‹ De la suggestion mentaleChapitre 12 sur 39 · a J'étais auprès de la somnambule que je miagnétisais · texte numérisé non relu

a J'étais auprès de la somnambule que je miagnétisais

* Ch. Bertrand. — Traité du somnambulisme et des différentes modifications qu'il présente, Paris, 1823, p. 229.

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LE SYMPATHISME ORGANIQUE 463

etidormie sur son lit, quand je vis entrer un de mes amis, a^ceompagné d*un pauvre homme, blessé depuis peu de temps en duel, et qui avait reçu une balle dans ]a tête. « Je mis la somnambule en rapport avec le blessé, et me bornai à lui demander de déclarer ce qu'il avait. Elle parut chercher un instant, puis elle dit en s'adressant la parole à ellemême : «Non, non, ce n'est pas possible; si un homme avait eu une balle dans la tête, il serait mort.» — Eh bien ! lui dis-je, que voyez-vous donc? — II faut qu'il se trompe, me dit-elle ; il me dit que monsieur a une balle dans la tête.» {llj c'était, d*après la somnambule, un être distinct, séparé d'elle et dont la voix se faisait entendre au creux de l'estomac, une sorte d'ange gardien, lisez : l'inconscient. Il est probable que cette conception d'un être révélateur lui a été suggérée par un roagaétiseur spirite). « Je l'assurai, continue Bertrand, que ce qu'elle disait était vrai, et lui demandai si elle pouvait voir par où la balle était entrée, et quel trajet elle avait parcouru. La somnambule réfléchit encore un instant, puis ouvrit sa bouche, et indiqua avec le doigt, que la balle était entrée parla bouche et avait pénétré jusqu'à la partie postérieure du cou; ce qui était encore vrai. Enfin, elle poussa l'exactitude jusqu'à indiquer quelques-unes des dents qui manquaient dans la bouche et que la balle avait brisées. » La somnambule n'avait pas ouvert les yeux depuis l'instant où le blessé était entré dans la chambre; du reste, il n'y avait pas de lésion aux téguments extérieurs de la bouche. » (P. 232.)

Dans son second livre *, le D' Bertrand s'exprime en ces termes :

« On trouve dans les ouvrages des magnétiseurs un grand nombre d'exemples de ce phénomène, et moimême j'ai eu occasion de le constater plusieurs fois, de manière à ne conserver aucun doute.

«Je crois. qu'il n'est personne, pour peu qu'il ait observé quelques somnambules, qui ne les ait vus souvent ressentir, par suite d'un simple contact, les douleurs des malades avec lesquels on les mettait en rapport. » (Bertrand emploie ce terme consacré par l'usage des ma-

* Ch. Bertrand. — Du Magnétisme animal en France, etc. Paris, 1826, p. 428-430.

gné(îseurs, mais il n'y attache une autre importance que celle du contact — il n'admet pas le « fluide magnétique »). « L'impression qu'ils en reçoivent n'est ordinairement que momentanée, et il est très rare qu'ils conservent à leur réveil les symptômes, qui leur sont communiqués pendant le sommeil. »

« Il peut pourtant se rencontrer quelques exceptions à cet égard, et il suffirait par exemple que le somnambule se persuadât, d'après ce qu'il éprouve, qu'il a réellement gagné la maladie, pour qu'il la conservât assez longtemps. C'est, à ce qu'il paraît, ce qui arrivait chez quelques convulsionnaires de Sàint-Mcdard, qui pensaient que Dieu les acceptait pour victimes et permettait qu'ils prissent les maladies de ceux qui venaient les consulter. « Il arrive souvent aux convulsionnaires, dit Carré de Montgéron, de prendre les maladies^ sans savoir si les personnes sont malades, ni la nature de leurs maux. Ils en sont instruits par les sentiments de douleur qu'ils éprouvent dans les mêmes parties. Il paraît aussi qu'alors les malades, témoins du singulier phénomène qu'ils avaient sous les yeux, se croyaient débarrassés de leurs maux, dès que ces maux avaient passé dans le corps des convulsionnaires. Ainsi on voit un chevalier Deydé perdre ses étourdissements, après que la sœur Jeanne les eût pris. » « Parmi les possédés, dont les exorcismes se sont prolongés assez longtemps pour qu'ils pussent se faire à la terrible situation dans laquelle ils se trouvaient, il y en a beaucoup qui se croyaient aussi avertis d'une manière surnaturelle des maladies des personnes présentes, et qui ofl*raient à cet égard la ressemblance la plus parfaite avec les convulsionnaires de Saint-Médard et les somnambules .»

4. « Les documents concernant le procèsintenté contre une « possédée » (hystéro-épileptique) nommée Marie Bucaille, en 1699, contiennent entre autre des preuves du phénomène de la transmission des maladies. Elles sont

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d'autant plus dignes d'attention que Taccusation les confirme aussi bien que la défense ; seulement d'après celle-ci le phénomène en question procède d'un don des miracles accordé par Dieu lui-même, tandis que d'après celle-là il est l'œuvre du démon. Or, cette Marie Bucaille « amit Souffert sur sa personne le mal d'Anne Séville » et il fallait évidemment qu'elle fût sorcière et magicienne « puisque c'était la méthode des sorciers, de guérir les gens en prenant^ les maux sur eux-mêmes r^. L'avocat considère cette assertion comme preuve d'une grande ignorance du juge, a car il a bien entendu dire qu'un sorcier, en guérissant un malade, renvoie souvent k maléfice sur une autre personne ; mais 07i n'a jamais oui parler, que le sorcier prenne le mal sur luimême; et ainsi, dans les guérisons que Dieu a opérées par la dite Bucaille, si elle s'est chargée véritablement des maux des malades, comme il est justifié tant à l'égard du fait présent, qu'à l'égard du vieux curé de Golleville et des autres personnes dont on a parlé, cette manière de guérir les autres, a quelque chose de plus grand et de plus noble, que les autres guérisons miraculeuses, qui se font d'une seule parole, etc. » (P. 430.)

Ce que les possédés et les convulsîonnaires manifestaient d'eux-mêmes, par TefTet de la maladie, les somnambules le faisaient sous Tinfluence des magnétiseurs. Le premier fait connu de ce genre, dans les expériences du marquis de Puységur est rapporté par M. Clocquet dans une lettre datée de Soissons le 13 juin 1784, par conséquent avant la publication du récit de Puységur lui-même, qui n'a eu lieu que vers la fm de la même année *. Clocquet est allé voir les miracles de Busancy, en curieux impartial.

a Attiré comme les autres à ce spectacle, dit-il, j'y ai tout simplement apporté les dispositions d'un observateur tranquille et impartial ; très décidé à me tenir en garde contre

* On attribue généralement au marquis de Puységur la découverte du somnambulisme provoqué et de la faculté dont nous parlons; mais il suffit de lire le deuxième Mémoire de Mesmei pour se convaincre qu'il a eu connaissance de ces deux phénomènes. Il est -certain qu'il tenait secrète une partie de son expér ence

nouveauté, de rétannendentj très décidé écouter. »

ce qu'il raconte :

\gur choisit entre ses malades plusieurs ouchement de ses mains et présentation •ge de fer de quinze pouces environ), il ie parfaite. Le complément de eet état de sommeil, pendant lequel les facultés [it suspendues, mais au proGt des facultés

a les yeux fermés ; le' sens de l'ouïe est seulement à la voix du maître » (phéno- )ropre au sommeil magnétique, en distincolique, provoqué par un objet inanimé), arder de toucher le malade en crise, laquelle il est assis » (j'ai souvent observé lès i 867) : « on lui causerait des angoisses, le le maître seul peut calmer. Ces ma-

mot crise a ici le même sens que lui a ignifie en général tout état 7ierveux diffé^ î, provoqué par les procédés demagnétiigination du malade) » qu'on nomme Tné- \roir surnaturel, par lequel, en touchant ' est présenté, ouenportant lamain, même lents, ils sentent quel est le viscère affirante ; ils le déclarent, et indiquent à 3s convenables. — Je me suis fait toucher. s. C'était une femme d'à peu près cini^ais certainement instruit personne de ladie. Après s'être arrêtée particulièrele m'a dit que j'en souffrais souvent, et îllement un grand bourdonnement dans est très vrai. Un jeune homme, spectaette expérience, s'y est soumis eusuite, l'il souffrait de l'estomac, qu'il avait des ; le bas ventre, et cela depuis une ma* ' a quelques années, ce qu'il nous a con- 0 à ia vérité. Non content de cette déir-le-champ, à vingt pas de son premier ucher par un autre, qui lui a dit la même aiis vu de stupéfaction pareille à celle de im certes était venu pour contredire, >our être convaincu... )> (P. %tt,)

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LE SYMPATHISME ORGANIQUE 167

Dans un livre publié la même année (1784) sous le titre : « Réflexions impartiales sur le magnétisme animal », on trouve les remarques suivantes à propos du rapport des commissaires de roi :

6. M Dans le nombre des expériences faites par les commissaires, j'aurais désiré qu'ils eussent porté leurs observajl lions sur un de ces somnambules^ rendus tels par l'action magnétique, et qu'ils l'eussent soumis aux épreuves suivantes. Après lui avoir mis sur le^ yeux le bancleau, dont ils se sont servis dans leurs expériences, lui présenter différentes personnes dont les maux auraient été connus, et lui demander de les indiquer. Si ce médecin d'une nouvelle espèce eût découvert le siège des maux parie seul contact, je doute qu'il eût été possible aux commissaires de dire que rattoucbement aurait produit le mal, et que l'imagination ou l'attouchement y fussent pour quelque chose. Cette expérience est décisive '. elle s' est faite sous mes yeux au traite* ment de M. Mesmer; et depuiSy je Vai vu répéter à Lyon plusieurs fois et avec sucoèSy les précautions les plus sûres ayant été prises pour éviter la supercherie. Les différentes somnambules qui ont servi aux expériences sont des filles du peuple. On leur a présenté des sujets malades qui leur étiaient inconnus; elles ont indiqué avec la plus grande exactitude les maux dont ils étaient ailectés. Je les ai vues ressentir vivement les maux de ceux quelles magnétisaient ^ et les maniiester en portant les mains vers elles, aux mêmes par» ties...i> (P. â28.)

En août 1825, le D' Foissac adresse à TAcadémie de médecine une lettre, dans laquelle il annonce de la manière suivante le phénomène de la transmission des douleurs :

u En posant successivement la main sur la tète, la poitrine et Tabdomen d'un inconnu, les somnambules en découvrent aussitôt les maladies, les douleurs, et les altérations diverses, qu'elles occasionnent. » Suit une affirmation de Vinstinct des remèdes, qui ne nous intéresse pas ici. Foissac Texagère, comme il exagère aussi Tinstinct diagnostique, en présentant comme règle générale, ce qui n'est qu'un phénomène plus ou moins

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lies somnambules qu'il a eu la chance de )nt inspiré une confiance sans borne^ qui ientôt dans une pratique un peu plus

! soit promettre beaucoup, écrit-il, je le faire. Il n'est pas de maladie aiguë ou )le ou compliquée, je n'en excepte pas !S qui ont leur siège dans une des trois liques, que les somnambules ne puissent iter convenablement ; car il nen est pas ?s qui siègent aux membres et à la surface î n'excitent une réaction générale^ ou ne ? fonction essentielle, »

on est intéressante, surtout souslaplume ste compétent. Foissac reconnaît donc a communication des symptômes puisse ymptômes doivent procéder d'un trouble l assez prononcé et assez profond. Et si îs n'apprécient pas également bien les (( aux membres et à la surface du corps », ilté dont il s'agit ici, ne consiste pas à e il s'exprime lui-même, « à lire dans la des organes les plus cachés »yjjidiis qu'elle il té de ressentir les troubles d'un système ilibré. Il faut que ce trouble soit assez réagir sur le somnambule ; comme un ctrique, dans un corps conducteur, réagit nètre éloigné. ^

1 de confiance, proposa à l'Académie entifique.

il, en ville, au bureau central oii dans )is ou cinq maladies des plus franches ou risées, elles formeront le sujet d'une prevous ferez choix, pour une seconde, des les et des plus obscures. Les somnamndâ, feront briller leur sagacité en rai-

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suii uca uiiiiutuica. Ccs expérienccs seront renouvelées autant de fois qu'il conviendra, pour vous donner une entière conviction. Des commissaires nommés par vous en suivront les détails, vous en feront leur rapport, auquel j'ajouterai le mien. Si vous n'êtes pas satisfaits de leurs opérations, vous en choisirez d'autres. Si j'avais à me plaindre d'eux, j'aurais aussi la faculté d'en désigner. La vérité ne saurait échapper à des recherches aussi rigoureuses. »

Certainement: seulement, il est rare qu'une Académie s'intéresse à une vérité nouvelle. Il est, au contraire, fréquent qu'elle se soucie plus de la dignité profession, nelle que des progrès de la science.

C'est là un phénomène psychologique, qui n'est pas moins intéressant que plusieurs autres, mais que nous ne mentionnons qu'en passant. Le fait est que la lettre du D' Foissac ne fut même pas lue à l'Académie, .^t qu3 M. Adelon, secrétaire, se contenta de lui fairepartde son objet.

Après une longue et bruyante discussion, l'Académie nomma une commission, chargée de faire un rapport sur la question... «de sd.\oiT s'il convient oui ou non, que l'Académie s'occupe du magnétisme animal » .

Adelon, Pariset, Marc, Husson etBurdin firent partie de la commission. Husson a été nommé rapporteur.

Quatre mois après, le 13 décembre 1825 son rapport fut lu à l'Académie. C'était un coup de foudre.

Se basant sur les travaux de Bertrand, de Deuleuze, et de Georget, la commission conclut en faveur de Vexa^ men.

Mais ce n'est qu'après plusieurs séances indécises qu'une commission de onze membres, presque tous incrédules, fut autorisée à commencer Texamen. Ce fut le 14 février 1826. L'idée deconvenance a obtenu la majorité de 35 voix contre 25.

Cette commission expérimenlape?irfan/ cinq ans^ et son

SUGGESTION MEMALE* 10

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le même ?, et conalement,

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volume d'un œuf, d'autres du volume du poing, quelquesunes du volume d'une tête d'enfant, et dont les principales avaient leurs siège dans le côté ^'auche du ventre. L'extérieur du ventre était inéçal, bosselé et ces inégalités correspondaient aux obstructions dont la capacité abdominale était Je siège. M. Dupuytren avait déjà pratiqué dix ou douze fois la ponction à cette malade, et avait toujours retiré une grande quantité d'albumine claire, limpide, sans odeur,sans aucun mélange. Le soulagement suivait. Le rapporteur a été présent trois fois à cette opération, et il fut facile à M. Dupuytren et à' lui, de s'assurer du volume et de la dureté de ces tumeurs, par conséquent de reconnaître leur impuissance pour la guérison de cette malade. Ils prescrivirent néanmoins différents remèdes, et ils attachèrent (juelque importance à ce que M*^« *** fût. mise à l'usage du lait d'une chèvre à laquelle on ferait des frictions mercurielles. — Le 21 février i827, le rapporteur alla chercher M. Foissac et M"» Céline, et il les conduisit dans une maison du faubourg du Roule, sans leur indiquer ni le nom, ni la demeure, ni la nature de la maladie de la personne, qu'il voulait soumettre à Texamen de la somnambule. La malade ne parut dans la chambre où se fît Texpérience que quand M. Fois&ac eut endormi M"* Céline, et alors, après avoir mis une de se$ mains dans la siejine, elle l'examina pendant huit minutes, non pas comme le ferait un médecin en pressant l'abdomen, en le percutant, en le scrutant dans tous les sens ; mais seulement en appliquant la main à plusieurs reprises sur le vejitre, la poitrine, le dos, la tête. Interrogée pour savoir ce qu'elle avait observé chez M^'« ***, elle répondit que tout le ventre était malade , qu'il y avait un squirre et une grande quantité d'eau du côté de la rate, que les intestins étaient très gonflés ; qu'il y avait des poches où des vers étaient renfermés; qu'il y avait des grosseurs du volume d'un œuf, dans lesquelles étaient contenues des matières purifornies, et que ces grosseurs devaient être douloureuses; qu'il y avait au bas de l'estomac une glande engorgée de la grosseur de trois de ses doigts, que cette glande était dans l'intérieur de l'estomac et devait nuire à la digestion, que la makdie élait ancienne , et qu'enfin M^"» *** devait avoir des maux de tête. Elle conseilla l'usage d'une tisane de bourrache et de chiendent uitrée, de cinq onces de suc. de pariétaire, prise chaque matin, de très peu de mercure pris dans du lait. Elle ajouta que le lait d'une chèvre que l'on frotterait d'onguent mereunel, une demi-heure avant de la

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LE SYMPATHISME ORGANIQUE 173

porteur cessa alors de voir Ja malade, et apprit qu'à la suite de radministralion du mercure, elle avait du côté de restomac des accidents très graves qui la conduisirent au tombeau après deux mois de vives souffrances. Un procès-verbal d'autopsie signé par MM. Fouquier, Marjollin, Cruveillier, Foissac, constata qu'il existait un engorgement scrofuleux ou tuberculeux des glandes du cou, deux légères cavernes remplies de pus f résultant de la fonte des- tubercules au sommet de chaque poumon, lamembrane muqueuse du grand cul-desac de restomac était presque entièrement détruite; ces messieurs constatèrent, en outre, que vien n'indiquait la présence d'une maladie venéiienne^ soit récente, soit ancienne.» • »

Le rapporteur conclut :

a \^ Que, dansTétat de somnambulisme, M"*» Céline a indiqué les maladies de trois personnes avec lesquelles oh Ta mise en rapport ;

« 2° Que la déclaration de Tune, l'examen que Ton fait de Fautre, après trois ponctions, et Tautopsie de là troisième se sont trouvées d'accord avec ce que cette somnanabule avait avancé;

« 3° Que les divers traitements qu'elle a prescrits ne sortent pas du cercle de remèdes qu*elle pouvait connaître, ni de l'ordre dé choses qu'elle pouvait raisonnablement re-» commander;

« 4» Qu'elle les a appliqués avec une sorte de discerne* ment...»

M. Foissac a eu là chance de pouvoir tenir sa parole.

On slmagine facilement Témotion produite à FAcadémie par la lecture de ce rapport, dont nous venons de citer quelques pages à peine. On a rarement entendu un compte rendu d'observations nombreuses, aussi impartial, aussi clair et aussi prudent.

De nombreux applaudissements ne manquèrent pas d'éclater. Mais, dès qu'il fut question de le faire imprimer, comme d'habitude, on conçut des craintes pour le prestige de rAcadémie. « Si la plupart des faits consignés dans ce rapport étaient réels; dit M. Castel, ils détruisaient la moitié des connaissances physiologiques, et il

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serait dangereux de propager ces faits par l'impression ...»

On était déjà presque décidé à suivre ce conseil, lorsque M. Roux eut rheureuse idée de proposer un terme moyen :

En conséquence, le rapport ne fut pas imprimé, mais il fut autographié.

On remarquera facilement que, malgré l'apparence d'une exactitude « confirmée par Tautopsie » dans la détermination des lésions, cette ex^actitude ne se rapporte qu'aux généralités fonctionnelles et que nos remarques précédentes, comme celles du D"^ Bertrand, ne perdent pas leur valeur. Ce n'est pas vision des organes que les commissaires ont constatée, mais bien une appréciation sympathique des troubles, avec plus ou moins de netteté. Je ferai remarquer en outre, que les consultations de M"® Céline présentent un caractère un peu différent des observations précédentes. La somnambule ne souffre pas des douleurs quelle examine^ elle les perçoit seulement comme si elles étaient quelque chose de palpable; elle les tâte, pour ainsi dire, sans les prendre.

Nous verrons ensuite que cette différence découle de l'existence de deux types, un peu différents, delà perception des somnambules. La base en est cependant la même, et c'est toujours une possibilité de transmission nerveuse qui la constitue : seulement il faut bien distinguer enti'eune transmission imitative ou imaginaire, qui n'a aucun rapport avec la suggestion mentale, et une transmission physique qui lui sert de base, et qui peut être plus ou moins prononcée.

« La plupart des somnambules, dit le D' Charpignon*, ressentent les douleurs des personnes avec lesquelles on les met en rapport. Cette sensation est fugitive et ne

* Charpipio*», Physiologie^ Médecine^ métaphysique du magné' tisme. Paris, 1k4 , p. 72.

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laisse pas de trace au réveil, si Ton a soin de bien rompre le rapport. Si c'est le magnétiseur qui souffre, la sensation est des plus vives, et elle persiste souvent au réveil. Si Ton continue plusieurs jours à magnétiser dans cette disposition maladive, on inocule à ces somnambules impressionnables, la même maladie. On doit donc être très réservé sur ce point, et étendre la prudence jusqu'aux affections de Tâme, car on ne saurait croire combien est terrible l'influence d'un esprit agité sur certains somnambules. »

Puis il ajoute :

« Cette identification des deux systèmes nerveux produit quelquefois le phénomène de l'imitation ; ainsi, que le magnétiseur se mouche, qu'il tousse, le somnambule répète ses actes; s'il prend du tabac, il éternue; qu'on le pique, qu'on le brûle, le somnambule ressent aux mêmes endroits les mêmes douleurs. »

Il y a dans ce passage une confusion de trois phénomènes différents :

1) Imitation des mouvements, observée dernièrement par Heidenkain ;

2) Hyperesthésie de l'odorat (le magnétiseur prend le tabac et le somnambule éternue);

3) Transmission des sensations. — Mais évidemment, en pratique, ces phénomènes s'associent le plus souvent, et c'est là une des difficultés d'expérimentation, en même temps qu'un indice, assez important, comme nous allons le voir, pour la théorie du « sympathisme ».

Le mot sympathisme, employé quelquefois par Charpignon, me paraît assez bien choisi, et je vais l'accepter pour abréger les dénominations, en lui donnant seulement un sens plus précis; j'embrasserai sous Ce nom les phénomènes de communication directe et instantanée des douleurs et d'autres sensations subjectives, des sentiments et des états émotifs à l'exclusion des faits de l'imitation par la vue et l'ouïe, auxquels on pourrai!

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donner le nom d'imitatisme. L'imitatisme, relatif aux maladies et non aux actes, prendra le nom de contagion psychique, tandis que les faits de transmission des maladies, transmission presque toujours médiate et retardée, par le toucher tout seul, à l'insu de celui qui en subit l'action, pourront être considérés comme appartenante la contagion ne?'î;ewse proprement dite, ou contagion nerveuse physique.

Le sympathisme physique peut être subjectif ou objectif. Il est subjectif chez des somnambules qui ressentent eux-mêmes les douleurs qu'ils découvrent. — Il a été seulement objectif chez M"" Céline, comme dans les deux cas suivants observés par le D' Pigeaire.

10. (cLa dame mit la mein dans celle de la somnambule qui se prit à dire ; « Madame, vous avez bien mal à la tête. — C'est vrai, répondit cette dame, depuis ce malin j'ai la migraine. ...^ »

14. «A quelque temps de là, le professeur Lallemand me dit qu'un malade demandait à consulter une somnam^ bule. Désireux de me convaincre de cette faculté magnétique qui sent, pour ainsi dire, les maux, sans que nous sachions comment, j'essayai encore ma somnambule (la jeune fille du docteur Pigeaire). A peine eut-elle touché la main de ce malade, elle se mita dire : « Vos jambes, monsieur, sont comme mortes». — Gomment, répliquais-je, vous êtes paralytique, vous ne pouvez pas remuer vos jambes? — Non, monsieur. — Vous avez été bien malade après votre arrivée en France, ajouta la somnambule, mais à présent vous allez beaucoup mieux. » Le vieillard fît un signe affîrmatif,...)) (P. 61.)

12. « M"^" Ch... souffrait depuis quelque temps du côlé gauche de la mâchoire..., les douleurs lancinantes se concentraient dans la tempe et dans la branche de la mâchoire inférieure. Le malade traçait le trajet de la douleur, et ce trajet était celui du canal dentaire.... Dès que la somnambule eut pris la main de M"*« Gh., elle porta la sienne à sa

* J. Pigeaire. — Puissance de Vélectncitè animale, Paiis, 1839, p. 61.

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figure, saisit du doigt le nerf dentaire, et remonta à la lernpe et à la mâchoire, puis elle dit : « Ce nerf (le dentaire) est accouplé à un vaisseau de sang (l'artère dentaire); il en est de môme ici (à la tempe). Eh bien ! les vaisseaux, sont tellement gonflés par le sang et leur tissu tellement enflammé, qu'ils compriment les nerfs et les irritent...*.»

Cette dernière observation présente un type intermédiaire. Le somnambule ne souffre pas, mais cependant elle paraît ressentir l'effet de la consultation, puisque c'est «Mr elle qu'elle montre le trajet de la douleur.

Les deux observations que nous connaissons déjà, celle de M"'® R., qui a bien déterminé les troubles d'une de mes malades, choisie exprès pour cet essai (p. 38), et celle de M°® B..., qui a deviné la maladie de M. Mariilier (p. 140), appartiennent à la première catégorie. Ces deux somnambules ressentaient vivement sur elles-mêmes les troubles diagnostiqués, et je connais aussi une autre consultation deM"^® E... àla suite de laquelle elle mit un bon quart d'heure à se remettre d'un mal, que lui avait communiqué une malade. En quelques minutes, son ventre était devenu* dur et enflé comme il arrive chez des hystériques). Il est presque cerlam que, si on l'avait réveillé en ce moment, le mal aurait persisté plusieurs heures.

J'ajouterai que c'est pour la première foisqueM"® R.. magnétisée par moi, a fait son diagnostic à Tétat de somnambulisme. D'habitude elle le faisait à l'état de veille. On pourrait dire qu'elle est trop sensible en somnambulisme.

Mais comme il y a des somnambules qui reconnaissent les troubles des malades sans en paraître atteints, il nous convient d'examiner quel est le procédé qui les guide, et, pour cela, il nous faut aborder un phénomène non moins extraordinaire, et que longtemps je n'ai pas osé publier.

* Charpignon, loc, cit., 251-252.

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SYMPATHISME ET CONTAGION 179

[ corps et même à' une certaine distance, les troubles plus ou moins profonds, glas ou moins invisibles, se manifestent encore d'une façon inconnue, la science devrait s'emparer de cette précieuse découverte, et chercher à en tirer parti.

• C'est pour la première fois que je me hasarde à parler de ce phénomène, le cohnaissant déjà ^depuis cinq ou six ans.

Voici en quelques mots l'histoire de mes opinions : 11 y a de cela sept ans, un vieux magnétiseur, qui ne magnétisait plus, étant lui-même souffrant, me dit un jour :

— Vous ne craignez pas de vous porter préjudice, en magnétisant tant de monde?

— Pourquoi cela ? Je me porte toujours bien et je peux supporter beaucoup de fatigue.

— Ce n'est pas de la fatigue qu'il s'agit, répondit-il, mais vous prenez sur vous toutes les émanations des malades, tous les fluides malsains.

Je lui ai rî au nez. Je ne croyais pas au fluide, et je n'y crois pas encoi'e. Mais aujourd'hui j'admets une certaine action physique, tandis que dans ce temps, je confondais le magnétisme avec l'hypnotisme, comme on le fait encore aujourd'hui.

Il est vrai que dans ce temps je magnétisais très peu de malades, presque pas; je faisais mes expériences sur des personnes bien portantes, et ce n'est que quelques mois plus tard, qu'une circonstance me fit connaître la valeur thérapeutique du magnétisme, et m'engagea à faire des recherches dans cette voie.

Mais, durant toute l'année suivante, ayant déj à magnétisé plusieurs malades, je n'avais encore observé rien d'analogue à ce que me disait le magnétiseur et à ce que je me rappelais avoir lu dans certains livres, sans y ajouter aucunement créance.

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i LA SUGGESTION MENTALE

ce n'est pas sur un malade que je fis ma ation de ce genre.

a campagne. M. le comte de P. . . , qui a vu surlespaysans, me pria d'essayer sur lui. rendormir, mais il a cru ressentir plus très nettes. Je ne lui disais rien, pour ;er son imagination, mais j'ai eu, moi Qélisant, une sensation toute particulière , que je n'avais jamais observée auparasation consistait en un souffle froid très tenais ma main au-dessus de la sienne à lètres de dislance, ou bien lorsque je main devant son corps. Cette sensation ours la même intensité, mais quelquen temps, elle fut tellement netle, qu'on slqu'un souffiait à travers mes doigts, de ces moments que le comte s'écria :

s de courant! »

'en voyant mes sensations coïncidant que je lui ai révélé les miennes, et nous sieurs heures à les étudi^^r.

onner que le comte, tout en étant bien ie passer plusieurs nuits sans sommeil cousin gravement malade, et qu'il était misé. C'est pour se remettre de cette it venu passer quelques jours à la cam-

que j'éprouvais ressemblait beaucoup à m'était familière : tout le moqde peut ►chant la main d'une machine électrostafi, pas assez près pour recevoir une étinjré cette analogie, j'inclinais à croire que B absorption rapide de la chaleur; tout t que ce phénomène ne fut pas toujours la température de nos mains. Je sup- & temps une illusion subjective et je

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SYMPAtHISME ET CONTAGION isl

regrette maintenant mon scepticisme d'alors, parce qu'il fut cause que j'ai négligé dans ce cas, comme dans quelques autres encore, de prendre des notes détaillées.

Mais Tattention fut attirée, et je confmençais peu à peu à voir dans ce phénomène une cause réelle. Je fus d'abord obligé de reconnaître, qu'il est plm ou moins indépendant de la chaleur.

J'avais une malade, anémique au plus haut degré, qui trouvait toujours ma main chaude, même quand elle était glacée (nous étions en hiver), tandis qu'elle me donnait à moi une sensation de froid, malgré la chaleur de sa peau au contact direct.

Chez un troisième, également épuisé, j'ai eu la même sensation, et, cette fois-ci, avec une perte réelle de la chaleur, car mes mains sont devenues très froides en quelques minutes.

D'hai)itude, c'est le contraire qui a lieu : mes maina s'échauffent pendant la magnétisation et j'ai une sensation très nette de sécheresse, qui n'est pas toujours en rapport direct avec la sécheresse réelle de la peau.

Un quatrième, phtisique, me donna la sensation d'un souffle froid, seulement à la hauteur des poumons.

Un cinquième, ataxique, avait une sensation froide k gauche, et chaude à droite. L'aimant produisait absolu^ ment le même effet (sans distinction des pôles), tandis que moi je ne sentais rien.

Enfin chez d'autres ataxiques, c'était l'inverse : ils ne sentaient rien, et nioi j'avais une sensation très nette d'un côté; l'une de leurs jambes tirait, comme un cou-^ rant d'air de mes mains (de n'importe laquelle), tandis que l'autre jambe ne tirait pas du tout, ou beaucoup moins.

Peu à peu je reconnus que ce phénomène a lieu chez beaucoup d'autres personnes malades ou épuisées, et que je suis quelquefois en mesure de reconnaître ainsi hî degré d'épuisement d'un organe seulement. Je dois

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SYMPATHISME ET CONTAGION I8â

mais je ne saurais garantir qu'elle présentera che;& tout t le monde le même caractère au la même netteté.

J'ajoute, qu'en agissant sans contact, à distance de quelques centimètres, j'obtiens quelquefois le même rérésultai et les mêmes sensations.

N'écrivant pas un traité médical, je passe sur les détails et le* exceptions, et je me borne à constater, que 1 désormais la faculté de diagnostiquer un mal invisible, par l'approche d'une main, devient théoriquement pose sible. Elle peut tenir tout simplement à une réaction calorique jusque-là négligée dans la thermométrie médicale. Les détails que je donne auront peut-être quelque X ( intérêt pour M. le professeur Grasset, qui vient de n publier une étude sur la rapidité de l'action de la chaleur animale sur un thermomètre, comme caractère diagnostique*, et qui croit, que « le pouvoir émissif, souvent en contradiction avec la température du sujet, est au contraire en rapport avec la sensation fournie [e au toucher par le corps ».

jt On connaît les relations intimes, qui existent entre

s, , certaines maladies et la température superficielle. Les r- études de Mantegazza démontrent que les douleurs en [a général abaissent la température ; les recherches de 3- j M. Charcot nous ont appris à distinguer l'hémorrhagie es \ cérébrale du ramollissement du cerveau, rien qu'à l'aide des indications thermométriques, et M. Williams prétend que, suivant le degré de température observé, il peut dire à quelle catégorie des malades appartient un idiot. Déjà Hippocrate avait dit : « L'air expiré qui sort froid de la bouche et du nez est un signe mortel », etc., etc. *.

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* Giasset. — Vn nouvel élément de thermométrie clinique, etc. (Semaine médicale ^ août 1885.)

* On trouvera une analvsc détaillée de ces questions dans les « Etudes de thermométrie clinique »>, de Redard. Paris, 1874.

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