Psychothérapie spéciale de l'hystérie
Un mot encore sur la psychothérapie spéciale de la crise d'hystérie et de la diathèse hystérique.
Et d'abord la crise d'hystérie, en pleine évolution, peut, dans la très grande majorité des cas, être arrêtée. Voici un malade que je ne connais pas : il fait sa crise. Qu'il se roule à terre, en proie à de violentes convulsions désordonnées avec strangulation, qu'il soit en contracture simple, les mâchoires serrées, qu'il soit en sommeil avec inconscience apparente, je coupe la crise par la parole suggestive. Si c'est le sommeil hystérique, je dis au patient qu'il va se réveiller, au besoin je lui ouvre les yeux en affirmant qu'il est réveillé. S'il est contracture, j'écarte doucement les
mâchoires serrées en disant : « Voyez, vous pouvez ouvrir et fermer la bouche. » Je rends la souplesse aux membres en fléchissant doucement le coude, les genoux, les poignets et disant au malade : « Voyez, votre coude, votre jambe, votre main peuvent se fléchir. » J'ajoute qu'il peut ouvrir les yeux, faire tous les mouvements, se lever. En procédant ainsi par insinuation douce, plutôt que par ordre impératif, en très peu de temps, variable d'une demi-heure à quelques minutes, la résolution est obtenue, et Tétat normal reconstitué.
Si c'est une grande crise, je suggère la disparition de l'oppression et des grands mouvements, quelquefois je suggère le sommeil simple, calme, puis celuici obtenu, je réveille. Je ne brusque pas le malade, j'affirme doucement qu'il va retrouver son calme et que toute cette agitation nerveuse va disparaître. Le plus souvent, en peu de temps, cette suggestion verbale est efficace.
Quelques sujets sont plus rebelles. Il y a des sommeils hystériques qui résistentà l'injonction du réveil. Il y a de grandes convulsions irrésistibles auxquelles les sujets s'abandonnent avec une sorte de frénésie ; Tauto-suggestion hystérisante semble plus forte que toute suggestion qu'on lui oppose.
Celle-ci cependant réussit, si on ne lui demande pas un succès immédiat. Tel un enfant qui a des sanglots irrésistibles et que les parents ont tort de vouloir réprimer sur-le-champ par une admonestation vigoureuse. Une suggestion douce arrête au bout
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du temps psychologique nécessaire cette émotivité lacrymatoirc.
Ainsi en est-il parfois des crises d'hystérie. Lorsqu elle paraît résister à la sugf^'estion, soit que le sujet volontaire ne l'accepte pas, soit que l'orage déchaîné est trop violent, je n'insiste pas, je dis au malade : « Votre crise ne peut pas s'arrêter immédiatement. Mais rassurez-vous, ne laites aucun effort; elle va s'arrêter spontanément. » En abandonnant le malade à lui-même, avec la confiance que je lui donne, l'accès diminue d'intensité et se dissipe en peu de temps.
De même qu'on peut couper un accès, on peut aussi le provoquer dans la grande majorité des cas; et ce fait même, provocation possible de la crise, signe le diagnostic d'hystérie; la crise d'épilepsie ne peut pas être provoquée par suggestion. Chez les sujets qui ont Taura abdominale, ou la boule épigastrique, il suffit de toucher l'épigastre ou une région quelconque de l'abdomen qui devient sensible et hystérogène par affirmation. On dit: «Voicila douleur; laboulemonte au cou ; la crise vient », et elle éclate. Chezquelque uns la simple affirmation de la crise suffit à la réaliser. Si l'aura ou sensation qui prélude à la crise part d'une autre région, thorax ou tête, par exemple, si c est une anxiété respiratoire ou une céphalée vertigineuse, je touche ces régions en suggérant cette aura thoracique ou céphalique; et la crise éclate; elle peut être incomplète, ou complète; elle se perfectionne par l'entraînement suggestif. Cette crise provoquée,
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je puis l'enrayer à volonté comme la crise spontanée.
Quand j'ai à traiter une hystérique, je commence en général par lui dire: «Je vais vous donner une crise, pour bien voir si c'est une crise nerveuse. Ne craignez rien ; car je Farreterai tout de suite. » Alors je provoque la crise et je Tenraie pendant son évolution, par la suggestion. Cela fait, je dis au patient en souriant: « Voyez que je puis à volonté provoquer et arrêter une crise. Maintenant, je ne puis plus vous en donner. Vous ne la laisserez plus venir. Tenez, je presse de nouveau cette région que j'ai pressée tout à Theure pour vous en donner une; vous avez beau sentir une douleur, une boule qui veut monter; mais elle ne monte plus, elle ne vous étouffe plus; cela ne vient plus. » En disant cela, je presse légèrement la région hystérogène; le sujet a un peu de douleur, un peu d'anxiété, comme si la crise voulait éclater. Mais je le rassure en riant et en répétant : « Cela ne vient pas; vous êtes maître de vous; aucune crise ne peut « aboutir. » Presque toujours, rassuré par cette suggestion calmante, et dominé par mon assurance, il apprend à faire inhibition. Je le fais rire, je Texerce à dominer l'émotivité d'une sensation imminente de crise.
Cela fait, je fais mine de lui suggérer une crise. Pressant de nouveau la région qui était hystérogène, je dis : « Voilà la crise qui vient; la boule monte, la gorge se serre. » Et j'ajoute à voix basse : « Mais, cela ne peutplus venir. » Le sujet, un instant impressionné
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par la suf;f;csiion hystérot;ènc, se ressaisit; mon sourire le f^af^Mic et il ne laisse pas venir la crise. Voici la première le(;on sii«^iîestive, elle suffit souvent à f^'ucrir une diathùse hystérique invétérée.
Je répète cette letton tous les jours, j'apprends au patient à affronter tous les symptômes prémonitoires, boule, douleur, oppression, ou vertif^es si l'aura est cérébrale, à subir la pression des ré<^ions hystérogènes, à supporter toutes les émotions, sans réaction psychodynamique ; il devient maître de lui.
Il est rare que trois jours se passent sans que la guérison définitive ait lieu; il est exceptionnel qu'il faille plus de dix jours pour achever cette éducation. On est vraiment surpris de voir avec quelle facilité cette habitude psychonerveuse invétérée se perd ; et on peut dire que de toutes les psychonévroses, c'est l'hystérie qui est la plus facile à guérir.
Il y a cependant des cas qui paraissent au premier abord rebelles à la suggestion directe. Ils sont exceptionnels.
Voici, par exemple, une jeune fille, dans mon service d'hôpital, qui a depuis des années de grandes crises convulsives liées à de l'anxiété nerveuse, et qui se répètent une ou plusieurs fois par jour. J'essaie en vain par la suggestion de les enrayer, ou de les prévenir. Quand je veux l'enrayer, je ne réussis qu'à Texaspérer. Ma suggestion inhibitoire provoque sa contre-suggestion hystérogène. La jeune fille est telle ment impressionnable que le moindre attouchement,
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même le fait de m'approcher de son lit, provoque la crise.
Ce serait une erreur, dans ce cas que de s'acharner à faire la suggestion directe qui reste forcément inefficace, car elle n'a pas le temps d'intervenir, réveillant instinctivement Tauto-suggestion provocatrice. Même si la malade est docile, les efforts qu'elle fait pour empêcher la crise la provoquent.
Que faire dans ce cas ? Rien I Je rassure la jeune fille, je lui dis : « Ce n'est pas votre faute, je sais que vous avez bonne volonté, mais c'est plus fort que vous. La suggestion que je fais fera cependant son effet. On ne vous tourmentera plus, on ne vous touchera plus; et vous arriverez vous-même sans faire aucun effort à dominer ces crises qui ne signifient rien. Dans peu de temps, tout sera fini. » Je recommande à l'entourage de ne plus s'occuper de la malade et de ne faire aucune attention à ses crises. Je passe tous les jours devant son lit sans m'arréter, en disant simplement : « Cela va bien », évitant de la toucher, de l'impressionner: au bout de trois jours, elle n'avait plus de crises. Je pus alors l'habituer à subir les attouchements, les pressions abdominales, les émotions impunément, et toute anxieuse qu'elle est restée, depuis des années elle n'a plus de crises de nerfs.
Ce mode de suggestion indirecte qui consiste à éviter au sujet toute impression vive, toute intervention directe, de ne pas le toucher, ni physiquement, ni moralement, à le suggestionner par insinuation
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douce, sans en avoir l'air, réussit souvent aussi contre les autres psyclioncvroses.
Depuis prùs de vingt ans, je guéris toutes mes hystériques par la méthode que je viens d'exposer, sans hypnotisme; je fais l'éducation des malades, je leur apprends à inhiber leurs crises, je leur donne confiance en ellcs-mômes ; je varie d'ailleurs un peu les procédés pour les adapter à l'individualité de chaque sujet, et cela pour toutes les psychonévroses. Je n'ai pas trouvé une seule hystérique rebelle à la psychothérapie.
Le mot hystérie, bien entendu, ne s'applique qu'aux seules crises. Les maladies sur lesquelles l'hystérie peut se greiïer, si elles sont toxiques ou organiques, ne sont pas justiciables du seul traitement psychique.
Telles sont les indications, tels sont les procédés de la psychothérapie. J'ai voulu établir, à la lumière des faits et d'une doctrine, qu'elle n'a rien de mystérieux, qu'elle est rationnelle et scientifique ; car l'organisme humain n a pas que des propriétés physiques, chimiques, physiologiques et biologiques ; il a aussi des propriétés psychologiques. Les médecins ont voulu traiter le corps malade comme on traite un animal ou une plante malade, par exemple la vigne atteinte de phylloxéra. On purge, on saigne, on stimule, on combat la douleur, on améliore la circulation, on désinfecte, on tue les microbes, on intervient chirurgicalement, comme dans une machine détériorée. La thérapeutique médicale et chirurgicale a fait
de grands progrès. Tout cela est fort bien. Mais on oublie parfois que Tcsprit est aussi quelque chose dans notre organisme, qu'il n'est pas quantité négligeable dans notre vie physiologique et pathologique. Il existe une psychobiologie, il existe une psychothérapeutique. C'est ce que j'ai voulu établir.
CHAPITRF XV
École de la Salpétriùre. — Trois phases de lliypnotisme, — Transfert par les aimants- — Mêtallothérapie. — Définitions diverses du mot suf^gestion, — hénaluration de mes idées sur la suggestion et l' hystérie.