E PROBABLE
Une photographie:
19» D'un garçoa P =4 I Une jeune Olle^ des en-
1 fants = 0.
Un nom :
20» Marie. I Marie.
â^» Adam I Jean, Gbstave, Charles, = 0.
Un nombre :
22» Dix. I Six, douze, neuf, dix.
Un objet quelconque :
Couleur violette, rose = 0.
23» Un livre bleu, satin. 24» Crayon d'or posé^sur du
fond bleu.
2o» As de pique sur un fond
noir.
Quelque chose de noir sur
du bleu = 0.
Quelque chose de noir, bleu,
une carte, Tas de trèfle.
Un instrument:
26» Un clairon. | Le violon = 0.
Un chiffre:
«7» Trois. I 2, 5 =0.
Un objet de la salle:
2S» Une assiette avec une | Une assiette avee une image, image» |
Un goût:
Aigre, amer = 0.
Doux.
29» Du sel.
30» Sucré.
34» Des fraises,
D'une pomme, du raisin, des fraises.
ît visiblement fatigué, et nous avons inter- )érience&.
elles m'ont beaucoup surpris. Sur 31, il y
moins 13 qui ont réussi complètement,
probabilité; fut souvent excessivement
parmi les échecs un certain nombre présen-
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tait des analogies évidentes; de sorle, qu'à peine une dizaine d'expériences pouvaient être considérées comme complètement manquées. Les trois premières, par exemple, sans être tout à fait exactes, ne peuvent que soutenir la probabilité de la suggestion.
Un seul doute m'inquiétait.
J'ai déjà expliqué ce que j'appelle le milieu psychique. Touslesobjets imaginés, sauf quelques cartes tirées au hasard, ont été choisis, séance tenante, par moi ou par M"** P... Or, il se pouvait que nous fussions tous trois dans un engrenage psychique d associations, qui se succédaient mécaniquement, sans que nous nous en doutassions. Cette supposition peut paraître invraisemblable, mais je dois dire que je m'appuyais sur une expérience personnelle antérieure et qui fut vraiment étonnante.
Nous étions à la campagne, entre amis, cinq ou six personnes. On s'amusait comme on pouvait, entre autres, en faisant des tours de cartes. Puis on passa aux divinations. Ayant deviné par hasard deux ou trois fois un chiffre choisi entre 0 et 6, et plusieurs cartes choisies mentalement, j'ai cru avoir remarqué qu'à la suite des essais répétés il s'était établi dans notre esprit une suite machinale de cartes ou de numéros, en raison des contiguïtés, des similitudes, des contrastes, qui me permettait de pressentir la carte ou le numéro qu'on devait choisir dans un instant. Je n'avais qu'à me laisser entraîner par cette conjecture inconsciente, non motivée raisonnablement, pour ressentir dans mon imagination ' l'image d'une carte qui était, pour ainsi dire, dans tair. J'étais presque certain que c'est maintenant le tour du roi de carreau — j'invitais mon voisin à penser à une carte quelconque — et il pensait au roi de carreau.
Ce n'était pas une suggestion mentale de la part de mon voisin, puisque j'étais décidé à dire : « Roi de carreau » avant qu'il ait fait son choix ; et puis il arri-
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vait à ces moments-là, qu'une autre personne s'écriait ; u Tiens, c'est drôle ! j'ai pensé à la même carte I »
Elle était par conséquent dans l'air.
Quelquefois il m'a été possible de découvrir le mécanisme probable de cet enchaînement. Par exemple, après 47 on a choisi 28 probablement parce que 4 X 7 = 28. Ou bien encore, si parmi les chiffres de 1 à 9 on a choisi 8, c'est-à-dire un chiffre rapproché de 9, unp seconde personne choisira 2 ou 3, pour être le plus loin de la précédente ; 2 et 3 feront penser à 6; ensuite, pour ne pas répéter les chiffres déjà cités, on choisira 4 ou 5, associés aux 3 et 6, qui ont été prononcés plus haut (Jue les autres, etc.
Impossible de prévoir tous ces rapprochements, qui, si, par hasard, ils concordaient chez plusieurs personnes à la fois, constituaient le milieu psychique, jouant le rôle du souffleur.
Evidemment, le mécanisme de ces divinations suffit rarement pour expliquer certaines coïncidences inatten^ dues; mais en ma qualité de déterministe, en psychologie comme ailleurs, je me suis dit : Je ne connais pas ce mécanisme; par conséquent je ne peux pas justifier l'hypothèse générale en apportant des preuves; mais, tout étant déterminé par un enchaînement de causes et d'effets, il est concevable qu'une intelligence omnis* ciente, connaissant toutes les traces des sensations dans nos cerveaux, toutes les connexions de nos idées, toutes nos habitudes, faiblesses et qualités, pourrait facilement calculer ou prévoir d'avance, non seulement notre choix, mais aussi les réponses du sujet. Et comme il est certain que l'inconscient des somnambules est un grand maître dans l'occultisme, qui est-ce qui pourrait se vanter de connaître les limites de sa puissance? L'idée, que mon sujet ne fut pas en somnambulisme, né m'arrêtait pas, parce que depuis longtemps j'ai acquis la conviction, que tous les phénomènes du somnambu-
6UGGfi»Ti01f MENTALE.
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DE LA SUGGESTION MENTALE PtlOÈABLE n
homrtie. Par conséquent ces trois expériences à Taspect séduisant, quand on les considère in abstracto sont presque sans valeur; et si je dis presque^ c'est uniquement à cause d'un certain rapprochement entre le rouge et le rose, qui peut-être a été occasionné par une cause tout à fait fortuite, c'est-à-dire étrangère à la suggestion. Revenons maintenant à notre premier sujet. Voici la deuxième sérié d'expérleftces qui ont été faites avec plus de précaution, en évitant l'enchaînement des associations *(le 2 mai 1885) :
Un objet quelconque:
W Un buste de M. N*.. -
37» Un éventail.
38« Une clef:
39<» Une main portant une bague.
Portrait... d'un homme... un
buste.
Quelque chose de rond =0.
Uuelque chose en plomb...
en bronze... c'est du fer.
Quelque chose qui brille, un
diamant... une bague.
40« Acide.
41o Un carré.
42» Un cercle.
48° Jan.
Un goût:
I Doux = 0.
Une forme :
Quelque chose d'irrésfulier
Un triangle... un cercle.
Vne lettre ;
W, A; non, c'est un 0.
J... (continuer!) Jan.
Troisième série, le 6 mai 1885. Vingt-cinq expériences ont été faites, dont malheureusement je n'ai pas gardé la note, sauf pour les trois suivantes qui m'ont le plus étonné. (Le sujet nous tourne le dos, tient le crayon et
Une image quelconque :
70» Nous nous représentons Ja lune en croissant. — M. P... sur un fond des nuages, moi dans un ciel bleu foncé.
Je vois les nuages qui filent...
Une lumière... (avec satisfaction), c'est la lune I
Si, après ces expériences, on m'avait demandé si je croyais à la réalité de la transmission, j'aurais répondu affirmativement. Au point de vue d'un raisonnement conscient, scientifique, il a fallu se rendre à Tévidence. Le hasard n*a pu emmener tant de rapprochements fortuits. Ponsidérant, par exemple, uniquement les expériences avec des lettres, et sans compter les mots er^tièrement devinés, on a sur 20 expériences 15 succès, tandis que la probabilité du hasard ne devrait donner qu'un seul sur 24 expériences, c'est-à-dire 0 pour les 20 — zéro contre quinze l Pour avoir une chance de deviner la combinaison de trois lettres jan il aurait fallu 25^ == 15,625 expériences sans suggestion, tandis qu'avec la suggestion une seule a suffit.
Donc, au point de vue objectif, mon scepticisme avait le droit de capituler devant l'éloquence des faits. Mais — et c'est là le côté drôle de la question — dans des problèmes de cette nature, V impression subjective de l'observateur vaut quelquefois plus qu'une constatation purement empiirique. Evidemment il faut que l'observateur ait une routine scientifique générale et une expérience spéciale des phénomènes qui s'y rattachent; mais alors, c'est sur son impression subjective^ instinctive, que je compterais le plus ; il aura beau me raconter tous les détails — et il lui est impossible de raconter réellement tous les détails de conâitions et de circonstances — si je ne vois pas qu'il est intérieurement, subjectivement, non seulement étonné, mais convaincu, subjugué par les faits observés, sans en être troublé
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[|ui arrive malheureusement (voir trierais aucune foi spéciale à ses lis mieux une expérience presque e, mais avec cette impression per- B instruit et sincère, qui se résume a mônve temps prudente et ferme :
ïe là- dessous ».
m personnelle, je Tavais en faisant
pilées ; mais ce qui me manquait
autre impression subjective, mais
5t bien là une transmission directe
rcëque toutes les fois que le sujet pensée, j'en avais Je pressentiment, lalgré les précautions prises, quoi- )us de la meilleure foi du monde, :ompérage de nos inconscients qui s ; il m'a semblé que tout en choiplus difficiles à deviner, j'en ftiisais >our réussir plus facilement; que î fut tirée au sort, je la remplaçais un prétexte quelconque insuffisant, ïtte manœuvre, et en restant tout à ma conscience et tout à fait cor* •n aide...
il compris. Il s'agit ici d'un phénoéciable d'opérations minimes, fugiins inconscientes, causées par le ai une longue habitude des obserles, c'est là l'occupation principale s dès ma première enfance, car e ans je prends des notes journaliées dans ma langue maternelle}, et lorsque j'ai écrit ma première disétkodes des études psychologiques »
'avais indiqué, le premier je crois^
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DE LA-SCGGESTION MENTALE PROBABLE 7a
comment les phénomènes de Thypnotisme peuvent être exploités sous forme d'une méthode particulière, par la psychologie théorique positive.
I Par conséquent, je ne voudrais pas être soupçonné d'un mysticisme quelconque, et. je me crois en droit de m'attribuer la routine nécessaire, pour faire des observations exactes. Mais précisément à cause de ce long exercice, je suis arrivé à des subtilités empiriques très difliciles à exprimer. La psychologie tout entière a pour moi un aspect fort différent de celui qu'on trouve dans les meilleurs traités de notre science. La psychologie d'aujourd'hui me parait par Inip grossière vis-àvis des subtilités de la vie réelle, telle que je la vois. La théorie associationiste par exemple, dont on a fait, et avec raison pour le moment, la base unique de toute la psychologie des phénomènes, n'est pour moi qu'une expression partielle et tout à fait insuffisante du mécanisme de la vie psychique. Ce n'est qu'un schéma grossier d'une mécanique délicate. Gela suffit pour les besoins de la didactique première, mais pas pour une science fine et complète. J'avoue franchement, qu'avec la théorie associationiste d'aujourd'hui, je ne comprends même pas pourquoi nos idées s'associent, et en général pourquoi elles vivent, circulent, et produisent des effets sensibles. Et pourtant je suis déterministe, et ce n'est pas une faculté ou une force obscure quelconque que je voudrais ajouter à la théorie associationiste, pour la rendre plus juste et vivante. Ce n'est qu'une question de détails, mais de détails qui sont avec la théorie actuelle d'association dans le même rapport que la vision directe avec la vision du microscope.
Pour les phénomènes grossiers de la vie psychique, cette anatomie associationiste suffit. Mais c'est l'hystologie microscopique associationiste qui nous manque, quand il s'agit des phénomènes rares, c'est-à-dire rar^inent remarquables et remarqués^ car, et c'est là aussi un
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point de mon séparatisme personnel en psychologie — les phénomènes rares, ne sont tels, que parce que nous sommes rarement capables de tes voir. Au contraire, nous serions moins portés à voir partout un enchaînement par similitude, par contraste ou par contiguïté dans le temps ou dans Tespace, si nous voyions les choses par un microscope psychologique qui distinguerait souvent les phénomènes adéquates, assimilerait lés contrastes et éloignerait les contiguïtés, par une foule d anneaux et d'agents intermédiaires.
Malheureusement, dès qu'il s'agit de préciser les détails, deux choses nous manquent : d'abord la vue nette de ces détails, et puis, même quand on les voit passablement, la possibilité de les exprimer comme il faut. C'est ici le lieu de se rappeler le cercle vicieux de Gorgias le sophiste^
Evidemment notre scepticisme n'est pas nihiliste, comme le sien. On ne voit pas bien aujourd'hui, on verra demain, et on trouvera sans doute peu à peu des mots nouveaux pour des idées nouvelles.
Mais, en attendant, il vaut mieux s'arrêter juste à temps, que de créer une langue incompréhensible, et de parler volapûk sous prétexte de propager une science universelle.
Nous avons eu assez des psychologies volapiiks qui, tout en étant créées par des Kants et des Hegels, n'existent plus pour la science exacte. Ce qui n'empêche pas que Kant et Hegels aient pu avoir des idées profondes, qui seront comprises, mieux que par eux-mêmes, dans quelques centaines d'ahnées.
J'ai plusieurs fois mentionné l'inconscient dans mes remarques. Je l'ai même hypostasier un peu, sans aucune arriére-pensée du reste. Je reconnais à la psychologie allemande le grand mérite d'avoir mis en évidence cette théorie absolument vraie et nécessaire en principe. Mais regarder bien ce qui est arrivé, dès qu'on a voulu la
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préciser, au moyen d'affirmations prématurées ;ce qu'elle est devenue sous la plume élégante et intrépide de Hartmann : un roman fantastique de rinconscient, un roman d'Edgar Poë, pas même de Jules Verne !
C'est pour ces raisons-là, que j'aime mieux me contenter de quelques indices, qui me paraissent suffisamment clairs, que de m'engager dans des subtilités, que je ne comprends pas bien moi-même.
Nous verrons du reste ensuite, en abordant certains détails de la question, ce qu'il sera possible d'y ajouter.
En résumé, j'étais convaincu de la réalité des faits de la suggestion mentale, mais pas de la suggestion ellemême. C'est la théorie des faits qui restait à formuler, et qui m'a parue être assez éloignée de celle d'une action directe de la pensée sur une autre pensée, supposée par M. Richet.
Enfin, il y avait là peut-être deux ou même plusieurs processus différents qu'il s'agissait de découvrir.
D'abord une concordance de deux mécanismes inconscients, comme dans les deux montres de Leibnitz, une concordance basée sur une sorte d'harmonie préétablie, par réchange mutuel des sensations ordinaires conscientes, et dans laquelle l'objet choisi, aussi bien que l'objet deviné, serait déterminé indépendamment l'un de l'autre, mais par un même rouage déterministe inconscient.
Ensuite, dans quelques cas, une perception vraie de la pensée, par l'intermédiaire, des signes extérieurs, qui peuvent bien nous échapper, puisqu'un signe aussi grossier que la tension des muscles dans la direction de l'objet pensé, a été si long à se dévoiler. Ce serait donc une exaltation de la perception, mais de la perception normale pour des signes physio-patho- et idéo-gnomoniques, qui habituellement permettent seulement de distinguer la joie du chagrin, le plaisir calme d'un plaisir vif, la sympathie, la méfiance, l'ironie ou la sin-
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[ENTALE
fiain ou dans le timbre 1 d'une perceptibilité encore de deviner si % couleur bleue, à une
ceptibilité normale, il me transmission, ton- )voquée par la pensée onstruire, comme la nts ondulatoires télé- •e la parole dans une
ible, et il fallait 8*ats phénomènes, qui ne
:1e simplifier au moins ins les essais précilé|5 urs prévenir le sujet [, par conséquent son des. Le sujet pouvait înt, qu'on éviterait de it que, si à la séance 5ur bleue et jaune, ce I et du vert, conscrire et assez nethoisir, et alors la pen* nscrite par avance, et 1 de la mémoire, pour de devination.
catégorie, il n y en a soient en vue et puis- . S'agit-il d'une fleur, L pas choisir une scrorva officinalis, qu'on ' nettement ; on choU
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DE L.\ SUGGESTION MENTALE PROBABLE a3
sîra une rose, un lilas, une violette, et alors on aura de temps en temps un succès :
Le sujet devinera, c'est le mot, notre pensée. Mais i;^ n'est pas cela qu'il me faut. Il me faut un fait de traasmission réelle, où il n'y aura rien à deviner, et où Tinconscient pourra bien calculer ce qu'il voudra, sans porter atteinte à la netteté de l'expérience.
Il me faut, qu'un sujet, non prévenu en aucune façon, qui ne s'attend à rien, qui ne voit ni n'entend rien, manifçste l'action de mçi perxsée par un réflexe quelconque, visiblement lié à cette impulsion psychique. Je me contenterai d'un signe minime, mais qu'il soit sûr et constant, qu'il me soit impossible de l'attribuer à toute une autre cause qu'à mon action mentale. Voilà ce qu'il me faut ; et ce n'est qu'après avoir entre les mains un fait de ce genre, que j'aurai cette impression subjective de la réalité d'une action mentale, et ce n'est qu'alors que ce sera la peine d'en faire une étude spéciale, approfondie, et de braver les préjugés scientifiques.
L'occasion favorable, pour tenter cette expérience décisive, ne se fit pas attendre.
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