Neurasthénie
Les auteurs confondent en général les mots psychonévrose et neurasthénie. La neurasthénie ou psychoneurasthénie serait, dit-on, une pure modalité nerveuse, une façon d'être fonctionnelle du système nerveux, due au surmenage physique et moral ; ce serait un simple appareil dynamique de trouble fonctionnels sans lésion, entretenu par l'autosuggestion ; ce sont surtout les neurasthéniques qui viennent demander secours à la psychothérapie.
Or, après avoir partagé cette idée au début de mes études sur la suggestion, j'ai constaté invariablement depuis vingt-cinq ans, que la psychothérapie est aussi inefficace contre les neurasthénies que les autres médications, et je suis arrivé à cette conclusion que la neurasthénie n'est pas assimilable aux psychonévroses, quece n'est pas un simple dynamisme nerveux; c'est une maladie réelle, souvent constitutionnelle, aussi fréquente chez les paysans et les ouvriers que dans les classes raffinées ; c'est une dyscrasie toxique, comme Tarthritisme, la goutte, l'herpétisme, la migraine ophtalmique, les psychoses, toutes affections diathésiques dont certains sujets ont le germe
OU la prédisposition et qui se développent fatalement chez eux sous certaines influences.
Le neurasthénique, avec ses sensations diverses, telles que vide, vague ou lourdeur dans la tête, douleurs variées dans diverses régions du corps, lassitude, quelquefois vertiges et bourdonnements d'oreille, atonie physique et morale, aboulie, anxiété terrible, idées noires, cauchemars, impuissance cérébrale, fourmillements et engourdissements dans les membres, troubles digestifs, etc., ces innombrables troubles fonctionnels, non seulement nerveux, mais affectant tous les organes, souvent avec prédominance dans le cerveau, ou dans le tube digestif, cette neurasthénie appelée psychasthénie, quand il y a prédominance de symptômes dans le cerveau, est une maladie générale auto-toxique. Elle est souvent périodique, avec une évolution cyclique qui dure de plusieurs mois à un an ; elle revient à des échéances plus ou moins lointaines, chez les uns tous les ans, chez d'autres seulement deux ou trois fois dans l'existence, avec des intervalles qui peuvent être parfaitement indemnes; chez d'autres la maladie est chronique, avec des alternatives de rémission et d'exacerbation plus ou moins intenses; et cet ensemble symptomatique évolue fatalement son temps, en dépit de toutes les médications. Sans doute certains éléments psychonerveux, même des crises d'hystérie, peuvent se greffer sur elle, et en être détachées par la psychothérapie. Mais la maladie elle-même continue son cours inexorable, rebelle à la suggestion, pour
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guérir spontanément au bout de son cycle, si c'est une Corme périodique; et récidive au bout d'un temps variable, sans que la suf^f^estion puisse prévenir la récidive.
Ce n'est donc certainement pas une psychonévrose; celles-ci sont justiciables de la suggestion : l'autre ne l'est pas plus que les psychoses ou maladies mentales. La neurasthénie n'est pas une maladie psychonerveuse, c'est une maladie générale autotoxique.
Parmi les malades qui s'adressent aussi à la psychothérapie se trouvent les obsessions, les phobies, telles que peur des espaces ou agarophobie, peur de l'isolement ou claustrophobie, peur des couteaux, peur des poisons, etc., l'anxiété nerveuse native ou psychose d'angoisse, le délire du toucher, l'obsession du doute scrutateur, etc., ces états sont en réalité le plus souvent des psychoses, des folies partielles, greffées sur un fond héréditaire et souvent rebelles à la suggestion, bien qu'elles puissent être parfois améliorées par l'éducation patiente du sujet.
Elles sont rebelles aussi souvent, ces nombreuses douleurs sans lésion, chez certaines personnes qui y sont sujettes toute leur vie, par droit de naissance, si je puis dire; on les appelle arthritiques, mot qui cache souvent notre ignorance. Elles paraissent dues à une diathèse constitutionnelle native ; ce ne sont pas de simples produits d'imagination, comme le montre leur résistance aux diverses médications, y comprise la psychothérapie.