I. — PSYCHOTHÉHAPIE. — LeS PROCÉDÉS
Qu'est-ce que la psychothérapie ? Quels sont ses différents procédés ?
Le mot de psychothérapie s'applique à toutes les opérations qui ont recours au psychisme dans un but thérapeutique et qui facilitent l'action de ce psychisme. Cette définition deviendra plus claire, quand j'aurai exposé les divers procédés auxquels nous avons recours.
Liébeault, le père de la psychothérapie, procédait par affirmation dans le sommeil provoqué. Le sujet endormi, ou seulement engourdi, il affirmait la disparition des différents symptômes éprouvés : « plus de douleur, plus de faiblesse; la digestion bonne, toutes les fonctions se font bien ». Pour concentrer Tesprit du malade sur l'idée de la guérison et en même temps faire une certaine dérivation psychique,
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il appliquait la main sur la région malade et suggérait la chaleur. Il expliquait que la nature médicatrice, plus forte que le médecin, rétablissait Téquilibre et la santé. Le malade restait assis sur le fauteuil, passif, pendant cette suggestion verbale qui durait plusieurs minutes; et les séances suggestives étaient répétées le plus souvent possible.
Dès mon début, en 1884, j'ai cherché à établir que le psychothérapie n'est pas seulement Thypnothérapie, la thérapeutique par le sommeil; qu'elle peut se faire à rétat de veille, comme toutes les suggestions. Elle ne consiste pas seulement à affirmer la disparition de troubles fonctionnels, soit à Tétat de sommeil, soit à rétat de veille. Elle comprend tous les procédés qui agissent sur le psychisme, soit pour renforcer Tidée qu'on veut introduire dans le cerveau, soit pour faciliter la transformation de l'idée en acte, c'est-à-dire ridéo-dynamisme. Le sommeil provoqué peut être parfois un adjuvant utile, parce qu'il supprime dans une certaine mesure le contrôle et exagère l'automatisme cérébral, Tidéo-dynamisme. Mais l'expérience m'a montré que le sommeil n'est pas nécessaire, parce que la suggestibilité peut être suffisamment actionnée à la veille. De plus, ainsi que nous allons le voir, le sommeil ou état passif peut être un obstacle, parce qu'il faut souvent la collaboration active du sujet pour permettre à la suggestion d'être efficace.
Le psychothérapie comprend des procédés divers adaptés à la maladie et à l'individualité psychique.
Et d'abord la suggestion verbale, comme le faiî^ait
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Liébeault, comme je la faisais après lui à Tciat de sommeil et plus souvent, depuis quinze ans, à l'état de veille. C'est raffirmation simple de la guérison ; c'est plus que l'aflirmation simple, c'est la persuasion qui consiste a renforcer Tidéc par le raisonnement, par la démonstration aidée d'une insinuation forte ou douce, destinée à frapper sa sensibilité en même temps que sa raison, à l'émouvoir, à l'impressionner, à l'intimider, si c'est nécessaire, à l'attendrir, si c'est utile; car la raison vit aussi de sentiment; car le cerveau se détermine autant par le sentiment que par la raison.
Dans tous mes écrits et ceux de mes élèves, depuis le début de mes études sur la suggestion, j'ai montré que celle-ci n'est autre chose que de la persuasion. Et cependant, il y a quelques années, le professeur Dubois, de Berne, croit avoir inventé une méthode nouvelle qu'il appelle la persuasion par la parole seule, s'adressant uniquement à la raison; ce serait la psychothérapie rationnelle qu'il croit substituer à ma psychothérapie qu'il dit thaumaturgique.
M. Dubois commence d'abord par substituer à ma conception de la suggestion celle-ci : « La suggestion agit par les voies tortueuses de l'insinuation ; la persuasion s'adresse loyalement à la raison du sujet. L'une s'adresse à la foi aveugle, Tautre au raisonnement logique affiné ».
Conclusion : il persuade, par un raisonnement loyal. Je suggestionne par un vrai cambriolage cérébral. Je suis un thaumaturge, je fais avaler à une
malade des poissons d'avril [sicl) — Obligé cependant de reconnaître que je fais aussi de la médecine morale, et voulant absolument s'approprier la découverte rationnelle de celle-ci, il ajoute : « Sans doute, il ne néglige pas l'influence morale, la paternelle exhortation; mais cette orthopédie est encore trop fruste, trop rapide ; la pratique de l'hypnotisme Ta habitué aux succès immédiats, aux coups de théâtre. — 11 mène ses malades par le nez, leur faisant croire tout ce qu'il veut » {sic). M. Dubois a assisté, il y a plus de vingt ans, à mes expériences de suggestion et d'hallucination expérimentale. Croit-il, malgré tout ce que j'ai dit et écrit, ou voudrait-il faire croire que ma thérapeutique suggestive ressemble à cette pseudo-thaumaturgie expérimentale? Mes écrits et ceux de mes élèves sont là pour protester contre cette dénaturation systématique et audacieuse de la vérité !
Les lecteurs de ce livre me pardonneront cette diversion ^ro do mo meâ. Mais l'affirmation de M. Dubois a fait des adeptes en France ; et des articles sont publiés sur la psychothérapie où Ton déclare Dubois son promoteur, et où mon nom n'est pas prononcé, pas plus que celui de Liébeault.
La persuasion verbale, s'adressant à la raison seule, même s'adressant de plus au sentiment, n'est qu'un des procédés de la suggestion : elle ne la comprend pas tout entière. D'autres procédés suggestifs peuvent réussir là où le raisonnement échoue.
Voici par exemple un malade affecté d'une douleur nerveu se consécutive à une contusion guérie.
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J'ai beau lui persuader cl lui démontrer que celle douleur n'a pas de réalité or^^'aniquc et est purement psychique; il accepte mon assertion, mais elle ne suffit pas A inhiber la sensation douloureuse. Si alors je renforce Tidée par une manipulation, friction, massage, électrisation, application d'un aimant, etc., si j'incarne la suggestion dans une pratique matérielle, je réussis parfois là où la simple persuasion a échoué.
Tel autre a une paralysie fonctionnelle psychique sans lésion; il ne peut marcher. Je lui démontre que ses jambes peuvent fonctionner, que les nerfs, le cerveau, la moelle ne sont pas malades; qu'il doit faire un efiort de volonté et qu'il pourra marcher. Il estconvaincu,maissa volonté reste impuissante; l'idée ne suffit pas à actionner ses jambes. Si alors je fais lever le sujet, l'empêchant de tomber, si je le fais marcher, en lesoutenant,en Tencourageant, en lui apprenant à dominer ses impressions paralysantes, j'arrive en peu de séances à reconstituer la fonction perdue par ce procédé d'éducation, enti'aînement suggestif actif . J'ai appris à l'idée à faire le dynamisme nécessaire en la dégageant de son inhibition psychique. La démonstration théorique seule indéfiniment prolongée n'aurait pas réussi. Acta non verba.
Voici un autre exemple de suggestion avec entraînement actif. Un malade a une aphonie nerveuse; la suggestion verbale seule a échoué. L'électrisation suggestive, les frictions du larynx qui m'ont souvent réussi dans des cas de ce genre ont échoué cette fois,
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Alors j'excite le sujet à dire la lettre a ; à force de le stimuler, il déploie un effort énergique et arrive à dire a. Je Texcite de même à dire sucessivement e, i, o, u. Une fois ces voyelles émises et le premier pas fait, il arrive facilement et sans effort à articuler à haute voix. L'inhibition psychique des cordes vocales a été vaincue, grâce à cette stimulation plus active, par le cerveau suggestionné à cet effet.
Quand une musique douce et captivante, ou un spectacle féerique et grandiose, chasse pour un certain temps la tristesse de Tâme, dissipe Tangoisse, réveille la gaîté, c'est une image auditive et visuelle suggestive qui a créé une diversion psychique, effacé le tableau noir et mis l'organisme à son unisson. C'est aussi de Tidéo-dynamisme; c'est de la suggestion par une impression sensorielle qui a fait une dérivatiofi psychique.
D'autres fois le sujet résiste consciemment ou inconsciemment à tous les procédés de persuasion rationnelle, sentimentale, instrumentale, passive et active qu'on emploie; on arrive parfois à vaincre cette résistance, en faisant la suggestion à son insu, en le trompant à Taide d'un subterfuge. Voici un exemple instructif que j'ai déjà rapporté : Une jeune fille de i8 ans a depuis quatorze mois une psychonévrose traumatique de la main droite caractérisée par une paralysie de cette main qui ne peut ni s'ouvrir, ni se fermer complètement, et de plus une anesthésie totale exactement limitée à la ligne radio-carpienne du poignet. Tous les traitements, frictions, massage, élec-
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iricité ont échoué. J'essaie la persuasion, les aimants, je mets tout en oeuvre. La malade maintient sa paralysie.
Alors j'emploie un stratagème. Je dis à la malade que la paralysie persiste, mais qu'il peut cependant y avoir une légère amélioration par l'aimant que je viens d'appliquer, et pour m'en assurer, dis-je, je vais explorer la sensibilité avec l'épingle. Ayant constaté que la frontière de Tanesthésie est toujours sur la ligne radio-carpicnne, je l'inscris sur la main avec un crayon rouge, mais à un travers de doigt en avant de la ligne réelle accusée par Tépingle, avançant ainsi frauduleusement la frontière, à Tinsu de la malade. Puis je la laisse regarder la main en lui montrant la ligne rouge qui marque la limite de l'anesthésie. Avec l'épingle, je pique en avant de cette ligne, depuis l'extrémité des doigts d'avant en arrière, en insistant bien sur la persistance de l'anesthésie; la malade suit avec attention. J'arrive à la ligne rouge, je pique à ce niveau, la malade sent: elle est tombée dans le piège.
Le lendemain par le même subterfuge, j'avance encore d'un travers de doigt. La malade reconnaît qu'elle a gagné du terrain. Je montre que la vie revient dans la main avec la sensibilité. En continuant ce système pendant quelques jours, je la guéris radicalement par cet artifice grossier qui surprend son cer. veau et le suggestionne à son insu, l'empêchant ainsi d'inhiber la suggestion.
Je pourrais multiplier les exemples. C'en est assez pour établir que la psychothérapie comprend tous les
procédés psychiques, suggestion verbale à l'état d veilleou de sommeil, persuasion ration nelleet émotive, suggestion incarnée dans des pratiques matérielles, massage, électrisation, éducation active et suggestive de la fonction troublée, artifices divers pour faire la suggestion à Tinsu du malade, suggestions médicamenteuses, et tout ce qui introduit l'idée dans le cerveau, et l'incite à la réaliser, tous moyens variables suivant la nature de la maladie et la mentalité individuelle.
Il m'arrive encore parfois de suggérer le sommeil, soit que le malade le demande, croyant que la suggestion est plus efficace dans le sommeil, soit qu'il s'agisse d'un trouble morbide que la suggestion hypnotique combat plus efficacement. Tels l'insomnie nerveuse, les terreurs et les cauchemars pendant le sommeil, le somnambulisme nocturne. Dans ces cas, je tiens les yeux clos au sujet et lui dis de dormir; je fais la suggestion dans cet état déconcentration, sans trop me préoccuper de savoir quel est le degré du sommeil. Si le sujet me dit qu'il ne dort pas, je lui réponds : « Cela ne fait rien, ne vous inquiétez pas. La suggestion réussit aussi bien sans sommeil. Ce n'est pas le sommeil, c'est la suggestion qui vous guérit. Fermez les yeux et faites comme si vous dormiez, même si vous ne dormez pas. »
Contre Tinsomnie nerveuse, je dois le dire, la suggestion échoue souvent parce que les malades ne peuventréaliserla représentation mentale du sommeil. S'il s^agit de cauchemars nocturnes, je cherche à endormir
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le sujet; et dans ce sommeil, ou état voisin du sommeil, je sui»gère le cauchemar ou le rôve somnambulique qui se produit spontanément dans son sommeil normal. (>ela se réalise assez souvent; alors j'ellace ce rêve ou cette terreur, et je lui sugf^'cre de n'avoir plus peur, de ne plus avoir de rêves terrifiants, de rester tranquillement dans son lit, de se réveiller. J'ajoute : « Vous allez dormir de nouveau : je vous suggère le mauvais rêve, mais il ne viendra plus. Je ne peux plus vous le donner. » Et alors j'essaie en vain de le suggérer. J'apprends ainsi au malade à inhiber ma suggestion ou Tauto-suggestion terrifiante hallucinatoire. Ce procédé réussit souvent.