‹ De la suggestion mentaleChapitre 10 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CPÉRIENCES DU HAVRE

M. Janet à la Société de psycholo^n'e physiolo- ... — Mon arrivée au Havre. — Une commission

Première expérience h distance. — Deuxième uée, — Troisième expérience. — Un préservatif ilislance, — Le pouce révélateur. — Une passion

— Quelques essais d'ordres mentaux. — La lotîque. — Quairième expérience à distance. — 5 attribué ;\ Caglioslro par M. Dumas. — Une le. — Tentatives de lucidité. — L'hypnoscope. olontaire. — Transmission des sensations. — aie à échéance. — Mes doutes. — Cinquième stance. — Succès complet. — Objet « magnétaque d'hystérie. — Dernière expérience. — Ré-

3vembre 1885, M. Paul Janet, de Tlnstidété de psychologie physiologique «ne de sonneveu, M. Pierre Janet, professeur au lycée du Havre : « Sur quelques phémnambulisme ». Ce titre, prudemment les révélations tout à fait extraordinaires, ne série d'essais, faits par MM. Gibert et raissaient prouver non seulement la sugen général, mais encore la suggestion distance de quelques kilomètres et à

avec quel intérêt je suivis la lecture de lation. Tout le monde du reste en faisait is une grande dose d'incrédulité. M. Ja-

dbyGoogk

net s'abstenait de toute théorie; il ne racontait que des faits — il fallait croire ou non. La communication, écoutée en silence, fut passée d'abord sous silence/ sauf quelques réserves, d'un caractère très général, formulées par M. Charcot, notre président. Décidément, il n'y avait pas lieu de discuter, — mais on pouvait vérifier les faits. Ayant pris cette décision, je profitai d'une première occasion propice pour réaliser mon projet.

Il est vrai que j'avais déjà opéré plusieurs expériences de suggestion mentale et que sur ce point je n'avais plus de doute ; il fallait bien se rendre à l'évidence. Mais les faits annoncés par MM. Janet et Gibert présentaient un tout autre caractère. Ces messieurs n'ont accompli aucune expérience du genre de celles que nous venons d'observer sur M^^D... éveillée, et sur M"* M... endormie. Us les ont essayées, mais sans succès; tandis qu'il ont réussi dans des conditions plus extraordinaires, en faisant des suggestions mentales à longue échéance et en endormant leur sujet à distance.

Voilà ce qui m'a paru fort. C'est ce dernier phénomène que je voulais vérifier tout d'abord, reconnaissant sa valeur pour toute une théorie de suggestion et pour le problème du magnétisme en général. Il était évident qu'une pareille constatation serait la mort de la théorie exclusive de l'hypnotisme contemporain, qui se vantait d'être le successeur légitime du feu magnétisme animal, et qui désormais ne devrait occuper qu'une place fort modeste, à côté de son prédécesseur. Au contraire, si MM. Gibert et Janet ont été dupes d'une illusion quelconque, il conviendrait de revenir encore une fois sur ses pas, pour voir si la suggestion proche elle-même, n'était due qu'à une exaltation, pour le moment incompréhensible, de la perception, et non à une transmission vraie de l'a pensée dans le sens strict du mot. ^ "

Le sujet de ses expériences. M"*® B..., était une brave femme de là campagne, une Normande âgée d'une cin-

dbyGoogk

;riences du havre 121

aincus de la réalité de l'action à tep.t volontiers aux minulieuses r impose, pour me permettre de

Myers, membres de la Society for '.. Marinier, delà. Société de psychoi moi, nous formons une sorte détails de toutes les expériences 'un commun accord, is qui nous ont guidés dans les

a Taction à distance est tirée au

jij, une 11 est uuijjiiiuniquée à M. Gibert que quelques minutes avant le terme, et aussitôt les membres de là commission se rendent au pavillon.

3). Ni le sujet, ni aucun habitant du pavillon, situé à près d'un kilomètre de distance, n'a connaissance de l'heure exacte, ni même du genre de l'expérience qui doit avoir lieu.

4). Pour éviter la suggestion involontaire, ni nous ni aucun de ces messieurs n'entrent dans le pavillon que pour vérifier le sommeil.

Première expérience. — M. le Dr Gibert doit endormir le sujet de son cabinet, rue Saint-Quentin, 51, et lui ordonner mentalement de descendre dans la rue. Commencement de l'action 5 h. 50. Exécution probable vers 6 h. 5.

A 6 h. juste, nous arrivons rue de la Ferme, 5, où se trouve le pavillon, mais nous nous tenons à l'écart, de manière que personne ne puisse se douter de notre présence*

Nous attendons un quart d'heure en vain; le sujet ne descend pas dans la rue. Par conséquent à ce point de vue l'expérience avait échoué*

dbyGoogk

Nous entrons dans le pavillon, en sonnant à la porte " du jardin, et nous montons au premier, sans rencontrer' personne.

Deux de nous descendent dans' la cuisine, sous prétexte de demander si M. Gibert n'est pas encore arrivé, et trouvent le sujet assis, sans mouvement, mais éveillé. Oq passe dans une chambre du premier où Ton s'entretient de l'expérience en la considérant comme manquée. Quelques minutes après, le sujet. M"' B..., entre dans le salon, situé en face de notre chambre, de l'autre côté de la maison, où nous la trouvons étendue sur un fauteuil en léthargie. Il paraît que c'est toujours le cas quand c'est M. Gibert qui l'endort. M, Gibert fait en ce moment ses visites et ne peut pas venir nous rejoindre.

Le sujet répond aux questions de M. Janet, qui, dans ces dernier temps, l'endormait plus souvent que M. Gibert.

M°*' B... raconte en somnambulisme, quevers 6 heures, elle se sentit mal à son aise et qu'elle allait s'endormir, quand un coup de sonnette l'avait réveillée et qu'elle s'est sauvée dans la cuisine ; — qu'ensuite elle n'a pu résister au sommeil et est montée au salon. — C'est M. Gibert, qui m'a joué ce tour, ajouta-t-elle, vous me tourmentez, je ne veux pas qu'on m'endorme sans me prévenir!..

Nous profitons du somnambulisme pour faire quelques expériences, que le sujet interrompt tout le temps en disant: « Où est-il, M. Gibert? où est-il? Il faut que j'aille le. chercher ! » -— Elle essaye de nous échapper, pour descendre dans la rue. Nous l'arrêtons. •

Après une heure, nous nous éloignons et M. Janet la réveille. Elle ne se rappelle de rien, mais elle a mal à la tête, et le soir, nous partons ; elle est tout le temps inquiète, tombe d'elle-même en somnambulisme et descend dansle jardin, en cherchant M. Gibert. On a de la peine à la retenir, et on envoie chercher M. Gibert qui arrive et la calme. ♦ - • •

dby Googk

Malgré ces conditions défavorables, une nouvelle expérience est décidée pour minuit 15.

On était certain que M"** B;.. dormirait alors de son sommeil naturel.

Deuxième expérience. — « Faire passer M"* B... à dîsdance de son sommeil naturel en somnambulisme, et venir trouver M, Gibert, dans son cabinet rue Saint- Quentin. »

La réussite de cette expérience, de Tavîs même de ces messieurs, était peu probable. C'était du reste pour la première fois qu'on essayait d'agir pendant le sommeil normal.

Aussi a-t-elle échoué. La somnambule n'est pas descendue.

Ne voulant pas troubler la maison, nous n'y sommes pas entré, pourvoir s'il y a quelques traces d'action. En tout cas, il est certain que M°' B... n'a pas bougé de sa chambre. La seule différence à signaler dans son attitude, par rapport aux autres jours, fut celle-ci, qu'au lieu de se lever du grand matin, comme d'habitude, elle avait dormi jusqu'à 10 heures passées, et qu'elle s'est levée avec un mal de tête. Elle est descendue dans la cuisine et s'est mise à travailler, mais son mal de tête ne la quittant pas, elle est remontée dans sa chambre vers midi.

C'est alors qu'a eu lieu la troisième expérience, — M. Gibert devait endormir M"« B... de chez lui à midi moins 10, en exerçant l'action mentale pendant 10 minutes. M™« B... devait s'endormir et rester danslesalon.

A midi 7, nous arrivons au pavillon sans sonner et évitant tout bruit.

M™* B... est toujours dans sa chambre. Pour ne pas l'influencer par notre présence, nous envoyons chez elle la cuisinière, demander si elle va descendre pour déjeuner.

dbyGoogk

LES EXPEaiENGES DU HAVRE 13S

centre ma pensée, en lui ordonnant de me donner la main, et tout à coup je la vois tressaillir, elle est agitée,, s'incline dans ma direction et me tend la main. J*ai répété la même expérience trois fois avec le même succès, dans un état plus ou mois rapproché du monoïdéisme. En agissant dans Y état aïdéique, Teffet fut nul, ou retardé et incomplet, elle s'agitait mais n'accomplissait pas Tordre mental.

£n somnambulisme actif V expérience réussissait quelquefois, si j'avais la précaution de choisir un moment d'inaction. En agissant pendant qu'elle causait vivement avec M. Janet ou une autre personne, ou bien quand elle était absorbée dans ses propres pensées, je n'obtenais rien, absolument rien. J'ai eu aussi l'occasion de remarquer qu'une concentration trop forte de ma pensée nuisait plutôt au résultat de l'expérience, elle la bouleversait trop, en produisant des spasmes et une tension générale, qui troublaient la netteté de la transmission. Au contraire, une pensée formulée nettement, mais pour ainsi dire en passant et sans une pression mentale spéciale, produisait une action, toutes les fois que le sujet était accessible à ces influences mystérieuses.

Voici deux* expériences exécutées avec tension qui n'ont pas réussi.

Je me tenais au fond de la chambre et caché derrière M. Janet et j'ordonne à la somnambule de se mettre à genoux. Une agitation forte se manifeste, elle semble me chercher du regard, ses yeux s'ouvrent et restent ouverts sans intelligence. L'état dans lequel elle se trouvait en ce moment était analogue à celui que provoque M. Donato quand il se fait suivre par ses sujets. C'était par conséquent un état de fascination — avec une différence notable cependant. L'état de fascination est un état monoïdéique. Il est passif, éminemment joass//*, lorsque vous tenez le sujet attaché à votre regard en manœuvrant avec lui comme il vous plaît. Cet état est sen-

lences visuelles, à rimitation des gestes, est calme. Si, au contraire, le sujet attiré rd vous suit, le calme disparaît, une sorte )are de lui, sa pensée est trop absorbée, ins une seule direction pour permettre Duvelles influences; il s'acharne à vous te en fureur aux moindres obstacles et capable que de suivre votre regard avec n aveugle.

I la monoïdéie passive, c'est la monoïdéie ymanie hypnotique.

mentalement à distance et sans être bien 'ai produit un état analogue, mais plus déterminé, moins fixe, la fixité du regard comme point d'appui pour la tendance sujet. 11 était par conséquent bouleversé, mais attiré indistinctement, et son état demandait qu'à être dominé par une seule n même temps trop tendu pour la saisir, re presque aïdéique, à cause de la confuindistincles.

[imença par un mouvement de soulèvej*ai cru avoir remarqué* en regardant, travers les doigts, qu'il se courbait pour ;enoux ; mais ce mouvement s'arrêta, et ressa et se tint un moment debout. Alors L pensée en lui ordonnant de venir à moi ensuite à genoux devant le fauteuil. Elle smcelant vers le fauteuil. En ce moment, ■ lentalement les paroles : « A genoux !...' Cette dernière expression m'inquiéta et .. « Elle peut tomber par terre et se faire dis-ai-je, et alors j'ai recommencé l'ordre ouxl

nt M™° B... s'affaissa et tomba en arrière is les bras de M. Janet.

dbyGoogk

Une autre expérience, suggérée par M. Fr. Myers, a également échoué. La somnambule devait prendre dans ses mains un coussin placé à sa gauche sur le canapé.

L'expérience durait longtemps, car les états diffcrents du sujet se succédaient rapidement, coupés par des soupirs. Par moment, il n'y avait aucune action; par moments, Tagitation monomane fiévreuse empêcha la netteté de la transmission. M"»° B... tendait ses bras dans la direction du coussin, mais ne le prit pas. Enfin elle se leva, s'approcha du coin du canapé où se trouvait le coussin, sans y faire attention, et se 7nit à genoux — en exécutant ainsi Tordre qu'elle n'avait pas exécuté la veille et auquel je n'avais pas pensé.

Mais je dois ajouter, qu'ici encore la perception mentale retardée du premier ordre, n'est pas certaine; car, considérant la première expérience comme manquée, je dis à ces messieurs que j'avais choisi exprès cette injonction plutôt qu'une autre, parce qu'elle n'avait pas réussi nettement avec monancien sujet. La somnambule était en ce moment en aïdéie léthargique et ne pouvait pas nous entendre,. mais je crois qu'il ne faut jamais se lier à cette surdité hypnotique, qui, tout en étant absolue au point de vue des réflexes, peut cependant ne pas supprimer une audition latente, inconsciente, qui se manifeste quelquefois dans un état subséquent. Je crois même pouvoir dire, que cette négligence, habituelle aux expérimentateurs, favorise énormément l'inexactitude des observations.

Enfin une troisième expérience : donner la main droite, tandis que je me trouvais à gauche du sujet, n'a réussi qu'en partie. Il y avait un mouvement du bras droit dans ma direction, mais la main n'a pas été donnée.

Il est à remarquer que toutes ces expériences ont été faites par moi, sans que je touche le sujet, qui n'a jamais élé magnétisé par moi. En ce moment, il était

dbyGoogk

de M. Gibert (absent) et de M. Janet qui ment, non sans peine.

oérience. — A cause de la fatigue du presque décidé de suspendre les expcdemain; mais n'étant pas satisfait des

j'insiste auprès de M. Gibert pour une liate du deuxième essai qui avait échoué, [îagliostro : endormir le sujet de loin et ravers la ville.)

Lires et demie du soir. M. Gibert consent, ixacle au sort. L'action mentale devait h. moins 5 et durer jusqu'à 9 h. 10. En n'^y avait personne au pavillon sauf cuisinière, qui ne s'attendaient à aue notre part. Personne n'est allé au pa-

de cette absence, les deux femmes sont lalon et s'amusaient à «jouer du piano ». i dans les environs du pavillon à 9 h.

;erte. Sans faire le moindre bruit, nous i deux parties pour surveiller la mairois une ombre apparaître à la porte du elle. Je m'enfonce dans un coin pour tre remarqué.

ends plus rien : la somnambule, après ninute à la porte, c'était retirée dans le )ment, M. Gibert n'agissait plus; à force L pensée il a eu une sorte de syncope ou it, qui dura jusqu'à 9 h. 35.) somnambule reparaît de nouveau sur le ) et, cette fois-ci, elle se précipite sans ue, avec l'empressement d'une personne d et qui doit absolument atteindre son irs, qui se trouvaient sur sa route, n'ont

dbyGoogk

pas eu le temps de nous prévenir, M. le D' Myers et moi ; mais ayant entendu des pas précipités nous nous mîmes à suivre la somnambule, qui ne voyait rien autour d'elle, ou au moins ne nous a pas reconnus.

Arrivée, rue du Bard, elle commença à chanceler, s'arrêta un moment et fallit tomber.

Tout à<;oup elle reprend vivement sa marche. 11 était 9 h. 35. (En ce moment M. Gibert, revenu à lui, recommença Taction.) La somnambule marchait vite sans s'inquiéter de l'entourage.

En dix minutés ^nous étions tout près de la maison de M. Gibert, lorsque celui-ci, croyant l'expérience manquée et étonné de ne pas nous voir de retour, sort à notre rencontre et se croise avec la somnambule, qui garde toujours les yeux fermés.

Elle ne le reconnaît pas. Absorbée dans sa monomanie hypnotique, elle se précipite dans l'escalier, suivie par nous tous. M. Gibert voulut entrer dans son cabinet, mais je le prends par la main et je le mène dans une chambre opposée à la sienne.

La somnambule, très agitée, le cherche partout, elle se heurte contre nous, ne sentant rien ; elle entre dans le cabinet, tâte les meubles en répétant d'un ton désolé : « Où est-il?... Où est-il M. Gibert? »

Pendant ce temps, le magnétiseurr este assia et courbé, sans faire le moindre mouvement. Elle entre dans la chambre, elle le touche presque en passant, mais son excitation lui empêche de le reconnaître. Elle s'élance encore une fois dans d'autres chambres. C'est alors que M. Gibert a eu l'idée de l'attirer mentalement, et, à la suite de cette volonté, ou par une simple coïncidence, elle revient sur ses pas et l'attrape par les mains.

A ce moment, une joie folle s'empare d'elle. Elle saute sur le canapé comme uiie enfant et frappe des mains, en criant : « Vous voilà 1 vous voilà enfin I Ahl comme je suis contente 1 »

dbyGoogk

)us raconte ses impressions. Elles étaient , M"«B... et la cuisinière, à s'amuser dans jouaient et chantaient, profitant de Tabne. Puis, vers neuf heures — il était, ditmoins deux ou trois minutes * , — étant assise e me suis sentie envahie par le sommeil. . . adressant à M. Gibert) qui m'avez fait ça. es messieurs attendaient dans'la rue...

attendent, me suis-je dit... j'en ai assez .. mais je n'ai pas pu résister longtemps mme une folle I ! »>

; dire les rues qu'elles a parcourues, rencontré personne ».

fut fort intéressante. Après avoir joui li-heure de la présence de « son cher Lâté le pouce de M. Janet, qu'elle « aime lie dit tout à coup :

onsieur... l'autre monsieur... comment ? où est-il ?

main dans ma direction en tâtant l'air, main. Elle examine mon pouce d'après e reconnaît 2 avec satisfaction, mais conlen.

vous appelez-vous donc? Monsieur...

je ne sais pas...

mtalement mon nom, mais elle n'arrive

3... vous n'êtes pas Anglais (le premier ait pris pour M. P. Myers, preuve qu'elle îs personnes). Vous êtes de Paris... mais Français, vous êtes seulement venu pour

après la cuisinière) la peadule du salon marquait h. moins 15.

^connaît que je suis le m^me, dont elle a vanté

dbyGoogk

LES EXPÉRIENCES DU HAVRE 13l

la France... vous êtes de... comment appellez-vous voire pays? Bre... non... Po... Pologne, n'est-ce pas? — - Vous endormez beaucoup, beaucoup de monde... Pourquoi? — Je ne veux pas que vous endormiez tant de monde!... Attendez... Qu'est-ce que vous faites à Paris?.. (Elle appuie ses doigts sur son front)... une fabrique, vous faites des ape... apa... comment appellezvous ça... des appareils, n'est-ce pas?

— A. quoi servent ces appareils, demande M. Gibert. Je pense aux téléphones, mais c'est l'hypnoscppe qui

lui vient dans l'esprit. (Elle l'avait vu entre mes mains, tandis qu'elle n'a pas vu le téléphone.)

— Cela sert à faire comme cela. (Elle imite la contracture générale — réminiscence de l'expérience d'hier.)

On passe à d'autires expériences, mais la somnambule est toujours distraite et s'occupe de moi. J'ai beau me taire, m'éloigner, me cacher, elle paraît toujours attirée vers moi et veut me chercher. Elle se fâche contre M. Janet, en disant qu'il lui défend (mentalement) de s'occuper de moi.

Voyant cette étrange influence, M. Gibert me propose de le remplacer. Il croit que je pourrais obtenir sur elle des effets encore plus marqués. Mais je n'accepte pas. — C'est plutôt une sympathie, dis-je, une passion somnambulique, comme on en voit quelquefois, qu'une influence réellement plus forte. Je ne connais pas suffisamment le sujet, et puis, dans des expériences délicates, il n'est pas bon de mélanger les influences. Je compte plus sur votre habitude du sujet que sur mon pouvoir personnel. Enfin, puisqu'il s'agit de faits, que je n'ai pas encore constatés moi-même, et que je cherche à étudier, j'ainae mieux conserver mon indépendance d'observateur.

En.conséquence, M. Gibert est prié de continuer les expériences et spécialement d'essayer ù transmission de$ sensations. -

dbyGoogk

présence paraît exercer le gêne, je prie M. Janet iépart.

il ne reviendra plus. Je

fois, vu Topposition du

lé pendant une heure à

n'a plus parlé de moi et

our contrôler les expé-

propice pour la trans- )hénomène-là, aussi bien général, ne réussit que 'e la Jéthargie aïdéique 'étais content de pouvoir le, les mêmes conditions que j'ai été le premier à le psychologie physiolole basant sur une étude entés par M^^'^M...

essaire à la transmission [ite :

un verre d*eau à côté de Testa des mouvements de

ire, M. Gibert, suivi de

I pièce éloignée. Sur le

à Toreille de M. Maril-

,. manifeste une forte dou- 3, mais surtout la main m, disait-ellCj ne faifis pas

indiquée par écrit :

forte dains les bras, ta

dbyGoogk

somnambule porte les maîns vers le front en se plaignant du mal qu'on lui fait, et en répétant continuellement : « Méchant !... ne faites pas cela... méchant !... » Son agitation persiste encore une minute, après le retour de ces messieurs.

On procède à une dernière expérience, que j'ai vue pour la première fois. 11 s'agissait de commander mentalement une action qui ne devait être exécutée que le lendemain matin. A onze heures sonnée (cet ordre a été indiqué par M. F. Myers par écrit) M"® B... ^t\d\i passer au salon, prendre un album de photographies qui se trouvait sur ta table, et rouvrir en examinant les portraits.

Pour faire celte communication mentale, M. Gibert a pris les mains de M°®B... et appuya son front sur le sien. J'étais tout près d'eux; il n*a fait aucun mouvement des lèvres. Il a seulement attiré Tattention du sujet en disant :

— Ecoute bien, Léonie !

Au moment de la transmission, lé visage deM"^° B... âpris une expression particulière ; on dirait qu'elle écoute avec toute la force de son attention. Mais, en même temps, il fût évident qu'il ne s'agissait pas pour elle des sensations auditives, parce que, tout en conservant cette expression, elle commença à s'agiter, à se tordre dans des convulsions bruyantes. C'était une vraie attaque d'hystéro-épilepsie, avec grincement des dents, mouvements cloniques et contractures. Après deux minutes à peine, la communicatioa était terminée et M"*° B... se tranquillisa peu à peu, ne manifestant aucune connaissance de ce qui venait d.j se passer. Ces messieurs m'ont as^é même qu'elle ne saurait dire ce qu'on a exigé d'elle, et que les commandements transmis de cette façon pour être exécutés dans le sommeil même, nont jamais réussi. Il parait donc q le c'est là une transmission par excellence inconsciente^ et que l'inconscleat du sujet *

lUGGESTlOn MENTALE. ^

dbyGoogk

besoin d'un certain temps pour cristalliser, pour ainsi dire, les impressions reçues et exciter les muscles correspondants.

Ce phénomène n'est pas isolé en psychologie. Il arrive que, restant couché, l'idée nous vient denous lever, mais elle n'a pas assez de force pour vaincre notre, paresse. Cette idée revient encore une fois ou deux, sans résultat. Puis, quand notre pensée est occupée à toute autre chose, nous nous sentons soulevés subitement, comme par une force étrangère, et on se lève d'un bond sans avoir formulé sa volonté.

Egalement pour le réveil à heure fixe. Je dois prendre le train de grand malin. Je sais qu'on me réveillera à temps, par conséquent, ma conscience peut dormir tranquillement. Mais l'inconscient a reçu la communication de cette décision sans que le Moi ait compté sur lui. Et il veille. Il veille si bien, il calcule si bien le temps, qu'à rapproche de l'heure fixée, il nous secoue et appelle le Moi à la conscience.

Le lendemain malin, à 11 heures moins 5 minutes, M. Marinier et moi nous étions dans le jardin. Onze heures sonnent et nous voyons M"*® B... descendre l'escalier de sa chambre. Elle entre dans le salon en cherchant quelque chose» Elle tpuche plusieurs objets sans les prendre dans la main. Elle ouvre le placart et le referme. M* Janet arrive et lui dit bonjour; elle lui répond, puis continue sa besogne indéterminée en se promenant dans le salon. M. Janet vient nous rejoindre et nous propose de l'endormir à dislance, croyant l'expérience mahquée. Je m'y oppose, en disant que M™® B. . . n'étant pas tout à fait dans son état normal, pourrait bien s'endormir d'elle-même, et que, du reste, il faut encore attendre pour voir ce qu'elle va faire. Et on a bien reconnu que j'avais raison, parce que, quelques tninutes après, à 11 h. 30, M°"* B... prend un album, puis un autrCj l'ouvre, s'assied sur le canapé et, visible-

ment tranquillisée, commence à feuilleter les photographies. D'après ce qu'elle nous adit ensuite, elle cherchait la photographie de M, Gibert. — Pourquoi ? — « Parce que cela me fait plaisir de le voir. » — (On a retiré cette photographie, après avoir appris qu'elle s'est endormie une fois spontanément, en la contemplant,)

Nous arrivons dans le salon et nous trouvons M"*®B... toujours occupée à feuilleter son album, mais en somnambulisme actif. Elle ne dit plus que c'est M. Gibert qui l'avait endormie, elle ne sait même pas qu'elle dort.

Naturellement, on profite de l'occasion pour faire quelques expériences. Elle touche de nouveau les pouces des assistants, et les reconnaît facilement.

M. Janet lui demande de continuer sa révélation sur moi. Elle répète ses propos de l'autre jour :

— Il a beaucoup... je ne sais pas comment dire... enfin il a ce qu'il faut pour endormir.

— Beaucoup de volonté ? demande M. Janet.

— Oh ! oui I une volonté. . . mais je ne sais pas comment l'appeler.* il pense bien.. Quand on veut m'endormir, il faut penser bien... autrement, ça me tourmente... on veut m'endormir et on pense à autre chose, ça m'agace... Il a... je ne sais pas... mais je n'oserais pas lui dire, 7ion par exemple... oh là! Il me ferait passer... il me ferait passer dans la mer...

— Ainsi, vous voulez nous quitter, M. Gibert et moi?

— Non, vous êtes miens.

— Oublie-le alors I

— Je ne veux pas I

Mais enfin elle cède, et nous pouvons passer aux expériences.

J'ai oublié de dire, qu'après la séance chez M. Gibert, elle a été reconduite chez elle en voiture et réveillée en arrivant, de sorte qu'elle n'a conservé aucun souvenir de sa pérégrination nocturne. Pendant le trajet, elle dit à ces messieurs que gavais quelque chose dans la poche

dbyGoogk

'ait >mms lent, as, ssa de ne

^ré est )is-

)iir de

, et

Bur

ent du ous eplles 3nnie jué onsil ►m-

iiy

ncé îre,

dbyGoogk

M"» B... parut dormir déjà à 9 h. moins 15. J*ai vérifié que ma montre concorde avec la pendule du salon, et celle de M. Gibert est réglée d'après la mienne. Par conséquent, il est permis de supposer que M"' B... s'est endormie d'elle-même quelques minutes avant le commencement de l'action de M. Gibert. Elle est venue ensuite, il est vrai, mais je l'ai vue à la porte du jardin, et il se peut qu'elle ait aperçu Tun de nous et que cette circonstance lui ait suggéré l'idée de sortir quelques minutes après. En résumé, si on refuse le témoignage de la somnambule elle-même^ certains doutes sont permis. Pour être absolument convaincu, je demande à M. Janet s'il veut bien endormir M^'B... à tinslant même? Les conditions sont aussi nettes que possible. J'observais M"*° B... de loin, et je suis parfaitement convaincu qu'elle est dans son état normal, sans aucune tendance au somnambulisme spontané. Personne ne s'attend en ce moment à une expérience quelconque. Voulez-vous bien faire l'essai?

C'était impitoyable de ma part, car nous étions tous fatigués et aiTamés; — mais je ne voulais pas partir sans avoir la conscience nette, et sans pouvoir confirmer le rapport que M. Mariilier devait faire à la Société de psychologie physiologique. M. Janet me répond qu'il n'a jamais essayé d'agir en pleine rue, qu'il lui serait impossible de concentrer suffisamment sa pensée, et qu'en général il préférait que ce fût M. Gibert qui fit l'expérience — mais enfin il consent, si on lui permet d'agir de chez lui, c'est-à-dire à une dislance beaucoup plus considérable, mais où il aura la tranquillité nécessaire. J'accepte ces conditions, et on décide d'aller d'abord déjeuner ensemble, de choisir l'heure exacte et puis de tenter l'expérience.

Voici comment tout fut réglé. Je priai M. Mariilier de se rendre au pavillon pour surveiller M™°B... Il n'agissaitpas «ur elle, par conséquent sa présence ne pouvait rien Irou-

dbyGoogk

hier; il était un habitué de la maison, par conséquent sa présence ne pouvait éveiller aucun soupçon ; il ne conmissait pas l'heure exacte de Texpérience, par conséquent Une pouvait pas influencer le sujet par son attitude, au moment donné. L'heure exacte, tirée au sort après le départ de M. Marillier, fut 4 h, 30.

— Nous avons encore une bonne heure devant nous, mais je ne vous lâcherai plus, dis-je en riant à M. Janet.

Nous sommes allés ensemble prendre le café, ensuite faire une promenade au bord de la mer, enfin nous nous rendîmes au domicile de M. Janet, allée Robert, 3. Pendant tout ce temps, je causais vivement avec lui, pour Tempêcher de penser à M"*® B... et pour ne pas avoir d'excuses, si, par hasard. M"*® B... s'endormait avant l'heure.

A 4 h. 29, je me retire dans le petit jardin de sa maison, pour lui laisser entière liberté d'action.

Il s'asseoit, dans son fauteuil, la tête dans ses mains et concentre toute sa volonté pour ordonner à M™® B..., éloignée d'un kilomètre environ, de tomber en somnambulisme.

Celte action mentale dura dix-huit minutes.

A 4 h. 48, j'entre dans le cabinet de M. Janet; celuici prend son chapeau, et nous partons pour rejoindre M. M. Myers et pour se rendre au pavillon. Mais, avant d'y entrer, je prie M, le D' Myers de monter seul et d'amener M. Marillier.

Ce dernier arrive et déclare n'avoir rien vu. « Tout ce que je peux certifier, dit-il, c'est que depuis mon arrivée, personne n'est venu dans le pavillon. Quant à M"° B... elle est probablement occupée à coudre dans le salon, mais je n'y suis pas entré de peur de réveiller ses soupçons. » Avant d'entrer, je prie M. Janet de me laisser la direction des questions à adresser à M"*" B.., dans le cas où on la trouverait endormie.

Enfin, nous entrons sans sonner, le plus doucement'

dbyGoogk

possible, et, parla porte enlr'ouverte du salon, nous remarquons M™° B... occupée à coudre, mais en som" nambulisme actif.

Elle ne nous entend pas — elle' répond seulement aux questions de M, Janet,

— Eh bien! vous me tourmentez de nouveau !... Ai-je l'air bête ? C'est vous qui m'avez fait ce tour-là.

— C est peut-être M. Gibert.

— C'est pas du tout M. Gibert, c'est vous.

— A quelle heure vous êles-vous endormie ?

— // était juste quatre heures et demie.

— Avez-vous regardé la montre?

— Est-ce que j'ai besoin de regarder la montre?... puisque je vous dis qu'il était quatre heures et demie!

Je compare la montre deM"° B... avec la mienne. Elle retarde de 3*30"; par conséquent, en admettant l'exactitude du dire de la somnambule, l'effet a été produit à distance environ quatre minutes après le commencement de l'action.

— Racontez-nous ce que vous avez fait depuis notre départ.

Elle raconte alors qu'elle est descendue d'abord dans la cuisine pour déjeuner, qu'elle a causé un peu avec la cuisinière et qu'elle est remontée ensuite au premier pour s'habiller; qu'enfin elle s'est mise à coudre et tout à coup elle se sentit paralysée, de sorte que, quand on a sonné (l'entrée de M. Myers), elle n'a pas pu se lever.

File ne parle plus de M. Gibert, comme toutes les fois précédentes.

Un autre symptôme à noter, c'est que, diaprés ces •messieurs, quand c'est AI. Gibert qui l'endort à distance on la trouve toujours en léthargie — quand c'est M. Janet lui-même, elle tombe dans un état somnambulique moins profond.

La cuisinière confirme la narration de la somnambule.

dbyGoogk

M. Janet m'inlerpelle en ces termes :

— Kh bien! enfin, êtes-vous content ?

— Oui, cette fois-ci, Texpérience est nette. Je ne regrette qu*une chose : c'est que M. Marillier n'ait pu rien voir.

On passe aux expériences.

Dès le commencement de nos séances, elle manifesta une certaine répulsion vis-à-vis de M. Marillier, une répulsion toute physique pour les attouchements ; du reste, elle cause avec lui sans aucun signe d'antipathie. Nous en demandons le motif. Elle examine son pouce et lâche la main.

— Il me fait mal, dit-elle, oh non pas à moi... mais... ça ne vous regarde pas!

M. Janet insiste. Elle reprend encore une fois le pouce de M. Marillier, lui touche la poitrine, puis touche la sienne avec une expression pénible, puis reprend :

— Je ne veux pas... ça ne vous regarde pas.

Tout ce qu'on peut tirer d'elle, c'est qu'il est malade.

M. Marillier me prend à part et avoue qu'il a une maladie de cœur, et qu'il en a souffert beaucoup il y a à peine quelques jours ; — fait mentionné par lui dans son étude sur les hallucinations.

Avec sa vivacité habituelle, mais qui ne lui est propre qu'à l'état de somnambulisme actif, elle passe à d'autres questions, s'amuse comme une enfant, touche les mains des assistants, toujours de la même manière et toujours les yeux fermés.

Lorsqu'elle est en train de causer vivement avec M. Janet, j'essayai l'action mentale. Elle est nulle. Il y avait en ce moment une hyperesthésie de l'odorat, car l'approche d'un porte-cigarette à un demi-mètre de distance la fait tousser et souffrir.

Comme elle manifestait une si vive impressionnabilité vis-à-vis de moi, et comme elle me croyait parti, je voulus vérifier si elle reconnaîtrait un objet m'apparte-

dbyGoogk

nant. Je relire ma cravate et, par Tintermédiaire de M. Marinier, je la passe en cachette à M. Janet. Celui-ci occupé pour le moment à d'autres questions, met la cravate sur la table. Quelques secondes après, la somnambule se lève d'elle-même, prend ia cravate, va tout droit vers moi, laisse tomber la cravate sur mes genoux et, toujours avec un air d'automate, retourne à sa place. Etait-ce une action de ma pensée ? En tout cas, M"*" B... ne m'a pas reconnu; elle a seulement exécuté ma pensée qui n'avait pas été formulée comme ordre mental, et elle l'avait exécutée machinalement, comme si elle ne savait même pas ce qu'elle faisait. Mais l'absence H mon cou de cravate pouvait être remarquée par la somnambule, malgré sa cécité apparente. J'ai donc décidé de réfaire la même expérience avec un autre objet, et, dans ce but, j'ai choisi un petit ruban noir que personne n'avait vu sur moi et je le remis également par l'intermédiaire d'une tierce personne et sans prononcer aucune parole à M. Janet. Ce dernier le tenait dans son poing fermé; tout à coup la somnambule lui ouvre la main, prepd le ruban, et à peine l'eût-elle touché, qu'elle se mit a" sauter de joie comme une enfant:

— Il est là ! il est là ! il n'est pas parti !..

Puis elle demande un morceau de papier, qu'on lui donne; elle y enveloppe le ruban et tend la main dans ma direction pour me le passer.

Je ne bouge pas; elle s'impatiente. M. Janet essaye de lui soustraire le pelit paquet, son irritation augmente; je prends un chapeau à larges bords, derrière lequel je cache la main de M. Janet et la mienne. Au moment où le petit paquet touche la mienne, M™°B. sourit et cherche à me le remettre; dès qu'elle trouve la main de M. Janet, elle le retire et manifeste de la colère. Après plusieurs expériences semblables, son agitation augmente et elle tombe dans une vraie attaque hystérique, que M. Janet s'empresse de calmer en appuyant son front contre le

dbyGoogk

142 DE LA SUGGESTION MEiNTALE

sien. (Il paraît que la pression ovarienne n'a pag cette influence surM"^°B..., qui du reste, je le répète, ne pré* Fente aucun signe ni symptôme d'hystérie à son état normal).

Pour élucider la question des objets, je propose à M. Janet de prendre trois feuilles de papier égales, touchées et marquées par trois personnes différentes. On les prépare et on essaye de les remettre à M™** B... Mais celle-ci s'y oppose avec obstination, se débat et ne veut . à aucun prix toucher les trois feuilles. Elle les époussette avec son mouchoir, et ne se tranquillise que lorsqu'elle les voit par terre. Puis elle jette le mouchoir môme sur le canapé et tressaille enle touchant par hasard . Lorsqu'on lui place les trois feuilles de force sur ses ge» noux, elle se débat, se jette en arrière et tombe en léthargie.

On a dû, par conséquent, renoncer à cette expérience.

J'étais obligé de repartir pour Paris, mai& une der^ nière expérience du sommeil à distance a eu encore lieu, sous la direction de M. Myers. M. Pierre Janet m'en a communiqué les détails suivants :

« ... La journée du samedi, après votre départ, n'a été réellement intéressante que par une expérience de somnambulisme provoqué à distance, exactement daiis les mêmes conditions que la veille. MM. Myers m'ont fait déjeuner avec eux, puis ils m'ont brusquement demandé d endormir Léonie à l'heure qui leur a convenu. Il était un peu moins de trois heures. J'y ai pensé un peu moins longtemps que la veille, environ 10 minutes, et nous nous sommes rendus immédiatement au pavillon , sans iittendre. Léonie dormait sur son ouvrage, comme la veille; elle avait été endormie à peu près vers 3 h. 5. Tout ce que l'on sait de précis, c'est qu'elle venait de monter à son travail à peine depuis un quart d'heure

dbyGoogk

[2 h. trois quarts). Il faut aussi noter que personne ne Tavait endormie depuis la veille et que je ne l'avais pas vue le matin.

, « Léonie a de suite dit que c'était moi qui Tavait endormie vers -trois heures. Il semble — c'est du moinsTopipion de M. Myers, qu'elle ait eu à ce moment une hallupination; elle dit toujours qu'elle m'a vu rendormir K

« Nous n'avons guère fait pendant le sommeW, que

[je répéter ce que vous avez déjà vu... Le sommeil a

été troublé par un orage qui a donné à Léonie des crises

•es fortes, que je n'avais pas encore vues.

« MM. Myers sont partis samedi soir. J'ai encore

liendormi le sujet dimanche matin, mais seul et enconli-

Inuant mes recherches...

[ ft Dès que je verrai Léonie dans son second état, qui Ipour nous est le vrai, je lui transmettrai vos compli- Iments...

a Recevez, etc»

t Le Havre^ le 4 mai 1886.

« P. Janet. »

Je quittai le Havre avec une profonde émotion. J'avais enfin vu le phénomène extraordinaire de l'action à dislance, qui bouleverse toutes les opinions actuellement admises. J'évoquai mes souvenirs, je questionnai mes notes, cent fois de suite, pour bien m'ossurer de la réalité de ce que je venais de voir. J'examinais les faits au point de vue d'un scepticisme absolu et d'un simple hasard, puis au point de vue des magnétiseurs, puis à la lumière de la théorie suggestive, d'autres théories intermédiaires possibles ou fantaisistes — et j'ai abouti à cette conclusion, qu'en éliminant les trois premières expériences qui sont restées incertaines, la quatrième

* Une hallucUiation véridiquCi M. Myers.

diaprés la classification de

lient bien debout et ne peut pas être expliquée sans une liaison causale entre un acte de volonté et un effet produit à distance. Mais, comme je l*ai déjà dit, dans ce genre de questions il fautexpérimenlersoi-méme; il faut avoir provoqué soi-même, et à plusieurs reprises, le phénomène en question, sur une personne et dans un milieu que l'on connaisse bien, pour pouvoir se prononcer définitivement. Or, par rapport à Faction à distance, je n'étais qu'un observateur passif, et je dois par conséquent faire mes réserves à ce sujet. J'ai bien constaté la suggestion mentale de près, mais j'ai seulement vu une seule expérience à distance qui me paraît rigoureuse.

Mon retour à Paris. — W^* Z... — Une expérience par contraîntei

— Délire somnambuliqiie. — Suggestion mentale à courte échéance. — M"» S... — Transmission des idées. — Une grande attaque d'hystéro-épilepsie. — Pression ovarienne et suggestion mentale. — La volonté dans le rapport. — Transmission des sensations. — Excitabilité élective. — Une douleur qui voyage.

— Épuisement. — Reconstitution mystérieuse. — Probabilité d'une suggestion mentale involontaire^ qui simule la double vue. — Les hallucinations véridiques.

Quelques jours après mon retour à Paris, j 'aï eu Toccasion de faire de nouvelles observations sur deux personnes malades (hystériques), auxquelles je fus obligé de donner mes soins dans des conditions analogues.

M"* Z... fut magnétisée par moi pour des attaques hystériques, compliquées par un épuisement et une anémie assez prononcés. {Exp. hyp. sensation de froid et un peu d'analgésie). La première séance n'a donné rien de positif, seulement mes mains se sont refroidies à un point tout à fait extraordinaire. La malade, après avoir passé par un engourdissement à peine sensible pour elle, s'est trouvée un peu mieux, mais n'attribuait aucune action au magnétisme. Une deuxième séance provoqua le sommeil magnétique, puis une attaque assez longue, mais le passage de la veille au sommeil et du sommeil à l'état normal s'accomplit d'une façon

8UaGfi9TtON HElfTALE. 9

dbyGoogk

Lellement insensible, qu'elle n'a pas voulu croire au sommeil, et ne se doutait guère de Tattaque.

A la troisième séance, elle me dit ne pas croire du tout au sommeil provoqué, et affirme que je ne réussirai jamais à Tendormir; que si elle est restée quelque L-emps immobile, c'est parce que tel était son bon plaisir, mais que si elle essaye un peu de résister, je n'aurai aucune influence. Je lui conseille de laisser de côté une discussion qui ne conduit à rien et j'affirme que si elle persiste dans sa résistance, j'aimerais mieux ne rien faire, de crainte de provoquer une excitation inutile. Mais toute ma persuasion n'y fît rien; au contraire, M^^° Z... s'obstine à me vouloir convaincre et veut absolumeiit que j'essaye de l'endormir contre son gré. ]lomme cette expérience ne pouvait, dans l'espèce, déterminer un mal sérieux, je consens enfin.

Au bout de quelques minutes, elle est endormie par a fixité du regard, mais passe directement dans le lélire somnambulique, tout en répétant sans cesse : ( Non I je ne veux pas I Vous ne me ferez rien !... » Peu à peu, le délire devient un rêve à haute voix qui lure plus d'une heure. La malade reste assise, et tran- :[uille, n'entend que moi, mais n'est pas du tout obéissante. Je lui propose de se mettre au lit, vu l'heure tardive. Elle s'y oppose, en disant qu'elle est très bien :omme cela et qu'elle veut qu'on la laisse tranquille.

Je pouvais bien la réveiller, mais, d'après ce que l'avais vu, j'étais presque certain que le réveil déterminerait une attaque hystéro-épileptique à l'état normal, contrairement au principe thérapeutique du magnétisme. (Mon traitement de l'hystéro-épilepsie par le magnétisme consiste en ceci : je transporte pour ainsi lire les attaques dans le sommeil magnétique, ce qui les supprime peu à peu à l'état normal; la guérison est complète, lorsqu'on ne peut plus provoquer une attaque, même dans l'état somnambulique.)

A ce moment une demoiselle de compagnie entre tout doucement dans le salon, et regarde M"° Z... avec élonnement.

— Ne me regar^dez pas I dit celle-ci ; vous me faites mal. (La malade avait le» yeux fermés et se trouvait à 7 ou 8 mètres de distance.)

Ij^no Marie se retire effrayée. Mais la malade ne cesse de Tapostropher ; — Ne pensez pas à moi ! Vous me faites mal I

Ces paroles qui pouvaient du reste être déterminées par une présomption, et non par une action psychique réelle, m'ont rappelé Texpérience de M. Giberl. Voulant absolument mettre au lit la malade, pour pouvoir me retirer, et comme elle reste insensible à mes propositions, j'essaye l'inoculation psychique inconsciente : j'approche mon front, et je lui dis mentalement: Dans cinq minutes, tu désireras aller te coucher. La malade continue à rêver, et ne paraît nullement influencée par mon action. Cinq minutes se passent et elle ne dit rien. Alors je lui conseille, pour la dixième fois au moins, d'aller se coucher.

— Comme vous voudrez, me répond-elle.

Elle se mit au lit et fut bien obligée de croire au magnétisme, puisqu'elle ne put se rendre compte le lendemain, comment elle y était arrivée.

M. Gibert croyait beaucoup à l'efficacité d'une action mentale par le contact des fronts. Il me disait avoir arrêté souvent par ce moyen de fortes attaques hystériques. Je voulus vérifier ce moyen et l'occasion s'en présenta bientôt.

M"' S..., en apparence tout à fait bien portante, forte, fraîche, pas du tout anémique, était sujette à des attaques de grande hystérie très intenses, mais très peu fréquentes. On pourrait même dire que c'était une hystérie latente, car elle ne se manifestait que sous l'influence de causes morales à des intervalles de plusieurs

dbyGoogk

mois ou même de plusieurs années. Cependant c'était bien la grande hystérie, très grave, avec toutes ses phases principales — si bien analysées par M. Charcot — y compris la période du délire qui terminait Tattaque. Celle-ci durait toujours plusieurs heures, voire même toute une nuit. -— M"** S... était très sensible à Thj^pnotisme, ce qui explique d'ailleurs Tintensité des attaques. [Exp, hyp. : insensibilité et engourdissement qui gagnait vite tout le système nerveux, en provoquant un état hypotaxique très voisin du sommeil.)

Une fois je fis sur elle quelques expériences de suggestion mentale avec des cartes de jeu. Le résultat filt assez remarquable ; elle ne devina jamais entièrement, mais eut toujours une perception en partie juste et toujours d*après les caractères visuels et non auditifs. J'imaginais, par exemple, un deux de pique, elle devinait un trois de pique ; j'imaginais une dame de cœur, elle devinait un valet de cœur ; un dix de trèfle, elle disait un neiif de pique et ainsi de suite. Mais ces expériences Ténervaient beaucoup. Pour pouvoir deviner, elle fermait les yeux, baissait la tête et restait absorbée dans un état visiblement monoïdéique, qui luttait avec les impressions ordinaires. Après un quart d'heure de cet exercice, elle avait la figure changée et paraissait très fatiguée. J'interrompis les expériences, et pour la faire revenir à elle, je fis quelques passes réveillantes. J'ai eu tort : il aurait mieux fallu Tendormir complètement et la laisser se reposer dans cet état. Momentanément, elle fut délivrée de son énervement et paraissait tout à fait bien. Mais le choc avait été produit et l'ébranlement partiel de l'équilibre normal amena une attaque.

Notis étions à table lorsqu'on vint me prévenir que M''° S..., qui était entrée dans sa chambre, se tordait dans des convulsions. J'accourus et je la trouvai par terre, en proie à une attaque épouvantable; elle se roulait par terre avec une telle force, que j'eus toutes les

dbyGoogk

NOUVELLES EXPÉUIENGES 149

peines du inonde à la tenir par les bras et il fallait bien le faire, puisqu'elle voulait absolument se casser la tête contre un objet dur quelconque, ou bien se jeter par la fenêtre. C'est en Ce moment que j'essayai la méthode de M. Glbert; mais elle ne me donna aucun résultat, tandis que la pression ovarienne calma un peu la crise, au moins pour quelques instants. Dans de pareilles conditions, il est difficile d'endormir le sujet. La lutte dura trois heures entières. Au bout d'une heure, elle était déjà un peu influencée, et toutes les dix minutes à peu près, elle retombait dans un rêve somnambulique, avec rapport ; mais à cause de la force vraiment surprenante de ses muscles convulsés et de Tobligation de la maintenir tout seul (elle ne pouvait supporter l'attouchement d'aucune autre personne),je me trouvais à bout de forces, et le sommeil à peine obtenu était tout le temps interrompu par des convulsions épouvantables. Enfin, après une dizaine de tentatives de suicide, un délire tranquille se déclara ; elle parlait toutes les langues qu'elle connaissait, assistait en imagination à plusieurs épisodes de sa vie, mais restait calme auprès de moi, répondait à mes questions et commençait à m'obéir. Je la fis passer dans un lit, où peu à peu le somnambulisme lucide eut raison de l'attaque. Le rapport était très net : elle n'entendit que moi, et seulement lorsque je voulais quelle entendit, de sorte que nous causions d'elle tout le temps à haute voix sans qu'elle s'en doutât. Le moindre contact d'une personne étrangère, même à travers les draps, même sans qu'elle pût en être informée par le toucher, provoquait une irritation et la menaçait d'une nouvelle attaque.

En parlant en somnambulisme elle me tutoyait; par conséquent je fis de même,

— Va te reposer maintenant, dit-elle, je dormirai tranquillement jusqu'à demain dix heures du malin. A cette heure, tu viendras me réveiller.

dbyGoogk

Je calme la tête par Timposition d'une main, puis j'essaj-e de lui suggérer mentalement quelques mouvements, mais je ne réussis pas.

Peu de temps après, je lui parle très près et en s*adressant à elle, mais avec Tintention de ne pas être entendu. Elle répond pourtant. Je formule d*abord Tordre de ne pas être entendu, puis je recommence la même expérience, en d'autres termes, et sans suggestion verbale possible. Elle n'entend pas,

— Tu vas me réveiller bientôt et je n'aurai plus d'attaque.

— Jamais ?

— Jamais. Je ne me rappellerai de rien et il ne faut pas me dire ce qui se passait dans la nuit. En outre, tu me donneras ta parole que lu n'essayeras jamais d'agir sur moi à distance...

— Et crois-tu que cela me serait possible ?

— Oui, mais il ne faut pas le faire, parce que ceia me rendrait malade, j'aurais tout le temps des inquiétudes.

— Et si je te le promets, tu ne seras plus énervée par ma présence ?

— Non.

— Comment peuK-tu reconnaître l'attouchement d'une tierce personne ?

— Parce qu'il est désagréable... étrange... autre, insupportable !

M"* S... avait le sommeil sérieux ; elle était tout le temps brève et grave en somnambulisme et ne riait qui donnait un air particulier à cet état. Elle irait été préférable de l'endormir entièrement, vouloir la réveiller bien vite. « Mais cela ne ajoute-t-elle, je n'aurai plus d'attaque, parce s laissée dormir longtemps, » En réalité, elle atorze heures de suite.

dby Googk

/. (Ces

5 SOIH'

line de is con-

t toute ut dire e rien.

! gériédissipa

e cette nt, j'ai ez une

moins rs fois.

', mais

dispa-

elle est prise,

LÎt défi-

nent il >ns; je

au une au me ipe les 5 à disil n'est îôté de , mais

dbyGoogk

5I0UVELLES EXPÉRIENCE^ 153

Le lendemain, je me sens restauré et je dissipe facilement, chez une autre malade, une migraine fort intense qui accompagnait un accès de fièvre et durait depuis trois jours; puis encore un mal de tête peu important chez un quatrième malade. Il est à remarqqer que je saurai indiquer exactement le moment où mes mains ont repris leur force. Je lisais un livre qui me plaisait beaucoup, et tout à coup je sens que la sécheresse désagréable de mes mains disparaît, et je retrouve ma sensation ordinaire d'une certaine fraîcheur agréable.

Je me permettrai de citer encore une observation complémentaire, parce que tout cela contribue à élucider notre problème.

Lorsque j'ai les yeux très fatigués par la lecture, je vais au théâtre et alors la vue à distance me sert plutôt de repos. Mais il arrive que pour rafraîchir les yeux, j'applique les paumes de mes mains sur mes paupières.

Or, quand mes mains sont épuisées,, je n'éprouve aucun soulagement, mais il suffit qu'une scène de la pièce représentée, une phrase bien dite, produise sur mol une émotion agréable, pour que mes mains reprennent ausssitôt leur qualité thérapeutique, et alors si j'appuie sur les paupières, la fatigue des yeux disparaît.

J^arrive chez M"° S...

— Qu'avez-vous fait hier soir à 11 heures? me demande-t-elle ex abrupto.

Devinant une excentricité somnambulique quelconque, je lui dis :

— Ah non! vous me raconterez d'abord ce que vous savez, et puis moi je vous dirai si c'est exact.

— Soit. Vous avez écrit toute la soir.ée, ce n'était pas des lettres, car j'ai vu de grandes feuilles ; vous n'avez lu aucun Uvre, mais vous écriviez tout le temps, puis à onze heures vous vous êtes couché, mais vous n'avez

et ne

ier ue

mi in.

Inme me act rée nir

3Ut

cte »eu me

ni

ais

le oir ais tebi-

tude de prendre des notes très circonstanciées. Par conséquent toute la soirée fat jpensé à elle. Comme il y avait là certains détails assez intéressants au point de» vue théorique, cette occupation mentale m'empêcha de dormir, et tout le temps ma pensée tournait autour de questions, dans lesquelles elle jouait le rôle principal.

Quant àM"* S..., elle s*est couchée de bonne heure et dans un demi sommeil elle a cru voir tout ce qui se passait chez moi, mais elle affirmait que mon occupation mentale Tempécha de s'endormir et qu'elle était furieuse contre moi, ayant cette sensation d'une dépendance étrange, dont elle ne pouvait pas se débarrasser. Knfin, elle dit, qu'en se réveillant le matin à 7 heures, elle eut la sensation comme si je m'étais réveillé moi aussi.

Elle a eu encore le jour suivant une vision semblable, mais moins nette, puis ce rapport s'effaça.

C'était donc probablement un cas d' « hallucination véridique ».

Je connais d'autres faits de ce genre, mais je ne veux pas aborder ici cette question. Elle me parait encore trop ardue et prématurée. Je ne cite ce récit qu'à titre de simple document et je me contenterai dans la suite, d'analyser les expéri**nces directes, qui me paraissent plus palpables.

On trouvera dans 1 ouvrage de MM. E. Gurney, Fr. Myers et P. Podmore, rédigé sous les auspices de la Society for psychical research y plusieurs centaines de cas semblables, bien attestés et recueillis pendant plusieurs années.

Ce livre a pour titre : Phantasms of the Living. (2 vol. Londonl886.)

J'ajouterai seulement que M°'M..., elle aussi, a cru m'avoir vu lors de ma conférence à la Société de Psych. phys. le 9^ janvier 1886, oit je parlais des expériences faites sur elle^ mais elle en était prévenue. Il y avait

dbyGoogk

détails qu*elle ignorait et qu^elle joïi dernier sommeil^ à savoir qu'en § jusqu'à la poitrine par une longue

nission de pensée?... Peut-être.

dbyGoogk

Page 1