‹ De la suggestion mentaleChapitre 18 sur 39 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I(!('îe3 et sensations. ~ Mérites de la Société anglaise. — Conditions de la transmission des idées. — Transmission latente. — Communauté des idées dans l'histoire. — Les épidémies des idées. — Saint Augustin et Albicerius. — Les saints lucides. — La physiologie des possédés. — < Les commandements intérieurs. » — Comment la science profite des préjugés. — Un document officiel de la transmission des idées. — Un diable qui adore Jésus-Christ. -— Le démon polyglotte. — La langue des extatiques et la transmission de la pensée. — Opinion du Df Calmeil. — Cent preuves de suggestion mentale. — Observation du Df Bertrand. — Observation du marquis de Puységur. — Une expérience mémorative. — Les découvertes du D^ Petetin. — Défense de Deleuze. ^- Expériences récentes de la Société anglaise. — Faits observés par Lafontaine, Souchère, D' Teste, D' Charpignon, Joly, Tissot, Noizet, Barret, Maricourt, Df Fuel, D' Cornet, D«" Frappart, Houdin, Baragnon et D«" Bariier,

Avec le transfert des sensations, nous quittons le terrain de la localisation sympathique. Les idées, ne sont plus localisées.

Évidemment, comme partout, il y a des degrés.

Les sensations de la vue et de l'ouïe ont moins de rapport local avec leurs organes, que les sensations du tou- ^.l^er — mais elles se rapprochent tellement des idées proprement dites, qu'il est inutile de les traiter à part. Si je transmet l'image d'un roi de carreau en le regardant, ou en l'imaginant seulement, il n'y aura là qu'une

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différence de degré de clarté de la représenlatiop, tandis que dans les sensations tactiles, que nous venons de passer en revue, Vêlement émotionnel constituait une différence marquée.

Dans la sphère des idées, on s'attendra donc à une action plus subtile, et il est présumable, qu'une transmission directe et nette y sera plus rare encore.

On se rappelle les expériences faites avec M°® D. (p. 70); mais c'est surtout à la Société anglaise des recherches psychologiques qu'incombe l'honneur d'avoir réalisé un grand nombre d'études pareilles, faites avec une précision et une persévérance remarquables. Elles doiventêtre considérées non seulement commele point de départ de l'étude de la suggestion mentale, mais en général comme un nouvei essor donné à là science psychologique tout entière. Il n y a pas de doute qu'elles ne fassent époque dans la psychologie moderne.

Dans plusieurs de mes écrits polonais, àpartir de 1860, et surtout dans une étude sur l'état actuel de la psychologie, publiée en 1881 parla Itevue philosophique ^ de M. Ribot,je ils ressortir la nécessité absolue des travaux . collectifs en psychologie. C'est la Société anglaise qui les a réalisés la première, et aussi Ton peut voir quel pas énorme nous venons de faire dans ces dernières . années I .

Les résultats des recherches de celte Société sur la suggestion mentale, sont consignés dans quatre rapports d'un comité spécial, dont faisaient partie MM. Edmond Gourney, F.-W.- N. Myers, F. Podmore et W.-F. Barret professeur de physique au Royal-Collège of Science for Ireland. Dés expériences ont été faites aussi par M. Henry Sidgwick et le professeur Balfour Stewart. Elles ont été ïaitesàBuxton, à Cambridge, à Dublin, à Liverpool, etc.

* Projet d'un congrès international de psychologie. La Hev, Philos, Paris, t. XII. 1881, p. 1-17.

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Partout le résultat fut le même: la constatation deTexisténce du phénomène. Voici les proportions obtenues dans les premières séries : ' *

Avec suggestion mentale

En moyenne 1 sur 5 -J-

Sans suggestion mentale

à succès sur 1 -J-

eîPpéricnce.

4 succès

sur 52

expériences.

En moyenne 4 sur 43,

Elles ont porté sur des cartes de jeu, différents objets, des noms et des numéros. Mais les résultats les j^lus intéressants ont été obtenus avec des figures dessinées. On trouvera dans le I" vol. part. m% july 1883, une série de tables démonstratives.

Mes expériences avec des dessins sont beaucoup moins remarquables, et je crois qu'il y a sous ce rapport, comme sous d'autres, de grandes différences individuelles, surtout concernant les sujets, mais aussi les opérateurs. Je crois, par exemple, avoir remarqué qu'une image presque hallucinatoire se transmet mieux qu'une image réellement vue, malgré la clarté apparente plus grande dans ce dernier cas. Mais il est certain qu'une image mentale hallucinatoire est plus monoïdétque qu'une image simplement vue. Il y a aussi des diflerences par rapport au sujet; les uns sont influencés mieux par des images visuelles, les autres par des sons mentaux, d'autres par des images motrices. Il paraît aussi que la transmission est sensiblement favorisée, lorsque deux personnes, capables de concentrer bien leur pensée, agissent à la fois, et lorsque Tune pense à l'aide des images visuelles et

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TUANSMlSSIOxN DES IDÉES 251

l'autre à Taide des sons des mêmes images, prononcées mentalement. '

Mais, ce qui est surtout digne d'attention, et ce qui ressort clairement de mes expériences, c'est que les succès se manifestent par séries, c'est-à-dire qu'il y a des fluctuations dans Tétat du sujet, qui favorisent ou s'opposent à la transmission. Ces séries sont peut-être plus constantes à Tétat de somnambulisme qu'à Tétat de veille, mais le principe de Timpressionnabilité sympathique reste toujours le même. Pourque la transmission puisse avoir lieu, le cerveau ne doit pas être trop engourdi (aïdéie), ni trop distrait (polyidéie), ni trop absorbé dans ses propres idées (monoïdéie active); il doit, au contraire être passif, mais capable de fonctionner avec absorption (état de monoïdéie naissante passive). Plus Tétat momentané se rapproche de cette limite, et plus la transmission a des chances de réussite.

Maintenant, à part la transmission immédiate, il existe une transmission latenteti retardée. L'état du suje^t peut ne pas permecire une communication directe (à cause de la pression des idées qui l'occupent, ou bien à cause de Fengourdissement du cerveau); mais la communication s'effectue tout de même insensiblement, et Yiàé^pérçue en cachette apparaît d'une façon inattendue dans une expérience suivante, ou en dehors des expériences. M. Richeta déjà fait cette remarque, très importante, que la transmission s'effectue plus facilement du conscient à l'inconscient, qu'entre deux états conscients. Est-elle plus facile encore entre deux états inconscients ? Pour le moment, nous ne sommes pas en mesure de trancher cette question. Peut-être faut-il que l'état transmetteur soit plus fort et généralement (pas toujours) les états conscients sont tels — mais peut-être aussi entre deux états inconscients, malgré leur faiblesse habituelle, le réglage sympathique est-il plus facile?..

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les meilleures conditions pour les 3S, sont les suivantes :

art de l'opérateur :

me déclaré et actif;

art du sujet :

sme naissant, passif.

►proche du polyidéisme ; le second

3 sujet-récepteur ne doit pas réflé- 5 subir Vàciion de l'idée transmise.

le sans hésitation, que celte transquand elle a lieu dans un état lie toujours par l'intermédiaire des es de Tesprit. C'est pourquoi le

dire d'où lui vient l'idée transtôt tenté de la considérer comme son propre esprit, que comme une . Deux, ou même plusieurs idées ises à la fois par deux ou plusieurs

alors elles subissent encore plus individuel qui les reçoit, et se conit en une résultante, en un complexus LUX associations personnelles, upposer que la plupart des Iranslans la vie commune, restent pour es, quoique manifestes dans leurs Impliquent en partie ce phénomène, iiisloire de la civilisation, que cernes tendances et aspirations, dopoques, et que les réformes et revoit souvent simultanément, dans des ées, et presque sans relations réci-

sdu christianisme, Tépoque descroi*

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TRANSMISSION DES IDÉES 2oi

sades, celle de la Renaissance, celle de la grande Révolution, présentent des exemples frappants à ce sujet. Il est aussi remarquable que le mouvement littéraire, connu sous le nom de romantisme, fit son évolution presque simultanément partout, même au Japon; que les années 1830-31 et 1846-48 se ressemblent tellement dans différents pays, etc., etc.

11 y a des épidémies d'idées, incontestablement. Mais ici encore, comme dans les catégories précédentes de transmission, Vimitation prévaut de beaucoup sur la communication directe, et il ne faut pas se laisser entraîner à des conjectures fantastiques. Bornons-nous à signaler* un élément en plus dans l'explication positive de cer-^ taines communautés d'esprit, un élément du reste très peu perceptible, dans la mécanique générale de l'his-* toire.

Dès qu'on est arrivé à se convaincre de la possibilité d'une transmission de pensée, on devait s'attendre à en trouver des traces même dans Tantiquité. Tout rare qu'il puisse être, ce phénomène ne devait pas échapper à l'attention des auteurs, qui ont scrupuleusement noté les manifestations extraordinaires des facultés humaines.

Je me contenterai à signaler quelques exemples seule-» ment, vu le peu de v.aleur scientifique de ces observations lointaines :

Saint Augustin rapporte qu'à Tépogue où il était mani-^ chéen, il consultait les devins. Licentius qu'il met en scènô dans ses livres contre les académiciens, lui rappelle la lucidité d'un certain devin nommé Albicerius, Un homme sage et célèbre (Flaccianus) alla trouver Albicerius, après avoir formié le projet d'acquérir un héritage, et l'entretint dans le but de lui faire révéler ce dessein secret, afin déjuger de son habileté. Le devin lui dit aussitôt la nature de l'aèaire dont il s'agissait^ mais, ce qui excita encore plus l'admira* lion de Flaccianus, il lui spéciQa, sans hésiter, le nom de cet héritage, si barbare et si diflicile, qu'à peine Flaccianus lui-

flUGGESTiOR MENTALE. la

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môme pouvait s'en souvenir. Albicerius devinait encore les pensées de ceux qui l'interrogeaient ^

Ce qu*il y a de remarquable dans ce récit, ajoute

Morin, c'est que la lucidité du devin n*est nullement

attribuée à une révélation de Dieu ou de ses auxiliaires,

' puisque saint Augustin, devenu chrétien, raconte les faits

d'un manichéen.

On trouve aussi des exemples analogues dans la vie des saints et chez les extatiques de toutes les confessions.

« Ainsi, le curé d'Ars, mort tout récemment (4876) etqu*on s^occupe déjà de canoniser, lisait, dit-on la pensée de ceux (jui venaient le consulter, et déconcertait par la sûreté infaillible de sa vision, les sceptiques qui s'adressaient à lui pour l'éprouver et le mettre en défaut. Joseph de Cuperlius, canonisé sous le nom de saint Gupertin, fameux par ses nombreuses ascensions, avait le don de lire la pensée des pénitents qui n'osaient lui confesser quelques gros péchés, »

« Sans doute, dit encore Morin, on ne peut admettre, sans vérification, tous ces récils merveilleux. 11 est à regretter qu'ils n'aient pas été contrôlés par une critique sévère et judicieuse. Mais, en se livrant à l'examen de faits semblables, on pourra faire des rapprochements qui serviront à jeter quelque lumière sur une matière aussi ardue. »

Grâce à un préjugé fatal de l'humanité, des preuves à peu près certaines, de la transmission de la pensée ont été recueillies déjà au xvii® siècle. Je parle de Fopi' nion qui admettait l'existence des démons et leur incarnation dans le corps de certains malheureux. Ce préjugé, comme tous les préjugés du reste, ne fut pas dénué de tout fondement; les faits sur lesquels il se basait,

* Cent. Àcadem., lib,, I, cap. 6, no» 17, 18, t. I. —L'abbé Flottes, Etudes sur saint Augustin^ p. 19 et s. — A.-S. Morin, Les lucides d'autrefois. {L'Union magnétigue. Paris« 1867, n*» 311, p. 640.)

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élaîenl des faits réels. Ce n'est que leur interprétation qui fui erronée, puisqu'elle reflétait un état pitoyable des connaissances. L'excentricité d'une maladie terrible, mais qui ne nous effraye plus aujourd'hui, grâce surtout aux travaux classiques de M. Gharcot, et qui éclate souvent sur le terrain favorable d'une grande sensibilité hypnotique^ fit croire aux observateurs des siècles passés qu'il faut une force étrangère à l'homme, et une force diabolique, pour expliquer ces manifestations. Et comme le diable ne peut s'emparer d'un corps baptisé, que par le consentement de sonâ me, on brûlait ces malheureux, pour leur faciliter l'expiation de leur faute.

On a diminué ainsi notre héritage névropathologique, en détruisant en même temps, un grand nombre d'excellents sujets hypnotiques.

Il ne faut pas s'imaginer pourtant qu'on procédait à la légère, pour condamner un homme ou une femme,

* «Il est rationnel d^admettre, dit M. Paul Richer, que les phénomènes d'hypnotisme qui dépendent toujours d*un trouble du lo-ictionnementréj^ulier de l'organisme, demandent pour leur développement une prédisposition spéciale que, d'un accord unanime, les auteurs placent dans la diathèse hystérique ». Etudes cliniques sur VhystérO'épilepsie. Paris, 1881, p. 361. i C'est vrai qu'il y a un accord presque unanime là-dessus. Mais je crois (juc les auteurs S3 trompent. Ce n'est pas l'hystérie qui constitue un terrain favorable à Thypnotisme, mais c'est la sensibilité hypnotique qui constitue un terrain lavorable pour l'hystérie. La sensibilité hvpiiotique maximale peut exister sans l'hystérie. L'hystérie est une maladie qui se développe à un certain âge, et qui peut ou disparaître ou se modifier de beaucoup^ tandis que la sensibilité nypnotiquc est une propriété innée à peu près constante et qui hanituellement se consei-ve toute la vie. C'est une question de tempérament, de constitution physiologjique. Si c'est une névrose, on peut ne pas s'en douter toute sa vie. Si l'hystéro-épiiepsio éclate sur ce terrain favorable, favorable non seulement pour elle, mais aussi pour beaucoup d'autres maladies, pour le choléra, par exemple, cette hystéro-épilepsie est facilement guérissable par « l'hypnotisme ». Je ne ceux pas donner ici des preuves de l'opinion que j'avance, et qui peut paraître étrange et risquée. Elle est basée sur une longue expérience, et on se donnera peut être la peine de la vérifier. En attendant, le lecteur peut considérer CCS quelques lignes comme une simple note, étrangère au sujet.

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accusés de démonolâtrie. Au contraire, on ne fut pas reconna possédé avant un examen sérieux.

Tout un code posait les conditions de cet examen. Suivant le rituel, ie prêtre requis d'exorciser, devait, après s'être préparé par le jeune, la prière et autres bonnes œuvres, au sortir de la sainte messe, à jeun, assis et couvert, commander intérieurement au démon de lui donner un signe, et le démon, forcé d*obéir, devait se déceler lui-même. Ainsi, d'après le rituel, on ne devait exorciser que les malades, qui au raient joui de la faculté merveilleuse de connaître les pensées non exprimées^

Evidemment, telle n'était pas Tinterprétation des exorcistes. On croyait au contraire une transmission de pensée impossible, et si, malgré cela, le malade répondait aux questions mentales, en état de crise hystéroépileptique, ou en état de somnambulisme spontané, c'était une preuve qu'il n'était pas malade, mais bien possédé. On admettait que le diable qui est un esprit, et un esprit malin, fut capable ie bien entendre les pensées, mais point qu'un simple malade le put.

Le père Surin*, récapitulant les preuves de la possession des religieuses ursulines de Loudun, présente comme l'une des plus incontestables, quelles disaient les pensées les plus secrètes. Parmi les exemples nombreux qu'il donne de cette faculté, je ne rappellerai que les deux suivants :

ce Le lendemain de mon arrivée, dit-il, iJ se trouva à rexorcisme un homme qui me témoigna désirer voir si le démoQ connaissait nos pensées. Je lui dis de faire un commandement dans son cœur ; et après qu'il l'eût fait, je pressai le démon de faire ce (]ue cet homme lui avait commandé; après m'avoir fait quelques refus, il alla prendre sur lautel le carton où est l'évangile de saint Jean, et cet homme assura qu'il avait commandé en son cœur au démon de montrer le dernier évangile qui avait été dit à la messe.

« Bertrand. — Du Magnétismei Paris^ 1826^ p. 321,

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TIlANSMfSSlON DES IDERS 257

^^ Un de nos pères Youlànt éprouver s'il était vrai, que les démons connussent nos pensées, fit un commandement intérieur au déinon qui était en faction, et puis il lui en fit un autre; enfin,, dans l'espace d'un instant il fit cinq ou six -commandements, et les révoquant les uns après les autres, il tourmentait le démon, en disant : Obediatad mentem. Le démon répéta tout haut tous les commendements, que ce père lui avait faits. 11 commença par le premier, puis il dit : « Mais, monsieur ne veut pas», Etant au septième, il dit: « Nous verrons si nous ferons celui-ci, où il s'est enfin fixé.)>

Parmi les autres témoins, qui affirmèrent rexistence de la communication des pensées chez les religieuses de Loudun, on doit citer le frère du roi, qui signa un certi- Xicat dans lequel il atteste qu'il ne lui est pas permis de ,doulerde la possession par plusieurs raisons, et, entre autres, parce qu'une religieuse avait obéi à un ordre, qu'il lui avait donné mentalement, sans proférer une parole et sans faire aucun signe.

Voici, du reste, le passage en question

« Nous, Gaston, fils de France, duc d'Orléans, certifions... Et ayant encore désiré d'avoir un signe parfait de la possession de ces filles, nous avons concerté secrètement et à voix basse avec le P. Tranquille, capucin, de commander au démon Sabulon, qui possédait actuellement ladite soeur Glaire, qu'il allât baiser la main droite du P. Elysée^ son exorciste, ledit démon y a ponctuellement obéi selon notre désir, ce qui nous a fait croire certainement que ce que les religieux, travaillant aux exorcismes desdites filles, nous ont dit de leur possession, est véritable, n'y ayant point d'apparence que tels mouvements et connaissances des choses secrètes puissent être attribués aux forces humaines. De quoi voulant rendre témoignage au public, nous avons octroyé cette présente attestation que nous avons signée de notre nom, et l'ait contre-signer par le secrétaire de nos commandements, 'maison et finances de France, le 11 de mai 1635.

« Signé : Gaston*. »

* Relation de ce qui s'est passé aux exorcismes de Loudun^ en présence de Monsieur, Voir L. Figuier, Histoire du merveilleux, Paris, 1873, t. 1, no 205.

vGoode

Urbain Grandier (qui était platoniquement aimé des religieuses, et de la plupart de ses paroissiennes) d'avoir livré au diable son âme et celle des sœurs, communia quaient involontairement leurs préventions aux extatiques, qui s'empressaient de leur donner raison. L'interrogatoire suivant peut servir d'exemple d'une suggestion de ce genre ;

A peine Jeanne de Belciel, Ja supérieure, eut-elle aperçu les magistrats, qu'elle tomba dans ae violentes convulsions. Elle commença à se livrer à des actes extravagants ; elle se tordait sur son lit, gesticulait et poussait des cris plaintifs. 'Un carme se tenait à la droite de la possédée; Mignon (le chanoine), qui se tenait à sa gauche, commença ses exorcismes. Voici quel lut son premier dialogue avec le démon (c'est-à-dire avec l'Inconscient de la malade) :

— Vro-pter quam causam ingressus es in corpus hujus virginis^

(Pour quelle raison es-tu entré dans le corps de cette fille.) .

— Causa animosltatîs^ répondit Jeanne de Belciel, toujours en proie à des convulsions. (Par animosité.)

— Per quod pactum. (Par que! pacte ?j.

— Per flores, (Par des fleurs.)

— Qùales ? (Quelles fleurs?)

— Rosas. (Des roses.)

— Quis misit. (Qui les a envoyées ?)

— Urbanus. (Urbain.)

— Die cognomen, (Dis son surnom.)

— Grandier.

— Die qualitatem'i (Dis sa qualité I)

— Sacei^dos. (Prêtre.)

— Cujus ecclesiaet (De quelle église ?) l — Sancli Pretri,

— Quae persona attulit flores ? (Quelle personne a apporté les fleurs?)

— Diabolica, (Diabolique.)

Il est évident qu'il y avait dans cet interrogatoire des suggestions, non seulement mentales, et que de l'autre coté on avait négligé d'éclaircir certaines réponses de fa malade; aussi ne parut-il pas assez correct aux magistrats qui assistèrent à l'exorcisme. . '

vGooqIc

Il «nr^if ne: bon dit le lieutenant civil, de presser un pella rossâél?"r"ceUe raison d'animosité dont elle a

'^^1% 11 ne m'est pas permis, répondit le prêtre, d'adresser

des q"t"utlmf semblé "osa répliauer le lieutenant, que « Mais 11 me semnie^ o.a i ^ ^ j^ autres.

rrceT^rp^a fi «K paTlaquclle .o«^ êtes fait

imer le «;"».7|iP dans un premier interrogatoire que e H>hr/d^la saÇrésênce. Mais telle ne fut pas toujours la ■^'"ipdTrexorciste, ou au moins l'extatique ne devinait raXio^urSem-entce £^-f '^^t' utTe it btVoî^ cS't ;^:run rur^ciS, nommé Barré.

et'eS" 'iSninir ses deux mains le saint

-iT&ÏDÏuîn^Steaioremtuum .. .

Elle répondit :

Fntr^U aef ^V^e, IWciste reprit :

- « <^T^lr 'rSuquîreîSec un solécisme.

^ur?u"?ura"sêssffle^V^ Daniel Drouin, ne

P"' ^V*o*Silb,fqui"'esttas ^ (correct)!

iJeSSe'^ut peu If^té répéta a ..eque^^^^^^^^

Se^r^rstTponLr'iomiratrf. tout . l'heure mal

""'^'tfis es Qumadoras 1 (Quel est celui que lu adores?)

Mais la DOsSe, qui avait bien compris qu elle ava l iait un" feut^e.Clut se rattraper en employant un vocatif. - Zt est venu également mal à propos.

loin

En tout cas, le diable, s'il n'était pas très correct,

1 Fijçuiêr, /. c, 108.

TRANSMISSION DES IDÉES 2Gi

n'était pas très difficile non plus, puisqu'il reconnaissait Jésus-Christ pour son maître.

On s*étonnera peut-être d'entendre ces religieusses parler le latin. Mais elles le connaissaient un peu, puisqu'elles étaient obligées d'expliquer aux novices le Credo et le Pater, elles l'entendaient journellement autour d'elles, et dans les états extatiques, la mémoire est souvent très développée. On a vu des malades et des somnambules dire plusieurs phrases dans une langue qu'elles ne connaissaient pas du tout à l'état normal, mais qu'ils ont entendu parler dans leur enfance. Enfin, la transmission des idées s'ajoutait quelquefois à d'autres causes. Quand elle faisait défaut et que la possédée ne savait que répondre à une question posée en latin, elle disait :

— Deus non vola (au lieu de Deus non vult).

Lorsqu'on posait une question en grec ou en hébreu, il n'y avait plus de réponse. Quelquefois, cependant, la communication de pensée venait en aide.

Enfin, il y avait encore un autre phénomène qui faisait croire au don de langues étrangères :les extatiques parlaient une langue tout à fait inconnue.

On sait que, par moment, surtout dans des accès de bonne humeur, nous sommes portés à prononcer des mot^ bizarres, des combinaisons insensées de syllabes. Cette tendance se retrouve dans l'argot des étudiants, des chansonniers et des enfants. Certains états extatiques et convulsifs manifestent ce caprice de notre automatisme d'une façon paHiculière. Les extatiques des premiers temps du christianisme parlaient aussi des langues inconnues,

« J'ai déjà observé, dit Carré de Montgeron, que c'est dans le plus fort de leur extase que plusieurs convulsionriaires font ces discours en langue inconnue ou ëtrairigère. Je dois ajouter qu'ils n'en comprennent euxmêmes le sens que dans l'instant, à mesure qu'ils les pronpnçent» et qu'ils ne s'en ressouviennent plus, du

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^ ic Des médecins les interrogèrent aussi en grec sur des termes de leur science, qui étaient très difficiles et connus seulement des savants entre eux, et elle les expliquèrent nettement. »

! « Des gentilshommes de Normandie certifièrent par écrit avoir interrogé la sœur Claire de Sazilly, en turc, en espagnol et en italien, et qu'elle leur répondit fort à propos. » Carré de Montgéron {loc, cit,^ p. 53) parle d'une demoiselle Dàncogné qui, bien qu'elle n'eût jamais eu de voix, chantait parfaitement des cantiques en langue inconnue (j'ai observé moi-même des faits semblables dans l'état du délire somnambulique), «Mais ce qui surprend davantage, ajoute-t-ii, il lui arrive souvent, dans certains temps de ces extases, d'entendre le sens de tout ce qu'on lui dit en quelque langue qu'on lui parle, et de répondre atout, d'une manière fort juste; c^est ce que quantité de personnes ont éprouvé».

Bertrand remarque avec justesse, que les auteurs citent à peine quelques cas où la réponse a été faite dans la même langue, et alors cette langue était plus ou moins connue de la malade, tandis que, dans la plupart des cas, elles comprennent la langue (c'est-à-dire la pensée), mais ne la parlent pas.

Evidemment, il est plus facile de pénétrer où deviner le sens d'une phrase, dite avec une certaine intonation, que de pécher les mots étrangers dans Tesprit de celui qui connaît la langue, pour pouvoir lui répondre dans la même langue.

« Relativement aux somnambules, dit encore cet auteur les magnétiseurs n'ont pas coutume de les exercer à répondre aux langues inconnues, etje ne peux citer qu'un seul fait de ce genre : il m'a été rapporté par un homme respectable, médecin très instruit et trop tôt enlevé à la science et à ses amis. Il avait une somnambule qui lui présenta les phénomèmes les plus merveilleux, et qui l'entendait quand il lui parlait en latin, en grec, en anglais. Un jour, il s'avisa de lui lire quelques lignes en anglais.— Que voulez-vous que j^entende à votre baragouin i lui dit-elle — Mais, réplique le médecin, je vous parlais tout à l'heure dans le même langage et vous me répondiez? -^ «Alors, répondit la somnam-

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bule, c'était votre pensée que je comprenais, et non votre langage. »

« Le 6 août 4634, Jean Chiron, prieur de Maillerais, voulant être confirmé en la croyance qu'il avait de la possession, il dit tout bas à Toreille de Biaise de Fernairon, chanoine, qu'il voulait que la religieuse ouvrît un missel qui était le long de la grille, et met le doigt sur un introit de messe qui commence Sa/vesanctaparens. L'exorciste lui commanda d'obéir selon l'intention dudit sieur Chiron ; elle tomba dans d* étranges convulsions (voir l'expérience de M. Gibert, p. 133) et proféra plusieurs blasphèmes, et quoiqu'elle n'eût jamais vu ledit sieur, elle l'appela prieur de Maillerais et, après plusieurs commandements réitérés l'espace d'une heure , elle prit le missel, qui était sur un ais, près de la grille et dit: Je veux prier Dieu, et, tournant les yeux d'un autre côté, mit le doigt sur une grande S qui était Vintroit d'une messe de la Vierge, commençant Salve sancta parens^ ce que voyant ledit prieur, il dit que c'était le signe qu'il avait demandé*.»

Le 20 juin 4633, un prêtre de Saînt-Jacques-de-Fouars, ayant désiré laire l'épreuve de la divination de la pensée, dit tout bas à l'exorciste de faire apporter par la possédée cinq feuilles de rosier. L'exorciste commanda à Claire de SaziUy d'obéir. « La religieuse sortit et alla dans le jardin, d'où elle apporta premièrement un souci et quelques autres herbes, et les présenta à la grille avec des cris immodérés, disant au sieur de Morans : « Est-ce là, mon père, ce que vous demandez ? Je ne suis pas diable pour savoir vos intentions, » A quoi il repartit simplement : Obedias ! (obéis !) Elle s'en retourna au jardin et, après plusieurs commandements réitérés, elle présenta k la grille une petite branche de rosier, où il y avait six feuilles. L'exorciste lui dit : Obedias punctualiter sub pœna maledictionis 1 (Obéis exactement sous peine de malédiction); elle arracha une des six feuilles et lui présenta la branche en lui disant : « Je vois bien que vous n'en voulez que cinq, l'autre n'était pas du nombre, t Le prieur resta tellement satisfait et pénétré de ce qu'il voyait, qu'il sortit les larmes aux yeux. On dressa un procès-verbal de ces faits ^ .»

t Pilet de Lamenardièré. La démonomanie de Loudun, etc. tfi édit. La Flèche, 1634, p. 26, Figuier, 1, 253.

• Filet de Lamenardièré, L c, p. 27»

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On trouve, rapportés dans le même ouvrage, plusieurs cas analogues :

La sœur Glaire s'agenouille au commandement mental de son exorciste-magnétiseur ; elle devine le jour où le chevalier de Méré s'est confessé pour la dernière fois, et répète des mots que l'exorciste a seul entendus, etc.

Ce dernier genre de faits, c'est-à-dire la suggestion ou pénétration des pensées, paraissait impossible h Aubin (l'auteur de V Histoire des Diables de Loudun)^ qui craignait trop d'être forcé de croire à la démonomanie. Il ne cite qu'un seul fait de suggestion, celui qui eut lieu en présence du prince Gaston, le 10 mai 1635.

Un autre auteur, le D' Galmeil, non moins scrupuleux mais plus impartial, après avoir reconnu que le somnambulisme artiliciel détermine une partie des effets dont on voulait rendre les démons responsables, ajoute : «Dans cent occasions, on peut croire, en effet, que les énergumènes (les possédés), lisaient dans la pensée des religieux chargés de combattre les démons ^ . »

« Dans la pensée des religieux, qui s'étaient puissamment emparés d'elles (remarque M. L. Figuier) et non dans la pensée d'autres personnes^. » Gette remarque est applicable dans la plupart des cas. Rappelons cependant quelques expériences de suggestion mentale que j'ai faites sur M"*® B... [magnétisée par M. Janet) et qui ne m a jamais vu à Vétat de veille (p. 126).

Même phénomène chez les prophètes des Gévennes.

Le même chez les convulsionnaires de Saint-Médard.

« Ajoutons, dit le D' Bertrand, que M°« Guyon, cette dévote mystique, célèbre par Tadmiration que le vertueux Pénelon faisait profession d'avoir pour elle, raconte, dans l'histoire de sa vie, que souvent elle lisait dans la pensée du père Lacombe, son confesseur, comme

* Galmeil. — De la folie, t. IL s Figuier, 1, 256.

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celui-ci lisait dans la sienne, a Je compris, di les hommes pouvaient, dès cette vie, apprend gage des anges; peu à peu, je fus réduite à ne qu'en silence. »

Il est à remarquer que les conversations d âmes pieuses tournaient probablement autour questions, et que par conséquent, la divina pas toujours difficile.

Passons aux somnambules :

«L Parmi les somnambules que j'ai magnétisée: Bertrand, je n'en ai rencontré aucun, qui présen munication des pensées à un degré un peu éle dant je peux citer deux faits, qui me sont pen t ' récit du premier dans mon traité du som

( Il s'agit de ma première somnambule, i

3 is les procédés, au moyen desquels j'avi

( lier, avec une ferme volonté au contrain

s , pas. Elle eut à l'instant de forts mouvc

1 — Qu'avez-vous? lui dis-je. — Gomme

pondit-elle, vous me dites de m'éveiller, et vous n que je m'éveille ? »

Cette expérience est très concluante, mais i rarement, car l'association idéo-organique q\ mée entre certains gestes et le réveil, provoq par habitude, nonobstant la faible influence purement mentale.

<K L'autre exemple, qui m'est personnel se p. 279 du même ouvrage. Une pauvre femme, ! tion et ne sachant pas lire, était, disait-on, < somnambulisme, de comprendre le sens des me signification lui était inconnue dans l'état de ve effet, elle m'expliqua, de la manière la plus jusi ingénieuse, ce qu'on devait entendre par le mot que je lui proposais ; phénomène qui, si on ne vei un hasard, aussi difficile peut-être à admettre qu même qu'il suppose, ne peut s'expliquer qu'en re que cette femme lisait dans ma pensée même, 1 tion du mot, sur lequel je l'avais interrogée. »

vGooqIc

Ce fait est digne d'attention aussi, voici pourquoi. Si on compare les appréciations diagnostiques des somnambules, consignées dans les livres de magnétiseurs, qui ne possédaient pas eux-mêmes des connaissances anatomiques suffisantes, avec les appréciations des somnambules dirigés par un médecin (Voir par exemple, les 35 observations du D' E. Louis de Séré*), on y voit une grande différence de précision. De même pour les questions psychologiques ou autres.

A moins d'admettre qu'aucun des médecins qui ont fait ces expériences n'ait su s'abstenir des suggestions verbales, même quand il cherchait précisément à se convaincre, il faut bien constater, par-ci par là, un concours de la transmission des idées, dans le genre de celui que vient de citer Bertrand.

Le premier qui attira Tattentiôn des observateurs sur le phénomène de la suggestion mentale en somnambulisme provoqué, fut le marquis de Puységur.

On trouve dans ces écrits un grand nombre de faits. Voici comment il raconte sa première expérience, dans une lettre datée du 8 mars 1784 et adressée à un membre de la Société de THarmonie.

Il s'excuse d'abord de l'enthousiasme que firent naître en lui ses premières tentatives de traitement magnétique, commencées « en plaisantant » et qui ont eu des résultats surprenants. Puis, il continue :

« Ces faibles succès me firent essayer d'être utile à un paysan, homme de vingt-trois ans, alité depuis quatre jours, par l'effet d'une fluxiou de poitrine. J'allai donc le voir : c'était mardi passé, quatre de ce mois, à 8 heures du soir. La fièvre venait de s'affaiblir. Après l'avoir fait lever, je le magnétisai. Quelle fut ma surprise de voir, au bout d'un demi-quart d'heure, cet homme s^endormir paisiblement daus mes bras, sans convulsions, ni douleurs ! Je poussai la

* Séré. — Application du somnambulUme magnétiquejau diag^ nosUc et au traitement des maladies, Paris, 1855.

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crise» (c*esl-à-dire qu'il continua de magnétiser), «ce qui lui occasionna des vertiges : il parlait, s'occupait tout haut de ses affaires » (rêveries somnambuliques). «Lorsque je jugeais ses idées devoir l'affecter d'une manière désagréable, je les arrêtais, et cherchais à lui en inspirer de plus gaies. » (Le somnambulisme n'était donc pas très actif et s'approchait de l'aïdéie et d'un état suggestible, intermédiaire entre l'aïdéie el pojyidéie). «Il ne me fallait pas pour cela faire de grands efforts; alors, je le voyais content, imaginant tirer à un prix, danser à une fête, etc. »

«Je nourrissais en lui ces idées, et par là je le forçais à se donner beaucoup de mouvement sur sa chaise, comme pour danser sur un air, qu'en chantant (mentalement) je lui faisais répéter tout haut. Par ce moyen j'occasionnai dès ce jour-là au malade une sueur abondante. »

« Après une heure de crise, je Tapaisai » (c'est-à-dire réveillai) « et sortis de la chambre. On lui donna à boire. Lui ayant fait f)orter du pain et du bouillon, je lui fis manger dès le soir même une soupe, ce qu'il n'avait pu faire depuis cinq jours. Toute la nuit, il ne fit qu'un somme » (Tamélioration du sommeil naturel est un phénomène presque constant dans le magnétisme) « et le lendemain, ne se souvenant plus de ma visite du soir, il m'apprit le meilleur état de santé... »

C'est cette expérience qui fut le point de départ du magnétisme somnambulique moderne.

Quelque temps après, Puységur, toujours enthousiasmé de ses succès, écrit à son frère en parlant de Viélet:

« Quand il est dans Tétat magnétique, ce n*est plus un niais paysan sachant à peine répondre une phrase; c'est un être que je ne sais pas nommer. Je n'ai pas besoin de lui parler; je pense devajit lui, et il m'entend, me répond. Vient-il quelqu'un dans sa chambre, il le voit si je veux; il parle, lui dit les choses que je vewa? qu'il lui dise, non pas toujours telles que je les lui dicte^ mais telles que la vérité l'exige. Quand il veut dire plus que je ne crois prudent qu'on en entende, alors f arrête ses idées, ses phrases, au milieu d'un mot, et je change son idée totalement *. »

^* Puységur.-— Mémoires pour servir à rétablissement du magnéttsme, p. 22, 29 et. s.

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Il paraît qu'il n'a pas trouvé beaucoup de somnambules de cette force, car il en parle moins dans ces deux livres suivants : Du magnétisme animal considéré dans ses rapports avec diverses branches de la physique générale, Paris, 1807; et Recherches, expériences et observations physiologiques sur l'homme, Paris, 1811. Mais il s'appesantit davantage sur l'appréciation des maladies, et il croit toujours que sa volonté reste le seul et unique agent,' ce qui est une exagération évidente.

C'est qu'on subit toujours l'effet d'une première expérience.,»

Et cette fois-ci, toute une école s'est formée, sous l'influence de celte première impression du maître.

Il en est de même de nos jours, et, à peu de chose près, je ne trouve pas plus de prudence et de circonspection dans les livres des médecins, qui, après avoir détraqué une hystérique, se croient autorisés à faire des « lois )) physiologiques, et à résoudre par leurs convictions personnelles, les questions les plus délicates et les plus compliquées.

Quant aux anciens magnétiseurs qui ont passé leur vie à étudier ces problèmes quelquefois sans une préparation suffisante, mais aussi sans présomption, on ne les lit pas ; on se borne à attacher à leurs noms Tépithète de charlatans. D'autres ont choisi une méthode plus fructueuse, ils glanent par-ci parla une observation des anciens magnétiseurs, et après l'avoir dénaturée et surtout individualisée, s'en font une gloire de novateurs. Mais passons.

Quelque temps après Puységur, un médecin distingué de Lyon, président de la Société médicale de cette ville, fut amené à constater les phénomènes les plus merveilleux du magnétisme. Il était sceptique et adversaire du mesmérisme, mais le hasard voulut qu'il fût obligé de reconnaître une série de faits, beaucoup plus extraordinaire que tout ce que Mesmer avait annoncé. Ses tra-

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f DES IDÉES 271

3^uér)son avançait, les facultés ne puissance nouvelle. «Non qui devait lui arriver, mais anif ester par laparoky elle en ait ce qu'on avait l'intention ; détermination fût venue d'ellel elle priait de suspendre f l'ordre mental ou de Je révoquer^ lorsque ce qu*on lui pres- Icrivait était au-dessus de ses forces, ou qu'elle était l' fatiguée*. »

Petetin fit sur une autre cataleptique, M"e de Saint-Paul, ' un çrand nombre d'expériences , dont il voulut rendre i, témoins plusieurs de ses confrères et d'autres personnes éclairées, telles que MM. Eynard, Colladon de Genève; Domenjon, Dolomieu, le frère du nuturaliste, et Jacquier, . administrateur des hôpitaux de Lyon. —Le plus incrédule de tous, Eynard, arriva un jour chez cette dame, et la trouva dans un de ses accès, seule avec une garde malade. Il portait sur lui plusieurs dessins qu'il avait faits par l'électricité. Il approcha de Tépigaslre de la malade le portrait de Louis XIV, et lui demanda si elle le reconnaissait. Elle fit un mouvement de tête affirmatif. « Est-ce François I«»? • Signe négatif. « Louis XV? » Même réponse. Après plusieurs autres noms, il prononça celui de Louis XIV; elle répondit « oui ». Comme on avait assuré à M. Eynard que les cataleptiques savent lire dans la pensée des personnes qui sont en rapport avec eux, il lui demanda encore, pour vérifier le fait^ si elle connaissait Tauteur de ce dessin? Signe affirmatif. Il cherche à l'égarer en désignant plusieurs personnes, mais elle ne répondit « oui » que lorsqu'il se fût nommé lui-même. Il eut beau soutenir qu'il ne savait pas dessiner, la malade haussa les épaules; plus il niait, plus elle manifestait son impatience par des gestes caractéristiques.

Interrogée enfin avec quoi il avait fait ce portrait, elle lui montra de la main une machine électrique, qui était auprès de son lit, et dont Petetin se servait pour elle *.

* Foissac, Rapports et discussions sur le magnétisme animal^ Paris, 1853, p. 309. — Figuier, L'Histoire du Merveilleux, Paris, 1881, 3« é(\ït.,t. m, p. 290.

« Voyez Petetin, £/ec. anim,, p. 127. — Volasac, Rapports et dise. ^ D. 310. — Figuier, Hist, du Merv., t. III, p. 292.

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On ne parla bientôt à Lyon que des men nambuliques, et Jes recherches de Petetin au doute fini par attirer l'attention des savants lution n'avait pas éclaté. « Il ne fallut, d rien moins que le canon révolutionnaire po silence, dans cette ville, aux discussions m Mais alors tout ce bruit tomba, à Lyon comn non par l'oubli du magnétisme, mais pat la de ses partisans. »

Petetin fut oublié, et il mourut en 1808, avoir imprimé son important traité sur « ] animale », qui parut quelques mois après. ( est maintenant très difficile à trouver.

L'abbé Faria*, expérimentateur hardi e original, occupa quelque temps l'attention vers 1815. Il est le père des suggestioniste d'hui. Il agissait uniquement par suggestion n'admettait pas la transmission de la voloi par conséquent en opposition absolue avec tisies de l'école de Puységur. N'agissant que ^__- ^. duire de l'effet en public, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il n'a pas pu constater un phénomène qui demande de longues et patientes recherches de cabinet.

Une troisième école, plus directement liée avec Mesmer, fut celle des fluidistes, représentée par le savant bibliothécaire au Jardin des Plantes, un travailleur . consciencieux au plus haut degré, sage et réservé, et dont le travail principal, résultat de vingt- cinq ans d'observations (je ne cite pas ce détail pour effrayer les hypnotiseurs d'aujourd'hui), parut en 1813*.

Deleuze, comme nous le savons déjà, connaissait parfaitement les phénomènes de transmission, il jentrevoyait

* De la cause du sommeil lucide ou étude de la nature humaine, Paris, 1819.

« Deleuze, Histoire antique du magnétisme animal^ Paris, 1813,

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TRANSMISSION DES IDÉES â73

même tout le parti que la science pouvait tirer de cette découverte, pour*faire entrer dans le domaine positif un grand nombre de faits, jusque là incompréhensibles et propres à entretenir des préjugés. Mais il ne s*en occupe pas beaucoup, pour deux raisons : d'abord il voulait, au moins dans cette première édition, éviter tout ce qui pouvait choquer l'incrédulité des corps académiques, et puis il considérait comme inconvenantes toutes les expériences de curiosité, c'est-à-dire tout ce qui n'a pas pour but principal le soulagement des malades. Mais il croyait tellement à la communauté de pensée entre le magnétiseur et son sujet, qu'il dit avec une naïveté charmante : « Lorsqu'on veut demander quelque chose au somnambule, il faut exprimer sa volonté par des paroles. Les bons somnambules entendent la volonté sans qu'on leur parle. Mais pourquoi employer ce moyen sans nécessité? C'est une expérience, et l'on doit s'être fait une loi, de s'interdire toute expérience * ».

On s'étonnera peut-être de voir qu'au temps de Deleuze cette défense de toute expérimentation lut scrupuleusement suivie, par un grand nombre d'observateurs. On a publié des volumes sur l'application thérapeutique du magnétisme, mais toute la partie scientiQque expérimentale n'a fait aucun progrès. On guérissait, voilà tout. Ce n'est donc qu'accidentellement que la suggestion mentale fut observée.

Certains magnétiseurs cependant étudiaient un peu la question et ont laissé quelques observations intéressantes. Je vais citer toutes celles qui ont droit à notre confiance, en essayant autant que possible de séparer la transmission de pensée de la transmission de volonté, qui nous occupera ensuite.

* Deleuze, histruction pratiauB sur le magnétisme animal, Paris, 1825, p. 125»

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TRANSMISSIOiN DES IDÉES

Objet pensé :

\) Papier rouge découpé en forme de petit verre aux œufs avec un œuf blanc dedans.

S) Papier bleu en forme de cruche.

3) Papier 'rouge découpé en forme de vase.

4) Une râpe neuve.

5) Une rondelle en bois sur un fond noir.

6) Une rondelle rouge.

7) Même objet que dans la 5®, exp.

8) Papier argenté découpé en forme de théière.

9) Un rectangle allongé jauue.

40) Un louis d*or.

11) Trois de cœur.

12) Cinq de trèfle.

43) Huit de carreau.

U) Une carte avec deux croix rouges.

Objet deviné ;

Quelque chose de rouge :

plus long que large.

C'est bleu? C'est plus large au sommet qu'au milieu, puis de nouveau plus large.

C'est comme une cruche (elle dessine une cruche).

C'est rouge? Je ne peux voir que la couleur.

Quelque chose qui luit... argent ou acier... long et mince.

Je ne peux pas distinguer cela.

C'est rouge?...

C'est rond et rouge.

Y a-t-il quelque ' chose de rouge tout autour?... de jaune rougeâtre, quelque chose de léger.

C'est de l'argent luisant, comme une chaudière?...

C'est une théière.

Est-ce jaune?...

C'est plus long que large.

Est-ce jaune bnllant?^.. De l'or... est-ce rond?

Est-ce une carte avec des points rouges?... Un trois, ou quelque chose comme cela.

C'est une autre carte avec cinq points noirs?

Est-ce une carte avec, beaucoup de points... rouge...

un dix?

Est-ce quelque chose de jaune et claire... je ne vois pas bien... Est-ce une carte avec des points rouges...

je ne vois pas.

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45) Sans objet. On ima#i;ine une croix blanche sur un fond noir.

Je vois quelque chose de blanc et noir... je vois deux lignes *.

Je recommande cette série à rattention de M. Preyer et je rengage à faire la même chose en tirant au sort ^.

Voyons 'maintenant ce [que racontent les magnétiseurs :

4) «A Tours, dit M. Lafontaine, j'avais une somnambule qui était douée d'une grande lucidité. M. Renard, proviseur du collège, homme très sceptique, venait chaque jour, muni de divers objets qu'il avait soigneusement enveloppé, et qu'il gardait dans sa poche. Il n'était pas plus tôt en rapport avec Clarisse, la somnambule, qu'immédiatement elle lui nommait l'objet qu'il avait caché avec tant desoins. Pour prouver que c'était bien une transmission de pensée et non la vue, je faisais exécuter un ordre mental; c'està-dire que, sans prononcer un mot, sans faire un signe, en concentrant ma pensée sur une action quelconque dont je voulais l'accomplissement, la somnambule se levait et faisait .ce que je voulais ^ » .

2) « Le D' Thomas présenta à Clarisse son petit étui à lancette, en demandant ce qu'il avait dedans. La somnambule lui répondit que cette boîte ne contenait que trois

• Malcom Guthrie (J.-P.). — Further report on experiments in tkought transference at LiverpooL (Proceedingsof the Society for psychical reseaj'ches, december, 1883.)

* M. Preyer, professeur de physiologie à léna a critiqué les recherches de M. Ch. Richet, en soutenant, qu'il avait obtenu par le hasard tout seul, les mêmes résultats (Die Erklaerung des Gc* dankenlesens nebst Berchreibung eines îieuen Verfahrens zum Nachweise unwiltkûrlichen Bewegungen, Leipzig, 1886). En Italie et en Angleterre, les expériences de M. Richet ont trouvé un accueil plus impartial. Voir Adolfo Errera, Gli studi matematici di Richet suUa suggestione (Archivio di psychiatria, scienze penali ed anteropologia criminale, t. VI, fasc. I). Prof. 0. J. Lodge and M. Alfred Lodçe, Jf. Riche f s Récent researches in thought transfe* rence {Proceeaings of the Society for psych, research, december, 1884).

3 Ch. Lafontaine. — VArt de magnétiser, 5« édit., Parisj 1886j p. 98.

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TRANSMISSION DES IDÉKS 277

instrumeuls, el lui indiqua le lieu où il avait laissé le quatrième*. »

3) « Tantôt M. Renard fermait les portes et les volets de son cabinet, bouchait le trou des serrures, afin que persoaae ne pût le voir ; puis, allumait une bougie, et écrivait quelques mots qu'il enveloppait de plusieurs papiers. Il arrivait triomphant, espérant, grâce à toutes les précautions qu'il avait i)rises, que la somnambule ne pourrait voir ce qu'il avait écrit. Mais aussitôt qu'il avait remis le papier dans la main de la jeune fille, et quelquefois même avant qu'il ne l'eût tiré de sa poche, Clarisse lui disait ce qu'il avait écrit*. »

4) a M. de la Souchère, ancien élève de l'École polytechnique, savant chimiste résidant à Marseille, avait pour domestique une femme de la campagne, chez laquelle se produisaient avec la plus grande facilité le somnambulisme et plusieurs de ses phénomènes remarquables. En somnara- Dulisme magnétique, dit-il, Lazarine entrait avec moi en parfaite communication de pensée et elle était tellement insensible^que ie lui enfonçais des aiguilles dans la chair, dans la matrice de l'ongle, sans qu'elle éprouvât la moindre douleur et sans qu'il sortit une goutte de sang ». (Ce phénomène est très commun; il se produit souvent en somnambulisme un rétrécissement notable des petits vaisseaux). <K Eu présence de l'ingénieur Gabriel et de quelques amis, j'ai repété les expériences suivantes : Je lui faisais boire de l'eau pure, et elle me disait qu'elle avait tel goût que je me représentais : limonade, sirop, vin, etc. On m'indiqua de lui faire boire du sable. Elle ne pouvait deviner. Alors je mis du sable dans ma bouche, et immédiatement elle se mit à cracher, en disant que je lui donnais du sable (trans. de sens). J'étais alors derrière elle, et il lui était impossible de me voir. » (Une expérience analogue, mais encore plus avancée, est citée par le comte de Maricourt, le sujet ayant bu à l'état de veille, un verre d'eau, avec suggestion mentale d'un verre de kirsch, manifesta tous les signes de l'ivresse pendant plusieurs jours. Je remarquerai que quand on provoque des phénomènes semblables a l'état de veille, ils sont plus difficiles à dissiper qu'en somnambu-

* Ch. Lafontaine. — Mémoires d*un magnétiseur, Paris, 1866 t. I, p., 154.

• Mémoires l. c. p. 154.

flUCGËSTlON HE.MALE. ^6

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â7Ç DE LA SUGGESTION MENTALK

lisme. Ce sani les phénomènes de ce genre qui ont fait croire aux magnétiseurs quils peuvent, en magnétisant un verre d*eau ou un autre objet, imprégner leur fluide de différentes (Qualités physiques ou chimiques. La magnétisation est ici inutile puisque c'est ]a pensée qui agit sur le cerveau du sujet et non sur Tobjet.) « Quelqu un me remet un Jivre (Robinson^ Crusoë). Je l'ouvre et j'examine une gravure qui représentait Robinson dans un canot. Lazarine, interrogée sur ce que je fais, répond : Vous avez un livre, vous ne lisez pas; vous regardez une image : il y a un bateau et un homme dedans. Je lui dis de me décrire l'ameublement d'une chambre, qu'elle ne connaissait pas, et elle indiqua les meubles au fur et à mesure que je me les représentais. Je n'ai pas vu chez ma domestique la transposition des sens. On lui avait appliqué sur Fépigastre divers objets : si je les connaissais^ elle les indi-^ qiiait ; si j'ignorais ce qu'ils étaient, elle ne pouvait les nommer. Ce n'était donc que la transmission de la pensée qui se produisait en elle. 11 est possible (jue, dans certains cas, ce que l'on a attribué à la transposition des sens n'ait été qu'un effet de la transmission de la pensée *. »

o) Le D» Teste* a plusieurs fois constaté que la somnambule peut suivre Ja pensée du magnétiseur, a M"« Diana^ dit-il, suivait une conversation pendant laquelle je ne pariais que mentalement. Elle répondait aux questions que je lui adressais de cette manière ». 11 cite encore une expérience extraordinaire, dans laquelle la suggestion mentale se manifeste comme hallucination :

« J'imaiîinai un jour une barrière en bois autour de moi, sans le aire; je mis en somnambulisme, Mlle H., jeune

f personne très nerveuse, et je la priai de m'apporter mes ivres. Arrivée à l'endroit où j'avais imaginé la barrière, Mlle H., s'arrête, disant qu'on a mis là une barrière. Quelle singulière idée, dit-elle, d'avoir mis là une barrière! Si on la prend par la main pour la faire passer, ses pieds sont collés au parquet, le haut du corps se porte seul en avant, et elle dit qu'on lui presse l'estomac sur l'obstacle ^ »

* Dr Despine. — Etude scientifique sur le somnambulisme, Paris, 1880, p. 221.

* D"^ lesie.^ Manuel pratique du magnétiseur^ 4«éditij 18ô4, et Le Magn, an, expliqué, 1845, p. 243.

3 Despine, loc, cit., p. 219.

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Voici encore un fait, très intéressant, cité par le D' Bertrand dans une de ses conférences sur le magnétisme et reproduit par Noizet :

6) « Un magnétiseur fort imbu d'idées mystiques avait un somnambule qui, pendant son sommeil, ne voyait que des anges et des esprits de toute espèce. Ces visions servaient à confirmer de plus en plus le majînétiseur dans sa croyance religieuse. Comme il citait toujours les rêves de son somnambule à l'appui de son système, un autre magnétiseur se chargea djB Je détromper, en lui montrant qu'un somnambule n'avait les visions, qu'il rapportait, que parce que le type en existait dans sa propre tête. 11 proposa, pour prouver ce qu'il avançait, de faire voir au même somnambule la réunion de tous les anges du paradis à table et mangeant un dindon, — 11 endormit donc le somnambule, et au bout de quelques temps il lui demanda s'il ne voyait rien d'extraordinaire ; celui-ci répondit qu'il apercevait une grande réunion d'anges. — Et que font-ils? dit le magnétiseur, — Us sont autour d'une table et ils mangent, 11 ne put indiquer cependant quel était le mets qu'ils avaient devant eux * >u

En général, si le somnambule croit uoiV quelque chose en dehors des conditions ordinaires, il faut se demander tout d'abord si ce n'est pas par simple suggestion involontaire de notre part*

7). « Un étudiant en médecine demande à une de mes somnambules quels malades le jury lui donnera à examiner pour une épreuve du doctorat. Elle décrivit très nettement trois malades de THôtel-Dieu, qui avaient attiré plus spécialement l'attention de l'étudiant et que celui-ci aurait désiré comme sujets de son examen. Elle ajouta même (détail caractéristique) sur un de ces sujets :

— Ohî comme cette femme a l'œil brillant... et fixe!... Il me fait peur.,, cet œil ! — Voit-elle de cet œil brillant? demanda l'étudiant. — Attendez... je ne sais pas... cet œil est dur... 11 n'est pas naturel. — En quoi est-il, cet œil? — Eu quelque chose... qui se casse... et qui brille... Oh! elle

• Mémoire f p. 128,

TRANSMISSION DES IDÉES 2Si

quelques mots sur un bout de papier soigneusement plié, la somnambule se l'appliquait n'importe où, et tt lisait » le contenu. Je crois que c'était le cas du D' Teste, qui, ayant cru avoir affaire à une double vue, a échoué complètement dans ses expériences devant la commission académique de 1840, où il s'agissait de déchiffrer une écriture enfermée dans une boîte, et qu'il ne connaissait pas lui-même. Inutile d'ajouter que certains magnétiseurs de bonne foi, comme M. Hublier, ont été tout simplement victimes de la ruse de leurs somnambules*,

8). M. Henri Joly^, qui ne croit pas à la clairv>yance ni à la transmission de pensée, raconte ce qui suit : a Nous tenons d'un honorable magistrat, Tun des auditeurs, les plus sympathiques de nos cours, le procès-ver aal dune interrogation ou expertise, faite par lui sur une somnambule, dotit les pratiques avaient été signalées à la justice. La conviction de ce magistrat est, que cette scmnambule était sincère et qu'elle était réellement endormie. » a Le lundi 4 juillet 1859, je me suis rendu à 8 h. 40 m. du |

matin, chez les époux B., demeurant à C. S. S., rue ^

Saint-G. J'ai prié le* sieur B., de mettre sa femme dans Fétat de sommeil magnétique. Cette femme est aveugle depuis deux ans, ne distingue pas les objets, et n*a qu'une perception confuse de la lumière par l'œil gauche. — Quand le sieur P... m*eut annoncé que je pouvais interroger sa femme, j'ai mis entre les mains de celle-ci un mouchoir blanc, et le dialogue suivant s*est établi. (J'étais seul avec la femme D.), — Houvez-vous me dire qu'elle est la marque de ce mouchoir? — Très facilement; mais qui vous a donné ce mouchoir? — Répondez à ma question. Ce mouchoir est à moi : je l'ai acheté. — La marque que fui sous mes doigts est bien difficile à lire. Cependant, je voi^ un M. Je ne puis lire la lettre qui est en avant. (Le mou-* choir est marqué J. M. en coton rouge, lettres anglaises).

< Burdin et Dubois. — Histoire académique du magnétisme animaly Paris, 1841, p. 584 et suiv.

2 Henri Joly.— V imagination ^ étude psychologique^ Paris, i877, D.60.

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9). « Séance du 4 septembre, — Soixante pulsations pa* minute, avant Je sommeiJ comme après; mais, au moment du sommeil et avant la convulsion feinte ou réelle (il n'y eut pas de mouvement convulsif dans les deux dernières séances), affaiblissement subit du pouls, sans ralentissement; après le mouvement convulsif il reprend son intensité. « La somnambule, qui, selon toute apparence, ne connaissait pas les localités que je lui faisais parcourir et visiter, quoiqu'elle fut Franc-Comtoise et de la Hante-Saône, se rend dans le village où je suis né, dont je lui tais le nom, et qu'elle ne nomme pas elle-même. Mais en passant par Pontarlier, elle donne le nom de cette ville; — indique la direction où se trouvent les Fourgs (village en question), décrit le chemin qui y conduit depuis la route départementale; assigne la position de Téglise hors du village et indique presque le numéro de la maison paternelle; donne des particularités d'une grande justesse sur ma mère, sur les suites de ses couches, sur sa maladie, sur le traitement suivi, sur sa mort; mais elle se trompe sur Tâge que j'avais à l'époque de cette mort, et sur la composition de la famille. Elle rencontre juste sur plusieurs détails delà vie de mon père et de ma mère, et se trompe sur quelques autres. Elle décrit, avec une grande précision, les accidents de terrain qui se rencontrent en suivant le sentier'qui conduit du village au hameau de la Beuffarde; se trompe deux fois sur la maison que j'habitais; en décrit ensuite avec exactitude, les parties ; se trompe sur la cause de la ruine d'une maison voisine. Elle donne àes détails exacts sur mes premières années ; me suit ailleurs^ ne se trompe qu'à demi sur ma situation à Pontarlier de 1815 à 4819; est plus exacte sur mon existence et mon occupation à Besançon; mais son intuition du reste de ma vie est un peu plus obscure, quoiqu'il y ait uii assez grand nombre de particularités vraies. »

On voit dans cette narration un rêve somnambulique, alimenté par des suggestions verbales, mais aussi par la communication des souvenirs, surtout de ceux de lu première enfance, qui sont plus vifs habituellement.

La somnambule de M. Tissot, comme celle. du magistrat cité par M. Joly, était sourde aux impressions ne provenant pas de la personne, avec laquelle elles étaient ce en rapport»;

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M. Tissol donne sa manière de prendre les notes comme exemplaire. Mais elle est loin d'être satisfaisante. Il a bien noté toutes les erreurs de la somnambule, mats cela ne suffît pas. 11 faut absolument noter le dialogue tout entier. Voilà pourquoi je préfère la narration du général Noizet.

Le général Noizet*, auteur de plusieurs travaux philosophiques, et dont le volume sur le somnambulisme a été loué à l'Académie des sciences par Flourens, raconte le fait suivant :

-40j. « J'arrivai chez mon ami avant le magnétiseur et sa somnambule, et le maître de la maison nous dit qu'entre autres facultés extraordinaires qu'on prêtait à cette somnambule était cclliv de pouvoir dire ce qu'une personne, avec qui on la mettait en relation, avait fait dans la journée. Il se trouvait justement, par hasard, que ce jour-là j'avais fait une démarche peu ordinaire; j'étais allé dans les combles de i*Hôtel des Invalides avec le duc de Montpensier, pour lui faire voir la galerie des plans-reliefs des places fortes. Je proposai de faire sur moi l'essai de la faculté de la somnambule, et cette proposition fut acceptée par mes deux amis. — La somnambule avrivée et endormie, je me mis aussitôt en rapport avec elle, et lui demandai si elle pouvait voir ce que j'avais fait dans la journée. — Après quelques détails assez insignifiants et péniblement obtenus sur l'emploi de ma matinée, je lui demandai où j'étais allé après déjeuner. Elle me répondit sans grande hésitation : aux Tuileries; ce qui pouvait fort bien s'entendre d'une simple promenade. J'insistai en demandant par où j'étais entré, et elle répondit fort bien encore : Par le guichet du quai auprès du Pont-Royal. — Puis ensuite? — Vous êtes monté dans le château. — Par quel escalier? Est-ce celui du milieu? — Non, c'est par celui du coin, près du guichet, — Là, elle se perdit dans les escaliers, et il y a lieu, en effet, de s'y perdre, car il y en a plusieurs... Enfin, elle me laissa dans une grande salle où il y avait des officiers. C'était une salle d'attente au rez-de-chaussée. — Vous avez attendu, me dit-elle. — Et puis? —Il est venu un grand jeune homme

* Noizet, Mémoire sur le somnambulisme et le magnétisme, Vi" ris, 1884, 1 vol. in-8. 430 p. — Morin, l. c, p. 173.

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vous parler. — Quel était ce jeume homme? — Je ne le connais pas. — Cherchez bien. — Ah! cVst un fils du roi. ^— Lequel?— Je ne le connais pas. — Ce n'est pas bien difficile à savoir, il n'y en a que deux à Paris : Je duc de ISemoursetle duc deMontpensier; est-cele duc de Nemours?

— Je ne le connais pas. (Je lui dis que c'était le duc de Montpensier). — Après? — Vous êtes monté en voiture. — Tout seul? — Non, avec le prince. — Comment étais-je placé ?

— Au fond, à sa gauche. — Etions-nous seuls dans la voilure? — Non,, il y avait encore devant un gros monsieur. — ^ Quel était ce monsieur? — Je ne le connais pas — Cherchez. — (Après avoir rélléchi) : c'était le roi. — Comment, lui dis-je, j'étais sur le derrière de la voiture et le roi devant ! Vous voyez bien que cela n'est pas raisonnable. — Je ne sais pas, je ne connais pas ce monsieur. — Eh bien, c'était ]'aide-de-camp du prince. — Je ne le connais pas. — Où avons-nous été? — Vous avez suivi la rivière. — Et puis? — Vous êtes allés dans un grand château. — Quel château? — Je ne sais pas; il y a des arbres avant d'y arriver. — Regardez donc bien, vous devez le connaître. — Non, je ne sais pas. (J'abandonne cette question, et lui dis de continuer.) — Vous avez été dat|^ une grande salle. (Là, elle me fait une description imaginaire de la salle où elle voit briller des étoiles sur un fond blanc); entîn elle me dit : — Il y avait de grandes tables. — Et qu'y avait-il sur ces tables? — Ce n'était pas haut^ ce n'était pas plat non plus tout à fait. (Je ne pus pas l'amener à me dire qu'il y avait des plans-reliefs, objets que, sans doute, elle n'avait jamais vus;) — Qu'avonsnous donc fait devant ces tables — Vous avez trié. Vous êtes monté sur un siège et, avec une grande baguette, vous faisiez voir quelque chose. (Cette particularité remarquable était parfaitement exacte.) Enfin, après bien des lenteurs, elle nous fît remonter en voiture et partir. Je lui dis alors : — Mais regardez donc en arrière, vous devez reconnaître l'endroit d'où nous sortons. — Ah! dit-elle, comme étonnée et un peu confuse, c'est l'hôtel des Invalides... Elle ajouta encore que le prince m'avait laissé à ma porte, ce qui était vrai... Quelque familiarisé que je fusse avec les scènes du somnambulisme, cette scène me frappa néanmoins beaucoup, et je ne pus raisonnablement attribuer qu'à la faculté de lire dans ma pensée ou sur des impressions existantes encore dans mon cerveau, l'espèce de divination dont venait de faire preuve la somnambule. C'est encore la seule explication que je puisse lui donner aujourd'hui. »

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Cette observation est réellement curieuse par ce qu'elle démontre :

1" Que jusqu'au moment où le général n'a pas fixé son attention sur un détail quelconque de ses souvenirs, la somnambule ne devinait rien ;

2** Que quelquefois elle parlait d'après des suggestions verbales faites par le général, et qu'alors, ou bien elle divaguait par conjecture, ou bien elle complétait ces suggestion^ verbales par des détails réellementtransmis mentalement;

3<> Qu'elle « voyait » mieux les détails qui ont laissé une trace plus vive dans l'esprit du général;

4» Que les traces transmises partiellement se complétaient peu à peu de manière à former une image plus nette (Les Invalides) ;

5** Que quelquefois la conjecture réflécbie manquait complètement, et alors la somnambule se dirigeait par des images qui passaient spontanément par son esprit (le roi).

C'est bien là ce qu'on observe dans des consultations réussies.

11). Le compte-rendu de rAssocialion britannique pour l'avancement des sciences (section d'Anthropologie, congrès de Glascow de 4876) rapporte ce qui suit : « Le professeur Barrett d'Edimbourg cite une jeune Irlandaise, qui a pu, quoiquelle ne fut iamais sortie de son village, décrire Régent Street à Londres, rue à laquelle il pensait en lamagiiélisant. M, Barrett conclut de ce fait et d'autres semblables, que toute idée sur laquelle l'opérateur concentre sa pensée, produit une idée de même nature dans l'esprit du magnétisé *. »

12). M. Ch. Richet a recueilli dernièrement un certain

* Je cite d'après P. Despine (/. c.) en corrigeant seulement le nom du professeur Bennet. Il s*agit sans doute du professeur W. F. Barrett qui a décrit cette expérience dans son article : « On some phenomena associated with abnormal conditions of mind. > {Procedings of the Society^ f. p. r. July, 1883, p. 238).

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ÏRANSMISSION DES IDÉES 287

nombre d*observatioiis de ce genre (encore inédites). Le sujet questionné par l'opérateur décrit une chambre, une maison, etc., d'après les souvenirs du magnétiseur. Ces observations, exactement faites, présentent un intérêt particulier, parce qu'elles peuvent nous aider à déterminer le rôle des souvenirs inconscients dans l'acte de la transmission. On pourra, de cette manière, préciser si, et dans quelle proportion, les connaissances qu'on possède, mais qui ne sont pas momentanément présentes dans l'esprit, peuvent se transmettre au sujet. H faut seulement^ pour que ce but puisse être atteint, noter soigneusement et décrire, ave« détails, l'état mental de l'opérateur.

43). M. William. Gregory *, ex-professeur de chimie à l'Université d'Edimbourg, cite des cas analogues, mais je n'ai pas son livre sous la main.

U). Le comte de Maricourt *, dont nous avons déjà cité quelques lignes, raconte encore ce qui suit : «Il m'est arrivé souvent d'être confus et çôné par la clairvoyance des somnambules racontant des impressions ou devinant des .sentiments que j'eusse voul« leur cacher. Gomme il s'agit de personnes dans le commerce desquelles je vivais, la chose peut s'expliquer par l'habitude de la communauté d'idées. Pour éviter cette cause d'illusions, j'ai tenté d'expérimenter sur une personne qui m*était complètement inconnue. Un industriel exhibait alors à Paris certaine somnambule dont on disait merveille. Elle connaissait le passé, le présent, l'avenir, comprenait toutes les langues, et, surtout, devinait les pensées les plus secrètes; — Les séances se tenaient dans une grande salle sur les boulevards. — On n'avait qu'à lui donner la main et concentrer sa pensée sur un objet quelconque; elle vous disait clairement^ en la suivant, quel était cet objet. G'est ainsi que je vis plusieurs messieurs l'interroger tacitement. L'un d'eux pensait à un assassinat, à un duel dont il aurait été témoin; un autre la faisait assister à quelque scène de bataille, de naufrage ou d'incendie. Les descriptions de la somnambule parurent convaincre pleinement ses consultants... Ne croyant pas au surnaturel, je ue voulais pas me laisser tromper par des jongleurs. Ges

* Gregory, Letters Ofi mesmeinsme and clairvoyancej Edimbourg, 1852. — Morin, /. c, p. 168.

' R. comte deMaricourt^ Souvenir d'un magnétiseur. Pans, lb84, p* 96 et suivantes.

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« En passant devant un ehamp, dont je connaissais le propriétaire, je lui demandai de me dire le nom de ce dernier^ et en même temps je prononçais pe nom en moi-même. — J'eus quelque difficulté à obtenir une réponse satisfaisante,» (ren^arcjuons qu'il s'agit d'un état poiyidéique actif), « le sujet affirmait qu'il ne pouvait pas me le dire. 4'insistai, et le nom fut prononcé comme je le désirais. — Vous le voyez. C'est un fait brutal, dans lequel il faut bien que le sujet voie ce que vous pensez et ce qu'il ne peut deviner. Je ne crois pas qije l'on puisse citer un exemple plus frappant de la pénétration de la pensée. » (p. 123).

16). Le D' Puel, auteur d'un mémoire sur la catalepsie couronné par TALCadpmie, faisait aussi deviner à un de ses cataleptiques les mots pensés; seulement il lui facilitait la tâche en indiqijant les terminaisons. M. Puel disait au mar îade : dites-moi le mot auquel je pense et ayai^t telle rimci par exemple rimant à clairvoyance t- 9t le sujet le disait sans hésitation*. »

47). Le D' Gomet, connu comme rédacteur de journaux de médecine et écrivain distingué, était fort incrédule en matière de somnambulisme, et avait souvent égayé ses lecteurs en ridiculisant les prodiges de lucidité, racontés par les magnétistes. En 4 839, sa femme étant tombée maladcj eut des accès de somnambulisme naturel et devint lucide, M. Cornet, dont le témoignage a d'autant plus de poids j qu'ils s'agissait de faits qu'il avait regardés comme impossibles, envoya à l'Académie de médecine un rapport détaillé sur les choses merveilleuses qui se passaient sous ses yeux, et le publia dans le journal ÏHygie, M°*« Gomet désignait entre autres chaque petit objet enfermé dans la main et devinait les pensées qui se rapportaient à elle.

Je passe sur d'autres faits qui se rattachent à une autre question, celle de clairvoyance, c'est-à-dire quand le sujet voit ou devine les choses qui ne peuvent pas être connues des assistants.

Après avoir cité la description de ces faits étranges^ d'après le rapport du Dr Gomet, un autre médecin, M. Frappart ajoute : « Vraiment, elle a dû coûter beaucoup à son auteur; car, naguère encore, il était un des plus fougueuîf opposants du magnétisme... »

* A. S. Morin, Du magnétisme et des sciences occultes, Parisj 1860, p. ni.

flUGGESTlOK MENTALE. 17

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sait le public. Dans plusieurs villes où les somnambules avaient quelques succès, il se faisait un jeu de contrefaire leurs exercices et môme de les surpasser. M. de Mirville, le célèbre démonologue qui, dans son système, a besoin de somnambulisme, pour en faire honneur aux esprits infernaux, eut Tambition de convertir un adversaire aussi redoutable; il pensait avec raison que, s'il parvenait à lui démontrer que la lucidité appartient à un ordre de choses entièrement étranger à ses études et à sa pratique, le témoignage d'un juge aussi expert serait d'un très grand poids pour servir la cause du somnambulisme. Il le conduisit chez le somnambule Alexis. M. de Mirville rend compte, dans son livre des Esprits^ de la scène qui eut lieu.

M. Morin, auquel j'emprunte ce passage, auteur d'un livre spirituel, mais sceptique, sur le magnétisme, affirme que Robert Houdin lui confirma l'exactitude de la narration de M. de Mirville.

a J'étais abîmé, confondu, dit le magicien, il n'y avait plus là ni adresse, ni escamotage. J'étais témoin de Texercice d'une faculté supérieure, inconcevable, dont je n'avais pas la moindre idée et à laquelle j'aurais refusé de croire si les faits ne se fussent pas passés sous mes yeux. J'étais tellement ému, que la sueur me ruisselait sur le visage. »

11 cite entre autres l'expérience suivante :

19). Alexis, prenant les mains de ma femme, qui m'avait accompagné, lui parla d'événements passés, et notamment de la perte bien douloureuse d'un de nos enfants; toutes les , circonstances étaient parfaitement exactes. »

Dans ce cas, le somnambule lisait dans la pensée de lifmo Houdin ses souvenirs et ses sentiments plus ou moins réveillés dans sa conscience.

Un autre fait simule en môme temps la vision et la clairvoyance, également par transmission de souvenirs :

20J. « 11 y avait avec nous un médecin fort incrédule, le D' Cnomel, qui, voulant aussi s'éclairer par lui-môme, présenta une petite boite à Alexis. Celui-ci la palpa sans l'ouvrir, et dit : c'est une médaille; elle vous a été donnée dans des circonstances bien singulières. Vous étiez alors un pauvre étudiant, vous demeuriez à Lyon, dans une mansarde. Un ouvrier auquel vous aviez rendu des services, trouva cette médaille datis des décombres, pensa qu'elle pourrait vous être agréable^ et grimpa vos six étages pour vous l'offrir... Tout cela était vrai. Certes, ce sont là de ces choses qu'on

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ne peut ni deviner, ni rencontrer par hasard. Le docteur partagea notre admiration.

« Je donnai à M. de Mirville le certificat qu'il me demanda constatant que les faits dont j'avais été témoin dépassaient tout ce qu*on peut obtenir par des tours d'adresse. »

Une autre citation du même auteur est encore intéressante, précisément parce qu'elle contient quelques erreurs commises par le somnambule :

49). «Quelques mois après, je revins une seconde fois consulter Alexis. Je ne le trouvai pas aussi lucide que la première fois. Voici un trait dont je fus surtout frappé, Je lui présentai une lettre que je venais de recevoir et qui n'était pas encore décachetée (mais M. Houdin saurait de qui elle était); elle portait le timbre de Boulogne. 11 me dit qu'elle venait de rAngleterre, ce qui était vrai, et me donna une description assez exacte de Tauteur. Il commit une erreur en me disant qu'il était libraire ; je le repris, et il me dit qu'il le voyait dans une chambre pleine de livres et semblable à un magasin de libraire; et tel était en elfet l'aspect du cabinet de l'expéditeur*. »

En se souvenant de quelqu'un, on se rappelle machinalement l'entourage, le fond sur lequel se dessine la silhouette remémorée — et c'est sans doute cette image fugace qui s'est communiquée au somnambule, et lui fit dire par conjecture, qu'il s'agissait d'un libraire. — Remarquons encore que le voyant ne dit pas à M. Houdin ce que contenait cette lettre, détails inconnus à lui-même.

Les observations dans le gepre (Je celles que je vîerrs de citer en dernière ligne, sont géniéralement rapportées comme des faits de clairvoyance, ou bien confondues avec d'autres qui, si elles sont exactes, paraissent réellement manifester une faculté différente de celle qui nous occupe ici.

Et, chose étrange, il y a dans Thistoire du magnétisme, môme en se bornant aux observations faites par des savants, plus de faits de clairvoyance, se rapportant surtout aux questions de la santé des malades, — que de ffitits de suggestion mentale proprement dite! Il est

* A. S. Morin, /. c, p. 580.

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vrai que dans beaucoup de cas de consultation somnatnbulique, il faut absolument supposer V influence mentale du médecin, si l'on ne veut pas s engager dans des explications plus extraordinaires encore, ou tout à fait inadmissibles.

Baragnon distingue la transmission mentale de la lucidité; et il a raison, puisque ce qu*on appelle la «clairvoyance » (je ne veux pas discuter ici la valeur de cette « faculté » que je n'ai pas suffisamment étudiée) suppose un état un peu plîis polyidéique^ que celui qui favorise la transmission passive. Lafontaine, lui aussi, avait trop d'expérience pour n'avoir pas remarqué que la transmission des sensalions, des idées et de la volonté, n'implique pas la lucidité. Il observe même que souvent, les personnes qui consultent leurs somnambules, se consultent elles-mêmes en réalité, puisque la somnambule ne fait que reproduire leurs idées. Mais Baragnon est plus explicite : « Il peut y avoir, dit-il, transmission de pensée sans clairvoyance, comme clairvoyance sans tranjîmission de pensée ; ces deux phénomènes sont indépendants. ))

11 cite comme conditions favorables à la transmission des idées :

1) (( Une sympathie intime du magnétiseur avec le sujet ;

2) « Un sommeil gai, libre, une vue magnétique très développée ;

3) « La transmission des sensations, comme base. » Quant à la première remarque, on n'a rien à redire.

Evidemment le sympathisme est plus facile là où il y a déjà sympathie.

Quant à la seconde, je m*étonne un peu de ce caractère de gaité et de liberté, qui me paratt moins favorable à la transmission vraie, quoique très favorable à la divination par conjecture.

Par « vue magnétique », Baragnon entend la faculté

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veau. Une mère qu'un grand tapage nocturne ne réveille pas, se lève en sursaut à la moindre plainte de son enfant, parce que son cerveau est réglé uniquement pour ce genre d'impressions. Il y a une attention inconsciente qui veille, sans gêner le sommeil. On a l'intention de se réveiller à 5 heures du matin et au coup de 5 heures on

)se réveille, etc.

Le somnambulisme nous montre en grand, ce qui se manifeste en petit tous les jours dans la vie commune. Le magnétiseur est pour son sujet comme les figures qu'on éclaire à FOpéra par un jet de lumière électrique. Lui seul est visible, autour de lui régnent les ténèbres; mais c'est lui qui tient le réflecteur et qui peut projeter cette lumière où il veut.

Le somnambule voit son magnétiseur les yeux fermés ou au moins il traduit par le terme de la vision toutes ses sensations, concentrées et exaltées qui proviennent du magnétiseur. Il le sent, il sait s'il est à droite ou à gauche, s'il est près ou loin, s'il se promène ou reste immobile. Jusqu'à un certain point, il sent même ses gestes, tout cela par les mouvements de l'air, par la chaleur, par la senteur cutanée, par le bruit des effets et le timbre de la voix, etc., et tout cela étant associé par habitude à des images visuelles, le somnambule traduit ces impressions en langage des yeux.

On comprend que, dans ce sens, la « vue magnétique » soit une condition favorable pour les communications mentales ; seulement elle implique plutôt une théorie divinatoire, qu'une théorie de transmission directe. Ba* ragnon laisse la question dans le vague.

Enfin la troisième condition n'est pas antiphysiologî^ que non plus.

Les idées ne sont que les sensations cérébralisées (qu'on m'excuse ce mot!).

Non seulement les sensations sont les sources uniques des.idées primitives, paais encore chaque idée complète-

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tant qu'aclive, s'accompagne des a plupart inconscientes, mais qui ence. Elle s'accompagne en même nts réflexes inachevés qui lui sont ) et Campanella avait peut-être raifue s'il pouvait imiter exactement ne qui pense à quelque chose, il ï deviner sa pensée, ux, ditBaragnon, que la transmis- ! soit pour beaucoup dans la trans- II croit que les sensations réciproismes, dans Tétat d'éréihisme qui lomène, réveillent dans l'esprit les fient comme dans la perception ore« prononcées nous font connaître

prement parler, il n'y aurait pas de ée, mais seulement des sensations, enable, mais pas toujours, car la peut exister sans transmission de sans transmission palpable, ^ait servir d'appui aux idées do

llement avec quelques messieurs, î d'un salon, où j'avais fait le soir 5, lorsqu'on me pria, inopinément, mon sujet, qui y était resté avec le fis, sans avoir été averti qu'il ; foudroyant, et avec le sommeil il ielé ; le somnambule était entouré le j'avais peine à me faire jour.

f si vous voulez le voir guéri ! »

m jeune officier qui me retenait j'étais tout à mon accident et avais politesse. La crise fut arrêtée sur mir le sujet quelques minutes dans

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TRANSMISSION DBS IDÉES

le cÈilftie^ pensant à tout, excepté à roflîcier; celui-ci après quelques instants, s'approcha de tnoi (sans doute pour nie demander compte de ma brusquerie) : mon somnambule se lève, va vers lui, Tarrête, lui prend les mains et il dit : « Vous êtes attristé ? Il a tort, excusezle; il est vif, mais il est bon. »> Demandant de quoi il était question, je n*eus rien de plus pressé que de faire des excuses, qui furent acceptées avec courtoisie. Elles étaient dues, partant honorables. Je m'interrogeai eniBuite sur Tesprit de ce phénomène. Personne, dans le désordre qui avait eu lieu, ne m'avait entendu parler à ce militaire* Je n'avais pas souvenir de lui avoir dit un mot. Les somnambules n'entendent personne que leur magnétiseur, et le mien était en crise!...* »

L'auteur donne ce fait sans commentaires, mais les commentaires sont nécessaires :

4'> Nous avons ici un fait de l'action de la volonté à distance, assez net. La crise est survenue à la suite d'un choc entre l'activité du sujet (il dansait) et l'action inattendue du magnétiseur. Celte action reste pour le moment inexpliquée, si on ne veut pas se contenter de celle que donne Baragnon, c'est-à-dire d'une projection de fluide. Mais laissons-la de côté ; nous y reviendrons ehcore.

2» Le magnétiseur ne pouvait pas transmettre ses sensations, puisqu'il ne se doutait de rien, occupé qu'il était du sujet. On pourrait seulement supposer des sensations inconscientes et une transmission inconsciente chose impossible à vérifier.

3* Mais ce qui peut être considéré Comme* Certain, c'est que le somnambule a entendu son magnétiseur, lorsque celui-ci disait à l'offlcier : « Eh ! ôtez-vous, etc.» Soh attention fut attirée et il est probable que l'officier a balbutié quelques mots que le sujet a entendus égalenient. Il devina la situation ; son attention resta fixée

» Baragnon, /. c, 137, 301.

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fait, et que ce ne fut pas sans peine qu'il se remit de Téniotion qu'un fait aussi extraordinaire lui fit éprouver*. »

Je n'ai jamais observé rien de semblable, sauf momentanément, pour quelques questions détachées. Il y avait cependant un médecin, qui annonça ce phénomène comme constant chez une de ses malades. C'était le D' Barrier, de Privas, qui dans un mémoire adressé à Cuviez et à l'Académie, en 1836, mentionne les faits suivants observés sur une malade, nommée Ëuphrasie Bonneau r

1® « Insenbilité complète sauf à Tépigastre, où la la vie est concentrée. » (Gela arrive souvent chez les hystériques magnétisées. « La vie concentrée à Tépigastre » veut dire tout simplement, que Fépigastre était la seule * partie sensible et que c'est seulement par cette partie du corps que « le rapport » pouvait avoir lieu.'.On trouve des faits semblables dans Petetin, Frank, etc.)

2o « Le don de deviner la pensée de la personne qui se met en rapport avec elle ; cette faculté est si prononcée, qu'Euphrasie tient une conversation suivie y dam laquelle rinterloçuteur ne parle que mentalement.

3® « La production de phénomènes électromagnéti» ques très remarquables.

4** « L'annihilation de la vision, du goût et de l'odorat aux organes de ces sens et leur transport à Tépigastre.

(Nous n'avons pas à nous occuper ici de ce phénomène; on peut l'étudier dans Petetin, Frank, Teste et Despine.)

5° « La prévision d'événements futurs relatifs à sa maladie.

(On a beaucoup ri dernièrement à l'Académie des sciences, à propos d'une communication de ce genre. Cette faculté existe pourtant et ne présente rien d'ex-

• Noizet. — il/^motVci sur le somnambulisme, Paris, 5854, p. 1^7.

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STION MENTALE

Hépileptique prévoit quelquece qi^^on nomme Taura hysdont toute Tattentiôn est }xv^ prévoira plusieurs jours naarquer que l'inconscient joré- % provoquer lui-même.) la valeur des remèdes proiff'rances (Tautt^t. ition à jouer le rôle de pro-

k Citfé de documenta

mémoire, ie le trouve seulement '/s.md. elilét.y p. 397).

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Expérience de Fournel. — Expériences de Puységur, de Béranger, des docteurs Uébeault et Beaunis, de Lafontaine, du docteur Berna, de MM. Donato et Aksakoff. — Réflexions. — Deux observations du D^Perronet. — Catalepsie et suggestion mentale*

Passons à là transmission de la volonté. Je vais commencer par le récit d*un très bon observateur, aujourd'hui complètement oublié :

Fournel* dit avoir vu un somnambule auquel îl ordonna de prendre un chapeau qui était sur une table au milieu d'un cabinet et d'aller le poser sur la tête d'une personne de la compagnie. « Je n'exprimai point, ajoute-t-il, cette volonté en parlant, mais seulement avec un signe qui traçait les lignes que je lui donnais à parcourir et qui venait aboutir au chapeau. » Le somnambule, qui avait les yeux couverts d'un bandeau, se lève de la chaise, suit la direction indiquée par mon doigt, s'avance vers la table, prend le chapeau au milieu de plusieurs objets, et va le porter sur la tôle de la personne indiquée ^»

1 L'avocat Fournel est Tauteur de trois écrits remarquables : Ëssni sur les probabilités du somnambulisme magnétique^ par M. F***, Amsterdam et Paris, 1785 ; Mémoire pour le docteur Ver^ mer, 1785. Défense du D^ Vernier, qui a été rayé du tableau delà Faculté pour avoir pratiqué le magnétisme/ et Remo?itrance des Malades aux médecins dé ta Faculté. Paris, 1785.

• Fournel, Essais sur tes probabilités, p. 48.

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*?7*' •^Vv '

« Cette fille, dans Tétat de somnanibulisme, était de la plus grande mobilité magnétique^; et comme, à ses maux de nerfs près, elle était d'une très forte complexion, je ne craignais point de nuire à sa santé en la soumettant à toutes les expériences dont elle était susceptible. Parmi tous ceux qui dans ce temps sont venus chez moi satisfaire leur curiosité, il doit sans doute en exister encore beaucoup qui se rappelleront les heures qu*ils y ont passées et les détails dans lesquels je vais entrer. »

« Avant de faire paraître Magdeleine, je commençais toujours par annoncer aux spectateurs, non-seulement ce que j'allais opérer, mais ce ^ue chacun, pour sa propre convie* tion, pourrait opérer lui-même. Cette fill& une fois en som» nambulisme, disais-je à tout le monde, vous présentera la manifestation de tous les phénomènes de l'électricité et de Taimant ; comparable d'abord en tout, à un corps isolé, chargé de fluide étectrique, elle n'aura de communication qu'avec moi, de telle sorte que pour la toucher sans risquer de lui faire mal, et vous en faire entendre, il faudra que je vous mette en rapport avec elle. Alors, indifférente au repos ou au mouvement, elle obéira à toutes les indications de votre volonté, avec autant de promptitude , qu'une aiguille aimantée obéit au fer qui lui est présenté. On doit bien penser qu'une annonce aussi extraordinaire disposait plutôt les esprits de la plupart des assistants à l'attente d'un spectacle illusoire qu'à celui d'une réalité ; mais mon sujet

I triompher par i tous les tâtonnements de l'incrédulité. »

« Lorsque Magdeleine était entrée, j'opérais donc sur elle ce que j'entendais désigner ironiquement du nom de grand œuvre ou de mystère. En deux ou trois minutes, et sans qu'aucun mouvement ni changement se pût remarquer en elle , elle fermait les yeux et se trouvait aaus Tétat électro-magnétique» J'invitais alors les doux ou trois personnes qu'avait à l'avance désignées la société, de commencer les expériences. Touchait-on le bras, le tablier seulement de cette jeune fille, on la voyait s'agiter ou souffrir ; une parcelle ae papier mise sur sa tête à son insu, la lui faisait baisser comme si on l'eût chargée d'un fardeau lourd et diffi-

1 C'est ainsi que Puységur nomme la suggestion mentale et l'aclion attractive des gestes.

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cile à supporter. Je dois dire €[u'à chaque commotioû qu'on lui donnait (car c'en était véritablement une), je m'empressais par mon toucher de remettre ses nerfs en repos; et le mal qu'elle avait éprouvé était aussitôt réparé. .. Lui parlait-on, elle ne répondait point, et tel bruit que Ton lit à peu de distance de ses oreilles, elle n'y paraissait pas sensible. Je faisais signe alors, car je ne parlais pas, dans la crainte qu'on ne soupçonnât quelque intelligence entre cette lille et moi; je proposais, dis-je, à quelqu'un par signe de me donner la main; aussitôt, devenue indifférente à son^approche, eli*^ lui répondait comme elle l'eût pu faire dans son état naturel. Huit ou dix personnes se tenaientelles par la main, pourvu qu'elles communiquassent avec moi, la dernière ou la plus près d'elle répétait avec le même succès ces expériences. Lorsque je croyais avoir assez prouvé l'analogie des phénomènes qu'elle avait présentés avec ceux de l'électricité, je passais aux expériences qui devaient de même prouver cette môme analogie avec l'aimant. Pour cet effet je me plaçais donc vis-à-vis d'elle, et sans lui parler, je la faisais lever de sa chaise, et je la dirigeais avec ou même sans le signe de la main (qu'elle n'aurait pu voir, au reste, puisqu'elle avait les yeux fermés), dans tel endroit de la chambre ou sur telle chaise où je voulais qu'elle allât se placer; je lui faisais ensuite et toujours mentalement, toucher, prendre et m'apporter de même tel objet que ce fût :mais, comme, en ne la voyant agir que par moi, on eût pu croire, avec quelqu'apparenco de raison, que d'après de certaines conventions tacites, je m'entendais avec elle, je disais alors à tous les spectateurs: « Je n'ai fait les expériences que vous venez de voir, que pour vous indiquer de quelle manière vous devez vous y prendre pour les répéter vous-mêmes ; celui de vous avec lequel je vais mettre cette demoiselle en harmonie, va la faire obéir, ainsi que je l'ai fait, à toutes les indications de sa pensée ; je ne vous demande qu'une chose^ c'est qu'une fois votre volonté déterminée, elle demeure ferme, constante et ne change plus de direction. Figurez-vous quelqu'un n'ayant

i'amais vu de boussole, à qui Ton donnerait à tenir une »aguette de fer, en lui disant qu'avec elle il peut diriger l'aiguille à sa volonté; si chaque fois qu'il la verrait tourner d'un sens, il allait subitement reporter sa pointe de fer d'un autre, vous sentez que ne produisant en elle alors qu'une oscillation, il en pourrait tirer toutes les conclusions les plus favorables à son ignorance ou à ses préventions. Ce serait bien pire encore si son amour-propre révolté de l'espèce d'acUar-

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^TRANSMISSION DmECTË DE LA VOLONTÉ éO&

nement que l'aiguille aurait à suivre ses indications, il allait brusquement sauter d'un pôle à l'autre, car Taiguille alors, reprenant impérieusement sa première position, mettrait le comble à son incrédulité. Vous allez être à Tégard de cette elle. Messieurs, absolument dans le même rapport que la baguette de fer à i'égard de l'aiguille aimantée ; ce sera donc votre faute et non la sienne, si vous la voyez un seul instant vaciller à suivre la direction de votre volonté.»

«Je ne puis m'empêcher de tire encore en me rappelant aujourd'hui le peu d'empressement que l'on mettait à essayer cette dernière et concluante expérience; autant on en avait indifféremment mis à essayer celle des communications électriques, autant on se refusait pour celle-ci à se mettre en évidence. Il est vrai qu'il fallait d'abord commencer par un acte de foi, toujours bien difficile à faire, et se conduire ensuite en conséquence; ce qui peut être est plus difficile encore. Quoiqu'il en soit, il n'y eut pas une séance où sept ou huit personnes au moins ne fissent l'essai de leur volonté, et dans laquelle il n'arrivât tout ce que j'ai précédemment détaillé. Portait-on fortement sa pensée sur un objet, et le désignait-on de la main ou simplement des yeux, cette fille sV dirigeait, Je touchait ou le prenait sans" balancer; arrêtait-on par méfiance ou timidité la direction de sa pensée, cette fille en suivait les oscillations; changeait-on sa direction dans l'espoir de la faire se tromper, on la voyait vaciller, s'arrêter ensuite tout court et rester à sa place. Une volonté faible et peu déterminée était à son égard ce que la baguette de fer est à Taiguilie aimantée, lorsqu'à une trop grande distance, elle n'en reçoit que de faibles influences. »

« Quoique cette fille dans l'état magnétique eût toujours les paupières exactement fermées, et que jamais elle ne pût les ouvrir, pour ôter néanmoins tout soupçon d'adresse ou de subterfuges de sa part, je lui mettais, lorsqu'on le désirait, un épais bandeau sur les yeux, ce qui lui était parfaitement éçal ainsi qu'à moi ; et les résultats de sa mobilité magnétique étaient les mômes. »

« Que de personnes à l'estime desquelles j'avais quelques droits de prétendre et combien d'autres que, d'après la coDsidération dont ils jouissaient dans le monde, il m'eût été flatteur de convaincre de la réalité des phénomènes que jeleur ofirais, sont cependant sorties de chez moi, nonseulement sans croire à ce qu'elles avaient vu et opéré par elles-mêmes, mais avec plus que du doute de ma bonne foi! Combien l'idée de passer à leurs yeux, si ce n'est

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lECTE DE LA VOLONTÉ 307

croyable, cela 6 sHmpossi6le, arrêtèrent, j'imagîne^ la suite des réflexions que chacun dut^faire^ car depuis, je n'en ai pas entendu parler. »

<c D'après cet exposé, Ton voit qu*il n'a pas tenu à moi de faire ouvrir les yeux aux hommes instruits de toutes les classes et de tout état, sur l'intéressante découverte du magnétisme animal, et l'insuffisance que je me reconnaissais àleur en pouvoir expliquer les phénomènes, n'aurait pas dû, ce me semble, être pour eux une raison d'en nier 1% réalité*. »

' Voici maintenant quelques observations plus récentes :

« Ce fut dans une des séances, chez le savant et fort incrédule docteur Brctonneau,- raconte Lafontaine ^, que je fus assez heureux pour voir et entendre Déranger, notre célèbre chansonnier. Déranger ayant assisté à plusieurs expériences de transmission de pensée, voulant en faire une lui-même, afin, disait-il, de convaincre le docteur qui ne pourrait se défier de lui. Après quelques indications de ma part, il prit la main de la somnambule, en lui disant d'exécuter ce qu'il lui ordonnait mentalement, il y mettait une telle force de volonté, que son autre main faisait trembler la table sur laquelle il s'appuyait. — Dientôt on vit la soninambaie se lever, se diriger vers le docteur Dretonneau, le prendre par la main et, malgré sa résistance, l'amener devant Déranger, qui déclara aussitôt que tel était son ordre mental.»

« Dans une autre séance, on écrivait sur un morceau de papier le nom d'une dame : on me communiquait le papier, et un instant après on voyait la somnambule se lever, prendre un bouquet et le porter à la dame indiquée 8. »

Un physiologiste éminent, M. H. Beaunis, professeur à la faculté de Nancy, disait dernièrement. « Je n*ai jamais pu, jusqu'à présent du moins, constater chez les

4 Voyez p. H de la suite de Mémoires pour servir à l'Histoire du Magnétisme animal (Puységur, Du Magn. animait 1807, p. 15-24.) s Mémoires, t. I, p. 155.

3 Lafontaine. -^ L'Art démagnétiser, 5« édit. Paris, 1886, p. 99.

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èujets que j'ai observés les phénotnèhes merveilleux admis par certains magnétiseurs, tels que la devination mentale, etc. Toutes les fois que la suggestion que je voulais produire a été simplement pensée et non exprimée d*une façon ou d'une atitre, elle ne s'est jamais réalisée... Je ne veux pas cependant nier absolument ces faits, en présence des affirmations des savants de très bonne foi; ce que je puis dire, c'est que je ne lésai jamais observés* ».

Voilà certe, un langage vraiment scientifique ; et si M. Beaunis n'avait jamais trouvé rien de semblable, il aurait eu le droit de faire toutes ses réserves vis-àvis .d'autres observateurs. Mais le hasard voulut qu'il en fit autrement : voici ce qu'il publia lui même quelque temps après :

« La communication de M. Janet me donne occasion de mentionner un fait de suggestion mentale que j'ai observé, il y a quelques jours avec ie D' Liébeault. Le sujet est un jeune nomme très bon somnambule, bien portant, un peu timide, il accompagnait chez M. Liébeault sa cousine, très bonne somnambule aussi, et qui est traitée par l'hypnotisme pour des accidents nerveux. — M. Liébeault endort le sujet et lui dit pendant son sommeil : — t A vot^e réveil, vous exécuterez l'acte qui vous sera ordonné mentalement par les personnes présentes. » J'écris alors au crayon sur un papier ces mots : a Embrasser sa cousine. » Ces mots écrits, je montre le papier au D' Liébeault et aux quelques personnes présentes, en leur recommandant de le lire des yeux seulement et sans prononcer même des lèvres une seule des paroles qui s'y trouvent, et j'ajoute : a A son réveil, vous penserez fortement à l'acte qu'il doit exécuter, sans rien dire et sans faire aucun signe qui puisse le mettre stir la voie ». On réveille alors le sujet et nous attendons tous le résultat de l'expérience. Peu après son réveil, nous le voyons rire et se cacher la figure dans ses mains, et ce manège continue quelque temps sans autre résultat. Je lui

* 1 H. Beaunis, Recherches expérimentales sur tes conditions de Vi'-'-itc cérébrale et sur la physiologie des ner/Sj Paris, 1886, II, p. 90.

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TUANSMISSION DinECTE t>E LA VOLONTÉ 3ô9

demande alors : Qu*avez-vous? — Rien. — A quoi pensezvous? Pas de réponse. — Vous savez, lui dis-je, que vous devez faire quelque chose à quoi nous pensons. Si vous ne voulez pas le faire, dites-nous au moins â quoi vous pensez. — Non. Alors, je lui dis : a Si vous ne voulez pas le dire tout haut, dites-le-moi bas à Toreille », et je m'approche de lui. — « A embrasser ma cousine », mp ail-il. Une fois le premier pas fait, le reste de la suggestion mentale s'accomplit de bonne grâce. — Y a-t-il eu simple coïncidence ? Ce serait bien étonnant. A-t-il pu, pendant son sommeil, reconnaître le sens des paroles que j'écrivais à la façon dont je les écrivais sur le papier, ou a-t-il pu les voir î C'est bien peu supposable. Enfln je suis sûr qu'aucune des personnes présentes n'a pu le mettre d'une façon quelconque sur la voie de Tacte qu'il, devait accomplir. Il y a là évideniment quelque chose qui bouleverse toutes les idées reçues sur les fonctions du cerveau, et pour ma part, jusqu'à oes derniers temps, j'étais incrédule sur les faits de ce genre. Aujourd'hui j'aryive à cette conviction qu'il ne faut pas les repousser, les cas de réussite, quoique rares, étant trop nombreux pour être un simple effet de hasard. Aussi du moment que la question de la suggestion mentale était posée devant la Société, j'ai cru pouvoir, quelque étranges que paraissent ces phénomènes, y apporter mon contingent *.

La Iransipîssion d'un acte simple, c'est-à-dire purement mécanique de la yolonté, réussit facilement, si le sujet manifeste le phénomène de Tattraction à un haut degré,

» M. Nottingliam, j'obtins le phénomène d'attraction sm une jeune fille pendant la somnolence et dès la première fois. Le D' Lightfoot, fort incrédule, conduisit à une séance publique une jeune fille, afin de la faire magnétiser. Après quelijues instants, cette fille fut jetée dans l'état de sopimoijBpce, il y eut insensibilité. Tout à coup je m'aperçus qu'il y avait attraction dans la main. Je la fis lever et marcher vers leD*' Altenburow. Pendant qu'elle marchait, j'étais placé derrière à dix pas. Je cherchai à l'attirer, elle

* H. Beaunis, Un fait de suggestion mentale (Revue phi/osophî* CMC, 1886, n*» 2, p. 204; Bulletin de la Soc, de Psych. phys,, 1 fascicule).

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s'arrêta; son corps balança; puis, bien que le docteur J*appelât en avant, elle recula vers moi. Je cessai de Tatlirer; aussitôt elle marcha en avant; puis, lorsque je l'attirai de nouveau, le même effet se produisi-t; elle s'arrêta, balança et recula *. »

' Si le D' Altenburow avait été un magnétiseur, il aurait pucontrecarer cette influence, en attirant le sujet de son côté. J'ai fait celte expérience à Paris en 1882 à La Pitié. M. le D' Dumontpailer ayant endormi son sujet IMP^® Marie, désormais célèbre, Fattira d*un côté, et son corps se pencha de ce côté-ci, au risque de la faire tomber de sa chaise, alors, après avoir fait quelques passes sans contact (pour entrer « en rapport » c'est-à-dire gagner le droit d'action), je l'attirai de l'autre côté, et nous avons pu la balancer ainsi comme avec des cordes, en l'attirant alternativement.

Le phénomène d'attractionprésenle plusieurs nuances que nous éluciderons un peu, en 4)arlânt de l'action à distance.

Passons maintenant aux transmissions purement mentales de la volonté, c'est-à-dire aux expériences faites sans contact, sans gestes et sans attraction, quelquefois même sans regard.

Une tentative de démonstration de ce phénomène délicat a été faite en 1837 par le D' Berna devant une commission académique. — Mais elle a complètement échoué, au moins d'après le rapport de M. Dubois, d'Amiens, qui est un chef-d'œuvre de mauvaise volonté. Les commissaires n'ont pu même constater l'existence du somnambulisme ! Voici un extrait de ce rapport, concernant l'action de la volonté :

t Troisislème conclusion. — Le magnétiseur devait prouver aux commissaires que, par la seiile intervention de sa

i Lafontaine, UArt de magnétiser ^ 5» édit. PariSi 1886» pi 90t

TRANSMISSION DIRECTE DE LA VOLONTÉ âll

volonté, il avait le pouvoir de rendre, soit localement, soit généralement, la sensibilité à la somnambule. Mais, comme il lui avait été impossible de nous prouver expérientalement qu'il avait enlevé, qu'il avait aboli la sensibilité cbez cette fille, il lui a été par cela même impossible de prouver la restitution de cette sensibilité, et d'ailleurs il résulte des faits par nous observés quç toutes les tentatives faites dans ce sens ont complètement échoué... i»

Cette expérience est très difficile. Elle implique, de fait, non seulement une suggestion mentale, mais en mêmstemepune idéoplastietrophique, etron peut s'étonner que M. Berna risqua une pareille expérience devant des ignorants en magnétisme, qui n'ont pas su distinguer le somnambulisme de l'état de veille,

V L'un des paragraphes du programme avait pour titre : obéissance à Tordre mental de cesser, au milieu d'une conversation, de répondre verbalement ou par signes à une personne désignée. — Le magnétiseur ci cherché à prouver à la commission que la puissance tacite de sa volonté allait jusqu'à produire cet effet; mais il résulte des faits qui ont eu lieu dans cette même séance que, loin d'évincer ces résultats, sa somnambule paraissait ne plus entendre, lorsqu'il ne voulait pas encore l'empêcher d'entendre, et qu'elle paraissait (!) entendre de nouveau lorsque positivement il ne voulait plus qu'elle entendit. De sorte que, d'après les assertions de cette somnambule, la faculté d'entendre ou de ne pas entendre aurait été en elle complètement en révolte contre la volonté du magnétiseur.

Mais, d'après les faits bien appréciés, les commissaires ne tirent pas plus la conclusion d'une révolte que d'une soumission ; il ont vu une indépendance complète, et voilà tout *... »

On voit que M. Dubois ne manquait pas d'esprit; il a eu tort de ne pas l'utiliser pour une étude sérieuse.

* Voir pour les détails, Expériences et considérations à l'appui relatives au magnèisme animal, thèse présentée et soutenue a la Faculté de Paris, 183 A, et Examen et réfutations du rapport fait par M. Dubois (d'Âinicns), Paris/ 1838.

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âlâ 1)Ë LA SUGGESTION MENTALE

Quant au phénomène annoncé par le D' Berna et décrit pour la première fois par Puységur, nous Texarainerons dans la suite. Remarquons seulement pour le moment, que, malgré sa simplicité apparente, cette expérience est des plus difficiles. J'ai déjà fait observer ailleurs, que lorsque le sujet cause avec quelqu'un, c'està-dire lorsqu'il se trouve en état de polyidéisme actif, il est très difficile d'agir sur lui mentalement, d'abord parce que son « rapport » avec le magnétiseur est affaibli par ce partage avec une autre personne, ensuite, et principalement, parce que, pour qu'une action aussi faible puisse être ressentie, il faut qu'aucune autre ne s'y oppose. Souvent les personnes qui causent entre elles ne nous entendent pas; eh bien, le même phénomène, toute proportion gardée, a lieu par rapport à une parole mentale. Plusieurs idées occupent déjà l'esprit du sujet, il est donc difficile à une nouvelle idée de s'y introduire.

En général, j'admire la foi robuste de ces médecins qui, sans connaître les conditions d'un phénomène aussi fugace, ont voulu s'exposer à un échec, devant une commission d'incrédules I

Les magnétiseurs d'aujourd'hui sont plus prudents. On se rappelle ce que m'avait répondu M. Donato, lorsque jelui demandais s'il croyait à la possibilité d'une suggestion mentale. Il paraît cependant qu'il a réussi plusieurs fois en présence de M. Aksakof et de Flamma* rion.

Voici d'abord ce qu'il en dit lui-même :

« Un jour, à Paris. M. Aksakof me demanda une séance privée. J'acceptai, comme toujours. M. Aksakof ne m'avait pas prévenu de ce qu'il désirait obtenir. Je m'attendais à devoir reproduire mes expériences ordinaires.

Il me demanda tout autre chose que ce que je faisais d'habitude. Si je rappelle cette circonstance, c'est qu'elle a une importance qui n'échappera à personne. — En effet, M. Aksakof me demanda des transmissions de pensée, expé* riences que je ne faisais jamais ni publiquement ni en

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EGTE DE LA VOLONTÉ 3i3

séance privée. «— Peu de temps après, M. Flammarion m'en demanda aussi inopinément. Je tentai Texpérience pour satisfaire une curiosité toute scientiOgue, et toutes les .transmissions de pensée que Ton exigea, réussirent à souhait. Si cette expérience m'eût été habituelle, Ton aurait pu supposer, à la rigueur, une entente, une télégraphie secrète entre mon sujet et moi-même. Mais, sans parler des précautions minutieuses qui furent prises pour empêcher tout subterfuge, on me demanda à brûle-pourpoint des expériences nouvelles; je me refusai d'abord à en faire l'essai; puis, sur des instances réitérées, je consentis à les tenter, et, si elles ont réussi, c'est presque malgré moi. Je n'y ai mis aucun amour-propre ; c'est sans orgueil et même sans plaisir que je constate ma complète réussite, parce que je sais qu'il me sera imposiible de contenter constamment tout le monde, et surtout de me satisfaire toujours moi-même dans cet ordre de phénomènes aussi fugaces qu'éminemment curieux. »

Voici maintenant le compte-rendu d'expériences, rédigé avec beaucoup de soin par M. Akaskof.

«... Il est connu qu'un des aphorisraes les plus prônés de la physiologie moderne,' est que l'activité psychique ne dé' passe pas la périphérie des nerfs. Si donc on pouvait démontrer c[ue la pensée humaine n'est pas circonscrite au domaine du corps, mais qu'elle peut le dépasser, agir à dislance sur un autre corps humain, se transmettre à son cerveau, sans aucun procédé visible ou reconnu, et être reproduite par la parole, le mouvement, ou tout autre moyeu, cela serait un fait immense, devant lequel la physiologie matérialiste devrait s'incliner, et dont la psychologie et la philosophie devraient s'emparer, pour donner un nouvel appui et un nouveau développement à leurs spéculation métaphysiques. »

Ici M. Afeakôf se trompe. II n'y a aucun rapport entre la suggestion mentale et la question du matérialisme ou du spiritualisme. Malgré son caractère inusité, la suggestion mentale est un fait d'action et non de nature intime des choses, que nous ne connaissons pas. L'action à distance n*est pas un caractère propre aux

SUGGBSTiOiX MEKTALE. ' 18

choses iinmalcriclles — s'il y a des choses immatérielles — et je n'en sais rien. L'électricilé n*esl pas devenue ^ une chose « spirituelle » depuis qu'on a inventé le télé- ' graphe. I

* «... Je me rendis chez M. Donalo, le 47 novembre i878, à deux heures, et, après quelques minutes de coaversatioq , nous nous mimes à l'œuvre.

« Première expérience. — Je prie M. Donato d*endormîr M*^'' Lucile ; il met un fauteuil -entre les deux fenêtres de la chambre, à quelques pas du mur; M^e Lucile s'y installe et est endormie en peu d'instants. Nous prenons place d&ns le fond de la chambre en face de W* Lucile. C'est alors que je tire de ma poche un calepin, d'où je prends une carte que je passe à M. Donato, en le priant de faire faire à M^^® l ucile, uniquement en la regardant, le mouvement indiqué sur la carte. 11 y était écrit : « Etendre le bras gaucke ». M. Donato prend la carte, se lève, se tient immobile auprès de moi et regarde M"« Lucile. Après un instant, son nras gauche commence à bouger, se détache lentement du corps, s'étend et reste dans cette position jusqu'à ce que M. Donato IjD remette dans la position naturelle. »

a Seconde expérience. — Je passe à*M. Donato un mouchoir blanc, que j'avais apporté avec mui, et le prie d'en couvrir le visage et la tête de M'*° Lucile : les bords du mouchoir lui retombent jusqu'aux épaules. Nous reprenons nos places. Je passe à M. Donato, dans un silence parfait^ une seconde carte où il est écrit : « Lever le bras droit verticalement. » . M. Donato fixe de son regard le corps immobile de M"* Lucile et bientôt son bras droit, docile à la pensée qui le dirige, exécute le mouvement voulu, ^- et toujours lentement, doucement, s'arrêtant immédiatement dès que M. Donatc détourne la tête pour m'interroger du regard.

Je félicitai M. Donato du succès et le priai d'enlever le mouchoir de la tête de M"« Lucile et de la réveiller, afin de prévenir toute fatigue. )» (Il aurait mieux fallu la laisser dormir tranquillement.)

« Troisième expérience. — Après une dizaine de minutes de conversation. M"® Lucile est rendormie, sa tête est de nouveau couverte du mouchoir ; nous reprenons nos places et je passe à If. Donato une troisième carte sur laquelle j'avais écrit : « Mettre les deux mains sur la tête », et je prie

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M. Donalo d*opérer, cette fois en se tenant, non en face, mais derrière le sujet. M. Donato émet quelques doutes de pouToir réussir dans ces conditions; néanmoins, il se place derrière M"* Lucile et essaye, mais vainement. Cela ne m'élonnait pas, les rapports généraux de polarité entre /opérateur et son sujet étant renversés. )>

On ne doit pas invoquer une cause inconnue. L'âme spiritualiste a-t-elle aussi le côté gauche et le côté droit ? Du reste en agissant à grande distance on ne peut savoir qu'elle est la position du sujet.

Ûonato remarque à propos de cet échec t

« Sanè discuter la question de polarité, je ferai remarquer, que mon objection ne reposait pas sur ce phénomène* Elle consistait simplement en ce que, placé derrière M"* Lucile, je ne pouvais actionner ses bras, mis hors de ma vue, au travers de son corps. C'est comme si Ion demandait a un tireur d'atteindre un but placé derrière une muraille el'qu'il ne pût par conséquent viser. »

Il ressort de cette remarque, que M. Donato croît plutôt à une action directe sur le membre visé, que par intermédiaire du cerveau. Je ne peux pas dire que cette théorie soit fausse, ayant moi-même constaté l'action excitatrice du regard. Mais si les rayons lumineux réfléchis de l'œil de l'opérateur, ou une autre cause inconnue, en irritant l'oi^gane directement, facilite l'action locale» ils ne sont pas absolument nécessaires, et on se souvient que la plupart de mes essais sur M. M... a ont été faits sans le concours de l'action physique du regard et sans gestes.

Continuons l'article de M. Aksakof :

« En ce moment, je m'approchai de M. Donato, et un phénomène remarquable se produisit. Comme je voulais prierM. D... de concentrer sa volonté sur Tocciput deM"eL... et comme je me tenais derrière elle, ma main se porta in-^ volontairement vers son dos, pour indiquer la place dont je parlais. A peine ma main s'était-elle approchée de son dos, une dislance de quelques pouces Vei\ sf'fïurait encore, que le

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TRANSMISSION DIRECTE DE LA VOLONTÉ àl7

mieux définir, mais enfin la chose ne me paraît pas inadmissible. En tout cas, l'attention toute seulene suffît pas pour expliquer ce phénomène, car il peut avoir lieu sans présomption possible (voir les expériences mentionnées p. 24) et il y en a d'autres de ce genre, qu'elle est encore moins capable d'expliquen

^i- « Si vous me permettez d'agik* avec les mains, me dit M. D..«, j6 suis sûr de pouvoir réussir.» — « Agissez donc, lui repondis-je. » EfTectivement, dès qu'il approcha, (toujoursen se tenant derrière son sujet] ses mains des épaules de M"«L..., en faisant quelques passes vers les coudes, Içs bras prirent un mouvement ascensionnel et les deux maîiis se posèrent sur la tôte. »

Mais alors ce n'était plus une suggestion mentale, mais reflfetde Yattraclion magnétique.

a Quatrième eùcpérience, — M"© Lucile reste endormie avec

Va téie sous le mouchoir. Je passe à M. D... une quatrième

. cariç sur laquelle j'avais écrit : « Béunir les deux mains

comme en priant », et je prends une place sur un sopha à

gauche de M^'® L... pour pouvoir mieux observer tous les

'mouvements de M. D.... Il se tient immobile, à cinq ou six

.pas en face, de M*'® L..., et la regarde fixement. Ses mains,

qui avaient été auparavant remises par M. D... dans leur

position naturelle, se relevèrent alors lenten^ent, se réuni*

rent, et leurs doigts même se croisèrent; ils prirent en un

mot la pose delà prière. L'expérience étant achevée, M. D..,

enleva le mouchoir et réveilla le sujet; >>

« Cinquième expérience, — Après dix minutes de repos, M"° L... reprend sa place sur le fauteuil, et M. D... l'endort .de nouveau. Je passe à M. D... une cinquième carte : « Faire un nœud avec un mouchoir. » — Voilà comment nous allons opérer pour cette fois, me dit-il, et, se plaçant un peu en arrière de M"® L..., il étend sa main au*clessus de sa tête, sans la toucher bien entendu, elle se lève; M. D... la dirige vers la table sur laquelle le mouchoir a été posé par moi, à son insu. M'i® L..., obéissant à l'attraction de la main, s'approche de la table; M. D... s*en approché aussi, tout en gardant la même position, derrière M'^« L...; je me tiens debout auprès (le M. 0... et nous puivotis tous les deux, avec

is.

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dans la première partie de la cinquième expérience — le nœud du mouchoir — il n'y aurait pas une communication de pensée, mais aussi il n'y aurait pas de transmission de volonté. L'acte resterait tout simplement physique, même en admettant que l'attraction somnambulique ne soit pas un fait direct, mais une action réflexe. Mais, puisque cette expérience a été faite à distance et sans gestes, il fallait bien que W^^ Lucile devinât ce qu'on demandait d'elle, d'autant plus, que si le mouvement a été exécuté lentement, il a été exécuté bien et sans hésitation, sans tâtonnement. Une seule influence extérieure était possible : celle du regard. Nous savons déjà qu'un regard fixe dirigé sur un point du corps hyperesthésié, provoque chez certains sujets et dans certains états, une action locale tantôt inhibitoire (insensibilité et contracture), tantôt dynamogénique, excitatrice. Par conséquent, M. Donato a pu, en concentrant son regard sur le bras droit de son sujet, y provoquer une excitation, une agitation, enfin [une im-

I pression quelconque, qui, ressentie par M^** Lucile, lui fit présumer que c'est avec ce bras qu'elle doit exécuter un mouvement. Mais ici finitl'action du regard. M. Donato n'a pas pu pousser le bras avec son regard, ni indiquer par ses yeux le mouvement commandé. Par conséquent,

. il faut admettre une transmission. Mais, de quoi ? De la volonté ou de l'idée? L'idée toute seule ne pouvait pas suffire. Si l'idée seule était transmise, le sujet aurait eu une image mentale d'une oreille touchée par un doigt, comme il aurait pu avoir une image d'un oiseau volant, d'un as de pique, etc. Il fallait qu'il ait ressenti en même temps le désir ou Yimpulsion de réaliser cette image. — De l'autre côté, l'impulsion toute seule pouvait-elle suffire? — Oui. — Il n'y a pas de doute que les sujets peuvent ressentir par transmission, par sympathisme, par tmitation mentale, une impulsion à faire un mouvement, sans savoir ni pourquoi ils le font, ni ce qu'il

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[ire, ni à quoi il aboutira. Dans ce cas-là, il y a lission de volonté pure et simple. Ce n'est que l'imn mentale, la tendance, la volition qui se transit. Et je crois même que c'est le cas le plus fré- | Si on questionnait le sujet au commencement de | jtion de la cinquième expérience par exemple, il arait dire ce qu'il veut faire; mais peu à peu, îepar des secousses transmises Tune après l'autre, ive à accomplir l'action voulue, peut être sans | savoir ce qu'il vient de faire (l'état monoïdéique >sant à une généralisation d'actes ou d'idées). Il , quand on commande par exemple de prendre jet et de le remettre à une personne, que le sujet le ce qu'on lui demande, et puis, si on lui demande 'il vient de faire, il dit quil fallait qu'il prît le chose et qu'il le portât à quelgu*un&aïïs savoir ni ni à qui, ni pourquoi. Si, dans ce cas, la transin des idées existe, elle appartient aux phéno- \ inconscients de deuxième ordre, et c'est la é seule qui est perçue sous forme de tendances îcientes de premier ordre.

résumé , si les deux transmissions peuvent se ester isolément, en général leurs actions se com- '•

a transmission des sensations est-elle un accomment nécessaire dans ses deux phénomènes? essaire non, mais utile.

> par exemple, remarqué plusieurs fois (quoique s souvent ce phénomène retarde un peu) qu'une iction de la volonté fait ressentir immédiatement et des sensations analogues. Une volonté forteaffirmative, ou fortement négative, s'accomtoujours de certcdnes sensations agréables dans mier cas, désagréables dans le second cas» aux^ s s'ajoutent encore des sensations, résultant des inachevés d'affirmation ou de négation.

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^.xr

Les premiers sont, par leur nature, attractifs, les seconds répulsifs. Or, le sujet ressent souvent ces sensations. Vous lui criez mentalement : « Non ! ce n'est pas cela ! » et il s'arrête ou il recule.

Nous allons terminer ce chapitre par deux observations intéressantes du D' Perronet. On y trouvera la transmission directe de la volonté, mêlée à quelques faits de suggestion mentale des idées. J'attire l'attention du lecteur surtout sur les détails d'une action apparente pkreno-hypno tique, qui nous seront utiles pour l'appréciation des illusions de Braid, dans le chapitre suivant.

Première observation.-- « Dans la nuit du 2 au 3 mai 1883, je fus appelé pour donner des soins à une personne de dixhuit ans. Nerveuse, impressionnable, frivole, elle avait été contrariée dans la journée. Je Ja trouvai pétrifiée dans une rigidité et une insensibilité absolues. J'appliquai mes doigts sur les globes oculaires : précédée d'une légère trémulation, la détente s'effectua. Les membres, devenus llaccides, ne conservaient pas les postures imposées : soulevés, ils retombaient inertes.

Après un court réveil, pendant lequel le sujet prononça des paroles conscientes, la rigidité reparut : l'application des doigts sur les globes oculaires n'en triompha qu'après une injection de morphine : les membres gardèrent les postures imposées.

Alors s'accomplirent, sur mon ordre, les mouvements les plus variés : appliquant le doigt sur la moitié droite du crâne, j'obtins les mouvements commandés pour les membres gauches, et inversement.

J'attribuai cela à l'entrecroisement dans les pyramides des tubes nerveux, provenant des hémisphères cérébraux, entrecroisement, par lequel un tube nerveux appartenant à l'hémisphère gauche du cerveau passe à droite dans le faisceau médullaire, et commandent par conséquent les mouvements et les sensations dans la moitié droite du corps. C'est naturellement l'inverse pour les tubes nerveux, nés dans l'hémisphère droit du cerveau.

Je fis parler le sujet en touchant la moitié gauche du crâne : dans cette opération j'étais dominé par l'idée que la troisième circonvolution frontale gauche est le siège du langage articulé. Quand je touchais la moitié droite du crâne,

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sous l*influence de cette idée, je n'obtenais aucune réponse, parce que, dans ma pensée intime, théoriquement, subjectivement, je n'en attendais aucune. Mais, uue fois, je me trompai de côté, et le sujet me répondit quoique mon doist lût placé sur la moitié droite du crâne, c'est-à-dire du côté opposé à celui de la circonvolution que Brooa assigne pour siège au langage articulé.

La parole cessa, dès que je reconnus mon erreur. J'en conclus immédiatement que ma pensée seule était active dans la production de ces phénomènes, et que l'application des doigts sut tel ou tel point du crâne, pour obtenir tel ou tel acte, était une superfétation.

Après avoir donc obtenu la fermeture ou l'ouverture des paupières, la moue, le sourire, etc., en plaçant les doigts sur les muscles qui président à ces actes, j'eus Tidée de cesser tout contact avec le sujet et, me plaçant à plusieurs mètres; de lui demander la répétition des actes et des paroles déjà obtenus avec la mise en scène dû contact digital. Le sujet obéit parfaitement à tous mes ordres exprimés oralement.

J'eus alors l'idée de lui communiquer mentalement des ordres : je fus bien surpris d'en obtenir l'exécution ponctuelle. Je fus encore plus surpris quand, demandant aux personnes présentes de me prendre la main et de penser à tour de rôle un acte quelconque, cet acte 'fut accompli automatiquement par le sujet.

J'avoue qu'une bouffée d'illuminisme et de spiritisme me passa à ce moment dans le cerveau ; aussi ai-je cru prudent de laisser reposer pendant près d'un an mes idées sur cette question, avant de les donner au ()ublic.

Enfin,aprèsavoirprolongécesexpériences pendant quatre heures, j'éveillai le sujet en lui soufflant dans les yeux : le réveil fut instantané et ne laissa aucune conscience des phénomènes nés ou provoqués pendant la crise. »

Deuxième observation, — « Le 4 juillet 4883, M"* X..., hystérique et chloro-anémique, âgée de vingt-un ans, qui avait été spectatrice des faits contenus dans la précédente observation et que je soignais pour une lymphangite du bras, venait d'absorber une assez forte dose de sirop de codéine.

a J'arrivai sur ces entrefaites, et voici ce que j'observai : yeux cernés et cerclés de noir, chute des paupières supérieures, contraction des pupilles, rire et pleurs sans motif, agitation clonique des membres; — puis, au bouk de trois

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ou quatre minutes, fixité étrange du regard, rigidités et sensibilité complètes. — La rigidité cesse après l'application des doigts sur les globes oculaires (phénomène de l'hypnotisationl et fait place à une flaccidité musculaire qui permet de garder les positions imposées.

Si je comprime un seul œil, la rigidité est maintenue dans lamoitié correspondante du corps, et les membres de Tautre moitié prennent et conservent toutes les poses, déterminées par mon impulsion; le sujet répond à toutes mes questions, si la rigidité disparait dans la moitié droite du corps, si, par conséquent, j'ai comprimé l'œil gauche; par la compression exclnsive de fœil droit, je n'obtiens aucune réponse.

Rire, pleurs, marche, chant, calcul, poses sculpturales et autres phénomènes furent, à mon ordre, exécutés avec une précision mathématique.

Le sujet ignore le piano ; je lui fis jouer sur cet instrument des airs de ï Ombre; du Chûlet, de la Traviata, etc. Pour obten r ce résultat, je plaçai ma main gauche sur la moitié gauche du crâne, je jouai les airs dé la main droite, et j'ordonnai au sujet de les reprendre ; tout fut reproduit note pour note. Môme succ»^i quand je demandais dans un autre ton un air déjà joué: il me suffisait pour cela d'en donner la première note dans le ton nouveau.

Ma main étant appliquée sur la moitié droite du crâne avec l'idée préconçue que le siège du langage articulé est dans l'hémisphère gauche du cerveau, le sujet restait sourd à toute excitation verbale ou musicale. Au milieu d'une série de quadruples croches, je supprimai subitement le contact de n^on doigt avec la moitié gauche du crâne : les doigts de . la cataleptique pianiste, figés sur la note suivante, restèrent en suspens ; cette note était produite, lorsque j'en donnais l'ordre en plaçant mon doigt sur la ynoitié gauche du crâne ; rien n'était modifié dans la suite du morceau.

Enfin, faisant un eflort de volonté pour me débarrasser de ridée qu'il faut tel ou tel contact pour obtenir tel ou tel acte, je lui demandai à distance, d'une façon impérative, de continuer un air commencé. A la fin de l'air, elle s'arrêta pétrifiée dans la pose, nécessaire pour donner la dernière note.

— « Vous allez, lui dis-je, jouer Quand je monte Cocotte, jusqu'à ce que je vous dise de vous arrêter; mettez-y un peu d'expression et d'âme. »

Alors musique endiablée : le couplet fini recommençait toujours. Tous les efforts des assistants pour arracher la cataleptique à son piano et à l'air que je lui avais suggéré furent

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TKANSMISSION DIRECTE DE U VOLONTÉ S2n

ques,quî se déroulaient dans mon cerveau, que par ceux du monde extérieur, qu'en un mot, se trompant ou ayant raison dans la même mesure que moi, insensible à toute excitation autre que la mienne, elle était comme un prolongement de ma propre conscience, aux fils de laquelle je l'avais accrochée, marionnette vivante.

i'observai le même suiet un ^rand nombre de fois : toujours dans Tétat de catalepsie, il resta sourd à toute impulsion non provoquée ou déléguée par moi, et se fondit tout entier dans ma personnalité comme le fakir dans le nirvana.

Tous les sujets observés par moi sont loin de présenter au môme degré cette disposition *. ».

Les expériences de M. Perronet, qui ont sibien réussi, ont été faites sur des cataleptiques. Celles du D' Puel, également sur des cataleptiques. Celles des D" Gometet Despine, également sur des cataleptiques. Notons enfin, que c'est dans la catalepsie, que le D"" Petetin a été sur* pris par le phénomène de suggestion mentale. Il semble* rait donc qu'il y ait une relation quelconque entre la catalepsie et la suggestion. Laquelle ? La voici :

Nous avons vu que l'état psychique le plus favorable k une transmission mentale est le monoidéisme. Or, la cafafe/?s2'e, comme phénomène extérieur, nW^^u'une ma» nlfestation musculaire d'une tendance monoïdéique c^rébrale. Le sujet garde une seule et même position, parce qu'il n'est capable que d'une seule et même idée à la fois. L'idée d'une attitude donnée domine son cerveau, sans restriction. Elle y est, elle y reste.

* Claude Perronet, Du magnétisme animaLtonS'h'SnuiûnvAUL p.e-u.

8UGG1£3TI0N MENTALE* <tfif

» ACtlON DE LA VOLONTÉ 327

ils sont même nombreux. Ordinairement un somnambule, qui n'a eu de rapport qu'avec un seul magnétiseur, le comprend sans qu'il parle. On peut en faire l'essai, non pas à titre d'expérience, mais parce qu'il y a des cas oii cette faculté est très utile. — Si l'on craint que le somnambule ne dise devant un tiers des choses que ce dernier ne doit pas savoir, on lui fait comprendre mentalement qu'il doit garder le silence ; de même que, dans la vie ordinaire, on parle par les yeux ou par un geste quelconque. — Si Ton craint encore que, dans le cours d'une consultation donnée à un malade dont Fétat n'offre pas d'espoir de guérison, le somnambule fie sorte du caractère de prudence, on use encore de la volonté, et le somnambule comprend à l'insu du consultant. — Autrement, il ne faut point employer ce moyen sans nécessité. »

Cette .tendance humanitaire était devenue , nous l'avons déjà fait observer, prépondérante dans les deux premières époques du magnétisme, celle du « baquet » mesmérien et celle du somnambulisme. Puységur prohibait aussi les expériences inutiles; mais, enchanté qu'il était dé la sensibilité mentalç de ces premiers somnambules Victor, Madeleine et de quelques autres, il autorisait l'expérience citée par Gauthier et, dans son enthousiame, prétendait même, qu'il est possible d'arrêter toujours la parole d'un somnambule, de constituer ou de rompre mentalement le rapport d'un somnambule avec une tierce personne. Je citerai en entier le passage qui s'y rapporte.

Puységur admet trois caractères principaux qui distinguent le somnambulisme complet :

4° « V isolement » (le rapport exclusif avec le magnétiseur, insensibilité envers tout ce qui entoure le sujet) ;

2° « La concentration » (c'est-à-dire que toute l'activité .du sujet est concentrée en dedans); —. Puységur ne

it observer ce phénomène en cumberlandisme)^ mais encore îrences dans les caractères du nnenl divers observateurs, que ysiologique de Fopéraleur y Je connais par exemple une iloir, obtient presque toujours aralytiques, d'autres qui pro- Ihésie, d'autres qui ne peuvent fient léger, d'autres qui déter-

^ désagréable, ce qui m'étonnait

longtemps; car, dans toutes mes observations, sauf chez deux ou trois épileptiques, et une ou deux hystériques, j'obtenais un état très agréable aux sujets; c'es même cela qui m'a attiré tant d amateurs, de sorte que je n'ai jamais eu besoin de chercher des sujets pour mes études. En un mot, il y a des différences personnelles et si je n'ai pas réussi à répéter l'expérience de Puységur, ou presque, cela peut tenir encore à une différence individuelle ou à une irrégularité, inhérente à mon expérimentation dans ce cas particulier.

Je ne voudrais pas qu'on exagérât l'importance de ces observations. L'individualité du sujet reste toujours la cause principale, la plus palpable, de ces phénomènes. Une personne nettement sensible à l'hypnoscope pourra être hypnotisée par n'importe qui * : Les différences ne commencent que dans l'action vitale et sont rarement nettes.

2) On a vu que Puységur ne connaissait pas le somnambulisme actif, c'est-à-dire un état polyidéique, qui généralement s'oppose à l'action mentale. Aussi il ne voit d'obstacles que du côté d\m état trop profond, avec

* On m'a cependant assnré, qu'un interne de Paris ne pouvait jamais obtenir le sommeil, même sur des malades excessivement faciles à endormir.

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ACTION DE LA VOLONTÉ in

je semblais posséder sa plus entière confiance: mais M. D... me l'eut bientôt enlevée, ce qui dura jusqu'à son départ d'Aix. — D'où provenait celte force de sympathie? Je rignore. Mais le fait n'en est pas moins constant. Je l'ai vu se répéter plusieurs fois, et M"« Isaure m'entendait ou ne rrC entendait pas, selon le bon plaisir de M. D... Et cela, bien certainement, ne pouvait être produit que par le fait seul de la volonté dudit M. D..., car il ne la touchait ni médiatement, ni immédiatement. J'ai vu le phénomène en question se répéter maintes et maintes fois. Nous causions même par écrit, afin d'ôteraux assistants tous soupçons, que la malade, bien qu'elle eût les yeux complètement clos pendant toute la durée de ses crises, eût pu nous entendre, nous comprendre par signe, et se plier ainsi par condescendance à la volont^de son magnétiseur. — M. le comte D... variait aussi les phénomènes, absolument à ma volonté. Il ne prononçait aucune parole, et il pouvait cependant, lorsque je lui transmettais mes ordres par écrit, les faire exécuter par la malade, au moment voulu et désigné par moi dans l'instant ntéme; et si je venais à changer mes ordres, après les avoir donnés primitivement d'une autre manière, M"*' Isaure les exécutait, non pas comme je l'avais ordonné d'abord, mais bien comme je venais de le faire immédiatement. — M. D... m'avait parlé de cette espèce de tour de force, comme l'ayant exercé'assez fréquemment jadis. J'étais fort curieux de voir comment il remplirait la condition d'un programme semblable, auquel, je dois l'avouer, je ne croyais nullement alors, et auquel j'ai bien delà peine à croire encore aujourd'hui, malgré tout ce qu'en ont dit les magnétiseurs, malgré ce qu'on a écrit sur la force de la volonté, cotnme pouvant produire seule le phénomène en question, et, malgré tout ce dont j'ai été témoin moi-même maintes et maintes fois. D'après cela, on doit naturellement penser que j'apportais à l'expérience toute l'aitention possible, pour bien\oir ce qui se passerait, afin de découvrir la loi quilô régissait, et en tirer des inductions qui puissent me servir à reconnaître, ou à justement apprécier la cause des modifications, auxquelles, indubitablement il devait être exposé, dans les divers somnambules. J'étais donc tout yeux et tout oreilles, et l'on ne peut plus attentif aux gestes, aux regards et aux moindres mouvements de l'un.et de l'autre... Cependant, j'ai vw,sans en pouvoir douter, et à ma grande surprise, je l'avoue, j'ai vu M. D... annuler des rapports établis entre ma malade et moi, je l'ai vu renouveler ces rapports, ces sympathies, les suspendre de nouveau, etc., etc.; et cela en vertu d'un seul

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Supposez un galvanomètre très sensible, réuni sépa^^rément à deux bobines à'fîl gros, A et B; — toutes les deux contiennent un noyau magnétique, mais Faimant de la bobine A est faible, tandis que Taimant de la bobine B est fort. Si ces àimants-là restent en repos, il n'y aura pas d'action, le galvanomètre ne bougera pas. Mais voici le premier qui, par une série de déplacements, induit dans sa bobine une série des courants alternatifs. L'aiguille du galvanomètre s'agite et elle restera dans un état de trépidement continuel tout le temps que durera le mouvement de Faimant faible dans la bobine A. — Maïs maintenant c'est l'autre qui entre en vibralion; son déplacement chance la tension moléculaire dans les spires de la bobine B; des courants sont engendrés, et ces courants, étant plus forts que les précédents^, déterminent une réaction plus notable de l'aiguille et prédominent sur l'influence de la bobine A, en faisant exécuter à l'aiguilje du galvanomètre, tous les mouvements correspondants. Le galvanomètre très sensible représente ici le sujet, et les deux bobines correspondent aux deux magnétiseurs, chez lesquels l'action intérieure intense provoque des vibrations moléculaires intenses, qui s'irradient au dehors. Les fils — et ici l'analogie est moins clair — représente le rapport. Coupez les fils, et le galvanomètre ne bougera plus.

Il en est à peu près de même dans l'action dite magnétique d'un organisme vivant.

Si le rapport n'est pas établi par une magnétisation préalable, où bien par des magnétisations précédentes, je crois que l'action mentale resterait sans résultat.

Il y a des faits qui semblent s'opposer à cette manière de voir. On a obtenu des transmissions de pensée avec quelques personnes qui n'ont jamais été magnétisées. Mais, en examinant ce fait de près, on voit que d'abord le sujet a toujours été prévenu, que toujours son attention ^xpectante le mettait dans un état plus ou moins anormal

lu.

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à VOLONTÉ 335

le, et préparer le terrain ilue. Il y a de ces actions limie minérale, c n'est qu'apparent. C'est Tiniperfection de notre langage qui en est la cause.

Certains psychologistes allemands, qui aiment les questions inutiles, se sont tourmentés pour savoir comment un homme qui dort peut-il être réveillé par une impression, étant insensible aux impressions ?

Et évidemment quand on définit le sommeil : « un élat non impressionnable », on ne comprendra jamais le réveil par une impression.

Heureusement, tout est relatif. Celui qui dort ne perçoit pas, mais son inconscient perçoit parfaitement, et il n'y a pas de limite entre la conscience et Tincons^ cient.

Dans un état d'aïdéie profonde, la suggestion mentale ne réussit pas ; mais, si cet état est moins profond, elle réussit à faire une chose : exciter le sujet et produire un réveil relatif, un passage dans lin état plus sensible, et alors, si on persiste, la suggestion peut réussir totalement.

En somme, on yoît l'importance du rapport pour la manifestation du phénomène qui nous occupe, et malgré notre désir d'aborder le moins possible les questions qui. dépassent notre but, nous serons obligés de Télucider un peu.

Qu'est-ce, en réalité, que ce « rapport magnétique »?

Ce qu'on nomme ainsi, constitue un phénomène très complexe. Toute la question du magnétisme est là. Elle n'existe pas pour l'hypnotisme. Un hypnotisé entend tout ie monde ou personne. Un magnétisé n'entend que son magnétiseur. Il y a plus : il n'entend son magnéliseur que lorsque celui-ci s'adresse à lui.

Tout en restant à côté d'un somnambule et tout en causant avec lui, on peut impunément répondre à d'ûu-

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]hon de rallenlion du sujet, dirigée

uniquement vers le magnétiseur, (c'est le cas le plus fréquent et cette explication suffit très souvent);

2° D'un réglage particulier psychique^ obtenu en partie par celte concentration même, mais principalement provoqué par les procédés de magnétisation, et soutenu par des indications involontaires de l'altitude, de la voix, etc., du magnétiseur (c'est déjà un cas moins fréquent);

3* D'une action physique individuelle,., (que nous décrirons tout de suite, mais qui est rarement évidente);

4° D'une suggestion mentale.

Nous voilà en plein magnétisme ! Une action physique individuelle... c'est bien cela le magnétisme, fluide ou non ; dès que l'opérateur entre en jeu, non comme un bouton brillant^ mais comme un corps vivant, comme un foyer dynamique, dont la présence n'est pas indifférente, c'est assurément du magnétisme.

Eh bien ! oui ! Il faut l'admettre ou renoncer à comprendre certains faits.

Un éminent professeur du collège de France, dont j'estime beaucoup et l'originalité des vues et l'exactitude dans les expériences, a dit à ce sujet :

« La science doit à Braid d'avoir tracé nettement la limite entre les prétentions erronées de ceux qui croient plus ou moins au prétendu magnétisme animal on hune force nèurique, pouvant sortir des nerfs d'un individu, pour entrer dans ceux d'un autre, et les faits si intéressants qui peuvent se produire dans nombre de parties du système nerveux d'un individu, sous l'influence d'une irritation spéciale, provenant d'une autre partie de ce système... »

Cette tendance à remplacer, autant que possible le mystérieux par le positif, je la comprends et je l'approuve; mais pourquoi être plus braidiste que Braid lui-même? Cet excellent observateur n'a pu rester long-

3p tôt. Braid a rendu à la science

în constatant, par, des moyens

bre de faits déjà découverts par

confirmés par une commission

qués subjectivement par Faria,

Cuvilliers, seulement présentés

par lui sous un aspect plus positif et plus scientifique.

C'est tout ce qu'il a fait, et c'est bien assez. Mais ce

n'est pas assez pour ses continuateurs d'aujourd'hui.

« Aujourd'hui, dit le D' BotteyS le mystérieux est mort, et avec lui le magnétisme animal, qui a cessé d'exister depuis que Braid, en 1843, a porté au mesmérisme et au fluidisme le coup décisifs qui les a tués à jamais.., »

Dans l'opinion de M. Bottey, pas dans celle de Braid lui-même. Braid dit :

« Pendant longtemps, je crus à l'identité des phénomènes, produits par ma façon d'opérer et par celle des partisans du mesmérisme ; d'après les constatations encore actuelles, je crois tout au moins à Vanalogie des actions, exercées sur le système nerveux » (ce qui est très juste). « Toutefois, et à en juger d'après ce que les magnétiseurs déclarent produire dans certains cas, il semble y avoir assez de différence pour considérer y hypnotisme et le mesmérisme comme deux agents dis^ tincts *. »

Par conséquent Braid n'a rien tué, et il serait peut-être bon de le lire, avant de lui prêter un rôle quelconque.

Passons aux faits :

Sans entrer dans les détails de la question du rapport, ce qui demanderait un volume a part, bornons-nous à signaler quelques faits, qui démontrent l'insuffisance

* Dr J. Bottey, Le Magnétisme animal, etc., Paris. 1884, p. 1.

* y Braiid, Neurypnologiet traduite par le D^ Simon avec prdtace.defirown Séquardi PariSi 1883, p. 27. - -

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»emières causes psychiques, indiquées plus expliquer les phénomènes du rapport, îr d*une personne plongée dans le sommeil présente certaines particularités tout à fait Il y a plusieurs nuances dans le phénomène, pouvons le prendre sous sa forme la plus , plus nette ; pour le vérifier, on aura seule^ le choisir un sujet magnétisé par une seule déjà plusieurs fois, car pendant la première e séance ce phénomène est rarement mani-

sent et supporte bien Fattouchement de son \ Quant aux attouchements d'une personne deux cas sont possibles suivant Tétat du

a ils lui feront une peine visible, qui pourra

i produire une attaque ;

1 il ne les sentira pas du tout,

iremier cas, il n*est pas nécessaire que l'at-

soit appliqué directement : on touche les ussin, la couverture, le lit ou la chaise, ehors de la vue du sujet, et malgré cela, il

se plaint d'une sensation désagréable. J'ai sieurs expériences, dans le but d'éliminer le l'imagination, et je suis parfaitement coule fait est vrai. Il a du reste été signalé déjà iir. Quelquefois cette hypéresthésie élective t^'prononcée, que le malade ne peut suppornce seule d'une certaine personne, même à le quelques mètres. Mais alors on peut suplence des sensations olfactives; tandis que s cas il supporte la présence, même à côté ment à condition qu'on ne le touche pas, ni ni indirectement. Il y a toute une graduaibilité dans ce phénomène ; les uns ne sont ue par contact direct, les autres à quelques

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centîmêtres, quelques-uns à plusieurs mètres. Je n'ai pas observé une différence par apport aux points du corps couvert ou non ; lorsque Tattouchement est désagréable, il Test aussi bien à travers les effets que directement ; seulement il Test peut-être un pejj plus, lorsqu'on touche un vêtement qui colle sur la peau, que lorsqu'on touche le bout d'une longue robe par exemple, mais la différence n'est ni constante, ni certaine.

Je préviens les observateurs qui voudraient bien constater le fait, que chez certains sujets, peu sensibles, ce phénomène n'existe pas ; que chez d'autres, dans un somnambulisme léger, l'attouchement d'une tierce personne ne peut que produire le réveil; que chez d'autres enfin ce n'est que le premier attouchement qui fait tressaillir et les suivants ne produisent plus rien. Mais il y a bon nombre de sujets sur lesquels cette expérience peut être faite.

Un médecin de ma connaissance se refusant de croire a ce phénomène me pria de le lui montrer. L'expérience a été faite sur une jeune fille qu'il connaissait bien et qui fut magnétisée par moi pour la cinquième fois. Elle avait les yeux bandés et nous nous sommes placés derrière elle, en touchant sa chevelure ou son dos d'un seul doigt, d'après les indications mimiques du médecin. Elle ne s'est pas trompée une seule fois pour dire qui de nous deux l'avait touchée; du reste cela était visible, puisqu'il y avait un mouvement réflexe de répulsion quand ce n'était pas moi qui la touchait.

Donc, il y a une action physique. Mais laquelle?

Elle est de deux espèces : 1** pathologique, et 2^ physiologique.

V Une personne malade, c'est-à-dire déséquilibrée, souffrante ou faible, réagit sur le sujet sensitif en troublant son équilibre moléculaire, en lui communiquant par influence ses douleurs, ou bien en lui dérobant une partie d'énergie moléculaire générale, comme on dérobe

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Son contact avec la peau du sujet deviendront de plus en plus confus, de plus en plus incertains, enfin à quelques métrés, suivant la force de l'action physique individuelle et de la sensibilité du sujet, ce dernier ne sentira plus rien. Et pourtant, la pression mécanique resle toujours la même !

Est-ce rimagin^tion qui fait cela, est-ce la foi? Qu'on m'explique cette expérience, sans une action physique, et je renoncerai au magnétisme, mais pas avant.

Il y a plusieurs autres preuves de Taclion physique, mais celle-là peut nous suffire pour le moment.

Elle démontre, que les différences dynamiques moléculaires dépassent la surface du corps; qu*un certain mouvement tonique vibratoire propre à un organisme donné, se propage en dehors^ de sa périphérie et peut influencer le sujet d'une façon assez nette, assez palpable, pour admettre une action réelle.

Donc, il y a une action physique individuelle.

Là-dessus les hypnotiseurs peuvent plaisanter autant qu'ils voudront : rira bien qui rira le dernier.

L'action dynamique personnelle constitue l'une des causes du rapport. Le sujet est insensible; mais il sent mieux que jamais la main de son magnétiseur; il est sourd, mais il entend mieux que jamais la voix de son magnétiseur. Et c'est cela qui constitue, entre autres, le rapport.

Reste le quatrième et dernier agent : la suggestion mentale.

L'organisme du magnétiseur, déjà actif par sa présence seule, devient plus actif, lorsque sur ce fond dynamique qui résume sa personnalité, il se développe un foyer renforcé par une concentration de pensée, par une tension de la volonté, qui afl^ermit le lien, invisible, mais bien réel, qui unit les deux organismes.

Maintenant, pour ne pas faire croire au lecteur que nous l'avons conduit dans un monde fantastique, jetons

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un coup d'œil sur Tensemble des phénomènes communs.

Dans l'ensemble des faits hypnotiques^ ces agents sont inactifs, puisque le rapport n'existe pas. Dans Tensemble des faits magnétiques, ils présentent tous les degrés possibles; dans la majorité des cas, le premier agent (l'attention expectante du sujet) suffît pour expliquer les faits. Cette explication devient plus complète par le concours du deuxième agent : des suggestions ordinaires sont associées aux manœuvres de magnétisation et de l'attitude du magnétiseur. Dans un petit nombre de cas, l'action physique devient évidente. Enfin exceptionnellement (peut-être une fois sur plusieurs centaines) la suggestion mentale domine toutes les autres influences, et ce n'est qu'alors que la théorie des volontistes se justifie.

Mais ceux qui, jugeant les faits à la légère, nient l'action physique et la suggestion mentale, prouvent seulement de deux choses l'une : ou bien qu'ils n'ont pas assez étudié la question, c'est-à-dire expérimenté sur un grand nombre de personnes, ou bien qu'ils sont incapables de faire des expériences délicates. Pardon, il y a encore une troisième catégorie : de gens de bonne foi, capables et expérimentés, mais qui se sont fait une prévention.

Ils ont mis des lunettes de couleur et ils ne voient que dans cette couleur. Mais savez-vous ce qui arrive alors? Il se produit des choses tout à fait drôles. Je vais vous donner trois exemples : dans le premier, c'est un savant distingué qui, pour échapper à l'action physique, admet la suggestion mentale. Dans le deuxième, c'est un analyste très spirituel et très sceptique, qui, se refusant de reconnaître une action physique, reconnaît la suggestion mentale et la double vue ; enfin dans le troisième, c'est un novateur prudent, excellent observateur, qui, pour ne pas reconnaître l'action physique ni la suggestion mentale, démontre involontairement toutes les deux,

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elen plus consacre par son autorité un préjugé tout à fait extra-scientifique.

Commençons par ce dernier.

Il s'agit de Braid.

M. le D' Bottey, pour qui la transmission de pensée, n*est « qu'une jonglerie appartenant au domaine du charlatanisme » a cependant raison lorsqu'il dit que « le seul reproche qu'on puisse adresser à Braid est d'avoir voulu faire servir sa découverte à la consécration des doctrines phrénologiques * ». Seulement M. Bottey ignore que ce sont précisément les études phréno-hypnotiques de Braid qui prouvent la transmission de pensée.

Voici en quoi consiste l'affaire :

Le D' Gall avait imaginé une théorie, basée apparemment sur l'expérience, et où il y a du vrai; mais qui, sous plusieurs rapports, est contraire aux données de la psychologie et tout à fait fausse dans les détails. D'après cette théorie, toute la substance ;îrise du cerveau est divisée en 27 petites régions, appelées organes et habitées par des facultés distinctes»

C'est ainsi que, d'après lui, nous avons dans la tête un organe particulier pour Vtndustrie, pour Vamitié, pour la rixe, pour la ruse, pour le vol^ pour Yestime de soi-même f pour la pénétration métaphysique y pour la douceur, pour la vénération (c'est celui qui, à la Salpêtrière, détermine le somnambulisme : « pression sur le vertex... ») etc.

Plusieurs magnétiseurs s*amusaient à faire du phrénomagnétisme, c'est-à-dire à appliquer le magnétisme à la phrénologie de Gall, de Spurzheim et d'autres crâniologistes. Ils agissaient par contact, en pressant sur la tôte le point correspondant d'un organe phrénologique, et obtenaient quelquefois chez des sujets sensibles une

^ Bottey, îoc, clt,, p. 8*

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manifestation des sentiments, des penchants, ou des idées correspondantes.

Braid essaya de vérifier leurs' assertions et il réussit si bien qu'il fut tout ému du résultat. Toutes les quelques pages de son livre il revient à ce sujet, et il est très instructif de le voir à la fois enthousiasmé et embarrassé par Fétrangeté de ces phénomènes.

Assurément, c'était un peu de trop pour un esprit aussi positif que le sien, surtout quand on s'est mis dans la. tête que tous les phénomènes hypnotiques résultent d'une fatigue de l'appareil visuel. Mais la chose était pourtant bien vraie. Braid doute, essaye de nouveau, se fait à lui-même toutes les objections possibles... La réalité reste, mystérieuse, mais bien palpable : le sujet vole une bague, si on lui presse Yorgane du vol; il la rend, confus, si on lui presse ïorgane de la ^conscience ; il commence à réciter une prière sous le contact de la vénérationy et bat son magnétiseur, si ce dernier appuie un peu fort sur la comàatmiéj etc. Il y a plus : certains sujets n'ont pas besoin d'être touchés ; en présentant son doigt au-dessus d'un organe, Braid obtient presque le même résultat. Certaines diflerences individuelles se manifestent : une personne agit mieux qu'une autre, et c'est toujours celle «qui connaît le mieux la phrénologie qui agit le mieux. Braid, de plus en plus embarrassé, expérimente tour à tour sur quarante-cinq personnes qui, presque toutes, n'ont aucune idée de phrénologie, par conséquent ne peuvent pas simuler. Il remplace le doigt par une tige de verre, puisque le verre est un mauvais conducteur de l'électricité et du magnétisme (!) puis le verre par un bouchon qui presse mécaniquement sous un bandeau serré... Rien n'y fait : les sujets continuent à subir l'action de l'organe touché I

Que faire alors? L*action physique est impossible, l'action mentale d'autant plus. Donc il s'arrête à une théorie très ingénieuse, mais tout à fait gratuite « il

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JE LA VOLOiNTÈ 347

admet une correspondance sympathique entre certains points du cuir chevelu et l'expression de certains états d'esprit.

EnQn, dix-sept ans après ^ il reconnaît une certaine action du contact sur Tintelligence du sujet, sans pouvoir expliquer au juste tant de succès obtenus.

Quant à nous, tout en reconnaissant qu'il y a plusieurs influences dans les essais de Braid, nous n'hésitons pas à dire, qu'ils prouvent une action physique du magnétiseur (à travers une tige ou non), mais surtout et même d'une faço^n très remarquable : la suggestion mentale-.

Tous les détails que donne Braid, par rapport à son mode d'opération, et quant à l'état des sujets dans lequel réussissaient ses expériences, confirment notre manière de voir. Braid faisait du magnétisme comme M. Jourdain faisait de la prose...

Le deuxième observateur, c'est Morin. Tout son livre, très intéressant à lire, est consacré à une réfutation du fluide ou d'une action physique quelconque, mais confirme les faits de suggestion mentale et même de vision à distance I Nous y reviendrons en parlant des théories, car il donne une théorie de la suggestion mentale.

Enfin le troisième, c'est Bertrand. J'ai de la peine à faire des reproches à cet observateur éminent. De même que Braid, il ne fut guidé que par un amour sincère de la vérité, et s'il avait eu des preuves suffisantes à ses yeux, il n'y a pas de doute qu'il aurait été le premier à reconnaître une action physique, qu'il admettait du reste tout d'abord, malgré ce que cela coûte dans le monde scientifique. Mais il ii^a eu que des résultats négatifs. Deux fois pourtant il fut très embarrassé : une fois c'était quand, après avoir nié une action à distance, il fut obligé de signer le protocole de^ expérieiicès de du Potet faites àl'Hôtel-Dieu sous les yeux de Husson et de plusieurs autres médecins, et qui confirmaient raction

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à distance. Il Tavait signé et puis il se rétracta, non sans quelque raison ; car M. Husson, qui ne connaissait pas si bien que Bertrand la théorie suggestive du magnétisme, n'avait pas pris toutes les précautions nécessaires. Ce dernier eut la mauvaise chance de demander une nouvelle expérience, qui confirma plutôt la théorie de du Potet que la sienne *. Mais enfin il était dans son droit d'observateur sceptique ; il cherchait des preuves incontestables.

Une autre fois... Mais laissons la parole à Bertrand lui-même:

« J*ai vu, dit-iP, une somnambule (M"*® Chevalier) que je ne magnétisais pas, mais dont j'ai été pendant assez longtemps à même de suivre le traitement, et sur qui la personne qui la magnétisait, avait acquis un pouvoir extraordinaire* Elle pouvait à volonté la priver d'un de ses sens, la rendre pour un instant aveugle, muette, sourde etc. ; elle pouvait paralyser une partie de son corps, où même la jeter dans un état de léthargie com* plète, qui ne cessait qu'au moment où le magnétiseur voulait la faire revenir à elle-même au moyen d^un geste particulier. Ce deimier fait est d'autant plus remarquable que la somnambule était absolument privée de l'usage de tous ses sens^ comme j'ai eu souvent occasion de le vérifier. (Un témoin un jour, pour s'assurer de l'insensibilité de la somnambule, la pinça si fort qu'il emporta entre ses ongles un morceau de sa chair, et détermina ainsi une plaie saignante qu'elle aperçut en revenant à elle ; et qui la fit assez longtemps soulTrir.) Rien ne pouvait l'avertir du moment où on faisait le le signe accoutumé... »

C'est ici que Bertrand se trompe. L'insensibilité géné-

î magn, animal faites i • Bertrand, Traité du somnambulisme , Paris, 1823, p. 249.

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Pale, vérifiée par tous les moyens objectifs, ne prouve rien cofitre une sensibilité,- même exagérée, vis-à-vis des excitations provenant du magnétiseur. Sauf les cas d aïdéie paralytique, très profonde et très rare, et de certains états actifs extatiques où le sujet cesse momentanément d'entendre et de sentir son magnétiseur, il le sent toujours, et le sent très bien, même de loin, maigre ranesthésie générale. Il sentira son geste fait de près, même quand il dort de son sommeil naturel et ne se doute guère- de la présence du magnétiseur. Par conséquent, le fait cité prouve seulement V individualisation de la sensibilité^ et non la suggestion 'mentale ou une action physique directe. Gela ressort du reste des détails qui suivent :

(( Ce signe consistait en un recouvrement de la main portée rapidement » (par conséquent il y avait un courant d'air) « de haut en bas, à un demi-pied ou un pied de son corps; à ce mouvement elle ^ressai/Zatï, et revenait à elle ; mais ordinairement un seul geste ne suffisait pas ; il fallait en faire plusieurs successivement et à chaque fois elle éprouvait ce tressaillement dans tous le corps, semblable à celui que pourrait produire Tefl^et subit d'une forte décharge galvanique ; au bout de quatre ou cinq secousses elle ouvrait les yeux, se soulevait et revenait à elle. »

Les expériences qui consistent à produire la paralysie d'un sens quelconque, uniquement à l'aide des gestes sont assez faciles. Je l'ai démontré en 1881 à la Société Médicale de Varsovie sur quatre personnes.

Elles ne suffisent pas pour prouver l'action mentale, ni même l'action pnysiquede la main, mais elles prouvent l'existense des associations ideo-organiques^ entre un signe et un état organique, établies par l'habitude. L'expérience est plus concluante quand on opère sur une personne endormie de son sommeil naturel, j'm'o/» n'a jamais magnétisée^ qui ne s'attendait pas à votre pré-

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sence et qu'on magnétise sans contact. J'ai fait une fois cette expérience dans' de bonnes conditions et j'ai réussi. Mais ici encore Faction mentale n'est pas prouvée, si, comme je Tavais fait, on agit par des passes à petite distance, car chez des sujets sensibles les mouvements de l'air répétés plusieurs fois devant la figure peuvent provoquer le somnambulisme, sans une intervention spéciale physique.

Bertrand dit lui-même à ce sujet :

« Il me fut toujours impossible de faire perdre connaissance à la malade éveillée par un simple acte de ma volonté ; » ^Nous avons vu que ce phénomène existe, mais qu'il est très rare) « et quand je taisais le signe satis volonté^ je produisais le même effet, que si j'avais voulu agir; de sorte que ma volonté seule était sans action, tant que je cherchais à agir sur la malade dans l'état de veille; mais il n'en était plus de même quand elle était tombée en somnambulisme ou en paralysie^ car alors ma volonté seule suffisait pour la faire revenir. » (Eh bien, moi, au contraire je n'ai jamais pu réveiller une somnambule par un simple acte de ma volonté, au. moins dans des' conditions rigoureuses, c'est-à-dire à l'abri de l'habitude d'une suggestion involontaire. Il paraît qu'il y a sous ce rapport des différences individuelles). » Ce dernier résultat, il faut l'avouer, n'était pourtant pas aussi net que le premier, car* commç pour éyiter les accidents qui auraient pu en résulter, on ne laissait jamais la somnambule plus de trois ou quatre minutes sans connaissance^ il était difficile, en si peu de temps, de faire quelques expériences concluantes... »

Evidemment, et il me semble que Bertrand s*illusîonhait tout simplement sur son action mentale, et que la somnambule, habituée à dormir seulement 3 ou* 4 minutes, se serait réveillée d'elle-même (voir p. 20). Mais, Bertrand affirme néanmoins (tout en se faisant lui-»

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àCTION DE LA VOLONTÉ 85t

même quelques objections) qu'il avait fait pour fiô convaincre l'expérience suivante :

« Je me plaçai dans un endroit de la chambre où j'étais masqué par un coin de la cheminée ; je répétai sept fois (quand je faisais le geste auprès de la malade, elle revenait, ordinairement au troisième ou au quatrième) le geste habituel, pendant qu'elle était sans connaissance, et sept fois elle éprouva au même instant les secousses que ce geste avait coutume de produire ; ensuite elle revint tout à fait à' elle. D'après ce qu^'on.me rapporta, les secousses avaient été en ïnéme nombre que mes gestes ; elles avaient eu lieu au moment où je les faisais, et le réveil était survenu progressivement, comme quand je me plaçais auprès d'elle; en un mot, rien ne manque à cette observation. »

Au contraire, il y manque la certitude que la malade n'a pu entendre ces gestes, ou sentir les courants d'air qu'ils occasionnaient.

Chose étrange, mais qui se répète tous les jours dans les livres sur l'hypnotisme : Bertrand, qui était si difficile quand il s'agissait de juger les expériences des autres, lui qui ne croyait pas au fluide magnétique, est si peu scrupuleux dans ces propres expériences sur une ques-» tion tellement compliquée !..

Il s'étonne encore du fait suivant : Les signes ou gestes qui provoquaient toujours l'effet voulu en état de somnambulisme, et quand la somnambule ne les voyait pas, restaient insuffisants à l'état de veille où la somnambule ne comprenait pas ce qu'on voulait d'elle... C'était encore un efl*et des associations idéo-organiques. La somnambule a été éduquée en somnambulisme et non à l'état de veille ; par conséquent, les associations qui se sont formées, pour ainsi dire sur le fond de cet état» ne pouvaient pas renaître sur un terrain tout différent. Elles étaient associées à un état organique particulier d'après le. schéma suivant :

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ACnON DE U VOLONTÉ 553

déterminer le réveil par le seul fait de suggestion men-» taie. Ce phénomène a cependant été constaté par la com^ mission académique de 182G ;

« A un signal convenu et donné par M. Fouqiiîer, M. Foissac, dont Cazot ignorait la présence, le réveilla comme il l'avait endormi, par la seule force de sa volonté^ malçré les questions qu'on adressait à ce somnambule, et qui n avaient pas d'autre but que de lui cacher le moment où il devait être réveillé. »

« Le 10 septembre, à sept heures du soir^ la commission se réunit chez M. Ilard, pour continuer ses expériences sur Cazot. Ce dernier était dans le cabinet, où la conversation était engagée et a été entretenue avec lui jusqu'à sept heures et demie, moment auquel M. Foissac, arrivé depuis lui, et reslé dans l'antichambre, séparé de lui par deux portes fermées et à distance de douze pieds, commença à le magné* tiser. Trois minutes après, Cazot dit: «Je crois que M. Foissac est là, c^r je me sens abasourdi. Au bout de huit minutes il était complètement endormi. »

« ... Quoique la commission ne put douter de l'action bien réelle que le magnétisme produisait sur Cazot, môme à son insu et à une certaine distance, elle voulut encore en' acquérir une preuve nouvelle. La commission se rendit donc dans le cabinet de M. Bourdois, le 5 octobre à midi, heure à laquelle Cazot y arriva avec son enfant. M. Foissac avait été invité à s'y rendre à midi et demi, il arriva à l'heure dilc, à l'heure où Cazot se relira dans le salon, sans aucune communication avec nous. On alla cependant lui dire que Cazot était assis sur un canapé éloigné de six pieds d'une porte fermée, et que la commission désirait qu'il l'endormit et l'éveillât à cette distance, lui, restant dans le salon et Cazot dans le cabinet. »

'< A midi trente-sept minutes pendant que Cazot est occupé à la conversation à laquelle nous nous livriions, et qu'il examine les tableaux qui ornent le cabinet, M. Foissac commence ses manœuvres magnétiques, et nous remarquons qu'au bout de quatre minutes Cazot clignote légèrement les yeux, qu'il a un air inquiet, et qu'enfin il s'endort |,en neuf minutes. »

D'autres expériences semblables ont été faîtes par la commission, et ont également réussi ; mais, dans dqs

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