‹ De la suggestion mentaleChapitre 5 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Correspondance avec le D"" Baréty. — Les hallucinations et les illusions suggérées mentalement. — • La recherche des objets cachés, sans contact. — Paralysie à distance. — Mes doutes. — Un phénomène nouveau. — Une expérience incompréhensible.— Un sillage dans l'air.— Les couleurs.— Les études de M. Richet.

— La suggestion mentale chez les individus non hypnotisables.

— Le calcul de probabilité. — Réflexions. — La suggestion chez les individus hypnotisables, à l'état de veille. — M"»« D... — Objets pensés et objets devinés. — Réflexions. —Tricherie inconsciente. — Nouvelles expériences. — Croire ou non?

Telles étaient mes appréciations et mes doutes, lorsque, au mois de mars i884, je reçus de Nice une lettre d*un médecin bien connu, où se trouvait le passage suivant :

« ... On m'a présenté aujourd'hui même un jeune homme de vingt-quatre ans, intelligent et instruit, désireux de servir la science, et chez lequel on peut déterminer des phénomènes suggestifs par la parole et !a pensée^ à Vétat de veille.

« Il est noctambule depuis son enfance ; sa mère, son grand-père maternel et son oncle le sont aussi ou l'étaient.

« J'ai pu faire avec lui quelques expériences. J'ai

imaginé de voir un oiseau qui volait en tous les sens

dans une chambre, — je Vai touché, et il a vu Toiseau

. volant en différents sens... » (Suit une expérience de

dbyGoogk

)uleurs par suggestion verbale^ qui ne

p un peu plus vivement par toute la corps. »

ce sujet qui est certainement très

« A Baréty. »

expérience n'étant pas bien précisés, Toire que les questions de Texpérimen' ide, ont pu suggérer au sujet î'haliucivérilé, il suffît de jeter un coup d'oeil et de demander au sujet s'il ne voit en Tair, pour lui suggérer Fidée d'un ore est-il probable qu'en insistant sur sion, on aurait découvert que l'oiseau I ressemble pas du tout à celui de

les après, je reçus une seconde lettre

dernière lettre, j'ai revu le sujet dont ui est entre les mains d'un magnéti* l est venu chez moi...

bureau deux statuettes, Tune en ivoire, je les ai placées l'une à côté ancede 8 à 10 centimètres, et droites, iijet : « Regardez ces deux statuettes, 5ur ? » lia répondu : «L'une est blanche l'autre est foncée. » — Alors, posant ur sa main droite, je lui ai demandé chose de particulier, en regardant !s. De mon côté, j'avais imaginé ou jue la blanche se déplaçait, pour se brune... Il me répondit, après quele la statuette blanche se déplaçait^

dbyGoogk

qu'elle se transportait de Vautre côté de la statuette kune.

« C'était un peu plus que je n'avais pensé. <

« Ensuite j'ai imaginé (toujours sans faire le moindre signe) que les statuettes se rapetissaient (ma main gauche étant posée sur la droite du sujet), je lui ai demandé ce qu'il voyait. Il m'a répondu qu'il voyait ces statuettes déplus en plus petites, jusqu'à n'avoir que les dimensions d'une tête d'épingle. Or, ces statuettes ont une hauteur de 12 centimètres chacune.

« Ensuite j'ai eu l'idée qu'elles grandissaient^ ei^ sans que je le questionne, il m'a dit, qu'il les voyait maintenant grandir de plus en plus. Il en est arrivé à lever la tête pour suivre cet agrandissement et en paraissait tout surpris. Me figurant ensuite qu'elles se rapetissaient jusqu'à reprendre leurs dimensions exactes, il a déclaré les voir. se rapetisser... »

Je coupe ici la citation pour faire quelques remarques. Cette expérience est assurément beaucoup plus importante que la première. Mais elle est loin d'être décisive. D'abord, les idées du sujet ont été fixées par avance, et limitées à « quelque chose » qui devait arriver aux statuettes. Que pouvait-il leur arriver? Un changement de couleurs ? Les expériences sur les changements de couleurs avaient déjà été faites dans la séance précédente. Elles pouvaient se déplacer. Le sujet a eu cette idée avec un écart dans les détails. Elles pouvaient grandir. Le sujet l'avait deviné. Quelle est l'association la plus proche de l'agrandissement? Le rapetissement. Le sujet l'avait deviné encore. Après avoir faussé la réalité dans deux directions opposées, on éprouve consécutivement le besoin de restituer la vérité qui s'impose à nos sens, et il est probable que rex:périmentateur et le sujet ont eu cette idée simultanément. Il faudrait connaître non seulement les détails

dbyGoogk

dby Googk

vait.bien être suggérée par l'immobilité de la main droite fermée, que le sujet a pu remarquer seulement au moment de la recherche. Mais poursuivons :

« Je l'ai prié alors de se retourner complètement de l'autre côté... (cette précaution n'eât pas suffisante, parce qu'elle garantit au sujet qu'aucun mouvement éloigné n'a pu être fait), et j'ai rapidement et sans bruit caché la statuette dans mon gilet. J'ai replacé ensuite ma main fermée, comme auparavant sur la hanche. Je lui ai dit de se retourner et de me dire bien vite, où était la statuette blanche et de la prendre. Alors il a fait suivre à sa main droite un trajet des plus curieux. 11 a donc porté sa main d'abord vers le point de la table ou elle avait été primitivement ; puis, toujours lentement, il a dirigé sa main vers le gilet où était la statuette, en passant près de la hanche où je l'avais précédemment enfermée dans ma main, et en suivaint le trajet fait par la statuette.

« J'ai, pour finir, refait l'expérience de l'agrandissement et de rapetissement des statuettes, sans que ma main fût en contact avec la sienne et en cachant mes yeux. Elle a parfaitement réussi. Cette dernière expérience me paraît très probante : qu'en pensez-vous ? »

Oui, elle est plus probante que la première, mais malheureusement elle était la seconde, répétée presque dans les mêmes conditions ; par conséquent, elle n'est pas à l'abri des doutes que j'avais formulés plus haut par rapport aux expériences répétées en général.

Mais tout en faisant ses objections, je m'intéressais vivement aux expériences du D' Baréty et je lui ai envoyé une foule de questions, avec prière de les résoudre expérimentalement. Quant aux essais de la reche^jche de l'objet caché, dans lesquels le sujet a suivi exatctetement le trajet fait par cet objet, je lui ai dit franchement que je n'y comprenais rien.

dby Googk

GGESTION MENTALE

ude plus systématique et plus ' le savait aussi bien que moi,

les circonstances s'y opposaient, -être une incrédulité exagérée, t d'une expérience de suggestion ;onfiance qu'en moi-même. Et que le cas où j'étais dupe moice ignorée ou d'un mécanisme le n'est pas d'ailleurs par outree le témoignage des autres, qui arendre les mêmes précautions ette sorte d'essais, il est impos-

les petits détails, nécessaires à de la situation, et la conviction at final ni des conditions généaître, ce sont des circonstances iion, le sentiment personnel de lication autre, que par une action

ireux d'apprendre un mois plus n miagnétiseur se décidaient à

hi pour préparer les expériences, après un programme arrêté de

expérience hypnoscopique.

et énormément sensible : il y eu ibilité presque instantanée du lène pouvait du reste être provo* suggestion verbale toute seule, rd laisser entière liberté à son f . R. . . , en me réservant de reprenoftême et dans d'autres conditions, un phénomème qu'on ne connaît imposer d'emblée une série de

dbyGoogk

DE LA SUGGESTION MENtALÈ PROBABLE 6{

conditions, qui peuvent nuire au succès, sans cependant démentir pour cela un principe qu'on recherche, et dont on ne connaît pas la vraie nature.

— Que croyez-vous pouvoir obtenir sur votre sujet? demandai-je au magnétiseur.

Il m'a récité toute une litanie des phénomènes, parmi lesquels je n'ai choisi que les trois suivants :

1® Action sympathique et attraction à droite, antipathique et répulsive à gauche ; 2* paralysie à distance ; S*» recherche d'objets cachés.

— Croyez-vous pouvoir obtenir sur votre sujet une transmission directe quelconque par votre pensée toute seule?

A mon grand ctonnement, le magnétiseur répondit négativement.

C'était cependant le but de notre réunion 1

— J'ai besoin de gestes, me dit-il, sauf pour la troisième expérience qui peut être faite sans aucune paKicipalion de ma part. Mais je ne peux pas garantir l'action seule de la pensée ; je ne suis même pas fixé là-dessus.

Qu'importe! on essayera tout de même, puisque M. Baréty a cru avoir réussi plusieurs fois.

Je n'aurai pas à raconter en détails la première expérience. Il était évident, et du reste M. R... parlagait cette opinion, qu'elle était le résultat pur et simple d'une éducation hypnotique. Histoire de M. Camille, histoire qui ne prouve même pas l'indépendance des deux hémisphères.

Deuxième expérience.'^ Le sujet tourne le dos au magnétiseur, qui se trouve dans une autre chambre à une distance de huit mètres environ. M. Baréty reste auprès du sujet, moi j'observe le magnétiseur. Le sujet récite des chiffres à haute voix. A un signe donné par moi, le magnétiseur « projette le fluide ») de toute sa force. Le sujet cesse de compter. Il est paralysé.

SUG6EST10M MENTALB.

dbyGoOgk

rience a réussi trois fois de suite. Seulement, irquer, que les manchettes du magnétiseur p de bruit.

it, c'est moi qui restais dans la salle. Je me lans la salle pour empêcher le sujet d'enîstes du magnétiseur. L*expérience a raté, ju'il.yeut un retard de plusieurs chiffres, î magnétiseur agissait avec une parfaite î Tai prié de retirer ses manchettes. Même commence, et, cette fois-ci, quoique le nialyité par moi, ait fait ses gestes avec le moins sible, il y a eu succès.

i : L'action directe ne fut pas prouvée, mais non plus. Si on devait Tadmettre, il y avait e que les impressions auditives aidaient la iu phénomène.

expérience, — Cette foîs-cî , il s'agît de >se de vraiment nouveau. Voici qu'elle fut re de procéder :

toutes les précautions ont été prises pour Lisions.

; un objet quelconque (dans cette expéloix de l'objet n'a pas d'importance), un 5mple, qui est posé sur une table.

>rte ce livre (le sujet et son magnétiseur s) dans une direction choisie par moi, et je ns un coin de la salle difficile à deviner, ïxactement le chemin parcouru pour faire lent). M. Baréty et moi nous savons où est s nous nous plaçons de manière à ne pou- ;er le sujet par un signe quelconque invo-

fit introduit, les yeux bandés. On lui indique la table où se trouvait auparavant l'objet

dbyGoogk

caché, sans nommer Tobjet lui-même. Le sujet n'est pas endormi, mais il devient évident, qu*au courant de l'expérience, la concentration de Tattèntiofl provoque chez lui un état d'hyperexcitabilité presque hypnotique* Il commence par tâter Tendroit indiqué. II ne connaît pas Tobjet, il ne le devine pas, mais, chose étrange : ses doigts, en tâtant, dessinent lés contours d'un livre* On dirait que le spectre du livre présente une résistance à ses doigts. S'étantbien assuré de la forme et de la place occupée antérieurement par robjet,il essaye deux ou trois directions, toujours en tâiant Vâir, et choisit la vraie. II la poursuit lentement, s'en écarte deux fois, revient sur ses pas, continue avec plus d'gtôsui'anoe, et, au bout de trois minutes, retrouve le livre. Nous ne disons rien, mais il nous affirme que c'est bien l'objet que nous avons déplacé.

J'ai également dessiné le chemin qu'il a parcouru. En comparant les deux lignes, on trouve que la seconde est un peu plus courbée.

Dans une autre expérience, j'ai fait exprès une déclinaison double et inattendue de haut en bas et de bas en haut, alors la ligne suivie par le sujet fut plus droite.

Voici encore quelque chose de bien extraordinaire : j'ai choisi, comme objet à cacher, un fort aimant (l'hypnoscope) sans en prévenir le sujet. Il arrive, il tâte la place, occupée auparavant par Taimant, et reste immobile.

— Je ne peux continuer, dit-il, mes doigts sont raidis.

Et réellement, il y avait une contracture non seule^ ment des doigts mais de tout Tavant-bras.

Je fus bien étonné, mais sans dire un mot, je supprime seulement la contracture, à l'aide d'un léger massage, eî je l'engage à conlmuer.

dbyGoogk

Arrivé devant la cheminée, où se trouvait Taimai caché dans un vase, même phénomène :

— C'est par là, dit-il, mais j'ai de nouveau les br raîdes...

II manifestait une grande fatigue à la suite de cbaq expérience.

. On me demandera maintenant le mot de Ténigm Voici tout ce que je peux dire :

1° Toutes les expériences ont réussi ou à peu prés.

2" Il n'y avait pas de suggestion mentale, ou, ento cas, elle jouait un rôle secondaire.

. 3** Le rôle principal appartenait aux sensaliom tactù d'une finesse extrême.

4** L'objet choisi pouvait être u magnétisé » ou no transporté par une personne inconnue, par conséque ni le « fluide» individuel, ni certaines émanations olfa uves n'entrent ici en jeu, ou du moins ne sont néci saires.

5** A moins d'admettre la suggestion mentale ou réalité d'un spectre dynamique, laissé sur la plac qu'occupait auparavant Fhypnoscope, il faut avoii dans ce cas l'impossibilité d'une explication scientifiq quelconque.

6* Il a fallu qu'entre le transport de l'objet et l'ex culion de l'expérience, il ne s'écoulât pas plus de qu( ques minutes. Autrement les « traces » de l'objet en Vi s'évanouissaient.

Voici encore quelques indications intéressantes :

Interrogé sur ses propres sensations ou opinions, sujet m'a déclaré qu'il considère le phénomène comr l'effet d'une sensibilité tactile particulière, acquise p ^ercîce. Lorsque vous vous trouvez dans un bain, i dit-il, vous sentez parfaitement la différence de densi de ces deux milieux : l'air et l'eau. L'eau oppose pi de résistance à vos mouvements que Tair. Eh bien! j à peu près la même sensation dans l'air qui a été ti

DE LA SUGGESTIONfMENTALE PROBABLE 65

versé par un objet: il est plus raréfié pour raoi, il m'oppose une résistance moindre^ et c*est cette résistance moindre qui me guide principalement — je ne pourrais vous en dire davantage. Je ne me sens pas tout à fait maître de moi, en faisant cette expérience, et la certitude du succès dépend précisément du degré, de cet état particulier. Je me sens alors isolé de tout Fentourage, je n'entends rien «j'existe seulement dans mes doigts qui travaillent cependant sans moi. Plus je raisonne et moins je réussis... »

Quant à Texpérience avec Thypnoscope, il faudrait évidemment admettre, que sa présence aimante l'air, pour un certain temps, ou bien produit un autre chan^ gement électrique, que nous ne pouvons pas déterminer. C'est là une supposition qui entre dans les cadres de recherches de Reichenbach, peut-être dignes d'étrè reprises, malgré l'insuccès des expériences, mentionnées au commencement de cette étude.

Nous avons voulu encore vérifier l'action directe de la pensée.

En touchant le sujet, je m'imaginais un objet quelconque, forme, couleur, sensation, mais le sujet ne voyait rien du tout, ou quelque chose de très vague.

Ayant placé devant nous une feuille de papier blanc je m'imaginais une rondelle jaune; le sujet a vu quelque chose de gris; j'ai imaginé une croix noire : il a vu une tache ronde.

Il paraît que M. Baréty fut plus heureux que moi et que le sujet lui a deviné deqx ou trois fois la couleur représentée mentalement, ou bien la couleur complémentaire. Mais il n'y avait rien de probant dans ces essais, au moins telle était nion impression personnelle.

L'année suivante (1885), M. Ch.Richet publia son remarquable travail dans la Revue philosophiqiœ de M. Hibot.

?é par une idée, que je trouve à la fois énieuse, et que je crois pouvoir résumer nement suivant :

ie limites absolues dans les phénomènes 5; il n'y a qu'une graduation. Par conséggestion mentale existe à un degré excep- [uelques sujets privilégiés, — ce qui est iver, — elle doit exister à un degré plus îrceptible chez tout le monde. Ce qui est dans un fait isolé, peut être rendu palpaddition de faits isolés. La statistique peut lière un effet jusqu'alors inaperçu, et le habilité peut indiquer facilement ce qui hasard, et ce qui est dû à un agent réel, îc trouver une base rationnelle, prémonice terme cholérique I) avant d'arriver à la iirecte d'un fait extraordinaire, aire des expériences (très faciles à répéter londe), à les réunir par groupes et il est conclusion intéressante que, là, où la sugile pouvait s'ajouter au hasard, il y avait ger surplus de réussites, [eau sommaire des résultats obtenus :

8UGCÈS

FROB. RKRLS

exp. avec des cartes de jeu. . , 458 — 5 1 0

exp. avec des phot. et images. 42 — 67

exp. avec la baguette. ... 48—44

exp. dites spiritiques .... 3—17

que dans toutes ces expériences il y avait faveur de la suggestion, es expériences avec des cartes de jeu sur nés non hypnotisables,et j'ai obtenu des lement analoj^ues. Pour pouvoir, les com-

dbyGoogk

parer, notons que pour les 1833 expériences de M. Richet la probabilité calculée a été de 0,250 et la proportion réelle de 0,278, ce qui donne un surplus de 0,028 en faveur de la suggestion mentale. Voici maintenant mes chiffres :

Page 1