‹ De la suggestion mentaleChapitre 30 sur 39 · LA LOI DE RÉVERSIBILITÉ · texte numérisé non relu

LA LOI DE RÉVERSIBILITÉ

Les trois foyers concentriques. — Action et réaction. — La loi de réversibilité dans les phénomènes physiques. — Le phonautographe et le phonographe. — Comment on peut prévoir les inventions. — Le moyen d*allumer une lampe qui se trouve à Versailles à l'aide d'une lampe qui se trouve à Paris. — Le photophone. — Une pensée transmise par un rayon.— Les qualités de la chaleur. — Les transformations des forces de la nature ne sont jamais complètes^— Une force latente délivrée^

Nous devons donc considérer la pensée comme un acte dynamique.

Cet acte dynamique se développe au sein d'un foyer dynamique plus largej qui s'appelle action nerveuse. Et cette dernière doit être considérée comme une mécanique particulière, fonctionnant sur un fond encore plus large, de Tagrégat vital tout entier. L'organisme tout entier possède un ton dynamique qui lui est propre, et qui dépend de la nature anatomique et physiologique générale, aussi bien que de son état d'équilibre momentané. Cet équilibre est gouverné par la tension nerveuse, et cette dernière par la mobilité psychique. Ce triple microcosmus dynamique, agit sur un milieu, d'abord par sa présence seule, comme machine vivante, puis par son état, comme système nerveux, et enfin par sa pensée, comme centre psychique.

Le mouvement étant contagieux, on comprend qu'un ton suffisamment marqué pourra être communiqué aux objets environnants et surtout à un autre organisme, dont le ton individuel est moins péremptoirc,et dont la nature

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consiste précisément en une mobiliié passive, facilement modifiable. L*influence est sans doute réciproque, mais c'est la modalité plus forte, plus largement constante, plus envahissante, qui donne le ton. Et alors un contact étranger produira, soit un trouble de dissonance, désagréable pour le sujet, soit rien du tout, suivant la solidité du ton qui domine. Dans ce dernier cas nous aurons affaire à un courant vigoureux et décisif qui s'opposera à toute infraction. Plus 1 union dynamique est assurée, par le contact, par les passes répétées, par la soumission physiologique du sujet, moins la transmission est gênée, moins elle rencontre de résistance. Certains genres de mouvement (chaleur, électricité) peuvent se communiquer san§ modification sensible, d'autres se transforment. Mais, ni le principe de communication, ni celui de transformation, ne nous serviraient à grand'chpse dans l'explication de la suggestion mentale, s'ils n'étaient complétés par un autre principe, qui peut être résumé dans une loi de physique générale.

Nous la nommerons loi de revenibilité^ , Nous savons déjà que toule force se propage (loi de transmission) ; que toute force propagée, qui rencontre une résistance, se transforme (loi de transformation); mais nous ne savons pas encore ce qui peut advenir à une deuxième, ou troisième transformation. Or, il peut advenir qu'un mouvement, deuxfois transformé, recowwr^ son caractère primitif. Dans quel cas cela pourrait-il arriver? Dans un cas particulier où le mouvement communiqué rencontre un milieu, analogue à son point de départ. Telle est la loi de réversibilité.

* D'après ce principe, une transformation est toujours réversible. •

La chose paraît toute naturelle théoriquement, mais il ne faut pas oublier qu*elle est moins évidente dans la

* Voir mon étude : La force comme mouvement, Varsovie, t87a.

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pratique^ car rarement les mêmes conditions accompagnent une transformation réitérée. On a longtemps produit Félectricité par frottement, sans se douter que le frottement, lui aussi, peut être produit par rélectricité. Le phonautographe^ c'est-à-dire Taction mécanique de la parole était connue depuis longtemps sans qu'on se doutât qu'une action mécanique elle aussi, peut reproduire la parole dans \e phonographe d'Edison.

Il était connu, depuis plusieurs années, que sous Tinfluence de l'électricité, le verre peut changer sa conductibilité vis-â-vis de la lumière, mais il n'y a pas longtemps qu'on a reconnu qu'inversement, la lumière, dans une lame de sélénium, peut modifier la conductibilité éleclrique.

On voit d'ici l'utilité d'une loi qui nous assure par avance que, dès que V effet A peut être produit par une cause B, inversement y un effet B peut être provoqué par une cause A .

Si le travail mécanique produit la chaleur, inversement la chaleur peut produire le travail mécanique. L'homme sauvage utilisait déjà le premier fait, l'autre ne fut appliqué sérieusement que dans la machine à vapeur.

Si l'électricité en mouvement peut produire un aimant, un aimant en mouvement peut produire un courant électrique, et si, par rotation mécanique, on obtient im courant ; inversement un cout*ant peu produire une rotation mécanique.

Si une action chimique peut engendrer la lumière, la 1 umière, de son côté, peut engendrer une action chimique, et si cette action chimique rencontre des conditions par-, ticulières, elle va nous reproduire une image, qui était visible avant d'agir chimiquement, et qui, après avoir agi chimiquement, redevient visible dans une photographie.

La magie de la science ne s'arrête pas là. Voulezvous, à l'aide d'une lampe ordinaire, allumer une autre lampe qui se trouvée Yersailles par exemple? Pour y arriver, il vous faut seulement installer une( série de trans:

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m - PE LA SUGGESTION MENTALE

glissions, Vous employeît votre lampe à chauffer Aiae. batterie thermo-électrique de Clamond. La différence de tempéra-ture de deu^t métaux vous donne un courant. Ce courant, vous l'envoyez à Versailles, Là, vous lui oppose? une résistance dans un fil de platine très fin. Le fil de platine s'échauffe, et, comme il touche la mèche d'une lampe à lîgroïne, cette lampe s'allume.

Mais il vous a fallu t^n conducteur spécial, allant de Pariis à Versailles. Il vous en faut un également, pour une transformation réversible du mouvement mécanique, dans une machine dynamo^ réunie h un moteur électrique. Il vous en faut un également pour une transmission réversible, téléphonique. Mais voilà ce qui peut surprendre davantage : il y a 'moyen de reproduire à distance la parole sans fils *conducteurs. •

Vous remplacez le fil par un rayon de lumîêre.1

Voici en quoi consiste un photophone : un rayon de Jumière est réfléchi par un miroir très fin, et projeté à distance. Derrière ce miroir est fixée une embouchure. En parlant dans l'embouchure, vous faite vibrer le miroir. Un miroir qui vibre, modifie la réflexion de la lumière. La lumière qui arrive à l'autre station est modifiée par votre parole, est chargée de votre parole, pas de la parole comme telle, mais de son corrélatif mécanique. Elle arrive et frappe une lame de sélénium. Celte lame de sélénium est traversée par un courant }0çal. Mais la lame de sélénium présente & ce courant pne, résistance plus ou moins grande, suivant l'éclat du rayon qui la frappe. Ce courant incessamment modifié, vou$ le lancez dans un téléphone. Il fera vibrer la plaque de cet appareil, conformément aux n^odificationç 'qu'il subit — et il va vous reproduire la parole.

Est-il possible qu'un rayon de lumière puisse transmettre la parole ? Parfaitement, puisque cela a été fait par Bell et Tainter. Mais quel physicien l'eût admis, il y a vingt, ansl

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Retenons bien ce qui s'est passé ici : votre cerveau avait chargé de votre pensée transformée, les nerfs moteurs. Les nerfs Tont transmise aux muscles et aux cordes vocales, les cordes vocales à l'atmosphère,, Tatmosphère au miroir, le miroir à la lumière, c'est* à-dire à l'éther, l'ether à la lame du sélénium, le sélé* nium au courant d'une pile, le courant de la pile à l'électro^aimant du téléphone, l'électro-aimant à la plaque vibrante, la claque vibrante à l'air,, l'air à la membrane du tympan, là membrane du tympan aux petits os de l'oreille moyenne, les petits os de l'oreille moyenne à la membrane du labyrinthe, la membrane au liquide de l'oreille interne, le liquide aux organes terminaux du nerf acoustique, enfin le nerf acoustique au cerveau. Et ce cerveau a reproduit la pensée d'un autre cerveau. Pourquoi ? Parce que la dernière transmission a rencontré un milieu analogue à celui de son point de dépat^t.

Croyez-vous que cela ne s'est jamais produit avant Bell et Tainter ?

Pourquoi pas ? Toute personne qui parlait devant un miroir, — et tout est miroir jusqu'à une certaine mesure — envoyait sa parole dans l'univers. Et n'oublions pas que ce n'est là qu'un cas particulier d'une loi générale. Tout se transmet, tout se transforme, tout peut être reproduit.

Si quelque chose ne se reproduit pas visiblement, c'est que les conditions de reproduction sont plus ou moins éloignées d'une analogie parfaite des milieux. Trouvez un récepteur assez sensible, et vous aurez la reproduction. On aura beau parler dans un téléphone, avant d'avoir un autre pour la réception. Mais le téléphone n'est qu'un type plastique et grossier d'une transmission réversible biologique. Le photophone est déjà plus délicat ; il se passe de fils, il se contente d'un rayon. Un jour, on se passera d'un rayon particulier, et l'on se contentera d'un intermédiaire quelconque, d'un jet d'eau, d'un courant d'air. Les inventions vont

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toujours du complexe au simple, quant au principe* quoique, dans les détails, la complexité puisse s'accroître. Elles ne font d'ailleurs qu*imiter la nature, Timiter en la perfectionnant.

Mais remarquons bien, ce qui résulte de cette démonstration. Il en résulte, entre autres, que la lumière peut être chargée d'une parole. Eh bien I pareillement la chaleur de la main peut être chargée d'une bonne santé et d'une bonne intention.

On va crier au mysticisme. Tant pis pour ceux qui vont crier, ils perdront l'occasion d'apprendre une vérité superbe ! Peu m'importe qu'elle ait élé propagé par une foule ignorante; puisqu'elle est vraie, remercions-en la foule. Oui, comme le /a d'un pislon n'est pas le la d'une flûte, et le la d'un instrument quelconque n'est pas celui d'une corde vocale d'un homme, d'une femme, d'une individualité enfin ; pareillement la chaleur d'une main n'est pas. identique à celle d'un cataplasme. Qu'on n'invoque pas le thermomètre comme jugel Un thermomètre n'a pas plus de droit à juger une semblable différence, qu'un baromètre à juger la pureté de l'atmosphère, ou une balance à juger la qualité de deux vins. Soyons moins fiers de notre science, pour qu'elle soit plus fîère de nous. Si tout était à apprendre à l'école, je me demande à quoi servirait la science, qui cherche ?

Encore une remarque :

Tout en nous servant de la loi de transformation, nous ne devons pas nous dissimuler que les transformations ne sont jamais complètes. Je dis jamais, en pleine connaissance de cause. J'ai tâché de prouver ailleurs, qu'une force A se transforme toujours en plus d'une force B, G, D... etc. Un coup de marteau produit non seulement un ébranlement mécanique^, mais aussi de la chaleur, de l'électricité, un son, un changement magnétique, quelquefois une étincelle, etc. Jamais une

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