‹ De la suggestion mentaleChapitre 29 sur 39 · SOI · texte numérisé non relu

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Ceci posé, entendons-nous quant au principe général d'une explication scientifique.

Que veut dire expliquer?

Expliquer ne veut dire autre chose que réduire tinconnu au connUf et il n'y a qu'un seul moyen d'effectuer celte réduction : en indiquant les conditions, dans lesquelles le phénomène se manifeste, et sans lesquelles il ne peut pas se manifester. C'est tout ce qu'on peut faire, et c'est aussi tout ce qu'il faut. On ne doit pas se faire l'illusion d'une connaissance adéquate de n'importe quoi. On détermine les conditions des phénomènes, on les résume, autant qu'on peut, dans des lois qui ne sont qu'une généralisation de Tobservadon, et c'est tout. Toute la science est là.

Avant de pouvoir préciser les conditions d'un phénomène, il faut le décrire, il faut l'analyser, afin de bien circonscrire son contenu et lui assigner une place équitable parmi d'autres phénomènes. C'est ce que nous avons essayé de faire, en traitant séparément les diverses transmissions psycho-physiques. Il en est résulté, que la suggestion mentale proprement dite doit être considérée en connexions avec plusieurs phénomènes de transmission physique, qui Télucident, par un rapprochement gradué.

En outre, nous avons vu qu'un grand nombre de faits, attribués à la transmission physique ou mentale, ne constituant qu'une transmission apparente.

Cette transmission apparente peut être expliquée^ suivant les cas :

4® Par une haf monte préétablie entre deux mécanismes associationistes, indépendants l'un de l'autre, mais dépendant tous les deux d^un milieu psychiqtie;

2** Par une présomption, basée sur les sensations ordi* naires de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du toucher.

Ces sensations, qui trahissent notre élat organique

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ÉLÉMENTS D'UNE EXPLK

uu psychique, peuvent être c sées par le Bujet, en raison :

1^ De V expérience inconscie et qui se fait valoir surtout en consciente;

2** Des assodatîons idéo-orgù 1er la signification des influen çues à Félat normal;

3® De Vidéoplastie^ qui réalîi gérée parrexpérienceinconsci idéo-organiques ;

4^ De Y éducation hypnotique le concours de tous les agentî

Il en résulte, que la transm favorisée î

!• Par l'exaltation des sensj

2® Par l'exaltation de l'intell

3® Par l'isolement des senî permet de concentrer toute 1' tion voulue.

Mais toute cette théorie de\ s'agit d'expliquer les faits, où fournis par le principe d'extér état psychique ou organique, action. A moins d'étendre la des limites tout à fait invrais( préhensibles que le phénomèn rir à un autre principe qui, expliquer, non plus la transm transmission vraie.

' La transmission vraie embn un état a du cerveau A, est n sans l'intermédiaire des signes ou tactils.

On devinera facilement qu*ei gories de transmission doivent

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vent, et que <;e n'est que dans des expériences faîlcs . exprès et à une certaine distance, qu'on peut être sûr, que la ti'angnîissiori vraie agit toute seule.

Si la pensée est un phénomène purement cérébral, en ce sens qu'elle ne peut être engendrée par aucun autre organe,* elle n'est jamais limitée' ètu cerveau tout seul, quant aux manifestations qui raccompagnent. // n'y a pas de pensée sans expression ; on pourrait même dire (avec Sietch^noff)*, qu'il n'y a ^as de pensée sans une contraction musculaire; mais je préfère la première formule, plus générale, puisqu'elle embrasse aussi les Sécrétions, (es émanations, la prodliction directe de la chaleur et de Télectricité. On peut bien rester absolument ^immobile et penseràtoutcs sortesde cboses;mais, en analysant notre attitude soigneusement, on trouve :

1*® Que si la réflexion e^t un peu intense, il y a toujours un commeacement de la parole; le larynx, la langue, la mâchoire même, exécutent de petits mouye* ments*,

2° Que sî la pensée présente un caractère} plutôt visuel qu'auditif; l'oeil , malgré l'occlusion , suit les mouvements des objets imaginaires et la pupille se dilate ou se rétrécit suivant l'éclat et l'éloignement de l'objet imaginaire;

3o Que la respiration se règle, s*acc<^lèrc ou s*arrêto, suivant les cours de nos idées' ;

4° Que, dans les muscles des membres, il y a toujours une contraction interne, correspondante aux mouvements inachevés auxquels on pense, ou qui se rattjichent aux images de nos pensées;

^ Que tofas les étals éniotîfs' s'aeconipagnent d'un changement correspondant dans la circulation j

! J'ai attiré Tattentipn sur ce. fait dans mon ouvrage sur la méthode, 1869.

• Voir mon travail allemand : Bedingungen^ etc., 1874,

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6<> Qu'une concentration de volonté se reflète dans une contraction correspondante du diaphragme;

1^ Que tous ces phénomènes, en général, doivent déterminer une modification dans les fonctions de la vie végétale, dans rechange de matière et, p^r conséquent, dans la production des sécrétions et émanations diverses;

8* Qu'il est certain que tout travail psychique détermine une production de la chaleur, et probable, qu'il existe même une transformation directe du travail psychique en chaleur rayonnante.

L'effet de ces actions ne peut pas être limité à la surface de notre corps et, par conséquent, encore à une certaine distance, ces changements peuvent influencer imperceptiblement les sens d'un organisme quelconque et se faire sentir, d'une façon plus ou moins distincte, par un organisme exceptionnellement impressionnable.

En s'appuyant sur une seule catégorie de sensations, on peut arriver aux explications partielles, imparfaites, en disant par exemple :

1® Que le sujet déchifi're la pensée dans les signes pathognomoniques visuels et que, par conséquent, la théorie de la suggestion mentale se ramène à une théorie de visidn exaltée;

2^ Que, la pensée étant habituellement parlée, et le sujet pouvant présenter une hyperacousifi extraordinaire (soit dit entre parenthèses, que cette hyperacousie ne dépasse jamais une distance de plusieurs mètres pour les paroles réellement prononcées), on peut envisager la suggestion mentale comme une audition exaltée de la parole interne et des bruits de la respiration;

3** Qu'étant prouvé que les émotions s'accompagnent d'une senteur cutanée, modifiée, on peut exagérer là valeur de ces indices en admettant, que même chaque pensée,' un peu concentrée et pet*slstante, surtout téUt d'approbalioa o\x da nég^ion (^ui peuvent beauCouji

StS;

^ aider un sujet qui cherche à exécuter Tordre donné), se caractérise par une modification olfactive perceptible;

4'' Que U chaleur dégagée à la suite d'un effort mental, modifiée par rapproche du corps et les gestes (courants d'air), peut guider le sujet, lui faire sentir surtout le commencement et la direction de l'action, et donner ainsi lieu à une explication purement calorique de certaines influences dites mentales ;

5<* Que, dans les expériences avec contact immédiat, toutes les vibrations et tensions expressives des muscles^ peuvent servir de signe palpable, pour une interprétation de nos pensées, et donner lieu à une théorie mécanique de la suggestion;

6* Que le phénomène de Vattractîon réflexe, basé sur une sensibilité cutanée exaltée, pouvant être développé considérablement, de sorte que le sujet est attiré par des gestes à peine exécutés, on pourrait imaginer une théorie purement attractive de la suggestion, et dire que tous les mouvements commandés mentalement, sont exécutés en raison d'une attraction physique réflexe;

7<*^ Quelle phénomène àeVimitation des mouvements étant assez commun et également susceptible d'un perfectionnement considérable, on pourrait dire que, si, même ayant les yeux fermés, le sujet peut reproduire les mouvenjents de l'opérateur, ce phénomène à un degré un peu plus élevé, pourrait se manifester même pour des mouvements inachevés, et donner lieu à une théorie exclusivement imitative.

Toutes cQs considérations prises séparément, et même collectivement, ne» peuvent s'appliquer qu'à un certain nombre de faits, mais nous devons en tenir compte partout où, suivant les cas, l'un des principes énoncés où quelques-uns d'entre eux, peuyent être évoqués, sans une exagération évidente.

. Quelques expériences de contrôle peuvent seules pré-» ciser la justesse ou Tinçompatibilité de leur application.

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'Eri général, pour les expériences faites de près, il paraît certain qu'il existe une graduation de facilité, el qu'elle peut être résumée dans les catégories suivantes :

i* Avec contact, gestes et regards ;

2* Sans contact, ayec gestes et regards ;

3° Sans contact, sans gestes, avec regards;

4® Sans contact, sans gestes et sans regards.

A partir de ce dernier degré, Tinfluence ne diminue plus avec la distance, jusqu'à une limite inconnue. Si l'action a pu être exercée du fond d'une chambre à finsu du sujets elle pourra Têtre égaleriient d'une autre cham^ bre, d'une au^re maison, etc.

Le fait d'une graduation souvent sensible à petite distance, et d'une différence imperceptible à grande distance, prouve :

1® Que, dans certains cas^ le contact, les gestes et le regard ont leur part dans l'action ;

2"* Que cette action, aussi bien que celle des sensations olfactives, ne suffit pas pour expliquer certains autres cas.

D'ailleurs, le contact est très souvent indifférent; les gestes deviennent inutiles et le regard n'exerce pas une action palpable ; par conséquent, si ces agents ont une action quelconque à distance, cette action doit être subjective, c'est-à-dire qu'acné facilite simplement la concentration de la pensée chez l'opérateur.

. De la part de l'opérateur les conditions ont été très peu étudiées. Mais il est probable :

1* Qu'il y a des différences personnelles ;

2° Que ces différences peuvent tenir non seulement à un degré d'intensité de la pensée, mais aussi à la nature de cette pensée, plutôt visuelle, plutôt auditive ou motrice;

3° Qu'il faut réserver une certaine part à une sorte d'accord, de concordance, entreries natures de deux intelligences;

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40 Que les efforts excessifs de la volonté nuisent plutôt à la netteté de la transmission, sans augmenter considérablement son intensité,

5* Qu'une pensée ferme, persistante, prolongée ou répétée plus ou moins longtemps, constitue une condition éminemment favorable ;

6* Qu'une distracti(m quelconque, qui fait que la pensée s'évanouit momentanément ou cesse d'être isolée, cesse d'être monoïdéïque, paraît éminemment défavorable à l'action;

7<^ Que néanmoins les pensées faibles» et même les pensées momentanément inconscientes, peuvent être transmises involontairement ;

8" Que les efforts musculaires qui accompagnent toujours un effort de volonté sont plus ou moins indifférents; mais que l'expression musculaire chez l'opérateur peut être utile subjectivement, en raison de l'habitude, qui unit la pensée à ses signes expressifs.

Il résulte de ces considérations, que l'opérateur doit insister moins sur le « je le veux » que sur le contenu même de cette volonté, et il devient dès lors probable, qu'à proprement parler, ce n'est pas la volonté forte qui favorise la suggestion, mais bien la pensée nette.

De la part du sujet, pour bien s'orienter dans laquestion,,nous pouvons considérer successivement les quatre états principaux :

1* Dans l'état aîdéique profond^ la transmission n*est jamais immédiate, mais elle peu t être quelquefois latente^

^ Dans l'état du monoîdéisme naàsanty elle peut être immédiate et parfaite ;

3» Dans l'état du polyîdéisme passif, elle peut être médiate ou immédiate, mais toujours plus faible ;

4^ Dans l'état du polyidéisme actifs les conditions se compliquent, et il faut les considérer séparément;

a). Elle peut être dircctCi si le sujet nous uâde en^ab^

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sorbaht volontairement dans une concentration plus ou moins monoïdéque : il s'y prête, il écoute mentale ment > il cherche, et quelquefois il trouve :

b). Elle peut être indirecte, c'est-à-dîre latente, éga-» lement avec un certain ajustement de la part du sujet, et ce cas paraît plus fréquent,

' c). Enfin elle peut être, par exception^ médiate ou immédiate, même sans que le sujet soit prévenu de Faction. Et ici nous touchons à la question de l'action mentale à Tétat de veille, qui demande quelques explications : L'état somnambuiique de polyidéie activé ne diffèro de l'état de veille, que par deux caractères, dont le premier est absolu, le second relatif.

1). La différence absolue, c'est-à-dire constante, nécessaire, n'est que quantitative; la veille est un élat plus polyidéique que le somnambulisme. Dansledernier il y a toujours un rétrécissement du champ psychique, A l'état de veille, malgré le monoïdéisme apparent qui a séduit plusieurs psychologistes (Bain, Wundt, jMorell, Horwicz, etc.), notre pensée est toujours très compliquée; nous avons simultanément une foule de sensations qui luttent entre elles, et une foule de souvenirs qui cherchent à se débarrasser de la pression des idées dominantes (Herbart). En somnambulisme, leur nombre général est beaucoup moindre; la plupart des sensations ordinaires font défaut (aneslhésie); la plupart des souvenirs restent paralysés, mais ce qui peut induire eu erreur et ce qui, en même temps (sans contredire le rétrécissement général), constitue un caractère particulier : c'est que les sensations ou les souvenirs, appartenant à une idée donnée^ peuvent y être plus nombreux qu'à l'état de veille ; la perception est plus détaillée, quoique uniquement par rapport à une seule idée, et la reproduction associationiste plus complète, quoique toujours uniquemeot dans une seule direction. D'où il

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résulte, que l'état polyidéique somnambulique, est plus favorable à la suggestion mentale, le sujet étant prévenu de ractwn ; msiis, s'il ne Test pas, c'est plutôt Tétat de veille qui aura la préférence. // est plus facile d'influencer à son insu un sujet éveillé, qu'un sujet qui se trouve dans rétat somnambulique nettement actif. Dans ce dernier cas, le sujet est plu^ absorbé et, par conséquent, moins abordable. L'état normal est en général moins sensible à cause de l'opposition d'un grand nombre d'idées, qui luttent pour l'existance, mais il est moins concentré, plus élastique, plus varié et, par suite, plus accessible. Ce que je voulais exprimer en disant qu'il est plus élastique, c'est que, à l'état normal, notre pensée se projette plus facilement à droite et à gauche, sans quitter le fil qui la guide ; mais je le disais surtout a cause de cette particularité, autrement importante pour nous, c'est que, à vrai dire, l'état normal n'est pas un état tout bonnement polyidéique; il consiste plutôt en un agrégat mobile de tous les états possibles, avec prépondérance de la polyidéie. Il y a indubitablement des moments monoïdéiqdes de toute forme, et même des intervalles franchement monoïdéiques. Seulement tout cela se mêle, se succède avec une rapidité très grande, le plus souvent insaisissable. Mais c'est cela qui rend cet état accessible à de faibles influences, surtout chez des sujets hypnotisables, dont l'esprit, en général, se caractérise par une tendance constante au monoïdéisme^

2). La seconde différence entre l'état somnambulique et rétat normal n'est que relative, mais elle est encore plus importante pour notre sujet. Elle est relative, parce qu'elle n'existe pas chez les hypnotisés. Un hypnotisé n'est en rapport avec personne. Elle est relative encore à un autre point de vue, parce que, quoique dans le somnambulisme magnétique Visolement existe, cet isolement ne présente qu'une différence de degré, avec l'état normal,

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ÉLÉMENTS D'UNE ÈXPLlCATIOîi SCIENTIFIQUE 503

dans lequel la suggestion peut réussir. En vérité, elle ne réussit jamais (du moins la suggestion immédiate) dans un état normal sans trace de rapport. Il faut que ce rapport soit établi, tantôt par des magnétisations ultérieures, tantôt par un lien de sang, de sympathie, d'un commerce journalier, enfin, par une influence exceptionnelle instantannée.

Ce détail nous ramène dans le fond même de la question.

Le rapport, étant une condition stne qua noni d'une action nette, tâchons de préciser ce que c'est.

Nous avons déjà signalé, au commencement de cette étude et puis surtout à Foccasion d'expériences de Despine, que la nature de ce phénomène est essentiellement double : psychique et physique. Nous connaissons déjà les éléments psychiques (prépondérants quant à la fréquence de leur manifestation palpable), mais il nous reste à analyser la cause physique de ces phénomènes^

Voici recueil.

Avons-nous le droit d'admettre une cause physique dans le « magnétisme animal » ?

Faisons remarquer, en passant, que, conformément à laspect général des phénomènes, jusqu'à ce moment confondus sous un seul nom des phénomènes « hypnotiques », cette cause ne nous est nécessaire que pour certaines catégories de faits. Les autres peuvent s'en passer. Mais cela ne supprime pas la difficulté ; elle reste, quoique dans l'ombre. Et ce qui choque les esprits légitimistes, c'est que cette actionphysique parait o^renverser toutes les notions de la physiologie... »

« Je n'ai jamais compris, dit M. Brown-Séquard, comment un homme intelligent et connaissant les principes fondamentaux de la physiologie peut admettre une telle transmission (une transmission de /brc^ neurique d'un individu à un autre) alors que l'étudiant le moins instruit sait, combien sont vains, après la section

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d'un nerf moteur, les efforts, les désirs, la volonté de mouvoir la partie paralysée... » (Préface de Braid).

Je ne voudrais pas passer pour un étudiant le moins instruit, et encore moins voudrais-je donner des leçons à mon honorable maître, auquel je dois plus d^une idée excellente, mais — amicm Plato, magis amicà veritas^ — j'oserais dire qu^ j'ai cornpris, moi, comment c'est possible. ' 1 '

La volonté ditM.Brown-Séquard,nepeutpasatteindre un muscle, dont le nerf moteur est coupé, tandis qu'il lui parait tout naturel qu'elle peut atteindre un muscle, dont le nerf moteur n'est pas coupé. Eh bien! pour moi, cela ne me paraît pas naturel du tout. Je conviens qu'elle ne peut atteindre un muscle dont le nerf est coupé, mais je n'admels pas non plus qu'elle puisse atteindre un muscle dont le nerf moteur reste intact. La volonté est un phénomène cérébral, qui n'a jamais été constaté en dehors du cerveau, et qui ne peut pas dépasser le cet'veau. Elle ne sef transmet môme pas dans le nerf moteur qui sort de ce cerveau, pour aboutir dans un musdle. Pareillement le mouvement mécanique d'un muscle ne se transmet pas dans le nerf sensitif pour arriver au cerveau, mais il peut, il doit nécessairement, provoquer un courant moléculaire, qui, lui, se transmet au cerveau, et y réveille un autre phénomène dynamique d'une nature inconnue, mais que nous distinguons bien intérieurement comme sensation ou idée. La volonté est dans le môme cas. Pour atteindre le muscle, elle a abso* lument besoin d'un intermédiaire moléculaire qui parcoure le nerf, et il est parfaitement vrai, que cet intermédiaire né saurait sauter une coupure. Un courant téléphonique, lui aussi, quoique moins capricieux, ne peut pas traverser un fil cassé. Le téléphone restera muet. Et si on s'arrêtait à cette expérience, on aurait tout le droit de dire par rapport au téléphone, ce que M. Brown-Séquard ditpar rapport au muscle.

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Heureusement notre science ne s'arrête pas là* M. Brown-Séquard en proclamant deux vérités incontestables s'est trompé deux fois. Lés deux vérités, les voici :

1° La force nerveuse ne peut pas traverser un nerf coupé;

2^ La foPTce nerveuse ne peut pas passer dans un autre système nerveux.

C'est très vrai, aussi je n'admets pas un passage quel^ conque d'un fluide nerveux quelconque.

Mais est-ce à dire que la force nerveuse, ou une autre^ n'importe laquelle, n'agisse que là où elle se trouve et que son action soit absolument limitée au corps dan» lequel elle se manifeste visiblement?

C'est ici que commence l'erreur. Elle est double, car i

1» Une pareille force, absolument limitée à un point matériel quelconque, n'existe pas ;

2" S'il en était ainsi, les principes les plus fondamentaux de la physiologie, entre autres les principes de ïinhibition et de dynamogénie de M. Brown-Séquard seraient renversés.

L'action téléphonique normale cesse, dès que le fil est cassé. Elle est également nulle pour nous, si le fil n'est pas cassé, mais lorsque le circuit ne contient qu'tm seul téléphone. Est-il possible de transmettre la parole avec un seul téléphone? Non, et cependant il fonctionne. Toute la longueur du fil est parcourue par un courant qui n'est pas la parole elle-même, mais qui en est le corrélatif, tout en restant muet.

Prenons un autre téléphone, qui a également un circuit fermé, et qui reste également muet; approchons-le du premier, ou bien seulement du fil du premier téléphone, ou bien simplement le fil du premier téléphone du fil du second, ce dernier va parler, il va reproduire la parole, quoiqu'il n'y ait aucun contact matériel entre les deux systèmes,\ll va parler par induction. C'est cette transmission-là qui correspond à une transmission mèn-

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606 DE LA SUGGESTIOiN MENTALE

j.ale, et non celle qui existe entre un muscle et un cerveau. Mon cerveau n agit pas sur les muscles du sujets mais il peut agir sur son cerveau. S\, au lieu d'un second téléphone, on mettait à côté un autre instrument, un électroscope, par exemple, on n'obtiendrait rien, mais on devrait se bien garder d*en conclure, qu'il n'y a aucune action électrique tout autour du téléphone, car, pour constater une action analogue, il faut un instrument analogue, un téléphone pour un téléphone, un cerveau pour un cerveau.

Je n'ai nullement l'intention d'abuser de cette analogie. Comparaison n'est pas raison; et s'il n'y avait pas d'autres preuves d'une action physique inductive, celleci ne nous servirait à rien.

Mais il n'en est pas ainsi. Indépendamment de toute théorie, les faits nous contreignent à admettre une action- physique. Nous serions obligés de le faire même, si aucun autre phénomène analogue n'existait»

Ces faits, les voici en deux mots. Bien entendu, je ne peux pas ici prouver leur réalité, je ne pourrai que les mentionner : croira qui voudra :

V 11 y a des cas où le magnétisé distingue la présence de son magnétiseur, en dehors des sensations ordinaires. Il distingue son attouchement entre plusieurs autres, même par l'intermédiaire d'un corps inerte (une tige en bois, par exemple) qui ne peut pas l'influencer difî'éremment par elle-même. Par conséquent, si le sujet distingue aussi bien l'attouchement de ^on magnétiseur à travers une tigç que . directement, il faut bien qu'il existe un courant moléculaire quelconque, propre à l'organisme du magnétiseur, et qui dénote sa présence, à peu près comme un courant galvanique dénote la présence d'une pile, par l'intermédiaire d'un fil qui nous touche. L'objection, que la majorité des sujets n'éprouvent rien, est sans valeur, puisque également on ne sentira rien avec un courant d'un faible élément galvanique^ quoique la

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boassole manifestera neltement sa présence, et que pour un courant encore plus faible, celui d*un téléphone ou d*une grenouille, vous n'obtiendrez rjen du tout dans une boussole ; il vous faudrait pour cela un galvanomètre exceptionnellement sensible. Supposez, qu'il y a quarante ans, lorsque M. Du Bois Reymond publiait ses découvertes sur Félectricité animale, on lui eût contesté ses assertions, en disant qu'aucun galvanomètre n'avait révélé la présence des courants qu'il annonçait... Cela aurait été vrai, et cependant injuste, parce que, à cette époque, Du Bois Raymond possédait seul un multiplicateur^ capable de révéler leur présence.

2<* On peut obtenir des effets marqués au point de vue thérapeuthique en agissant sans contact et à Tinsu des malades, par exemple chez des enfants endormis. Il y a donc une action inductive, qui dépasse la surface du corps.

3* On constate des différences nettes dans Taction dite magnétique de différentes personnes, sans que Tinlluence morale puisse les expliquer. Une main agit autrement qu'une autre main, il y a donc une action physique et une action physique personnelle.

4** Enfin, dès que les faits nous obligent à admettre une action de loin, il faut bien admettre une action réelle de près.

Ne pouvant pas préciser la nature de cette action, on peut pourtant dire ce qui suit :

1° Tout être vivant est un foyer dynamique;

2** Un foyer dynamique cherche toujours à propager le mouvement qui lui est propre ;

3^ Un mouvement propagé se transforme, suivant le milieu qu'il traverse.

Entrons un peu dans quelques détails :

Je ne sais pas si les forces^ comme telles, existent dans la nature ; et a fortiori, je ne sais pas si elles existent en dehors de la nature ; mais ce que je sais.

50é DE LÀ SUGGESTION MENTALE

c'est, qu'en tant que connaîssablç, la force n'est qu*un mouvement. On dit <c mouvement », quand on voit du mouvement; on dit « force », quand le mouvement est invisible. Un animal qui dort, a bien la « force » de se lever, puisqu'il existe en lui un mouvement moléculaire latent, caché, qui peut se transformer en un mouvement mécanique visible. Une fois mort, Fanimal n'aura plus cette force, parce que le mouvement moléculaire interne qui constitue l'échange biologique des matières, a vécu.

On peut donc, sans inconvénient, considérer cette force^comme un mouvement dérobé, c'est-à-dire moléculaire^

Un mouvement tend toujours à se propager.

Pourquoi semble-t-il quelquefois disparaître? Peut-il s'annuler? Non, si le mouvement ne se crée pas, il ne se perd pas non plus. Par conséquent, lorsqu'on voit un travail quelconque : mécanique, électrique, nerveux ou psychique, disparaître sans effet visible, on ne peut en inférer que de deux choses l'une ;

lo Soit une transmission ,

2® Soit une transformation.

Dans un milieu qui n'opposerait aucune résistance, ud mouvement se transmettrait indéfiniment. Imaginez l'univers formé d'un milieu immobile, mais capable d'être mu, et ne présentant aucune résistance, il suffirait de pousser du doigt un seul atome, pour mettre tout l'univers en mouvement. Et si cet atome était seul au monde, il avancerait toute Téternité. Il avancerait en une ligne droite, d'après Tancienne mécanique; en un cercle infini, d'après la nouvelle, et c'est ici que commencent les farces scientifiques. Bornons-nous à dire, qu'il n'y aurait plus alors aucune raison pour que ce mouvement cessât.

Mais tel n'est pas l*unîverâ î il y a de la résistance* Que veut dire cette résistance? Pour l'expliquer, on a fait comme les sauvages, on a prêté à la matière les

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qtialités qui nous sont propres à nous. Après avoir objectivé un sentiment subjectif musculaire, dans la notion de la a force », on a procédé pareillement pour ce qui s'oppose à la force, en prêtant à la matière notre paresse sous le nom « d'inertie ». L'inertie n'existe pas plus que la force, pas plus que le repos absolu. Mais ce qui existe certainement c'est le mouvement, qui, s'il n'est pas de même nature, s'oppose à un autre mouvement.

Qu'arrive-t-il alors? Il arrive que le mouvement initial se transforme.

Tel est le grand principe de l'univers.'

Non pas seulement «transmission», comme âisait Puységur, mais transformation.

Où finit la première et où commence la seconde?

La philosophie physique nous donne là-dessus une idée très claire :

a Dans un milieu identique, il n'y aurait que transmission;

h Dans un milieu différent, il y a transformation ;

Un noyau dynamique, en propageant son mouvement, le propage tout autour; mais cette transmission ne devient visible que sur les routes de moindre résistance. C'est pourquoi on dit que le magnétisme choisit le fer ; que la chaleur choisit les bons conducteurs, comme le son ; qu'un courant galvanique donne là préférence à un fil gros parmi plusieurs fins, comme la foudre choisit les lignes de sa route, comme l'impression de la lumière choisit le nerf qui lui convient, comme la volonté choisit la fibre qui fait son affaire, etc., etc.

Mais, en réalité, rien ne choisit rien. C'est nous qui faisons le choix subjectivement, par incapacité de voir les choses invisibles. La pression qu'exerce un liquide enfermé dans un vase, est la même sur sa paroi intacte, que sur. sa paroi trouée. Mais le liquide ne s'échappe que par cette dernière, et alors l'autre pression ne nous intéresse guère. Au lieu d'une substance, prenons une

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force. Jetons «ne pierre dans un lac, non loin de ses bords. Ce choc provoquera une série d'nndes. Elles sont visibles sur la surface de Teau. Finissent-elles au bord ? Non. La terre subit le choc comme Teau, et le propage ; seulement, elle le propage à sa manière, in visiblement. Que fait une force qui rencontre un milieu impropre à son genre de mouvement ? — Elle se transforme, vpilà tout, n en est toujours ainsi, et il n'y a pas d'autres^ causes de transformation. Transformation suppose résistance. Vous lancez un courant él-éctrique dans un fil gvgs. Vous avez le courant, vous ne percevez aucune autre force. Mais, coupez le fil gros, et réunissez les bouts à Faide d'un fil fin ; ce fil fin s'échaufi'era : il y. aura transformation d'une partie du courant en chaleur. Poussons plus loin l'expérience :., prenez un courant assez fort et interceptez un fil encore plus résistant ou. une baguette de chairbon très mince. La baguette éclatera de lumière^ et la lumière sera encore plus intense,, si vQus coupez le charbon en deux, introduisant un conducteur encore plus résistant : Tair. Une partie du courant se transforme alors en : chaleur . et en lumière. Croyez-vous que cette lumière n'agisse que comme lumière seulement, dans la lampe qui brille? Erreur, Elle agit tout autour, d'abord visiblement comme lumière, puis invisiblement comme chaleur et comme courant électrique. Approchez un aimant. S'il est faible et mobile, sous forme d'une aiguille, le faisceau de lumièrç le fera dévier, s'il est fort et immobile, c'est lui qui fera dévier le faisceau de lumière. Les rayons lumi- . neux qui frappent les ailes ;non transparentes d'un radiomètre de Grookes, font tourner le moulinet. Et tout cela à distance^ sans contact, sans conducteurs spéciaux. Et tout cela parce que, loin de là, on tourne une mani-. velle, ou qu'un processus chimique presque imperceptible travaille dans une pile!

Un processus chimique, physique et psychique à la.

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relatif dynamique. Ce dernier n'est pas et ne peut pas être limité aux courants nerveux des fibres moteurs. Il représente toutes les transformations du mouvement cérébral, transformations d*autant plus subtiles et d'autant plus radicales, qu'il y a plus de différence entre le milieu anatomique de la pensée et les milieux environnants : corps solides, liquides ou gazeux sans en excepter Téther, considéré comme le quatrième état de la même matière et qui, relativement, remplit tout.

Arrêtons-nous là un moment. Nous sommes arrivés à cette conclusion que le mouvement qui correspond à la ;pensée ne peut pas faire exception dans la nature, et qu'il se transforme aussi en d'autres formes de mouvement, nécessaires, quoique pour la plupart inconnues,

« Il ne s'opère pas, dit M. de Parville,un déplacement de matières dans la nature morte, un acte volontaire ou inconscient dans la nature vivante, sans qu'il y ait production d'électricité en rapport exact avec l'énergie du travail dépensé* ». Outre l'électricité, il y a production de la chaleur, il y a production du mouvement mécanique, peut-être de la lumière ; mais mon intention n'es pas de préciser, je crois que nous ne connaissons pas la millième partie des changements moléculaires, que peut produire une pensée en plus ou en moins, et nous devons nous contenter d'une simple constatation de faits : V énergie se transmet et se transforme^ ici comme ailleurs,

* ïï." de" ParviUe, V électricité et ses applications^ Paris, 1882,

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