur toutes les maladies qui donnent lieu à une émotion, à une anxiété, à une douleur. Que l'émotion soit due à une cause extérieure, qu'elle soit due à une maladie, elle pourra toujours être hystérogène chez les hystérisables.
Telles sont: la neurasthénie anxieuse, l'hypocondrie, la mélancolie% les phobies, les obsessions, les
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hallucinations alcooliques ou autres, les douleurs saturnines, la dysménorrhée douloureuse, la céphalée, la mif^raine ophtalmique, les névralgies, les coliques hépatiques, néphrétiques, appendiculaires, les péritonites pelviennes, lanxicté précardiale et respiratoire, l'anxiété fébrile avec sa chaire de poule anxieuse, les traumatismcs avec leur choc émotif, toutes ces maladies sont susceptibles d'engendrer des psychonévroses, et parmi elles les crises d'hystérie. Dans ces cas, \(ts crises ne sont qu un épiphénomène, une réaction non pas de la maladie, mais de l'émotivité créée par la maladie. Et la meilleure preuve, c'est que je puis toujours par la psychothérapie, comme je l'indiquerai, supprimer cet épiphénomène, apprendre au malade à l'inhiber ; les crises d'hystérie alors n'existent plus, la maladie n'en subsiste pas moins, dégagée de l'hystérie que le psychisme émotif lui avait ajoutée. La neurasthénie, les phobies, la mélancolie, le saturnisme, les affections utéro-ovariennes, la fièvre, etc., continuent leur évolution, affirmant ainsi leur nature organique ou toxique, et la nature purement dynamique de l'hystérie surajoutée. Mais les auteurs, trompés par l'appareil impressionnant des crises, considérant l'hystérie comme une entité morbide qui affecte tous les organes et toutes les fonctions, ont volontiers endossé à l'hystérie toute cette symptomatologie concomitante et toutes les maladies sur lesquelles elle se greffe. La neurasthénie, la mélancolie, les obsessions, la fièvre, la paralysie, les coliques, la cardialgie, etc., tout cela serait fonction de
l'hystérie ; on a décrit une fièvre hystérique, de l'hystérie alcoolique et saturnine, des affections cutanées, des atrophies musculaires, un ictère hystérique! Et ainsi s'explique pourquoi on a appelé l'hystérie, la maladie simule tout.
Ce qui a encore contribué à cette confusion, c'est qu'à r hystérie peuvent s associer d'autres psychonévroses\ on les conçoit chez les sujets autosuggestibles qui ont la représentation mentale facile et un idéodynamisme exagéré. D'autres autosuggestions émotives peuvent se réaliser en même temps que la crise : la boule épigastrique persistante, de Tanesthésie, de rhyperesthésie, de la céphalée, des contractures, des paralysies partielles, des vomissements, des hallucinations, du somnambulisme, etc., toutes ces psychonévroses, et d'autres peuvent s'associer entre elles et s'associer aussi, l'une ou l'autre, à la maladie fondamentale qui est hystérogène, et qui peut être psychoneurogène d'une façon générale.
D'autre fois, c'est une seule psychonévrose, comme vomissements nerveux, aphonie, douleur vive, impotence fonctionnelle, etc., qui se greffe par autosuggestion sur la maladie.
Toutes ces psychonévroses , justiciables aussi de la suggestion^ ne doivent pas s'appeler hystérie. Ce serait détourner ce mot de son sens primitif et l'appliquer à des milliers de troubles fonctionnels absolument divers, à toutes les manifestations nerveuses dynamiques.
On a décrit des stigmates de l hystérie : ce seraient
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surtout Tovarialgic, le rctrccisscmcnt Ju champ visuel, et rhémianesthésic scnsilivo-sensoriellc. J'ai démontré, et Babinski a confirmé longtemps après moi, que ces symptômes n'existent pas spontanément, mais peuvent être créés par l'exploration médicale chez beaucoup de sujets impressionnables qui ne sont nullement hyst'îriques.
On parle aussi de sli^/nates mentaux, simulation, mensonge, érotisme : tous les vices, on les impute à ces malheureuses femmes, si bien que même en l'absence des crises, une menteuse ou une erotique est souvent taxée hystérique. En réalité, les hystériques n'ont aucune mentalité spéciale ; beaucoup sont honnêtes, môme ingénues, sans rouerie ; elles peuvent n'avoir aucune sensualité ou en avoir.
Les psychologues ont imaginé une conception obscure que je n'ai pas comprise et que beaucoup de médecins acceptent, sans la comprendre. Klle serait caractérisée, disent-ils, par la désagrégation de la synthèse mentale, par l'aboulie, par le dédoublement de la personnalité, par le rétrécissement du champ de la conscience, par un défaut de régulation dans les processus réflexes élémentaires, psychiques ou organiques I
A cette conception contre laquelle proteste l'observation élémentaire, j'opposerai celle-ci qui me paraît simplement l'expression de la vérité clinique. L'hystéi^ie est une psychonévrose d origine émotive caractérisée par les crises auxquelles on a donné le nom de crises hystériques; et rien de plus.
âSÔ HE LÀ SUGGESTION
Si j ai insisté quelque peu sur Thistoire générale des psychonévroses, y comprise l'hystérie, c'est parce qu'elles constituent le terrain sur lequel doit agir la psychothérapie, sur lequel elles exercentleur influence salutaire, parce que la doctrine de la suggestion éclaire leur pathogénie et justifie leur thérapeutique, parce que les phénomènes obtenus par la suggestion expérimentale, par l'ancien hypnotisme, nesont en réalité, répétons-le, que des psychonévroses artificielles.
Tous les troubles fonctionnels d'origine émotive ne sont pas des psychonévroses. Quand une émotion donne lieu à un embarras gastrique, à de la diarrhée, à de l'urticaire, à de Tictère, à de la migraine, ce sont là des symptômes dus à une gastrite, à une entérite, à une infection des voies biliaires, à un état toxique général, ce ne sont pas des réactions purementdynamiques. Une émotion peut agir surles vasomoteurs, sur les sécrétions, sur le péristaltisme du tube digestif, sur la chimie stomacale et intestinale, elle peut troubler la digestion et déterminer une dsycrasie nutritive, elle peut réveiller la virulence des microbes latents de l'organisme et faire des maladies infectieuses. La suggestion n'agit pas directement sur ces symptômes comme sur les représentations mentales. Cependant, enréprimantl'émotivité qui les crée et peut les entretenir, elle est capable d'exercer une influence favorable. Je connais une jeune dame qui à chaque émotion a de l'entérite muco membraneuse et de l'urticaire avec d'autres-symptômes. En lui apprenante maîtriser son émotivité, et à prendre con-
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iiance en clle-mcmc\ inali^Tc son imprcssionnabilité nerveuse, je l'ai presque complètcmcnl guérie de ces airections d'origine émotive, bien que non psychonerveuses.