‹ De la suggestion mentaleChapitre 3 sur 39 · A LA RECDERCDE D'UN PHÉNOMÈNE · texte numérisé non relu

A LA RECDERCDE D'UN PHÉNOMÈNE

Celui quii en dehors des mathématiques pure», prononce le mot impossible, manque de prudence.

Abago [Éloge de Bailly),

Les bornes du possible reculent...

La méthode expérimentale, après avoir fondé la psychologie positive, nous introduit elle-même dans le domaine du merveilleux !

L' a hypnotisme » appartient désormais à la science^ et la a suggestion » qui produit la plupart de ses miracles ne nous étonne plus ; au contraire, on s'en réfère tous les jours pour expliquer d'autres phénomènes^ encore plus difficiles à comprendre.

Cependant, avec la suggestion mentale^ le problème se complique. V « imagination etTimitalion » des commissaires de 1784 ne suffisent plus. On s'y perd. On a Faii: de vouloir dédaigner la science, pour se noyer dans roccultisme.

SUGGESTION HENTALS.

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imite franchie et la suggestion men- 1 permis de se flatter qu'il y ait encore liénomène plus extraordinaire à étu-

e I La vérité n'est pas faite pour effrayer e vérité peut même être absolument c les opinions courantes; elle n'en est I d'être étudiée avec soin. Car rien ne grès, qu'une découverte contraire aux

ÎS.

st-ce bien une découverte ? Est-ce iien

on est là.

le moment les scrupules; doublons labituelles, nos moyens de contrôle, et ts.

I est toujours instructive, même quand I illusion, i peine d'expliquer l'expérience, on

l'illusion ; et si on parvient à s'en e sera toujours un résultat, cher lecteur, si nous sommes d'accord )es, commençons notre petit voyage à phénomène.

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Mes premières exi)ériences. — L'appréciation des individus par le toucher. — L'apparence d'une double vue. — Imitation des gestes à distance. — Attraction mentale. — Une lucidité simulée. — Un « esprit i qui devine la pensée. -- La fantaisie inconsciente. — Le regard et la volonté. — Vicomte de Gaston. — La prestidigitation et la psychologie. — Le milieu psychique. — Suggestion et habitude. — Donato. — Une paysanne de Zakopane. — Interprétation erronée. — La théorie suggestive. — Expériences à l'École polytechnique de Lemberg. — Le toucher et l'odorat. — Une jeune hystérique. — Le « willing ». — Le monoïdéisme intermittent. — Les malades sensitives. — Transmissions des douleurs. — Le thermomicrophone. — La catalepsie provoquée mentalement. -— Le grand prestidigitateur de

' l'hypnotisme. — Polarité imaginaire. — Histoire de M. Camille. — Robert Houdin. — Le cumberlandisme 3-54

Je dois avouer tout d'abord que je ne croj^ais pas à la suggestion mentale il y a encore un an. Non seulement je n'y croyais pas, mais la question ne m'avait point paru suffisamment sérieuse pour légitimer une étude spéciale.

J'ai cependant essayé, et à plusieurs reprises, Taclion prétendue de la pensée sur un certain nombre de mes sujets.

. La première fois, en 1867, à Lublin *, j'expérimenlasi sur un jeune homme de dix-sept ans, assez difficile à

* C'est dans la même année qu'a paru mon premier travail sur le « magaétisme » (Varsovie, Gazela Polska^ 1867).

qui, une fois en somnambulisme, préphénomènes intéressants.

Lit, par exemple, toute personne de sa i d'un seul doigt lui touchait le dos. Il ne fois, successivement jusqii'à quinze,! p qu'une partie de ces personnes étaient l'il eût été déjà endormi, un peu d'hésitation à l'égard d'individus lient pas à sa société habituelle, il disnon attouchement de celui de tout autre, é de reconnaître une dame, entrée à son rait vue pour la première fois plusieurs it.

L était-il possible?

îérence entre le magnétiseur et une per- , elle est très nette pour un grand nombre 3 : l'attouchement du magnétiseur leur est ifférent, tandis que n'importe quel autre îur cause de la peine. Pourquoi ? Parce nagnétiseurs, ces personnes ne sont pas le sujet. Mais c'est là un mot qui ne nous lose. Qu'est-ce donc <:fue ce t rapport » 1 la question, il faut d'abord faire remar» énomène n'existe pas dans YhypnoHsme . Un hypnotisé peut être touché par ît si cela lui fait de la peine, c'est égalee tout le monde. Il entend tout le monde éit à tout le monde, et peut être réveillé ui.

s toujours de même dans le sommeil dit ovoqué non plus par un objet inanimé iant, par exemple), mais par un magnéit par des passes.

îrsonne a sa façon de toucher et quand , on saisit facilement le contact, la chaision d'une main étrangère. Il y a des

animaux domestiques, des chats surtout, qui ne suppor- ! lent pas les caresses des étrangers. Si on flatte de la main I un chat endormi et qui présente cette idyosyncrasie, on le reconnaît facilement à la différence des mouvements réflexes : le chat s'étend tout de son long langoureusement, si c'est sa maîtresse qui le flatte ; dans le cas contraire, il se réveille avec mécontentement, et s'enfuit.

L'isolement dans lequel se trouve le sujet magnétisé, la possibilité de concentrer l'attention mieux qu'à l'état de veille, facilitent cette sensibilité difl*érentielle. L'exercice, l'habitude la fortifient. Le sujet supporte mieux les impressions, auxquelles il s'est habitué ; quelquefois même elles deviennent pour lui un besoin, une nécessité agréable, tandis que les sensations imprévues, inaccoutumées, le dérangent.

Mais dès qu'il s'agit de distinguer entre elles les personnes étrangères, cette explication ne paraît plus suflire, même en y ajoutant les difl'érences moléculaires du contact, différences probables quoique non prouvées, et qu'il faudrait connaître d'avance, par habitude, pour jpouvoir en déduire qu'une certaine sensation physique correspond à une personnalité psychique donnée.

Y a-t-il donc là une suggestion mentale?

Reconnaître quelqu'un, c'est reconnaître surtout sa personnalité psychique, c'est reconnaître cet ensemble vivant, intérieurement actif, dont les manifestations \ tactiles extérieures m sont qu'un reflet imparfait. S'il 1 était donc bien prouvé que le moi d'une personne puisse 'agir virtuellement sur le moi du sujet, ce serait là une {explication directe et relativement suffisante. La personne qui touche, pense à elle-même ; son état mental peut se résumer dans une affirmation ( « C'est moi I » ) et une question ( « Me reconnais-tu? » ). Tous les assistants la regardent et pensent à elle machinalement; donc tout le monde influence le sujet et celte influence constitue la suggestion,

Mais, pour admettre une pareille explication, il faut qu'il soit bien démontré que la suggestion mentale existe ; tandis que ces expériences sont loin de la prouver par elles-mêmes.

Je me suis donc arrêté à une autre explication plus naturelle, quoique assez compliquée : oui, il y eut suggestion de la part de tout le monde, mais pas suggestion mentale. Le sujet avait les yeux bandés ; mais comme j'attirai son attention sur les personnes qui Fentouraient, il pouvait bien entendre tout ce qui se passait autour de lui ; il était chez lui, l'habitude lui rendait familiers tous les bruits possibles, de portes, de meubles, de plancher; il connaissait intimement les 8 à 10 personnes présentes avant son sommeil ; celles qui ne prenaient point part à l'expérience, à un moment donné, ne se gênaient pas pour échanger quelques mots à haute voix, tandis que les autres recommandaient le silence ; la perception de voix connues, et dont il est facile de deviner la direction, permet de se rendre peu à peu compte de la position de divers interlocuteurs ; le bruit de déplacements inévitables complète ou corrige au fur et à mesure ses idées.

Toutes ces inductions ont pu parfaitement rester inconsciei)tes. Sous certain rapport, nous sommes meilleurs observateurs dans nos rêves qu'à l'état de veille. Les scènes imaginaires du sommeil nous représentent les personnes de notre connaissance avec un profond sentiment de leurs caractères, de leurs habitudes, de leurs mots favoris, d'une infinité de signes physiognomiques, qui échappent à notre observation consciente. Il est donc compréhensible qu'un somnambule qui n'a pas de distraction, dont tous les souvenirs et toutes les sensations contribuent aune seule opération perceptive, puisse deviner mieux que nous autres les connexions de certains signes.

Le seul fait qui m'a frappé un peu, fut celui de la

-Tl

dame, que le somnambule n'avait vue qu'une seule fois ; , mais ce fait offrait quelques particularités de nature à le guider. Le frôlement d'une robe de soie, derrière sa^ thaise, lui fit deviner une f«mme, et une femme étrangère, puisque celles de la maison n'avaient pas de robe ^reille. Elle le toucha à peine, avec une. timidité évidente ; c'était donc plutôt une demoiselle qu'une femme mariée; parmi les demoiselles qui pouvaient venir à cette soirée en robe de soie, M'*°, W... figurait en première ligne, donc, ce devait être elle.

Il n'y avait par conséquent dans les faits cités qu'une suggestion par conjecture^.

Voici maintenant une autre expérience, faite sur le même sujet, et apparemment encore plus extraordinaire.

Il s'agissait de vérifier la vision sans le secours des . yeux. '

Je prends un livre, en dehors de la vue du sujet, je l'ouvre au hasard, et je lui ordonne de lire.

— Je ne vois pas bien, dit-il. •

Je lui suggère les deux uu trois premiers, mots de la poge, et je l'invite à continuer.

— C'est au milieu du second volume, dit-il, chapitre tel et tel; c'est le roman de Kraszewski « Le Monde et le '^oète ».

— Parfaitement, continuez alors!

Et, à notre grand élonnement il se mit à lire une page nlière, presque sans faute.

Si je déposais le livre, il s'arrêtait; il « lisait » cou^ àmment quand j'avais les yeux sur le texte. >

Je changeai de page — il lisait toujours bien.

Quelques-unes des personnes qui ont assisté à celte expérience ont cru pouvoir constater la « double vue »,

* Nous allons voir ensuite que Texplication donnée icidurappo7't ne\sufffit point dans un certain nombre de cas.

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s DE LA SUGGESTION MENTALE

inalgré les explications que je vais donner tout à l'heure, n'était pas une double vue, faut-il une îure de la suggestion mentale?

lement, oui. D'abord, il « lisait», quoique e livre fermé; il fallait seulement lui com-

première phrase du passage, — ce n'élait

ransmission de la pensée; ce n'était pas

ouble vue, puisque, sans cette suggestion

3 pouvait même pas lire les numéros des

mnaître un objet quelconque.

ication du mystère :

>mme en question- a lu dernièrement, deux

le roman mentionné de Kraszewski; il ame on le lisait dans le temps en Pologne, e de dix-sept ans. Il le savait presque par iment|il ne saurait pas réciter, à l'état de )ages entières textuellement, mais, en expérience n'a prouvé qu'une seule chose : tonnante des souvenirs en somnambulisme, [ifluence de ma pensée, la cause en était

il « voyait » mieux quand je regardais parce que machinalement je corrigeais ses s. Ce sont môme ces erreurs-lâ qui m'ont )lication vraie de l'expérience ; car, au lieu 1 mot écrit, il le remplaçait par un autre, ime sens, mais tout à fait différent comme

été entraîné en dehors des associations une erreur semblable, il s'arrêtait si je re, parce que je ne pouvais plus lui venir

déceptions j'ai encore essayé la suggestion ;te:

répéter mes gestes, exécutés dans une , dont la porte restait entr'ouverte.

jqces n'ont donné rien de surprenant -^ il

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DE LA SUGGESTIOxN MENTALE APPARENTE 9

y eut seulement quelques coïncidences de temps en temps.

2° Il devait venir à moi, traversant plusieurs chambres fermées, les yeux bandés.

Celte expérience réussissait toujours, mais il fallait qu*il fût prévenu en général qu'elle devait avoir lieu. Alors, et toujours avec un retard de plusieurs minutes, il venait me retrouver. Il était bien certain qu'il sentait ima présence dès qu'il était dans la même chambre, mais cela ne prouvait encore rien en faveur de l'action mentale, d'autant plus que tous les essais faits à l'improviste n'ont donné qu'un résultat négatif.

3** Il devait deviner l'objet pensé, en touchant ma main. Résultat à peu près nul; quelques réussites cependant.

Voici l'explication qui m'a paru probable, d'un certain nombre de coïncidences :

4). Nous étions deux camarades, vivant ensemble, dans les mêmes conditions, et il n'était pas rare pour nous d'avoir simultanément les mêmes idées.

• . 2). Les mouvements qui ont été répétés à distance appartenaient à des gestes ou attitudes communes dont •le nombre est fort restreint et qui pouvaient être bien devinées au hasard.

Je me rappelle, par exemple, avoir commencé les expériences par un ordre de <r lever le bras droit ». Or, c'est presque toujours cette idée-là qui 'nous vient la première, quand on veut expérimenter la suggestion mentale, — de même que, quand on veut prouver le libre arbitre on donne d'habitude un coup de poing sur la table, en disant : « Je peux bien frapper ou nepasfrapper ! »

Le sujet ayant levé le bras droit et n'ayant pas exécuté les ordres suivants, j'avais le droit de présumer qu'il a eu simultanément, mais indépendamment, la même idée que moi. J'ajoute qu'il fut prévenu d'avance d'avoir à exécuter les mouvements commandés mentalement*

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i tentatives à Varsovie, sur iait «lucide » et qui faisait était remarquable, entré ;que complète de la pupille itracture générale. L ayant je fus étonné de sa facier ses rêves somnambut saisissante. Quant à la roprement dite, elle était ssi une seule fois à arrêter un ordre mental.

s Tétat de somnambulisme arle beaucoup d'elle-même is possible.

ait encore quelques expédie ce terme dans le sens périencesquise rattachent ;

nme sérieux assistait, un ►urnantes. Voyant rafTollele facile des personnes qui I inconsciemment :

it-il, s'ils me disent le nom Te.

convaincu que personne issait le nom de son grand-

)euvent ne pas le savoir — te qui dirigeait les expéntrez votre pensée sur le fiaîlre, ils pourront vous le

coups de la table frappés ont composé le prénom sac t.

a l'homme sérieux, et il s,e

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DE LA SUGGESTION MENTALE APPARENTE il

donna la parole de ne plus assister aux exploits des spirites.

Lorsqu'il me raconta cette histoire, j'ai eu le droit de supposer une suggestion mentale. Ne croyant pas aux esprits, il fallait, à moins d'admettre un simple hasard, peu probable, se résigner à celte dernière hypothèse. Cependant, vu la complexité de ce genre d'expériences, la facilité d'une illusion quelconque, je me suis décidé de ne rien admettre, en dehors d'une expérience que j'exécuterais moi-même dans des conditions bien connues et bien déterminées.

Bientôt, l'occasion s'offrit de tenter l'épreuve.

Parmi les cinq personnes (jeunes filles pour la plupart) assises autour de la table, aucune, d'après ce qu'on m'assura, ne connaissait le nom de la grand'mère d'une dame âgée qui est restée en dehors de l'action. Ce nom fut indiqué; mais, vérification faite, j'ai constaté qu'une des jeunes filles qui tournaient la table a dû entendre souvent prononcer le nom en question ; elle m'a avoué elle-même, qu'au cours de la séance elle s'était rappelé ce nom, qu'elle avait cru ne pas connaître quelques minutes avant.

Cela suffisait pour justifier une influence, plus ou moins involontaire, de ses musclas.

J'ai imaginé alors un nom de fantaisie que j'étais seul à connaître.

La table répondit par un autre nom, qui n'avait absolument aucune ressemblance avec ma pensée. Je fis semblant d'écrire un mot sur un morceau de papier. Là table répondit par un mot : « louche » auquel personne n'avait pensé. Il devenait donc évident que la fantaisie inconsciente des « médiums « ferait fausse route chaque fois qu'elle ne serait point guidée par une suggestion quelconque.

Passons à une autre expérience. J'avais préparé.

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nir, la photographie d'un de mes amis dans pe cachetée. ,

-t-il dans cette enveloppe? Est-ce une lettre, e banque ou une photographie? (Je copie ntles questions d'après mes notes.) ne photographie.

Lomme ou d'une femme?

omme.

gea-t-il?

frappa vingt-trois coups, ce qui était juste, ants ont crié au miracle. Mais, réflexion es m'étre bien rappelé toutes les circonsj pouvais pas partager leur avis, la probabilité d'une réponse juste a été très -3*- pour la première question, de -j- pour Quant à la troisième, elle était de beaucoup lais... j'avais commis une imprudence, qui a iéterminé la réussite : lorsque la table, après 5 vingt-trois coups, s'arrêta un moment, je ipressé de dire : « C'est juste ! » Or, avant Li vingt-troisième coup, la table s'arrêtait s, et je ne disais rien. D'après l'impression eue, il était presque certain qu'elle aurait rapper, si elle n'avait pas été interrompue plamation. '

'ai remarqué que l'enveloppe, serrée dans eqille, dessinait . assez bien la forme d'une graphique, un peu courbée et visiblement qu'une lettre ou un billet de banque^ c'est là une particularité difficile à expri* ais parfaitement que, dans cette société et iditions données, on s'attendait de ma part Jus à une photographie d'homme que de

it donc là qu'une suggestion par conjecture i peut-être*

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Encore une réussite apparente :

Je prie une dame qui ne faisait pas partie des « médiums » de passer dans une autre chambre, d'écrire un chiffre quelconque sur un bout de papier, et de ne le montrer à personne.

Lorsqu'elle fut rentrée, je demande à la table :

— Combien y a t*il de chiffres écrits ?

— Deux.

— Quel est le premier? Je récite tous les dix signes, y compris zéro, la table ne bouge pas. Je recommence :

— Est-ce wn?

— Oui. (Il était [convenu avec les « esprits » qu*un coup signifie oui, deux non)*

— Et le second chiffre ?

La table frappa 6 coups. Mais nous étions à peine au sixième, que la dame s'écria : « C'est étonnant! j'ai écrit 161 »

Je dois ajouter qu'elle ne pouvait pas se décider dans le choix d'un nombre.

— Est-ce un seul chiffre ou plusieurs 'que je dois écrire? me demanda t-elle avant de sortir.

— Un nombre quelconque, répondis-je, de deux ou trois chiffres par exemple.

La suggestion de deitx chiffres a donc été donnée par maladresse.

Nous avons recommencé, et cette fois-ci, dans des conditions rigoureuses. J'étais seul à connaître le chiffre. J'ai écrit 4, et la table a deviné 346..,

En 1872, ce fut une jeune Allemande, très sensible, très délicate, sujette à des évanouissements hystériques, qui me suggéra l'idée d'un nouvel essai. J'avais fait sur elle une série d'observations relatives aux changements du pouls dans diverses phases du somnambulisme, observations mentionnées dans l'ouvrage que j'ai publié

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1874. Mais les phénomènes psychiques furent chez elle très médiocres, et, quant à la suggestion mentale, elle n'a pas réussi du tout.

Je ne mentionnerai pas une foule d'expériences d'occasion, faites à l'insu des personnes éveillées, et qui, d'après le préjugé populaire, consistaient à faire retourner la tête d'une personne qu'on fixe par derrière, en lui ordonnant de nous regarder. Ces expériences ont réussi de temps en temps, mais jamais dans des conditions scientifiques. Une fois cependant, les apparences m'ont beaucoup surpris. — Je me trouvais dans une salle de bal. Une jeune fille attira mon attention par la singularité de ses traits; j'î^i donc souvent porté mon regard vers elle et j'ai cru avoir remarqué qu'à chaque coup d'oeil un peu prolongé, sa tête et ses yeux se portaient dans ma direction. Elle ne pouvait cependant me voir. Pour vérifier le phénomène, j'ai choisi un moment moins favorable, et je réussis. J'essaye encore une fois, même succès! Alors, me trouvant dans une pièce voisine, je dis à un de mes amis : « Nous allons tenter une expérience curieuse. Vois-tu cette jeune personne qui reste assise dans un coin du salon? Je la ferai venir ici... » Une minute après la jeune fille se lève, entre dans la pièce, reste un moment indécise, jette sur nous un regard interrogateur, puis retourne au salon...

Je fis sa connaissance quelques semaines après. Soumise à l'expérience de l'hypnoscope *, elle ne présentait qu'un peu d'engourdissement dans le doigt. Elle s'endormit assez difficilement (dans quinze minutes) d\in sommeil très léger et qui se dissipa bientôt. C'était

* J'ai donné ce nom à un aimant d'une forme spéciale, qui appliqué sur un doigt, sert à découvrir la sensibilité hypnotique. A quelques exceptions près, ce moyen est certain, et très commode, car l'application ne dure que deux minutes. (Compies rendus de la Société de biologie j n« 20, 4884 ; La Lumièi'e électrique, n» 45, 1884; La Revue de l'hypnotisme^ n» 2, 1886.

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naigre pour un bon sujet. Aucune expérience de sugge$ion mentale n'a plus réussi.

Etait-ce donc une illusion ? — Je crois que ouï.

Après avoir réfléchi sur le cas, connaissance faite du sujet, j'ai tout autrement interprété mes premiers succès. D'abord il n'y avait rien d'étonnant qu'elle se retournât quand je la regardais, parce que, ayant entendu parler de moi, elle voulait faire ma connaissance; et il est môme probable que, par suite d'une illusion fort commune, j'ai cru l'avoir remarquée le premier, «à cause de la singularité de ses traits», tandis qu'en réalité, ce fut elle qui m'observait déjà depuis longtemps, et.qui dirigea, inconsciemment peut-être, d'abord mon attention et ensuite mes essais. D'ailleurs, il est raisonnable de se méfier des jolies femmes, elles voient très bien de côté. On dirait que la périphérie de leur rétine est aussi sensible que le milieu de la tache jaune...

Cet incident m'a dégoûté de la suggestion mentale, et plusieurs sujets remarquables m'ont passé par les mains, sans que j'eusse envie d'essayer sur eux la transmission de la pensée.

Je me rappelle encore d'une autre circonstance décou^ rageante.

Je suis allé à une représentation « extraordinaire » d'un certain « vicomte de Gaston », qui faisait des tours de mémoire et de prestidigitation, improvisait des vers, lisait sans le secours des yeux et devinait les pensées. Ce fut une séance vraiment intéressante pour un psychologue. Je ne parlerai pas des trucs ordinaires, quoique — je le dis en toute franchise — c'est là une étude que je recommande sincèrement à tout physiologiste qui s'occupe de l'hypnotisme en général et de la suggestion mentale en particulier. La magie blanche est J'œuvre d'une application ingénieuse de la psychologie deTattention, des associations involontaires, de l'illusion et des mouvements réflexes —plutôt, que de l'habileté

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physique. Le grand prestidigitateur de Thypnotisme, c*est rinconscient de Hartmann. Il faut savoir le prendre par la queue pour ne pas être sa dupe.

Mais ce qui mérite d'être mentionné ici, c'est une série de tours, basés uniquement sur l'association des idées. On sait que, par un subterfuge fort simple, il est possible de forcer une personne à choisir une carte voulue parmi plusieurs autres. On n'a qu'à dérouler rapidement devant ses yeux le jeu de carte, de manière que la carte prédestinée soit la seule bien visible. Vous escamotez ainsi la perception du sujet, qui choisit machinalement la carte suggérée. Notre prestidigitateur psychologue a développé cette méthode, en l'appliquant aux opérations purement mentales ; après avoir préparé un certain nombre d'enveloppes cachetées et contenant un mot écrit à l'avance, tel que : « rose », « diamant », « nègre », etc., il entamait une conversation spirituelle avec le public. En causant de multibus rébus et quitusdam aliis, il s'arrêtait juste au moment où l'association la plus proche et la plus inévitable était celle d'un des objets prédestinés. Puis, faisant un tour habile, il revenait d'un autre côté à la même association, non exprimée, et demandait brusquement à une personne, qu'il jugeait bien absorbée dans ses machinations, de penser à un objet quelconque.

Elle choisissait toujours l'objet suggéré.

Il n'avait qu'à demander ensuite, auquel des trois règnes : minéral, végétal ou animal appartenait l'objet choisi, pour être sûr du succès et prouver à la personne intéressée, que sa pensée s'est inscrite d'elle-même dans une lettre cachetée.

j Comme l'expérience que je viens de décrire n'est qu'une utilisation consciente d'un processus mental, qui se reproduit journellement et machinalement dans la vie commune, il s'en suit, que dans un grand nombre de cas, le milieu psychique de l'assemblée suffit pour

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DE LA SUGGESTION MENTALE APPARENTE t7

expliquer des coïncidences inattendues entre les pensées de Texpérimentateur et celles de ses sujets. Coïncidences d'autant plus étonnantes qu'on connaît moins le mécanisme inconscient de ces suggestions, mentales, si vous voulez, mais qui n'ont rien à faire avec la transmission de la pensée. Depuis ce temps, je suis d'avis que, dans une expérience de suggestion mentale réussie, il y a toujours deux questions à élucider. La question : « Gomment le sujet a-t-il pu deviner la pensée? » — n'est que la seconde; tandis que la première consiste à savoir: (t Gomment l'expérimentateur est arrivé à choisir une pensée plutôt qu'une autre ? » Ge n'est qu'après le rapport intime de ces deux processus, qu'on peut juger la valeur scientifique de Texpérience.

Toutes les fois que plusieurs personnes s'entretiennent pendant un certain temps, il s'établit entre leurs inlelligences un enchaînement réciproque. Il suffit alors à un observateur habile de s'isoler par la pensée du mécanisme involontaire, de l'embrasser mentalement par un aperçu général, pour prévoir quelquefois l'objet, qui dans quelques instants va occuper Tattenlion des assistants. C'est le même mécanisme qui fait que, souvent, dans une société, deux personnes émettent simultanément une même pensée, ou posent une même question. Mieux on connaît son monde et mieux on réussit dans cette « clairvoyance » psychologique. Je me rappelle qu^étant secrétaire d'une société, qui avait pour but la publication d'une Encyclopédie des sciences, j'avais préparé à l'avance le protocole d'une de nos réunions. On avait à discuter la question de savoir s'il fallait ou non, parmi les sciences à traiter, réserver une place à la théologie. J'ajoute que deux prêtres faisaient partie de la commission. Mais connaissant les personnes et les opinions, j'ai risqué l'expérience. Le protocole fut préparé ; il rendait compte de la discussion générale, terminée par le vote suivant : <e La théologie ne doit être

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traitée que comme faisant partie de l'Histoire des Religions, » -— Je n*ai eu que quelques mots à changer pour soumettre ce protocole à la signature des membres.

Evidemment, on n'est pas si bon prophète sans être un peu complice, — mais, on est toujours complice dès qu'on commande Texéculion d'une idée, qui nous vient machinalement à Tesprit. En voici un exemple : Vous êtes un habitué de la maison. Vous ne vous rappelez pas que, la dernière fois, on causa de la politique coloniale, et qu'aussitôt après une dame s'est mise au piano. On cause de nouveau de la politique coloniale, tandis que ridée vous vient d'essayer la suggestion mentale : vous ordonnez à la dame d'aller au piano — et elle y va. Vous êtes tout étonné du succès, d'autant plus que vous ne voyez absolument aucun rapport entre la pohtique coloniale et un morceau de piano, et que votre compère, lui aussi, vous assure de la meilleure foi du monde, qu'il ne comprend pas du tout comment l'idée de se mettre au piano lui est venue subitement.

Pn peut utiUser ce processus inconscient en connaissance de cause : M. P..., mon ami, aussi spirituel que distrait, jouait aux échecs dans une pièce voisine; nous causions, nous autres, près de la porte. — J'avais remarqué que parmi les obsessions, si communes chez les joueurs d'échecs, l'une des plus fréquentes et particulière à mon ami, était la suivante : tout en jouant avec la plus grande attention, ilsifflait machinalement un air de « Madame Angot ». Il m'arrivait de l'accompagner en battant la mesure sur la table. — Mais, cette fois-ci, il sifûait autre chose, par exception. C'était la Marche du « Prophète ». |

— Attendez, dis-je à mes compagnons — nous allons faire un tour à P. Nous allons lui ordonner mentalement dépasser du « Prophète » à la « Fille de Madame Angot ».

Je me mi» tout d'abord à battre la mesure de la marche ; puis, profitant de quelques notes communes, je

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passe rapidement àla mesure plus rapide et plus saccadée de son air favori.

I Alors notre joueur, lui aussi, change rapidement d*air et se met à siffler « Madame Angot ».

Tout le monde éclata de rire. Quant à lui il était trop absorbé par un échec à la reine, pour se douter de quelque chose.

— Recommençons, dis-je — et revenons au « Prophète ».

Et nous avons eu tout de suite une reprise de Meyerber avec une fougue particulière.

Mon ami savait qu'il avait sifflé quelque chose, mais rien de plus.

Celui qui connaît les habitudes d'une personne peut quelquefois simuler la suggestion mentale, même sans aucune impression suggestive.

A la Faculté de X.., nous avions un professeur de phi ^ losophie qui, en. faisant son cours, avait l'habitude de regarder d abord à sa droite, puis au milieu de la salle, puis à gauche, puis de nouveau à droite et ainsi de suite, avec la régularité 4'V"® pendule. Gomme il n'y avait rien de choquant dans cette petite habitude, elle n'avait pas été remarquée. Un jour, il était en train de nous prouver la liberté psychique de l'homme...

— Vous allez voir son libre arbitre, dis-je à mes condisciples, par plaisanterie.

Et, en levant un doigt, je me mis à commander les mouvements, que sa tête devait exécuter à droite, au milieu, à gauche...

Ne croyez pas que cette anecdote n'ait pas de rapport avec notre sujet; naturellement ce n'était qu'une plaisanterie ; ce serait une tricherie si elle était prise au sérieux. Mais précisément dans l'hypnotisme ces tricheries-là arrivent involontairement à des physiologistes qui savent bien observer les faits extérieurs, mais qui ne savent pas s'observer eux-mêmes. Voici une

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^ genre qui m'est arrivée à moi-même et irfaitement dans la catégorie des suggesites, visées par notre dernière anecdote, par l'hypnotisme une dame âgée, atteinte sme articulaire chronique. Je l'endormais snt et un repos absolu d'une demi-heure ) suffirait toujours pour calmer ses nerfs et 1 sommeil naturel au naoins pour quelques avait pas moyen de provoquer le somnamrement dit, ni de faire causer le sujet {état -je me tenais donc à l'écart, en feuilletant îonque et en attendant l'heure du réveil, eu l'idée d'essayer le réveil par ordre menlez-vous, lui dis-je mentalement, et aussilelques contractions des muscles de la face, >nt ouverts : elle était réveillée.

)urs après, j'essayais de lui faire exécuter céments, mais en vain; j'arrivais cependant sujet de la même manière, seulement avec etard. C'était néanmoins étonnant. Mais réveillait-elle, tout en restant insensible ^gestions ?

raison : il y avait là deux habitudes, qui é inaperçues. Continuant le traitement urs semaines, j'avais pris l'habitude de la j une demi-heure après la déclaration du le regardais pas la montre, mais je venais 'heure fixe, et, comme c'était une heure r, mon estomac remplaçait parfaitement

naïade, elle avait pris également l'habitude r presque exactement à la minute — phéconnu des hypnotiseurs. Cela n'arrive pas s cela arrive très souvent.

! soupçon, j'ai voulu en vérifier l'exactitude, l'ai pas eu de peine à constater ;

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1° Que je ne pouvais pas la réveiller « mentalement » 10,- 15 ou 20 minutes après la déclaration du sommeil ;

2** Qu'elle se réveillait toujours d'elle-même, après 30 à 35 minutes, sans aucune suggestion mentale.

Nous étions donc juste dans les conditions de notre anecdote, moins la connaissance de cause.

En 1881, j'avais assisté à Lemberg aux représentations magnétiques, données dans cette ville par Donato. Parmi ses expériences, il y en avait une, qui, sans être présentée comme telle, affectait toutes les apparences d'une suggestion mentale. M"' Lucile restait assise sur la scène, les yeux bandés, tandis que M. Donato circulait parmi le public, et se faisait dicter à Toreille un certain nombre d'actes, que la somnambule devait ensuite exécuter. Elle devait, par exemple, s'éventer avec Téventail de M"* N...; ouvrir le chapeau claque de M. X... et le lui mettre sur la tête; retirer le bracelet de M"*® Y... pour le passer à M"* Z... et ainsi de suite. (Il est à remarquer que le choix des ordres dictés par le public est fort restreint, c'est à peu près toujours la même chose, sans cependant qu'il y eut compérage ; le milieu psychique remplit là son office.)

Les ordres recueillis, M. Donato attirait M"® Lucile vers le public, et sans dire mot, uniquement à l'aide des gestes, exécutés à un ou deux pas de distance, ensuite plus près, il emmenait le « médium » devant les personnes en question, et celui-ci accomplissait parfaitement tout ce qu'on Im avait demandé.

I Cette expérâence produisit beaucoup d'effet, car il était évident qu'il n'y avait ni entente avec le sujet, ni compérage avec le public.

Comment M"« Lucile a-t-elle pu faire ces tours intéressants?

— Par Véducahon magnétique. Telle fut la réponse

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donnée par le magnétiseur. C'était vague, mais c'était cependant vrai.

Il existe en magnétisme un phénomène peu étudié par les hypnotiseurs, quoique déjà mentionné par M. P. Richer : celui de Vattraction dite magnétique. Il suffît d'approcher la main du bras du sujet endormi pour qu'aussitôt ce bras èe porte dans la direction de la -main et suive tous ces mouvements. Quoique Taimant provoque le même phénomène, il ne faut pas se laisser prendre par des analogies. Cette attraction n'a rien de commun avec l'attraction du fer par l'aimant; elle îi'est pas d'ordre physique, elle est d'ordre réflexe.

Mais c'est là une questioaà part, que nous n'avons pas à aborder pour le moment. Ce qui importe et ce qui se rattache à notre sujet, c'est que cette faculté, propre à un grand nombre des somnambules, peut être cultivée et perfectionnée par Y éducation hypnotique. Peu à peu le sujet devient sensible à des attractions variées et si, aux attractions automatiques s'ajoute la conception intelligente des gestes, on a tout ce qu'il faut pour simulera merveille la transmission de pensée.

Au début, le sujet n'est influencé que de près et il ne peut comprendre que des mouvements simples; ensuite, il s'habitue à la façon d'agir de son magnétiseur, devine les gestes non achevés, et une association machinale s'établit entre les indices presque imperceptibles de l'expérimentateur et certains mouvements réflexes ou même volontaires du sujet.

Et voilà comment M'^° Lucile a pu exécuter les ordres commandés sans paroles.

Il existe encore un autre moyen, beaucoup plus simple, de simuler la suggestion mentale. M. Donato luimême a montré, qu'à l'aide de certains mouvements des doigts, devant les oreilles de M"* Lucile, il pouvait produire une hyperacousie , suffisante pour permettre au sujet d'ententlre des paroles, prononcées tellement bas,

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et avec des mouvements des lèvres tellement imperceptibles, que même les personnes prévenues et qui y faisaient attention, n'ont pu rien comprendre. J'ai souvent répété cette expérience, entre autres sur une paysanne de Zakopane (en Galicie), qui, les oreilles bouchées et toute la tête entourée en triple d'un* gros fichu épais, répéta parfaitement les mots prononcés par moi, aussi bas que possible, à quatre mètres de distance.

Il est évident qu'avec une telle hyperesthésie, le sujet peut :

1^ Ou'bien entendre directement ce qu'on dit à l'oreille du magnétiseur;

2* Ou bien entendre ensuite ce que celui-ci lui souffle à Torellle, sans être entendu des assistants.

M. Donato a bien voulu faire pour moi une séance privée. C'est alors que j'ai eu l'occasion d'expérimenter encore une fois la suggestion mentale. Le magnétiseur lui-môme émit des doutes là-dessus. Il croyait le phénomène possible, il l'avait môme une fois démontré en présence de M. Aksakow; mais, d'après lui, l'expérience ne réussit que rarement, on ne sait pas comment, elle échoue dans la plupart des cas, on ne sait pourquoi. Nous avons essayé tout de même.

W^« Lucile debout, nous tournant le dos; moi à côté du magnétiseur à deux mètres du sujet; ce dernier devait étendre le aras gauche. Au bout d'une minute, il y a eu quelques petits mouvements dans le bras indiqué, ou plutôt dans tous le corps, mouvements qui pouvaient bien être déterminés par la fatigue du sujet et n'avoir aucun rapport avec les intentions du magnétiseur. M. Donato ne lit pas de difficultés pour le reconnaître. — Je serais plus sûr de la réussite, me dit-il, si vous ine permettiez d'agir avec des gestes.

Mais la question n'était pas là.

Certainement qu'on pouvait, en agissant par attraction, faire étendre un bras

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U I>Ê LA SCGGESTION MENTALE

Les ^autres tentatives n'ont pas réussi mieux, soit que ce fût moi qui commandât, après avoir endormi le sujet, soit que ce fût M. Donato lui-même. [J'ai seulement constaté le même phénomène que chez Tun de !> . mes premiers sujets, à savoir la faculté de reconnaître

^ 1 la personne qui lui touche le dos (à travers le corsage).

Quand c'était M. Donato, qui avait endormi le sujet,^mon attouchement lui faisait de la peine; le contraire a eu lieu, quand c'était moi qui magnétisais, cependant, elle ' supportait toujours relativement mieux le contact de son magnétiseur habituel.

Des précautions ont été prises, pour que le sujet ne puisse deviner la personne autrement que par Faction seule d'un contact simple et léger.

.: Ce phènomène-là, je lai vérifié depuis, presque sur

tous les sujets éminemment sensibles, non hypnotisés^ mais magnétisés^ et je fus obligé en même temps d'ady-' mettre une action physique individuelle en dehors de l'hypnotisme de Br'aid.

J'espère qu'on ne m'accusera pas de légèreté, quand j'aurais publié les détails de ces études, et eu égard à cette circonstance, que pendant quatorze ans je suis reste « hypnotiseur » comme tout le monde.

La question de l'action physique n'est pas indifférente pour le problème de la suggestion mentale — on le verra plus loin — mais évidemment l'une n'implique pas l'autre.

Malgré cette évolution dans mes opinions, j'étais encore loin de croire à la transmission de la pensée.

Les essais précédents m'avaient, au contraire, découragé, en mettant a jour toute la complexité de la ques* tion et toutes les causes d'erreurs.

Il fut acquis pour moi qu'un magnétiseur habile, ayant un sujet convenablement éduqué, peut parfaite ment imiter la suggestion mentale, ou bien encore être dupe lui-même des associations inconscientes. Les témoins, en racontant le fait, le transfigurent^ l'embel'^

DE LA SUGGESTION MENTALE APPARENTE Sià

lissent involontairement, en vertu de cette faculté psychique, très estimable dans les arts, mais éminemment dangereuse en science, qu'on appelle a fantaisie complémentaire ».

Par omission de quelques détails, qui paraissent insignifiants, par exagération de quelques autres qui semblent nécessaires à l'intelligence de la situation, on arrive à se former dans Tesprit une « preuve » expérimentale, qui, en réalité, ne prouve que notre enthousiasme personnel. Si, en racontant le fait pour la première fois, on l'ajuste un peu ad usum delphmi, la deuxième fois on le raconte à peu près comme la première, la troisième à peu près comme la seconde; alors les petites modifications s'accumulent et les petits détails exacts s'elTacent. Les gens peu familiarisés avec les rigueurs scientifiques finissent ainsi par raconter, tout en se croyant sincères, des choses qui n'ont jamais existé. Un savant n'ira pas si loin que cela, mais il peut facilement se laisser fasciner par une impression nouvelle, inattendue, dans des circonstances qui ne peuvent pas être, ou au moins n'ont pas été précisées comme il convenait; et cela suffît pour déterminer une interprétation erronée ^ qui peut aller jusqu'à l'assertion d'un phénomène nouveau, qui n'existe pas. Pour qu'on ne croie pas que j'exagère, en voici un exemple :

M. Hughes, l'inventeur du microphone, du télégraphe imprimeur, etc., physicien et penseur hors ligne, a cru avoir constaté au début de ses expériences, que le microphone augmente l'intensité des sons transmis. C'était là une erreur d'interprétation, suggérée par certains effets décevents. Jamais un microphone quelconque n'a amplifié l'intensité de la pa7*ole ou des sons en général ; il se prod uit toujours au contraire un affaiblissement nota- We. Gomment cette erreur a-t-elle pu naître? Par un défaut de discernement entre les sons et les secousses mécaniques qui les accompagnent. Le microphone fait entendre

SUGGEj»T105 Mi;^TALE. 9

â6 DE LA SUGGESTION MENTALE

le pas^ d'une mouche sur une planchette mince, non pas parce qu'il amplifie le bruit ^ du reste imperceptible directement, mais parce que le microphone transforme en sons les secousses mécaniques de ces pas. Fixez à proxi^ mité de la planchette une montre qui produit un son beaucoup plus fort, et vous n'entendrez 7n'eny mais posez-la sur la planchette du microphone et vous enlenderez le tic-tac de la montre par le téléphone, beaucoup mieux que directement, parce que, dans ce dernier cas, les secousses mécaniques sont transformées en sons, qui s'ajoutent au sons réels. Eh bien celte erreur d'interprétation s'est propagée tellement, que vous trouverez, aujourd'hui encore, dans des livres de physique, lassertion deTamplificalion des sons parle microphone, c'està-dire l'assertion d'un fait qui n'existe pas.

Nous sommes souvent dans une position semblable vis-à-vis de la suggestion mentale. Ce n'est pas la constatation d'un fait brut qui y manque de certitude, c'est Vinterprétationy c est le rapport causal de deux phénomènes, très faciles par eux-mêmes à vérifier. La pensée d'un cerveau donné est suivie d'une pensée semblable dans un cerveau semblable : sommes-nous ici dans les i conditions de deux téléphones qui s'influencent mutuel-

lement à l'aide des courants ondulatoires, ou bien Tans ^^ les conditions de deux montres de Leibnitz,qui, tout en

p indiquant les mêmes heures, ne subissent aucune action

m mutuelle ? Voilà la question. Et il faut ajouter qu'entre

I ces deux situations extrêmes, une large part doit être

S faite à un cas intermédiaire et compliqué : tout en con-

f . servant leur mécanisme indépendant, les deux horloges

l^t peuvent être réglées imperceptiblement par une trans- |Jv mission pneumatique ou électrique. Les médecins qui,

|4 comme Barrier, Teste, Bertrand, Gbarpignon, Garcin,

S; ■ Despine, etc., nous attestent la transmission de la pensée, If en ont-ils vu les ficelles ? Ils n'ont vu que les deux mon-

f * très marquant quelquefois les mômes heures...

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J'avais donc le droit de considérer leur témoigna|p comme insuffisant, et ceci pour une autre raison encore :

Pour pouvoir juger un fait de ce genre, il faut absolument avoir dans Tesprit la théorie suggestive de Thypnotisme ; il faut se rappeler à chaque moment, que tous les phénomènes hypnotiques, sans exception, quelle | qu'en soit la cause primitive, peuvent être reproduits par Faction seule de l'imagination, i^arïidéoplasiie^. En conséquence, pour admettre, par exemple, un cas de somnambulisme à distance, il ne suffit pas seulement de vérifier le fait, il faut encore avoir la certitude absolue que le sujet n*a pas pu par une combinaison des circonstances, par Tattîtude de la personne qui devait Tobserver, présumer Vexpétlence, Il y a plus, cette présomption elle-même peut rester inconsciente, tout en déterminant Veffet voulu. Mes éludes hypnotiques ne me laissent aucun doute là-dessus. De sorte que, même dans le cas où le sujet n*a nullement été prévenu, où il déclare ne s'être douté de rien, on n'est pas encore à l'abri des incertitudes. Or, malgré les publications de l'abbé Faria, d'Hénin de Guvillier, de Bertrand, de Braid, de Durand de Gros, de Morin, de Szokalski et Liébeault, la théorie de la suggestion n'a été réellement connue et reconnue, que depuis l'apparition de l'ingénieux travail du D' Bernheim. Dans le temps, on trouvait compréhensible Taction des « courants magnétiques » dans l'espace, mais on croyait invraisemblable la production du somnambulisme, à la suite d'une lettre (non magnétisée) qui fixait rëxpérience pour une heure donnée. Le sujet s'est endormi quelques minutes après une concentration de volonté à distance, par conséquent ce fut la pensée et 1 • «fiuide magnétique », son facteur, qui ont produit 1<. somnambulisme; posthoc, ergo propter hoc.

* Ochorowicz. — Sut^ Vidéoplastie ; classification des faits et sur la théorie de Vidéoplastie. (CoiTiptes rendus de la Société de biologie, HP» 25 et 27, 1884.)

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} pour reîvienl lou-

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